Le Néolithique précéramique A (ou PPNA, abréviation de l'anglais Pre-Pottery Neolithic A) est une des phases du Néolithique du Proche-Orient, établie à partir de la stratigraphie du site de Jéricho (Tell es-Sultan) par Kathleen Kenyon. Elle s'étend sur plus d'un millénaire entre la fin du XIe millénaire et le début du Elle ne constitue pas une culture homogène, mais est divisée en plusieurs entités chronologiques et régionales du sud et du nord du Levant : Khiamien, Sultanien, Mureybétien notamment. L'horizon PPNA peut également inclure des sites contemporains situés dans des régions voisines (sud-est de l'Anatolie, Chypre, nord de l'Irak).
Dans la continuité du Natoufien auquel elle succède, c'est une phase caractérisée par une sédentarisation accrue des communautés humaines, voyant le développement de villages plus importants, de nouvelles formes d'architecture domestique et de bâtiments communautaires, ainsi que des ensembles monumentaux qui ont pu avoir une fonction rituelle (Göbekli Tepe). Du point de vue des stratégies de subsistance, le PPNA voit les prémices du développement de l'agriculture et de l'élevage, décelables durant ses derniers siècles. C'est donc la première phase de la néolithisation, longue période de transition entre les cultures de chasseurs-cueilleurs et celles des premiers agriculteurs, même si son caractère « néolithique » peut être discuté puisqu'il n'y a pas de preuve déterminante que le processus de domestication ait été conduit à son terme durant cette période.
Chronologie Le PPNA se développe en gros au , les datations précises variant selon les sites et les spécialistes. À partir de plusieurs travaux portant sur le Levant, K. Wright propose une durée entre 10 040 et 8940 av. J.-C. calibré (équivalent à 11 990 à 10 890 AP calibré et 10 250 à 9600 AP C14)Wright K. I., 2014, « Domestication and inequality? Households, corporate groups and food processing tools at Neolithic Çatalhöyük », Journal of Anthropological Archaeology, vol. 33, p. 5..
Si on considère l'ensemble des aspects caractérisant les communautés humaines de cette période, il n'y a pas de véritable rupture avec la période précédente, le Natoufien. D'ailleurs, le Khiamien a longtemps été considéré comme une phase de transition entre les deux périodes et ce n'est que récemment qu'il a été intégré au PPNA.
La transition entre le PPNA et le PPNB est, quant à elle, encore très mal cernéeFinlayson B., 2004, « Island colonization, insularity or mainstream ? », in Peltenburg E., Wasse A. (Eds), Neolithic Revolution, New perspectives on southwest Asia in light of recent discoveries on Cyprus, Papers from a conference, Drousha Village (Cyprus), 20th to 23rd September 2001, Oxbow books, Oxford p. 15-22.. De très nombreux sites continuent d'être occupés, comme Jerf el Ahmar où une phase de transition a été identifiéeStordeur D., Abbès F., 2002, « Du PPNA au PPNB : mise en lumière d’une phase de transition à Jerf el Ahmar (Syrie) », Bulletin de la Société préhistorique française, tome 99, n. 3, p. 563-595.. En outre, même après 8700 av. J.-C., on observe une persistance de certains aspects PPNA dans le sud du Levant (outillage, architecture...), E. Banning y faisant durer cette période jusqu'en 8500-8350 av. J.-C...
Extension et subdivisions thumb|Localisation des principaux sites du Néolithique précéramique A.
Phase largement inscrite dans la continuité du Natoufien, le PPNA partage la plupart de ses traits, et comme il n'y a pas de trace assurée de domestication des plantes et des animaux durant cette époque, il a pu être considéré que la désignation de « néolithique » était une convention chronologique mais n'impliquait pas que son économie et sa société soient effectivement néolithiques, ce qui suppose un aboutissement du processus de domestication. De plus l'extension précise est délicate à définir car elle dépend des critères choisis (architecture, pratiques funéraires, outillage en roche taillée, etc.). En tout état de cause le PPNA ne constitue pas un ensemble homogène et il est pratique d'y distinguer plusieurs horizons culturels.
Ces variantes régionales ont été définies en fonction de différences dans l'architecture ou les types d'objets découverts (pointes de flèche par exemple) : Le Khiamien, nommé d'après le site de la terrasse d'El Khiam dans le désert de Judée, est une phase d'environ 400 à 700 ans selon les chronologies, qui succède au Natoufien tardif. Elle se repère notamment par la présence des « pointes d'el Khiam » et divers types de microlithes, et est surtout attestée au Levant nord (notamment Mureybet, v. 9700-9300 av. J.-C. selon la chronologie établie sur le site). Elle voit la croissance des villages, les traces plaidant en faveur d'une agriculture sont très limitées. Le Sultanien, qui doit son nom au site de Tell es-Sultan, c'est-à-dire Jéricho, est attesté au Levant sud où il succède au Khiamien (v. 9500-8500 av. J.-C.).. avec, entre autres, les sites de Jéricho, Netiv Hagdud, El Khiam, Hatoula, Nahal Oren. Le Mureybétien couvre le nord du Levant, en particulier le Moyen-Euphrate où il est défini d'après plusieurs niveaux de Mureybet, s'étend d'environ 9300 à 8600 av. J.-C. Outre ce site, on retrouve cette variante régionale à Tell Abr et Jerf el Ahmar. Dans le Levant central, l'« Aswadien » a été un temps défini, à partir du site de Tell Aswad en Damascène, comme un des faciès du PPNA, mais il s'est avéré qu'il devait être supprimé car les niveaux en question relevaient du PPNB.. Dans le sud-est anatolien, dans les contreforts du Taurus, le développement des sites de Çayönü, Göbekli Tepe, Hallan Çemi et Körtik Tepe est situé chronologiquement dans le PPNA, sans dénomination régionale spécifique ; en revanche cette terminologie n'est pas employée pour l'Anatolie centrale.. À Chypre, des sites ont été associés à l'horizon PPNA : Ayia Varvara-Asprokremnos et Ayios Tychonas Klimonas .. Plus à l'est, dans le nord de l'Irak, les premiers villages de cette région comme Nemrik ont pu être inclus dans le Néolithique précéramique A..
Quels sont les liens entre ces différents espaces et peuvent-ils être considérés comme un même ensemble ? Une sorte d'unification culturelle dans la région du Levant est observable dès l'époque Natoufienne. Cela suggère l'existence d'une culture commune marquée par la sédentarité avec des villages ayant des maisons circulaires, l'utilisation d'outils de mouture, le développement de l'art figuratif, l'existence d'une koinè et l'utilisation de la vaisselle en pierre. Elle peut au moins être étendue jusqu'à la Djézireh d'Irak et peut être le Zagros.
Les villages et l'architecture
left|120px|thumb|Vestiges d'un bâtiment circulaire à (Israël). thumb|Plan d'une maison circulaire typique du PPNA.
Les villages du PPNA témoignent d'une sédentarisation forte des communautés dans la continuité du Natoufien mais les sites sont plus grands, les techniques de construction plus élaborées et des bâtiments communautaires apparaissent.
La croissance des sites villageois est très marquée dès le début du PPNA : ils peuvent atteindre entre 1,5 et , soit cinq à dix fois plus que les villages du Natoufien. Les sites du sud du Levant sont situés de préférence dans les terres basses, sur les rebords des vallées côtières et du Rift ; ils sont associés à des sites temporaires situés plus haut sur les pentes. Les sites les plus vastes comme Jéricho et Netiv Hagdud font entre 1,6 et et comprennent peut-être jusqu'à 200 habitants. C'est au nord du Levant que la croissance de l'habitat est la plus marquée, des sites comme Jerf el Ahmar connaissant un essor rapide. Les habitats se développent en particulier le long de l'Euphrate, séparés de 20-25 kilomètres les uns des autres..
Par contre, le plan des maisons n'évolue pas. On retrouve encore à cette période des maisons circulaires. À Körtik Tepe dans le sud de la Turquie, elles mesurent entre 2,3 et 3,8 m de diamètre, le sol est constitué de terre durcie, les murs sont peu épais et sont en pierre. Certaines maisons sont isolées les unes des autres, d'autres sont accolées. Ces maisons sont semi-enterrées, beaucoup moins toutefois que dans la période précédente au moins dans les sites du Mureybétien. Cette évolution serait liée à une meilleure maîtrise des techniques de construction des murs et une utilisation de la balle des céréales comme dégraissant dans ces derniers. Ces constructions sont donc plus élaborées et demandent plus d'investissement en construction que durant la période précédente.
Les habitats comprennent des espaces à ciel ouvert équipés de foyers et de pierres servant au broyage, ce qui impliquerait des pratiques de cuisine collective. Des silos en briques d'argile ont également été repérés sur des sites de cette période.
thumb|200px|left|La tour de Jéricho.
Des structures de stockage sont présentes dans quasiment tous les sites. À Dhra′ près de la mer Morte en Jordanie, des fouilles ont fourni des preuves solides de greniers sophistiqués dans un contexte de prédomestication vers 11 300 – 11 175 AP. Conçus avec des planchers suspendus pour la circulation de l'air et la protection contre les rongeurs, ils sont situés entre des structures résidentielles qui contiennent des installations de traitement des plantes Ian Kuijt, Bill Finlayson, Evidence for food storage and predomestication granaries 11,000 years ago in the Jordan Valley, PNAS, 106 (27) 10966-10970, 7 juillet 2009, doi.org/10.1073/pnas.0812764106. Certains villages se caractérisent par des structures monumentales. C'est à cette période que sont attribuées une muraille et la tour de Jéricho qui mesurait environ 8 mètres de haut Liran R., Barkai R., Casting a shadow on Neolithic Jericho, Antiquity Project Gallery, 2011. La phase la plus ancienne du site de Göbekli Tepe est aussi attribuée au PPNA ou au tout début du PPNB. Elle se caractérise par des structures circulaires de 10 à 15 mètres de diamètre, constituées de un ou plus rarement deux cercles concentriques de piliers en pierre en forme de T et de deux piliers plus grands au centre Banning E. B., « So Fair a House: Göbekli Tepe and the Identification of Temples in the Pre-Pottery Neolithic of the Near East », Current Anthropology, vol. 52 n. 5, p. 619-660, 2011. La nature de ces structures et du site en général est encore discutée (sanctuaire et/ou village). La structure O75 du site de Wadi Faynan 16 en Jordanie est un autre type de construction communautaire située dans un contexte pré-agricole, au sens non déterminé..
La fin du PPNA et la transition vers le PPNB correspond au passage à des maisons rectangulaires pas ou très peu enterrées et au développement de bâtiments collectifs polyvalents totalement enterrés qui, eux, restent circulaires. À Tell Abr 3, le bâtiment communautaire mesure de 10 à 12 mètres de diamètre, est enterré sur 1,55 m et est ceinturé par une banquette, confirmant son utilisation comme lieu de réunion.. À Mureybet et à Jerf el Ahmar, les villages semblent organisés autour d'un telle structure. Sur le second, une structure se distingue par plusieurs de ses caractéristiques : il s'agit d'un bâtiment circulaire, semi-enterré, dont les poteaux centraux ont été réalisés dans du bois importé. Une banquette longeait le mur, plusieurs stèles ornées étaient également érigées dans cet espace. Lors de la fouille, un dépôt d'omoplates d'aurochs a été découvert à l'intérieur de la banquette, et un dépôt de lames de silex a été découvert dans un des murs. Les dalles recouvrant le sol et les poteaux centraux étaient ornementés. L'usure de la banquette montre que des gens se sont assis régulièrement dessusStordeur D., Abbès F., 2002, Du PPNA au PPNB : mise en lumière d’une phase de transition à Jerf el Ahmar (Syrie), Bulletin de la Société préhistorique française, tome 99, n. 3, ., confirmant l'interprétation de cette structure comme espace de réunion.
Subsistance Domestication des plantes et des animaux