vignette|redresse|Phénomène récent, la procrastination du sommeil consiste surtout à utiliser son smartphone tard dans la nuit.
La dépendance aux réseaux sociaux désigne un usage excessif, compulsif ou difficile à contrôler des réseaux sociaux, pouvant avoir des conséquences négatives sur la vie sociale, scolaire, professionnelle ou psychologique.
Le terme de « dépendance » est toutefois discuté dans la littérature scientifique, car l’usage problématique des réseaux sociaux n’est pas reconnu comme trouble spécifique dans les principales classifications médicales internationales, comme le DSM-5. Il est donc parfois préférable de parler d’« usage problématique » ou d’« usage excessif » des réseaux sociaux.
Des formes d’accompagnement, comme la désintoxication numérique ou certaines prises en charge psychologiques, peuvent être proposées lorsque l’usage entraîne une souffrance ou une perte de contrôle importante.
Contexte
Les réseaux sociaux ont commencé en 1997 avec SixDegrees.com, sur la base du principe que tout le monde pourrait être relié avec seulement « six degrés de séparation ». 100 millions de personnes avaient accès à Internet en 2000. Par la suite, l'apparition de MySpace fut le premier véritable essor de l'utilisation des réseaux sociaux. Facebook fut inventé en 2004 et compte actuellement 2,27 milliards d'utilisateurs actifs.. Facebook, devenu Meta Platforms, est également propriétaire d’Instagram et de WhatsApp. YouTube appartient à Google.
On peut considérer que la dépendance aux réseaux sociaux est une forme particulière de relation pathologique à Internet. Elle peut à ce titre être rapprochée des addictions sans substance, le terme addiction implique toutefois que le comportement réponde aux critères communément reconnus pour les addictions, dont les quatre principaux sont :
Une envie irrépressible de réaliser le comportement ; La fréquence excessive, croissante, non contrôlée du comportement au détriment d'autres activités ; La poursuite du comportement malgré des conséquences dommageables ; L'augmentation de la fréquence du comportement pour ressentir les mêmes effets psychologiques.
La dépendance à Internet est dans certaines cultures reconnue depuis un certain nombre d'années comme une pathologie, en particulier en Chine et en Corée du Sud. Cependant au niveau international, ce n'est pas le cas : elle n'est pas reconnue comme telle dans le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5 dernière édition de 2013). Les seules addictions sans substance reconnues internationalement sont l'addiction aux jeux d'argent et aux jeux vidéos. Certains addictologues considèrent toutefois préférable de parler de « pratique excessive » plutôt que d' « addiction » pour la dépendance aux jeux vidéo.
Pour les réseaux sociaux, la question de leur assimilation à une addiction pathologique n'est donc pas tranchée du point de vue médical. Les chercheurs emploient souvent les expressions « usage problématique des réseaux sociaux » ou « utilisation problématique des médias sociaux » afin de distinguer une utilisation fréquente d’un comportement associé à une perte de contrôle et à des conséquences négatives.
Toutefois, on considère que la fragilité sociale (par exemple la faiblesse de l'insertion) est positivement corrélée avec le risque addictif dans les usages d'internet et des réseaux sociaux, ce qui a pour conséquences que certaines études pointent une différence liée au genre du fait d'une insertion sociale par le travail globalement moins bonne pour les filles dans de nombreux pays.. Une étude norvégienne de 2017 a ainsi montré que « l'utilisation des réseaux sociaux avec [développement d'] une dépendance était associée au fait d'être jeune, femme, peu inséré socialement et célibataire » .
Du fait que le modèle économique actuel de nombreux concepteurs d'applications implique l'échange de données personnelles contre l'autorisation d'utiliser une application, il n'est pas surprenant de constater que de nombreux éléments de conception se retrouvent dans les applications de médias sociaux qui visent à prolonger l'utilisation des applications.. Le chercheur allemand Christian Montag dénonce six mécanismes mobilisés par cette industrie pour accroître les temps d'usage, ce qui accroît d'autant les risques de développement d'un usage excessif.
Distinction entre dépendance et utilisation fréquente des réseaux sociaux De 1 à 2 % de la population canadienne serait aux prises avec une forme de cyberdépendance à l’égard des réseaux sociaux.. Il faut cependant demeurer prudent lorsqu’on parle de cyberdépendance, car une personne qui passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux n'est pas nécessairement dépendante. Selon Magalie Dufour, on est dans la dépendance . La dimension pathologique de l'usage est associée à des symptômes de dégradation de la santé mentale, tels que l'anxiété et la dépression chez les enfants et les jeunes. Un rapport sur les technologies de 2016 présenté par Chassiakos, Radesky et Christakis a identifié les avantages et les dangers de l'utilisation des médias sociaux pour la santé mentale des adolescents. Il a montré que la quantité de temps passé sur les médias sociaux n'est pas le facteur clé, mais qu'il fallait surtout se demander comment ce temps était passé. Des baisses de bien-être et de satisfaction de vie ont été constatées chez les adolescents les plus âgés qui « consommaient » passivement les médias sociaux ; en revanche, ces baisses n'ont pas été constatées chez ceux qui étaient plus activement engagés.
Le manque de sommeil et la diminution de la productivité au travail sont également des signes d’une dépendance.
Mécanismes de captation de l'attention
Certains travaux mettent en avant le rôle des mécanismes de conception des plateformes dans l’augmentation du temps d’utilisation. Les notifications, le défilement infini, la lecture automatique des vidéos et les systèmes de recommandations algorithmiques peuvent encourager une consultation répétée des applications.
Ces mécanismes reposent en partie sur des récompenses sociales variables, comme les mentions « j’aime », les commentaires ou les partages. Leur caractère imprévisible peut favoriser un comportement de vérification fréquent et contribuer à un usage difficile à contrôler.
Effets d'une utilisation fréquente des réseaux sociaux chez les jeunes Plusieurs études affirment qu’une utilisation fréquente des réseaux sociaux peut entraîner des impacts psychologiques sur l’utilisateur.. L'utilisation fréquente des réseaux sociaux augmente le risque de souffrir de problèmes de santé mentale. Chez les adolescents, le risque de souffrir d’anxiété et d’autres « problèmes internes » de santé mentale est deux fois plus élevé chez les grands utilisateurs des réseaux sociaux, soit ceux qui les consultent plus de six heures par jour. Les effets négatifs de l’usage excessif des réseaux sociaux sont la moins bonne qualité de sommeil, et la réduction du temps consacré aux activités protectrices contre les troubles de santé mentale, comme lire un livre, faire de l’exercice physique ou voir des amis. Une étude dirigée par le professeur Russell Viner de l'Institut de la santé de l'enfant Great Ormond Street de l'Université College de Londres, portant sur près de 10 000 adolescents, filles et garçons, âgé de 13 à 16 ans a établi que les réseaux sociaux ne causent pas de dommages directs au le développement du cerveau, mais une utilisation trop fréquente perturbe les activités qui ont un effet positif sur la santé mentale. L’utilisation des réseaux sociaux a des impacts sur l’estime de soi des jeunes. et provoque l'encouragement à la passivité, le déclin de la lecture et peut entraîner des problèmes de santé physique, comme l'obésité et psychologiques, comme l'anxiété ou la dépression chez l'utilisateur.
Le syndrome du personnage principal ( en anglais) est un exemple de comportement, lié à l'usage des réseaux sociaux, où l'usager tend à se considérer comme le héros d’une trame narrative imaginaire et idéalisée de sa vie, parfois au point que sa vie véritable et ses relations soient affectées par cette construction idéalisée d’une autre version de lui-même ou d'elle-mêmeSite ouest-france.fr, article de Clementine Maligorne "Qu’est-ce que le syndrome du personnage principal, qui donne l’impression d’être au centre du monde ?"..
Neurodéveloppement De la petite enfance à au moins , en utilisant le processus de neurogenèse et de neurolyse, les humains éliminent des milliards de synapses et neurones dans leur cerveau, à mesure qu'ils apprennent et développent des connexions. Il existe actuellement une théorie selon laquelle les réseaux sociaux, pour les personnes sensibles, pourraient affecter ce processus.
La disponibilité des réseaux sociaux semble avoir exacerbé certains risques, dans la mesure où tous les jeunes à risque élevé en raison de fragilité génétique ou sociale sont maintenant à haut risque de développer une relation pathologique à ces technologies hautement disponibles.
Collaboration multidisciplinaire
Facebook et d'autres entreprises du secteur des réseaux sociaux ont fait l'objet de nombreuses critiques au cours des dernières années, notamment concernant leurs effets sur la santé mentale et les mécanismes de captation de l’attention.
Pédiatrie Le professeur Dimitri Christiakis, de JAMA Pediatrics, fut l’auteur principal de la mise en place d'un plan média familial accessible à toute personne dans le monde. Il recommande tout particulièrement aux parents « d'éviter l'utilisation des réseaux numériques, à l'exception du vidéo chat, chez les enfants de moins de 18 à .. « Les recherches actuelles n'apportent pas de réponse scientifique claire sur le » trop « de temps passé devant un écran ou de réseaux sociaux pour les enfants. Cependant, l'Académie américaine de pédiatrie recommande de limiter les enfants de 2 à à « une heure par jour pour une programmation de haute qualité. » Le professeur Christiakis ne recommande pas de cesser d'utiliser les réseaux sociaux et les autres technologies pour les enfants; il recommande plutôt aux parents « de prendre garde à ce qui est déplacé » par la technologie. Il note que les premiers résultats d'une étude mettant en jeu de vrais jouets et des iPads à l’hôpital pour enfants de Seattle montrent une différence entre les enfants très jeunes qui abandonnent les iPads pour les vrais jouets, et la recherche est en cours.
Anthropologie Le professeur Daniel Miller, professeur d'anthropologie à l'University College de Londres a entamé en 2018 une étude de cinq ans intitulée « ASSA », de l'anthropologie des smartphones, du vieillissement et de la santé mentale, consistant en « dix ethnographies simultanées de quinze mois à travers le monde ». Il note que les effets des réseaux sociaux sont très spécifiques selon les lieux et les cultures des individus. Il soutient qu'« un profane pourrait rejeter ces histoires comme étant superficielles. Mais l'anthropologue les prend au sérieux, explorant avec empathie chaque utilisation des technologies numériques dans un contexte culturel et social plus large.. « Il continue d'étudier les effets des réseaux sociaux dans le monde entier en utilisant la technologie, avec le cours gratuit en ligne de cinq semaines : Anthropologie des réseaux sociaux: Pourquoi nous publions. Ce cours est fondé sur le travail de neuf anthropologues qui ont passé chacun sur le terrain au Brésil, au Chili, en Chine industrielle et rurale, en Angleterre, en Inde, en Italie, à Trinidad et en Turquie »..