Le mot grisette désignait avec condescendance, du , une jeune femme vivant en ville de faibles revenus, ouvrière de la confection, dentelière, employée de commerce, réputée sexuellement accessible.

Le nom « grisette » a désigné d'abord un tissu bon marché cite . Attesté dans .. La teinture ordinaire donnait, dès le premier lavage, des tons grisâtres.

Relations avec les hommes

La jeune domestique, qui travaille hors de la vue du public, n'est cependant pas une grisette. Celle-ci se rencontre hors du domaine féminin des maisons, dans la rue et dans les boutiques. La jeune fille trouve à s'employer dans les domaines où sa fraîcheur juvénile s'apprécie : ceux de la mode et de la parure, notamment dans les situations où . Cependant, quelles que soient les décisions que la grisette prend en vue d'améliorer son quotidien où d'assurer son avenir, son travail lui garantit sa liberté, notamment de choisir un amant et d'en changer, ce qui n'est le cas ni des épouses ni des prostituées..

L'inégalité des conditions sociales rend la grisette sensible à la séduction des hommes de la bonne société, qui, tout en la désirant sexuellement, la considèrent avec condescendance. , écrit Balzac., qui la définit ainsi : . Au contraire, Restif, qui expose la vie et les raisons d'agir des jeunes femmes de son temps, n'emploie pas le mot grisette, même quand il s'agit de ces métiersNicolas Edme Restif de La Bretonne, Les Contemporaines, 43 petits volumes ..

Jean de La Fontaine illustre déjà le thème : .

vignette|Gustave de Galard, Grisette bordelaise coiffée d'un madras, 1818Recueil des divers costumes des habitants de Bordeaux, 1818-1819, n°18 (voir aussi n° 1 et n°6). . Quand on écrit grisette au , on amène presque toujours un propos érotique. Dans les notices des Français peints par eux-mêmes, que Léon Curmer publie de 1841 à 1843, les professions citées quand il est question de grisette, tome 1, 1840., couturière, modiste, bouquetière, femme de ménage, font l'objet d'articles indépendantsLa modiste par et la bouquetière par Mélanie Wador au tome 3, 1841 et la femme de ménage par Charles Rouget au tome 1, 1840.. La grisette est une femme qui travaille, mais sa profession est indifférente ; elle n'est pas encore marquée par le travail.

Par sa profession, la grisette a une notion de l'élégance qui la rapproche de la femme de la société. Son amour, spontané, admiratif, émerveillé, n'est pas toujours vénal ou intéressé, et elle offre, dans la mesure de ses faibles moyens, des cadeaux à son amant, qu'elle peut même entretenir si celui-ci est un étudiant désargenté.

À la fin du , l'observateur constate la liberté de ces jeunes travailleuses. Elles . La Révolution française formalise la subordination des femmes dans le Code Napoléon de 1804.. Au , les moralistes annexent l'amour libre à la prostitution. Les relations des grisettes avec leurs amants n'impliquent pas toujours un échange d'argent contre des faveurs sexuellesDernier chapitre de , , cité par . : la grisette travaille, contrairement à la lorette qui compte exclusivement sur ses amants pour répondre à ses besoins...

À Paris et dans les grandes villes, une classe d'hommes a en commun avec les grisettes la jeunesse, la disponibilité sexuelle et l'éloignement des personnes qui pourraient les contrôler : les étudiants, dont les familles habitent pour la plupart au loin. L'étudiant se lie si habituellement avec la grisette que le Littré, rédigé au milieu du , donne pour étudiante la définition . La grisette peut jouer auprès d'un étudiant qui l'entretient partiellement le rôle d'une épouse temporaireLa Grisette . Toutefois, selon l'historien Jean-Claude Caron, L'étudiant va songer à se marier dans son milieu d'origine et à exercer ses nouvelles compétences ; son amour pour la grisette n'a qu'un temps..

Personnage littéraire La grisette est un type féminin. dans la chanson populaire, le vaudeville, représenté pour la première fois en 1834. et le roman au . Jolie, soignée de sa personne, la grisette hérite de traits de la soubrette de comédie. Active, gaie, impertinente, débrouillarde, naïve, d', elle partage beaucoup de traits avec GavrocheLe gamin de Paris , .. La littérature s'intéresse peu aux conditions de vie et de travail de la grisette : une intrigue amoureuse avec un jeune homme de milieu social supérieur, une controverse avec une camarade qui a opté pour la prostitution, font l'essentiel des intrigues. Balzac décrit la grisette Ida Gruget, maîtresse du mystérieux Ferragus, un ancien forçat en 1833. La grisette se distingue à première vue de la jeune fille comme-il-faut par son peu de vêtements décrit à sa première apparition..

vignette|La grisette aime les fleurs, illustration de . Louis Huart débute un court roman intitulé La grisette, publié en 1841 et illustré par Gavarni, dont elle fut un des thèmes de prédilection, en constatant l'impossibilité de définir ce personnage. Chaque classe et sexe donne un sens différent à ce mot. Il caractérise la grisette comme une femme de seize à trente ans pauvre et disponible sexuellement : ; passé trente ans, on la désigne plutôt par son métier : couturière, dentelière, modiste. La grisette, dans la littérature, est essentiellement charmante, .. Sans qualifications, et partant gratifiée du plus faible salaire, elle se distingue par son absence de prétentions, .. La grisette envoyée dans la rue livrer les articles aux clients est trottin ; mais sous prétexte de défendre la morale, on chasse les jeunes filles de la rue.. .

vignette|gauche|Rigolette cherchant à se distraire en l'absence de Germain, peinture de Joseph-Désiré Court, musée des Beaux-Arts de Rouen, 1844. Alfred de Musset publie Mimi Pinson, profil de grisette en 1845.. Plusieurs animent La vie de bohème de Henry Murger publié en feuilleton peu après, dont l'édition en livre cite Musset.. Murger décrit ces jeunes femmes indépendantes à partir de son expérience personnelle, beaucoup plus proche de ses modèles. Elles n'y sont pas indifférentes au prestige et au confort qu'apportent l'argent, mais sont aussi capables d'abandonner un amant riche pour un autre, pauvre mais plus à leur goût. L'opéra homonyme de Puccini, à la fin du siècle, donnera à la grisette un caractère tragique que Murger avait évité dans le roman, malgré les conditions de vie précaires des jeunes femmes.. Eugène Sue produit plusieurs personnages de grisette dans ses romans populaires, à commencer par la Rigolette des Mystères de Paris, qui a, contrairement au préjugé, d'autres préoccupations que de trouver un amant : .

George Sand crédite, après avoir exposé toutes les idées reçues, la grisette Marthe d'intelligence et de sensibilité, contrairement au type qui la veut ., comme celles . Si pour un homme élégant , ce qui l'en distingue, ce n'est pas sa tenue, mais les marques du travail : , porte . C'est grâce aux relations nouées au travail qu'elles peuvent se défendre de celles qui les détestent. .

vignette|Fantine, illustration de Gustave Brion, 1862. En 1862, Victor Hugo place dans Les Misérables le personnage de Fantine, bientôt fille-mère héroïque, dans , .

Le réalisme rejette le stéréotype de la grisette qu'avait promu la génération romantique, pour en promouvoir un autre. Femme pauvre, elle ne peut être intéressée que par l'argent, comme les autres. Le personnage de la grisette disparaît à la fin du siècle.. La vie en ville a aussi considérablement changé, tout comme le travail, la condition ouvrière et la condition féminine.

La grisette, au , n'est plus qu'une évocation rétrospective, inspirée par la littérature. Les jeunes femmes de la même condition sociale se dénomment . .

Bibliographie Sources historiques . . . .

Études . Recension : . Recension : . Recension : . . .

Références

Articles connexes midinette Lorette (femme) trottin

Liens externes

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