La période Tudor est la période historique située entre 1485 et 1603 en Angleterre et au pays de Galles et coïncide avec la dynastie de la Maison des Tudors commençant par l'intronisation du premier monarque Henri VII et se terminant par la fin du règne de la reine Élisabeth . Le mariage d'Henri Tudor de la branche des Lancastre et d'Élisabeth d'York de la branche éponyme met fin à la guerre des Deux-Roses et marque le début de cette période. Sur la totalité de celle-ci, l'historien John Guy soutient en 1988 que John Guy (1988) Tudor England, Oxford University Press, .

Population et économie Après des ravages de la peste noire, responsable de la dépression agricole de la fin du , la population augmente, passant de moins de deux millions d'habitants en 1450 à près de quatre millions en 1600. La croissance de la population stimule la croissance économique par le développement de la commercialisation de l'agriculture et l'augmentation de la production. Le développement des produits manufacturés fait naître de nouvelles industries comme celle de la laine et ses produits dérivés dont l'exportation encourage le commerce national, favorisant tant la croissance de Londres que l’émergence d'autres citésDavid M. Palliser, The Age of Elizabeth: England under the later Tudors, 1547–1603 ..

Les salaires élevés et l’abondance des terres arables disponibles à la fin du et au début du laissent place à des bas salaires et à la pénurie des terres générée par les lois d'enclosure, qui voient les seigneurs accaparer les terres des villages auparavant ouvertes à tout le mondeIan Dawson, The Tudor century (1993) . Diverses pressions inflationnistes, dont l’afflux de l'or du Nouveau Monde associé à l’augmentation de la population, provoquent une période de bouleversements sociaux durant lesquels l’écart entre les riches et les pauvres s’agrandit. C’est une période de grands changements pour la majorité de la population rurale.

La Réforme anglaise La Réforme est le terme illustrant le changement de la religion anglaise, allant du catholicisme vers le protestantisme durant la période Tudor. Elle a pour origine les refus papaux de Clément VII concernant les demandes d'annulation du premier mariage d'Henri VIII avec Catherine d'Aragon, empêchant ainsi ce dernier d'épouser Anne Boleyn. Les quatre souverains, Henri VIII, Édouard VI, Marie et Élisabeth, auront tour à tour une approche particulière de la religion. Ainsi, Henri se proclame chef suprême de l’Église d’Angleterre aux dépens du pape de l'Église de Rome. À l'origine du schisme religieux entre les deux Églises, il met en place les canons de la religion protestante anglaise tout en maintenant la doctrine et des rites catholiques. Édouard impose un protestantisme beaucoup plus strict suscitant des conflits sociaux importants. Marie, fille de Catherine d'Aragon, , restaure l’Église catholique et le catholicisme comme religion d'État. Enfin, Élisabeth instaure un protestantisme de compromis incorporant, comme son père, des rites catholiques. Son Église sera définie comme .

Les historiens s'accordent sur le fait que le grand thème de l'histoire des Tudor est la Réforme, à savoir la transformation de la société anglaise allant du catholicisme vers le protestantisme. Les principaux événements, les changements constitutionnels et les acteurs nationaux sont depuis longtemps connus, et les grandes controverses d'historiens à leurs sujets en grande partie résolues. Jusqu'à la fin du , les historiens ont supposé qu'ils connaissaient l'origine des causes de la Reforme : d'une part, une insatisfaction générale voire un dégoût de la religion catholique. Sa corruption, ses échecs et ses contradictions ont fait naître, non pas un anticléricalisme mais la légitimité d'une Réforme religieuse. Et d'autre part, mais d'une portée moins puissante était l'impact intellectuel de certains réformateurs anglais comme celui de John Wycliffe (1328-1384) et de son mouvement Lollardy ajouté au courant de pensée répandu par les traités et les brochures de la Réforme de Martin Luther, Jean Calvin, et d'autres réformateurs continentaux. L'interprétation historique de Geoffrey Elton en 1960 est représentative de l'interprétation orthodoxe. Il soutient que G. R. Elton, The Tudor Constitution: Documents and Commentary (1960)

Après 1960, les historiens du social ont commencé une étude approfondie de la religion anglaise au niveau local, et ont découvert que l'interprétation orthodoxe était assez erronée. Le mouvement de rébellion Lollard était largement éteint, et les œuvres littéraires des réformateurs continentaux avaient à peine atteint le cercle de quelques chercheurs de l'université de Cambridge. avait vigoureusement et publiquement dénoncé les hérésies de Luther. Plus important, l'Église catholique était en bonne condition en 1500. L’Angleterre était très catholique et loyale envers le pape, les paroisses locales attiraient de forts soutiens financiers locaux, les services religieux étaient très populaires et très fréquentés tant pour la messe dominicale que pour les dévotions familiales. Les plaintes concernant les monastères et les évêques étaient rares. Les rois entretenaient de bons rapports avec les papes mais, avec le temps, Luther est apparu sur la scène européenne. L'Angleterre a été parmi les plus fervents défenseurs du catholicisme et de son orthodoxie, et semblait être l'endroit le plus improbable pour une révolution religieuseRonald H. Fritze, Historical Dictionary of Tudor England, 1485–1603 (1991) 419-20.John Cannon, The Oxford Companion to British history (1997) ..

Le gouvernement des Tudors

Henri VII : 1485-1509 Henri VII, fondateur de la Maison de Tudor, devint roi d'Angleterre en battant le roi Richard III à la Bataille de Bosworth Field. Son mariage avec Élisabeth York mit définitivement fin à la guerre des Roses. Henri engagea, alors, un certain nombre de reformes administratives, économiques et diplomatiques. Au lieu de dépenses somptuaires, il fit des dépenses mesurées faisant attention à leurs détails. Il se concentra sur la collecte de nouveaux revenus et créa de nouvelles taxes très impopulaires. Quand , son fils lui succéda, celui-ci fit exécuter deux des collecteurs d'impôts les plus détestésSydney Anglo, "Ill of the dead: The posthumous reputation of Henry VII", Renaissance Studies 1 (1987): 27–47. onlineSteven Gunn, Henry VII's New Men and the Making of Tudor England (2016)>.

Henri VIII : 1509-1547 Henri VIII, flamboyant, énergique, militariste et entêté, reste l'un des plus charismatiques des rois d'Angleterre, principalement en raison de ses six mariages, tous conçus pour produire un héritier mâle, et pour son lourd châtiment faisant exécuter de nombreux hauts fonctionnaires et d'aristocrates. En politique étrangère, il a mis l'accent sur la lutte contre la France et a dû faire face à des conflits militaires coûteux avec des mobilisations générales contre l’Écosse, l'Espagne et le Saint-Empire romain germanique, menant tous à l'augmentation des impôts. Le principal succès militaire est venu de l’ÉcosseE. W. Ives, "Henry VIII (1491–1547)", Oxford Dictionary of National Biography, (2009) accessed 8 Aug 2017. Le développement majeur de la politique d'Henri fut la prise de contrôle totale de l'Église d'Angleterre et l'introduction du protestantisme. Le schisme a été provoqué par le refus du Pape d'annuler son premier mariage avec Catherine d'Aragon. Henri ainsi introduit la Réforme protestante articulée par deux aspects principaux. Premièrement, Henri rejeta le Pape en tant que chef de l'Église en Angleterre, prétextant que la souveraineté nationale exigeait la suprématie absolue du roi. Henri travailla en étroite collaboration avec le Parlement pour faire adopter une série de lois matérialisant le schisme religieux. Ainsi, Les Anglais ne pouvaient plus faire appel à Rome pour le règlement de questions religieuses. Toutes les décisions visant à résoudre les conflits d'ordre religieux devaient être prises en Angleterre, normalement par le roi lui-même, et en pratique par les principaux collaborateurs comme le cardinal Wolsey et Thomas Cromwell. Le Parlement s’est montré très favorable, avec peu de dissidence. Les mesures décisives sont portées par l'Acte de suprématie de 1534 qui fait du roi le protecteur et le seul chef suprême de l’Église et du clergé d’Angleterre. Après qu’Henri eut imposé une lourde amende aux évêques, presque tous se conformèrent aux nouvelles lois. Parallèlement, les lois sur les actes de trahison ont été considérablement renforcées, incluant la seule dissidence verbale comme acte de trahison. Il y eut des rébellions populaires de courte durée, rapidement circonscrites, tandis que les ordres constituants de l'aristocratie et de l'Église y étaient favorables. Les principaux refus particulièrement retentissants furent ceux de l'évêque Fisher et du chancelier Thomas More qui furent tous deux exécutés. Parmi les hauts aristocrates, les problèmes vinrent de la famille Pole soutenant Reginald Pole, alors en exil en Europe. Henri détruisit le reste de la famille, fit exécuter ses dirigeants et saisir tous leurs biens. La deuxième étape a consisté en la saisie des monastères. Les monastères administrant des institutions religieuses et caritatives ont été fermés, les moines et les religieuses ont été mis à l’écart, et les terres arables ont été vendues à des amis du roi, produisant ainsi une grande classe riche et docile qui soutenait Henri. En matière de théologie et de rituel, il y a eu peu de changement. Henry voulait garder la plupart des éléments du catholicisme et détestait les « hérésies » de Martin Luther et des autres réformateursRichard Rex, Henry VIII and the English reformation (Palgrave Macmillan, 2006)..

Le Père de la Royal Navy Le biographe J.J. Scarisbrick dit qu'Henri méritait son titre traditionnel de . Elle est devenue son arme personnelle, son jouet, sa passion. De son père, il hérita d'une flotte de sept petits navires et en ajouta deux douzaines en 1514. De plus, à ceux construits en Angleterre, il ajouta des navires italiens et hollandais. En , il regardait fièrement sa flotte de navires descendant la Tamise à la voile sous le commandement de Sir Edmund Howard. C'était la force navale la plus puissante de toute l'histoire anglaise, composée de emmenés par le Henry Imperial de . La flotte transportait de marine et . Parmi ses victoires, elle contraint la flotte française à retourner dans ses ports et prit le contrôle de la Manche avec le blocage du port de Brest. Henri fut le premier des souverains européens à organiser la marine comme une force permanente composée d'une structure administrative et logistique subventionnée par le revenu des taxes. Il prêta une attention particulière à la surveillance de son territoire sur lequel il fonda les arsenaux royaux ainsi que des chantiers navals, fit planter des forêts pour la construction des bateaux, mit en vigueur des lois sur la navigation, fit bâtir des fortifications pour garder la côte, fonda une école pour l'apprentissage de la navigation et désigna les rôles respectifs des officiers et des marins. Il supervisa attentivement la construction de tous ses navires et de leurs canons, connaissant leurs architectures, leurs vitesses, leurs tonnages, leurs armements et les tactiques de combats navals. Il encouragea les architectes navals qui perfectionnèrent la technique italienne consistant à monter des canons à la taille du navire, ce qui abaissait le centre de gravité du navire tout en lui conférant une meilleure flottabilité. Il supervisa les plus petits détails et prenait un plaisir infini à présider au lancement de nouveaux navires. Il a puisé dans ses fonds propres pour la réalisation de projets militaires et navals en détournant l'argent des nouvelles taxes et des ventes des terres des monastères.