Apelle (Apelles, Ἀπελλῆς) est un chrétien gnostique du milieu du .

Disciple de Marcion, probablement à Rome, il quitte (ou a été expulsé) la communauté marcionite. Il se différencie de son maître en raison de son attachement au monisme de Dieu et son évolution vers un gnosticisme d'école alexandrine. Il cherche à établir un pont entre le gnosticisme et la future orthodoxie.

Biographie, doctrine et réception

Tertullien écrit qu'il se singularise intellectuellement et quitte Marcion parce qu'il s'est lié à une femme nommée Philomena qui prétend être possédée par un ange, lequel lui fait voir le Christ et Saint Paul. Ceux-ci lui délivrent des « révélations » qu'Apelle lit en publicDe praescriptione haereticorum 30..

Après son apprentissage à Rome, Apelle se rend ensuite à Alexandrie, où il développe sa doctrine, un marcionisme réformé, qui (selon Tertullien) admet que le Christ possédait une vraie chair (corporéité) humaine mais continuait à nier la NativitéTertullien, Adversus Marcionem III.1.1. C'est là qu'il rencontre Philomène, sorte de voyante versée dans la magie qui l'aide dans ses travaux.

Il essaie de servir de médiateur entre les positions dualistes de Marcion et les positions proto-orthodoxes. En fait, si Marcion distingue dans ses Antithèses le Dieu dur et sévère de l'Ancien Testament, le Dieu de la Loi, le Démiurge, du Dieu bon du Nouveau Testament, Père de Jésus, selon le dualisme gnostique-manichéen, Apelle est revenu au concept orthodoxe d'unité et de Trinité de Dieu.

De plus, Apelle veut unir les vues orthodoxes et le gnosticisme, malgré le docétisme de ce dernier, docétisme qui proclame, contrairement au kérygme (cœur de la foi chrétienne), que le corps du Christ est complètement immatériel, formé principalement de matière stellaire ou de substance divine.

Selon Apelle, le « Dieu Bon, Saint et Supérieur » ne se soucie jamais des choses inférieures, mais il émane un autre dieu qui a créé le monde. Apelle écrit également un vaste ouvrage, aujourd'hui perdu mais cité par Saint Ambroise de Milan, intitulé Syllogismoi (raisonnements) pour prouver l'erreur de l'Ancien TestamentEusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique. Ouvrage sans doute remarquablement long puisque le volume 38 est mentionnéPeter Kirby, Apelles, Early Christian Writings, 2006.. Ce titre lui-même suggère qu'Apelle a l'intention de se situer par rapport aux Antithèses de Marcion, lesquelles opposent l'Ancien et le Nouveau Testament pour rejeter le premier et privilégier dans le second, les épitres pauliniennes, clé de son interprétation.

On attribue à Apelle un texte apocryphe comprenant 3 oeuvres, l'Évangile d'Apelle perdu aujourd'hui, les Sillogismoi, et les Manifestations (récit des visions de Philomène). La première œuvre est connue seulement par quelques citations données par les Pères de l'Église, notamment par Saint Jérôme de Stridon et Saint Épiphane de Salamine ; la deuxième est connue grâce à Saint Ambroise, mais la troisième a entièrement disparu.

Les Pères de l'Église s'opposent à Apelle. Tertullien, par exemple, désigne Philomène comme une prostituée et accuse Apelle d'impudeur, mais Rhodon, qui l'a connu personnellement, le qualifie de . Tertullien, cependant, l'attaque souvent dans ses écrits (De Praeser, LXVII ; Adv. Marcionem, III, g. 11, IV 17) et écrit même une œuvre qui lui est expressément dédiée, Adversus Apelleiacos, perdue mais connue d'Hippolyte de Rome comme de Saint Augustin.

Tertullien mentionne dans l'Adversus Apelleiacos un point de doctrine de cette secte selon lequel la chair a été créée pour les âmes séduites par un certain « prince ardent du mal »De Carne Christi 8 et De Anima 23.. De plus, ils croient que le corps du Christ était composé d'éléments terrestres et, plutôt que de monter au ciel, son corps s'est décomposé, dans un retour à la Terre après sa mortPatristic Studies, Catholic University of America, numéro du Janvier 1955 p75, contrairement aux récits évangéliques de la Résurrection et de l’Ascension. Cela semble lié aux idées gnostiques de Basilide ou Valentin. Les thèses marcionites décrites au début du Ve siècle par l'apologète arménien et défenseur de l'orthodoxie Eznik de Kolb (« Yeznik Koghbatsi ») semblent également converger sur ce point.

mention pour la dernière fois de la présence d'Apelle à Rome en 188, où il meurt à un âge avancé.

Disciples et postérité ultérieure Les disciples d'Apelle, connus sous le nom d'Apellitae, d'Apelliacos ou d'Apelléastes, sont pour la plupart inconnus. La secte est pourtant fondée dans la Ville Éternelle.

Saint Ambroise de Milan, durant la deuxième moitié du , dirige certains de ses commentaires dans son De paradiso (Sur le jardin d'Eden) contre cette secte, mais nous ignorons s'il agissait à des fins pastorales (à l'encontre d'une secte toujours active ce qui signifierait une persistance jusque vers l'an 400, thèse soutenue par certains chercheurs) ou s'il a juste repris lAdversus Apelleiacos de Tertullien.

Commentaires des Pères sur Apelle Rhodon fournit ces informations sur les disciples de Marcion :

Rhodon offre ce récit d'une discussion avec Apelle :

J. Quasten en fournit une analyse :

Œuvres (perdues) d'Apelle Syllogismoi (Raisonnements) Évangile d'Apelle Manifestations (φανερωσεις)

Notes et références

Bibliographie Peter Kirby, Apelles Early Christian Writings'', 2006.

Voir aussi Gnosticisme Marcionisme Christologie

Liens externes

Gnosticisme Catégorie:Personnalité égyptienne du IIe siècle