La bataille de Grand Port fut une bataille navale qui opposa deux escadres britanniques et française dans la baie de Grand Port de l'Île-de-France (aujourd'hui île Maurice) entre le 20 et le , durant la campagne de l'île Maurice.

Une flottille britannique de quatre frégates chercha à bloquer l'entrée de la baie en capturant le fort de l'île de la Passe défendant son entrée. La position fut saisie le et lorsqu'une escadre française menée par le capitaine Guy-Victor Duperré approcha de la baie sept jours plus tard, le commandant britannique, , décida de l'attirer dans les eaux peu profondes et de la détruire avec sa puissance de feu supérieure.

Quatre des cinq navires français parvinrent à franchir le blocus britannique et s'abritèrent dans la baie qui n'était accessible que par un chenal étroit infranchissable sans un pilote expérimenté. Lorsque Pym ordonna à ses frégates d'attaquer les navires français à l'ancrage le 22 et , ses navires furent bloqués par le récif corallien. Deux d'entre eux s'échouèrent, un troisième dut se rendre après avoir été la cible de tous les navires français et le quatrième ne parvint pas à approcher suffisamment près pour ouvrir le feu. Même si les navires français avaient également été sévèrement endommagés, l'affrontement fut un désastre pour les Britanniques car les deux navires échoués furent incendiés pour éviter leur capture et les deux autres furent arraisonnés par les Français.

Les convois britanniques dans l'océan Indien étaient laissés sans protection et la Royal Navy réagit en déployant une force importante sous le commandement de l'amiral qui envahit rapidement l'Île-de-France en . La bataille de Grand Port fut la plus grande victoire navale française durant le régime napoléonien, elle figure donc sur l'Arc de triomphe de Paris.

Contexte Au début du , l'océan Indien formait un élément essentiel du réseau commercial reliant les différents territoires de l'Empire britannique. Des indiamen lourdement chargés transportaient des marchandises depuis les ports de l'Inde britannique comme Bombay ou Calcutta jusqu'au Royaume-Uni. Et lors du voyage de retour, ils emportaient souvent des soldats pour l'armée des Indes britanniques alors sous le contrôle de la Compagnie anglaise des Indes orientales. Après le début des guerres napoléoniennes en 1803, l'Amirauté britannique avait fait de la sécurisation de ces routes commerciales une priorité et en 1807, les bases hollandaises du cap de Bonne-Espérance et de Java avaient été neutralisées pour empêcher qu'elles ne soient utilisées par des corsaires. Les possessions françaises de l'océan Indien, principalement l'île Bonaparte (aujourd'hui La Réunion) et l'Île-de-France (aujourd'hui l'île Maurice) étaient plus problématiques car elles étaient défendues par de puissantes fortifications et des garnisons de l'armée soutenue par une importante milice locale.

Durant les guerres de la Révolution française (1793-1801), les Français avaient utilisé ces îles pour attaquer les convois dans la région mais à la fin de l'année 1807, les ressources navales allouées à la zone se résumaient à quelques anciennes frégates et un grand nombre de corsaires locaux. Ces forces subirent de lourdes pertes en 1808 du fait des combats et aussi à cause des accidents liés à l'ancienneté et au mauvais état des navires ; les autorités navales françaises réagirent en déployant cinq frégates modernes sous le commandement du contre-amiral Jacques Hamelin. Quatre d'entre elles franchirent le blocus britannique de la côte française et arrivèrent dans l'océan Indien au printemps 1809 où Hamelin les dispersa dans le golfe du Bengale pour capturer ou détruire les riches convois britanniques. Le , la frégate Caroline captura ainsi deux indiamen transportant pour plusieurs millions de livres de soie.

Une flottille regroupant les navires disponibles au cap de Bonne-Espérance fut hâtivement assemblée sous le commandement du commodore Josias Rowley afin de s'opposer aux attaques françaises. Incapable de poursuivre les rapides frégates françaises, Rowley décida de bloquer et d'attaquer les îles françaises de l'océan Indien en attendant le retour de Hamelin. En , la Caroline arriva avec ses prises de guerre à Saint-Paul sur l'île Bonaparte et Rowley décida de s'en emparer. Lors de l'attaque de Saint-Paul le , environ 600 marins britanniques capturèrent les défenses du port et les navires qui s'y trouvaient dont la frégate Caroline ; Rowley se retira cinq jours plus tard. Près d'un an plus tard, Rowley revint avec une flotte plus importante et débarqua près de la capitale de l'île Bonaparte, Saint-Denis, le . Les forces de Rowley battirent rapidement la garnison française de la ville, renommèrent l'île en île Bourbon et installèrent un gouverneur britannique.

Alors que les Britanniques se préoccupaient de l'île Bonaparte, Hamelin déploya de nouvelles frégates en 1809 et au début de l'année 1810 dont son navire-amiral, la , qui captura trois indiamen le et la Bellone qui captura la frégate portugaise quelques jours plus tard. La Minerva, renommée Minerve, participa à l'affrontement du qui permit l'arraisonnement de deux indiamen. L'escadre française lors de cette bataille était menée par le capitaine de frégate Guy-Victor Duperré à bord de la Bellone ; ses navires étaient cependant endommagés et ils restèrent un mois en réparations dans les Comores avant de pouvoir revenir à l'Île-de-France.

Opérations au large de Grand Port thumb|left|Carte moderne de l'Île-de-France. Grand Port se trouve sur la côte sud-est près de Mahébourg. Avec la prise de contrôle de l'île Bourbon en , les Britanniques possédaient une importante île fortifiée non loin de l'Île-de-France. Avant même que l'île Bourbon ne soit entièrement sécurisée, Rowley avait détaché le pour réaliser le blocus de l'Île-de-France. Peu après, son capitaine, mena une attaque contre un navire amarré au sud de l'île. Deux jours plus tard, les frégates , HMS Nereide et le petit brick le rejoignirent. Le HMS Nereide transportait 100 soldats choisis au sein des et d'infanterie et quelques artilleurs de la garnison de Madras qui devaient prendre et défendre les îlots à l'entrée de Grand Port en particulier l'île de la Passe. Ces îles fortifiées pouvaient être utilisées pour bloquer les entrées des ports de l'Île-de-France et ainsi piéger l'escadre de Hamelin.

En effet, Grand Port était un port naturel protégé par un large récif corallien par lequel passait un chenal compliqué connu uniquement des pilotes expérimentés. L'île de la Passe était un emplacement important dans le contrôle de Grand Port car elle abritait une batterie d'artillerie qui couvrait l'entrée du chenal et contrôlait ainsi le passage jusque dans la baie abritée. Les Britanniques envisageaient d'utiliser les troupes du HMS Nereide commandé par le capitaine pour envahir l'île de la Passe et capturer la batterie. Willoughby emploierait ensuite un habitant de l'île naviguant sur le navire et appelé John Johnson pour franchir le récif et débarquer des troupes près de la ville de Port Impérial.

La première attaque contre l'île de la Passe fut lancée le soir du quand le HMS Staunch remorqua des canots embarquant 400 soldats, des Royal Marines et des marins volontaires sous la protection des ténèbres et guidés par le pilote du HMS Nereide. Le pilote se perdit cependant pendant la nuit, les navires furent dispersés par le vent et ne parvinrent pas à se regrouper avant l'aube. Pour détourner l'attention française des navires à la dérive, Pym ordonna au capitaine Henry Lambert du HMS Iphigenia de naviguer bien en évidence devant Port Napoléon (aujourd'hui Port-Louis) où se trouvait l'escadre française menée par Hamelin à bord de la Vénus. Pym rejoignit Lambert plus tard dans la journée et les frégates retournèrent ensuite dans les eaux de Grand Port par des routes différentes pour embrouiller les observateurs français. Le , les navires initialement rassemblés pour l'attaque ne s'étaient toujours pas regroupés et Pym refusa de prendre le risque d'attendre et de subir une contre-attaque française. Le commandant en second de Pym, le lieutenant Norman, lança l'attaque à et les navires guidés par le pilote local débarquèrent les soldats et les marins sur l'île sous le couvert de l'obscurité. Norman fut tué lors des premiers échanges de tir mais son aide, le lieutenant Watling s'empara des fortifications entourant la batterie. L'affrontement coûta la vie à sept soldats britanniques et 18 autres furent blessés ; les assaillants parvinrent à s'emparer des livres de codes navals français et firent 80 prisonniers. Willoughby était furieux que Pym ait pris le commandement de l'opération sans sa permission et les deux officiers échangèrent des lettres incendiaires qui accrurent la méfiance mutuelle qu'avaient les deux hommes.

Avec le contrôle de l'île de la Passe, Pym céda le commandement du blocus de Grand Port à Willoughby et retourna au large de Port Napoléon avec le HMS Iphigenia. Willoughby profita de son indépendance pour attaquer le littoral et le , il débarqua 170 hommes sur la Pointe du Diable au nord de Grand Port qui s'emparèrent du fort en détruisant dix canons et en en capturant un autre. Avançant vers le sud en direction de la ville de Grand Port, les hommes de Willoughby repoussèrent les attaques françaises et distribuèrent des pamphlets aux villageois promettant la liberté et la prospérité sous la domination britannique. Willoughby rembarqua ses troupes dans la soirée mais débarqua à nouveau le lendemain un peu plus au nord. Après avoir incendié une balise côtière, Willoughby progressa vers l'intérieur des terres mais il dut se replier après l'arrivée de 800 soldats français venant de Port Napoléon et il rembarqua à bord du HMS Nereide. Durant cette brève expédition, deux soldats britanniques furent blessés et un autre fut porté disparu tandis que les pertes françaises se montèrent à dix morts et blessés. Willoughby réalisa encore quelques débarquements limités le 19 et le qui se firent sans opposition.

Arrivée de Duperré Le débarquement de Willoughby fut interrompu le à lorsque cinq navires furent repérés en approche rapide depuis le sud-est. Il s'agissait de l'escadre de Guy-Victor Duperré comprenant la Bellone, la Minerve, la corvette et les navires capturés Windham et Ceylan revenant des Comores. Après un mois de réparations à Anjouan, Duperré avait mis le cap sur l'Île-de-France sans rencontrer d'opposition et envisageait d'entrer dans Grand Port par le chenal protégé par l'île de la Passe. Duperré ignorait que les Britanniques occupaient l'îlot et Willoughby espérait piéger les Français en les attaquant quand ils se trouveraient dans le chenal. Il comptait ainsi endommager ou détruire les navires français, isoler l'escadre de Duperré de la flotte de Hamelin et empêcher les Français de combiner leurs forces pour rompre le blocus britannique. Willoughby approcha le HMS Nereide à proximité de l'île de la Passe pour associer leurs tirs et protéger ses navires qui rapatriaient 160 hommes d'un raid dans la matinée.