Nicolas Changarnier, né à AutunPlace du Champ de Mars. Source : « Mac Mahon (1808-1893) et Changarnier (1793-1877) », article de Lucien Taupenot paru dans la revue « Images de Saône-et-Loire » de septembre 2000, pages 2 et 3. le et mort à Versailles le , est un général et homme politique français, candidat monarchiste à l'élection présidentielle française de 1848.

Il s'illustre particulièrement lors de l'expédition d'Espagne, où il recevra son premier titre honorifique, ainsi que lors de la conquête de l'Algérie.

Élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur le , il refuse la distinctionDossier de la Légion d'honneur de Nicolas Changarnier, base Léonore.Michel Wattel et Béatrice Wattel (préf. André Damien), Les Grand’Croix de la Légion d’honneur : De 1805 à nos jours, titulaires français et étrangers, Paris, Archives et Culture, 2009, p. 112..

Origines et formation Nicolas Anne Théodule Changarnier naît le à Autun, au numéro 30 rue du Champ-de-Mars (bâtiment rasé après 1842).. Fils de Nicolas Changarnier et de Marie-Françoise Caillery, il est issu d'une famille de royalistes et compte, parmi ses aïeux, le guerrier qui défendit, en 1638, la place de Saint-Jean-de-Losne. À sa naissance, son père est emprisonné par la République comme royaliste et ennemi de la Révolution.

Après ses premières études, Changarnier quitte Autun pour des études supérieures à la Faculté de droit de Paris.

Carrière militaire Sorti sous-lieutenant de l'École militaire de Saint-Cyr, il entre au service le comme garde-lieutenant dans l'ex-garde du corps du Roi, compagnie de Wagram. En , il est promu lieutenant au d'infanterie de ligne, formée dans l'ancienne légion départementale de l'Yonne.

En 1823, il prend part à l'expédition d'Espagne et s'y distingue. Le maréchal Moncey le signale comme s'étant particulièrement distingué dans les combats de Jorda et de Caldès, livrés par le d'armée de Catalogne. Il disperse avec un faible détachement un gros parti de cavalerie espagnole et s'empare du cheval du chef de cette troupe après l'avoir tué de sa main. Il est cité deux fois le , pour l'affaire de Jorba et le pour l'affaire de Caldès. Le , il est chevalier de la Légion d'honneur.

Le , il est promu capitaine au d'infanterie de la garde royale. Le , il est affecté au d'infanterie légère.

En Algérie Il débarque, en 1830, en Afrique, et prend part à l'expédition d'Alger à la tête d'une compagnie et ses premières campagnes sur la terre algérienne n'offrent aucun trait saillant. Connu, cependant, pour être un officier de mérite, il gagne tous ses grades à la pointe de l'épée sur divers champs de bataille. Parti avec son bataillon pour la province d'Oran en novembre 1835, il le commande par intérim à l'expédition de Mascara ; il se fait remarquer à l'avant-garde de la brigade Oudinot, à l'engagement de Sidi Embarek. Nommé chef de bataillon au léger à la suite de cette campagne, il se conduit brillamment à la première expédition de Constantine en 1836, dans la division Trézel, où il forme avec son bataillon l'arrière-garde de la colonneC'est là le véritable point de départ de sa fortune militaire. Il commandait l'extrême arrière-garde, à Coudiat-Aty. Les premières lignes ayant fléchi, il forme sa troupe en bataillon carré. Il a un mot historique, avant de sauver l’armée de la cavalerie ennemie : « Soldats du Léger, regardez ces gens-là en face : ils sont six mille et vous êtes trois cents. Vous voyez que la partie est égale. » Ses soldats, électrisés, attendent l'ennemi à portée de pistolet et le repoussent par un feu de deux rangs des plus meurtriers. L'ennemi, renonçant alors aux charges, reprit son système de tiraillement et fut pendant tout le reste de la journée contenu à distance, tant par le bataillon de Changarnier que par le de ligne et quelques escadrons de chasseurs. Ce fait d'armes passa d'abord inaperçu. Plus tard, le maréchal Clausel, dans son rapport au ministre de la guerre, crut devoir le signaler avec éloge.. Le commandant est fait lieutenant-colonel, et vient passer quelques mois à Autun, sa ville natale, qui le reçoit avec enthousiasme et fait exécuter un tableau reproduisant ce fait d'armes. Rentré en Afrique, Changarnier reçoit le commandement du camp du Fondouck, point alors très important, à l'Est d'Alger.

Nommé lieutenant-colonel au Léger en 1837, il participe en 1839, au lendemain de sa nomination comme chef de corps de ce régiment, à l'expédition des Portes de Fer, dont le but est d'établir la grande communication qui doit relier Alger à Constantine. Changarnier accompagne le duc d'Orléans et a un cheval tué sous lui, dans un combat d'arrière-garde. En 1839, il commande une colonne mobile à BoufarikPlus de essaient d'enlever le troupeau du camp. Le colonel court sur eux, les met en déroute, les poursuit, et les culbute dans la Chiffa, après leur avoir tué un grand nombre d'hommes. Quelques jours après, au combat d'Ouad-Lalleg, l'armée arabe, composée de l'infanterie régulière de l'Émir et de toutes les forces des deux kalifas de Médéa et de Miliana, avait pris position sur la berge de l'ancien lit de l'Oued-el-Kebir. Cette position était idéale ; il fallait, pour atteindre l'ennemi, traverser sous ses feux un ravin profond. Le léger, ayant à sa tête Changarnier, le de ligne, le , commandé par Bourjolly, s'y précipitent, gravissent la berge opposée, sans tirer un coup de fusil et chargent les Arabes qui, effrayés, veulent se mettre en retraite, mais il était trop tard : les colonnes françaises les poursuivent la baïonnette dans les reins, les culbutent et les refoulent jusqu'au-delà de la Chilfa. Ce combat eut pour résultat de forcer l'ennemi de repasser la première chaîne de l'Atlas. Il fit tomber dans le pouvoir français trois drapeaux, une pièce de canon, les caisses des tambours, et de fantassins..

Année 1840 Le , le colonel Changarnier, à la tête de , remporte une victoire sur plusieurs milliers de combattants Kabyles. Le , il est promu officier de la Légion d'honneur.

Le , à la prise de Cherchell par le maréchal Valée, qui a sous ses ordres le duc d'Orléans, le léger et son colonel assument la principale part des fatigues et des dangers de l'opération. Le maréchal proclame que le succès de ce combat est dû à l'habileté et à l'énergie du colonel Changarnier. En récompense de ce fait d'armes, Changarnier a l'honneur de former la colonne d'avant-garde pour l'attaque des hauteurs presque inaccessibles du Teniah de MouzaïaAu signal donné aux colonnes qui frémissaient d'impatience au pied de l'Atlas, chacune d'elles s'avance sous une grêle de balles ; tous les retranchements dont se hérisse l'Atlas, sont successivement enlevés. Mais deux bataillons réguliers et d'innombrables troupes de Kabyles défendent la pointe formidable du pic. Les soldats du léger sont parvenus, en se cramponnant des mains aux taillis et aux arbustes des roches, au pied des redoutes. Là, foudroyés par un feu terrible, les plus braves s'étonnent. Pans ce moment suprême, le colonel Changarnier plaçant froidement son épée sous le bras, s'écrie, en se tournant vers le léger : En avant, à la baïonnette! A sa voix, les rangs se resserrent, les redoutes sont enlevées, les Arabes sont culbutés dans les ravins, et le drapeau du léger déploie ses couleurs sur les plus hautes cimes de l'Atlas..

En juin 1840, il s'agit de ravitailler Miliana étroitement bloquée par les Arabes. Le maréchal confie le commandement de cette dangereuse expédition à Changarnier. Un corps de cinq mille hommes est mis sous ses ordres. Changarnier part, le 22, avec un immense convoi, trompe la vigilance d'Abd el-Kader et entre dans Milianah. Grâce à ses succès contre les Hajutas et les Kabyles, il reçoit la Croix de commandeur de la Légion d'Honneur. Il est nommé maréchal de camp le après dix mois de grade de colonel seulement, et reçoit le commandement de la subdivision de Blida. En décembre suivant, le général Changarnier est chargé de donner une leçon à Ben-Salem, l'un des plus habiles kalifas de l'Émir, en le forçant à lever le blocus de Cara-Mustapha, à l'est d'AlgerLe 19, au point du jour, il tombe sur les Arabes qui, surpris, fuient en désordre sur la rive opposée du Boudouaou ; mais Changarnier fait passer rapidement la rivière au de chasseurs d'Afrique que l'infanterie devait soutenir. Beaucoup de morts, des prisonniers, des chevaux, des mulets, des armes, des bagages attesteront sa victoire. Ben-Salem surpris, couché encore, s'était jeté à moitié nu sur un cheval.. Un nouveau ravitaillement de Milianah est encore entrepris et opéré dans cette campagne par Changarnier, avec la même audace. Dans une autre expédition faite pour délivrer les environs de Milianah et pour retrouver la grande voie que suivaient les Romains pour franchir la première chaîne de l'Atlas, Chargarnier se distingue, s'empare du col de Mouzaïa et bat un ennemi dix fois plus nombreux.

Année 1841 En 1841, au ravitaillement de Médéa (les ravitaillements ont été une des grandes difficultés de la conquête française), Changarnier reçoit à l'épaule, dans un combat d'arrière-garde, une blessure à bout portant, que l'on croit d'abord mortelle. Néanmoins; il refuse de quitter le commandement de la colonne, et le dispositif en place, il remonte à cheval et continue à diriger le combat. Après un court voyage en France, le général Changarnier retourne en Afrique, où le général Bugeaud lui confie le commandement de l'une des trois divisions des provinces d'Alger et de Titteri.

Année 1842 vignette|Lieutenant-général Changarnier (1843) Dans le courant d'avril et de , il ravitaille encore une fois les places de Miliana et de MédéaIl trouve le secret, tout en conduisant ces travaux, de faire des prises à l'ennemi par des détachements que la nuit il lance sur ses flancs. Cependant, le général Bugeaud combina avec le général Changarnier une grande opération dans les montagnes, dans le but d'ouvrir et d'assurer nos communications entre Miliana et Médéa, et de permettre d'approvisionner ces places sans le secours des grosses colonnes, mais par les indigènes eux-mêmes et sans escorte. Le général Changarnier dut pénétrer la chaîne des montagnes entre le Zaccar et la mer ; il entra par le col de Mali, plus difficile que celui de Mouzaïa. La colonne traversait un pays où jamais les Turcs n'avaient osé pénétrer, et n'avait souvent qu'un sentier sur lequel il fallait défiler homme par homme, cheval par cheval. L'arrière-garde était souvent attaquée par les Kabyles qui lui faisaient éprouver des pertes cruelles. Le général Changarnier en terminant cette laborieuse campagne de neuf jours, rendit lui-même hommage à l'énergie et au dévouement de sa division qui considérait les combats d'arrière-garde comme des dédommagements.. Le résultat est l'occupation de Cherchell, de Miliana, de Médéa et d'un point derrière les montagnes de l'Est, par deux bataillons mobiles et quelques cavaliers, qui garantissait qu'aucun ennemi ne pouvait traverser les monts. Le général Changarnier passe dans la vallée du Chéliff, reçut la soumission de nombreuses tribus et chasse jusqu'aux limites du désert, à d'Alger, les tribus non soumises. Plus de de bétail et restent au pouvoir des français.