Le gouvernement Andrés Manuel López Obrador () est le gouvernement des États-Unis mexicains du au , durant le mandat du président Andrés Manuel López Obrador (AMLO) et la législature du Congrès. Il fait suite aux élections fédérales de juillet 2018.
Soutenu par une coalition rassemblant le Mouvement de régénération nationale (MORENA), le Parti du travail (PT) et le Parti de la Réunion sociale (PES), cet exécutif est formé après la large victoire d'AMLO aux élections fédérales. Celles-ci conduisent au premier gouvernement de gauche depuis 30 ans et au premier qui ne soit pas formé par le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) ou le Parti action nationale (PAN) depuis 1928. Le gouvernement compte 19 secrétaires.
En , le PES se dissout, et à partir de 2019, le Parti vert écologiste du Mexique (PVEM) rejoint la coalition de gouvernement.
Le , 278 députés d’Ensemble nous faisons l'histoire, la coalition constituée du Morena, du PT et du PVEM, sont élus. La coalition ressort donc affaiblie de ces élections législatives, mais conserve la majorité absolue.
Historique du mandat Une préfiguration de la composition du gouvernement est rendue publique dès , lors de la campagne pour les élections fédérales de juillet 2018. Sans compter les secrétariats à la Défense et à la Marine, traditionnellement occupés par des militaires, il est prévu que le gouvernement formé en cas de victoire comporte 17 secrétariats. Huit femmes et huit hommes sont présentés à cet effet par le candidat, seul le possible futur secrétaire à la Sécurité publique, que López Obrador souhaite rétablir en cas de victoire, n'est pas annoncé.
Après la victoire aux élections, la composition du gouvernement est précisée, seul le titulaire pressenti pour le secrétariat des Affaires étrangères est modifié. Le gouvernement AMLO prend ses fonctions quelques mois plus tard, le 1 décembre.
Bien que la coalition Ensemble, nous ferons l'Histoire soit composée de trois partis (MORENA, PT et PES), le gouvernement ne comprend que des membres de MORENA et des personnes issues de la société civile, étant donné la très large prédominance de ce parti sur les deux autres dans les résultats électoraux (82 % des députés de la coalition). C'est le premier gouvernement de gauche depuis 30 ans et le premier qui ne soit pas formé par le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) ou le Parti action nationale (PAN) depuis 1928. Le gouvernement compte 19 secrétaires, dont 8 femmes. Pour la première fois dans l'histoire du pays, des femmes sont nommées aux postes de secrétaire à l'Intérieur et de secrétaire à l’Économie.
Un premier remplacement a lieu en après que la secrétaire à l'Environnement et aux Ressources naturelles Josefa González-Blanco Ortiz-Mena a fait retarder le décollage d'un avion de ligne de 45 min parce qu'elle était en retard à l'aéroport. Contrainte à démissionner après cet événement, certains analystes y voient aussi la conséquence de désaccords politiques avec le président. Elle est remplacée par Víctor Manuel Toledo Manzur. Le , le secrétaire aux Finances et au Crédit public Carlos Manuel Urzúa Macías démissionne pour désaccord politique. Le président nomme alors Arturo Herrera Gutiérrez à sa place, ancien membre de gouvernement et docteur en économie, dont la nomination est ensuite ratifiée par la Chambre des députés. Il s'agit de la deuxième démission d'un secrétaire du cabinet en 7 mois.
Politique de gouvernement Souvent surnommé dans les médias étrangers le « Bernie Sanders » ou le « Hugo Chávez mexicain » pour sa rhétorique populiste anti corruption et son antilibéralisme économique, AMLO et son gouvernement se refusent pourtant à toute réforme fiscale, confrontation avec le capitalisme, et politique redistributive. Leur politique ne s’éloigne d'autre part pas des normes traditionnelles de la politique mexicaine, ni sur les questions d'extractivisme, ni sur le féminisme, ni sur la sécurité. Alliant lutte contre la pauvreté, lutte contre la corruption et réaffirmation de l’État providence face au pouvoir économique et de la nation sur la scène internationale, la politique de l'alliance au gouvernement peut être en somme qualifié de social démocrate, antilibérale, populiste et nationaliste de gauche.
Économie et social
Finances publiques AMLO promet dés 2017 de ne pas effectuer d'expropriation, ni de confiscation ou de nationalisation, ni d'augmenter les impôts ni la dette publique, et de maintenir les équilibres économiques et la discipline budgétaire. Au contraire, afin de financer une politique sociale, il propose de lutter contre le capitalisme de connivence, la fraude fiscale et la corruption, et d'imposer une « austérité républicaine » aux bureaucrates, hauts fonctionnaires et politiciens.
Alors au pouvoir, il plafonne les salaires de l’État, des caisses de sécurité sociale et des entreprises publiques au montant net de 4 900 euros par mois, limite les normes de frais, et interdit le pantouflage. Il réduit également de 60 % le salaire présidentiel, retire aux anciens présidents pension et privilèges, met et la flotte automobile et l’avion présidentiel aux enchères et transforme la luxueuse résidence présidentielle des Pinos en musée, et remplace le corps militaire qui doit assurer sa sécurité par des civils non armés. Il interdit enfin certains dispositifs d'exonération fiscale comme la grâce d’impôts et l’externalisation de personnel.
Politique sociale Arrivé au pouvoir, le gouvernement met en place de nouveaux programmes sociaux divers qui bénéficient a 30 millions de bénéficiaires : bourses de la maternelle à l’université, aides pour la formation et l'insertion professionnelle des jeunes, aides pour les personnes handicapées, subvention pour les petits agriculteurs, microcrédits pour les petits commerçants et les artisans. Par la suite, le gouvernement augmente graduellement le salaire minimum jusqu'à son double hors inflation, et implémente une pension de retraite pour les personnes âgées de 65 ans et plus. Selon l’organisme autonome chargé d’évaluer la pauvreté, le Coneval, la proportion de personnes en situation de pauvreté était de 43,9 % en 2018, contre 36,3 % en 2022.
Grands projets d'Infrastructures d'énergie et de transport En matière d’infrastructures et de développement, plusieurs chantiers majeurs sont engagés dans les domaines des transports et de l'énergie.
La nouvelle administration lance la construction d'un réseau ferroviaire baptisé «train Maya», de 1 554 kilomètres de long, qui doit former une boucle passant par les principales villes et sites touristiques de la péninsule du Yucatán, du Chiapas et du Tabasco. Évalué à plus de 19 milliards d’euros, ce projet doit aboutir en 2024. Avec quarante-deux trains transportant à terme jusqu’à trois millions de passagers par an, la ligne entend redistribuer les flux touristiques aujourd’hui concentrés sur la côte afin de stimuler le développement économique de régions historiquement délaissées par l’État. En addition du développement du tourisme, le projet intègre un large plan d'aménagement du territoire, de développement et de réhabilitation des logements et infrastructures de transport, d’accès a l'énergie, à l'eau et à internet. Pour assoir la légitimité du projet, le gouvernement organise le week-end du 15 au un referendum dans les états concernés. Sur les 2,36 % des électeurs inscrits appelés à voter ayant participé au referendum, 92,3 % votent pour, et 7,4 % vote contre. Ce projet suscite cependant une certaine appréhension quant à son impact sur l’environnement, du fait du tracé du chemin de fer déforestant sur son chemin une bande de 60m de large, autant que du développement futur de l'étalement économique et urbain que le projet doit entrainer, dans une région très riche en biodiversité. Ainsi, selon le Centre mexicain de droit environnemental, le projet a en globalité détruit 2 500 hectares de forêts tropicales humides et tropophiles et directement affecté vingt aires naturelles protégées. Face aux inquiétudes, le tracé du Train Maya est déplacé a plusieurs reprises pour éviter les zones les plus sensibles écologiquement et réutiliser d'anciennes voies. Mais face à la contestation persistante, le gouvernement place le Train Maya comme projet relevant de la sécurité nationale, ce qui l'exempte des formalités bureaucratiques et des procédures judiciaires engagées contre lui, et donne à l'armée la responsabilité de la gestion opérationnelle du réseau.
Afin de contrer l'augmentation des prix de l'énergie et de renforcer l'indépendance énergétique du pays, AMLO opère un virage à 180 degrés par rapport à la politique de privatisations et d'ouverture du marché mise en place par son prédécesseur Enrique Peña Nieto. Il ambitionne de refaire de Petróleos Mexicanos (Pemex), entreprise qui détenait le monopole public du pétrole jusqu’à la libéralisation du secteur en 2013, et de la Commission fédérale de l'électricité (CFE), entreprise publique de l'électricité, des moteurs du développement et de l'autosuffisance énergétique du pays. Il promet ainsi de mettre fin aux exportations et importations d'énergie, réserve au secteur public la totalité de l’exploitation du lithium, et la moitié de la production d’énergie au détriment des investisseurs privés en retirant à ceux ci les subventions publiques, interdit la mise aux enchères de gisements de pétrole aux entreprises privées, et prévois un total de 7 raffineries de pétrole publiques d'ici 2023. La construction de la septième, au port de Dos Bocas, qui doit relancer la production nationale de pétrole commence en aout 2019.
Le gouvernement a pour projet d’offrir une alternative au canal de Panama, par où transite 3 % du commerce maritime mondial, mais qui, touché par la sécheresse, a du réduire drastiquement le trafic maritime journalier. Doit ainsi être construit le corridor interocéanique de l'isthme de Tehuantepec (CIIT), une ligne de chemin de fer reliant en 7 heures les ports de Salina Cruz sur le Pacifique et de Coatzacoalcos sur le golfe du Mexique. L'aménagement du couloir doit s'accompagner d'une large expansion des capacités des ports, et du développement de parcs industriels. Le service débute pour les passagers en , et à terme, le consortium du CIIT espère voir transiter 300.000 conteneurs d'ici 2028 et 1,4 million à plein régime en 2033. L'exécutif mise alors sur une augmentation de 3 à 5 points du PIB grâce a l'aménagement de l'isthme. Le projet est pourtant contesté pour la pollution occasionnée, l'expropriation de communautés indigènes non consultées, et la répression des opposants.
Les problèmes environnementaux, de stabilité des sols et de corruption liés a la construction du nouvel aéroport de Texcoco, mais surtout le gouffre financier qu'elle représentait (8 milliards d'euros initialement, relevés progressivement 13 milliards), étaient un débat majeur de la campagne de 2018. À la suite d'un référendum et d'une approbation de 70 % des suffrages, la construction est annulée et le projet est remplacé par l'agrandissement, terminé fini en , de aéroport militaire Santa Lucia à Zumpango, afin qu'il puisse accueillir des avions civils.
Affaires étrangères Concernant les affaires étrangères, le gouvernement souhaite sortir de l'atlantisme habituel de la diplomatie mexicaine, en ré-adoptant comme principe directeur la Doctrine Estrada, basée sur le non-interventionnisme et l’autodétermination.