vignette|Bibliothèque d'études islamiques - Université de Mcgill.
De nombreuses recherches sur la chronologie de la rédaction du Coran ont été menées depuis le . Les manuscrits anciens montrent que le rasm, squelette consonantique, du Coran a été rédigé avant l'ajout des signes diacritiques. Concernant la rédaction du rasm, les chercheurs proposent à partir d'outils multiples différentes alternatives allant d'une durée de mise à l'écrit courte à partir de l'œuvre d'un seul auteur jusqu'à un travail rédactionnel collectif et tardif.
Pour Gilliot, ..
Les manuscrits anciens pour dater le texte coranique ? La datation des manuscrits Il est possible de dater un texte grâce à la manière d'écrire les lettres et les signes diacritiques. L'étude d'un Coran ommeyade a permis de montrer que le style Hijazi est le plus ancien.. Néanmoins cette méthode connaît quelques limites, car, selon Fr. Déroche, des mouvements conservateurs pouvant maintenir une méthode d'écriture plus ancienne ou une réforme peut mettre du temps à se mettre en place.. Ainsi, une même datation peut faire l'objet de débat. Par exemple, le codex Parisino-petropolitanus est daté du troisième quart du par François Déroche, celui-ci considérant qu'il n'a pas été affecté par les réformes d'al-ḤaǧǧāǧF. Déroche, La transmission écrite du Coran dans les débuts de l'islam. Le codex Parisino-petropolitanus, Leyde, Brill, 2009, .. À l'inverse, Guillaume Dye, pour qui cette réforme reste encore obscure, pense que son format lié à une lecture publique serait lié à cette réforme. Il date donc le manuscrit du début du "Pourquoi et comment se fait un texte canonique : quelques réflexions sur l'histoire du Coran", in G. Dye, A. Van Rompaey & C. Brouwer (Eds.), Hérésies : une construction d'identités religieuses, Bruxelles, 2015, ..
vignette|Codex Parisino-petropolitanus, feuillet, style Hijazi
Pour aider à déterminer la date d'un manuscrit coranique, il est aujourd'hui possible de dater par la méthode du carbone 14 le support du texte. Les études n'étant pas menées sur l'encre, il n'est pas impossible qu'un temps long se soit passé entre la production du support et sa rédaction. Ainsi, à propos du Codex de Birmingham, Rezvan explique qu'il y a un saut de 50 à 70 entre sa fabrication et son utilisation pour la rédaction. Pour l'auteur, ces parchemins, qui ont une importante valeur financière, ont été stockés dans des monastères ou des scriptorium avant d'être capturés et utilisés après la conquête arabe.
Au-delà de cette différence datation/rédaction, Dye met en garde contre une trop grande confiance dans les datations au Carbone 14. « Il apparaît que les conditions qui légitimeraient une confiance extrême dans les datations au radiocarbone ne sont pas réunies, à l'heure actuelle, pour les manuscrits coraniques anciens. ». L'auteur cite comme exemple le « Coran de la nourrice » que l'on sait être copié en 1020 mais est daté de 871 à 986. Même la date la plus haute possède un saut de , ce qui peut être dommageable à l'échelle des quelques dizaines d'années que forment la fin du et le début du . Les raisons de ces défauts sont encore mal connu (problème de calibration, contamination…). Ainsi, « les datations au radiocarbone des manuscrits coraniques anciens doivent être prises avec précaution, même quand elles ne donnent pas des résultats aberrants »"Pourquoi et comment se fait un texte canonique : quelques réflexions sur l'histoire du Coran", in G. Dye, A. Van Rompaey & C. Brouwer (Eds.), Hérésies : une construction d'identités religieuses, Bruxelles, 2015, ..
{| class="wikitable" |+Quelques manuscrits anciens
|Datation du support |Datation de la rédaction
|Coran de Birmingham |Entre 568 et 645 apr. J.-C« Research and conservation » archive, University of Birmingham, 2018 (consulté le 6 septembre 2018). |FD : Troisième quart du (650 à 675 apr. J.-C.)Samuel Bleynie, « Des fragments d'un des plus anciens Corans découverts à Birmingham », La Croix, 26 juillet 2015 (lire en ligne archive)
|Codex Parisino-petropolitanus | |FD : Troisième quart du (650 à 675 apr. J.-C.)Parisino-petropolitanus, Leyde, Brill, 2009, GD : G. Dye, Pourquoi et comment se fait un texte canonique : quelques réflexions sur l'histoire du Coran in G. Dye, A. Van Rompaey & C. Brouwer (Eds.), Hérésies : une construction d'identités religieuses, Bruxelles, Ed. de l'Université de Bruxelles, 2015, et suiv.
MT : 695-696 apr. J.-C<ref>« Le Coran d'Asmā », Les carnets de l'Ifpo, 2011 (lire en ligne archive)</ref>.
|M a VI 165 (Tübingen)|Entre 649 et 675 apr. J.-CGuillaume Dye, Pourquoi et comment se fait un texte canonique ? En ligne page 66, note 34 archive
|Fragments de Leyde|Entre 650 et 715 apr. J.-C |Entre 770 et 830 apr. J.-C
|Coran de Sanaa (DAM 01-27.1, inf.)''' |Entre 578 et 669 |Période marwanide
Pour une histoire par les manuscrits ? Pour dater la rédaction du Coran, les chercheurs se sont penchés sur les manuscrits anciens. Michael Marx qui codirige avec François Déroche et Christian Robin le projet Coranica révèle en 2014 qu'il existe entre 1500 et 2000 feuillets coraniques datant du siècle de l'hégire dont un codex « quasi complet », ce qui confirme pour lui la version traditionnelle des (610 à 632) de révélation coraniqueÉmission du 28/03/2014. À écouter sur le site de France culture, à partir de 28 min 50 s [7 archive..
vignette|Feuillet de Sanaa, laissant transparaître un texte d'une couche inférieure effacée.
Pour François Déroche, qui défend une mise à l'écrit othmanienne, « les plus anciennes copies du Coran s'avèrent d'une importance essentielle pour nous permettre d'approcher de plus près l'histoire du texte coranique. La plupart des hypothèses récentes sur la date et les conditions de constitution de la vulgate se signalent par l'absence de prise en compte de ce que nous savons de la tradition manuscrite la plus ancienne qui offre sur plusieurs points des arguments très forts pour les écarter ». L'auteur reconnait toutefois que l'exemplaire othmanien a disparu et que le travail de mise à l'écrit à cette période ne correspond pas à la tradition musulmane puisque les manuscrits anciens montrent l'écriture d'un rasm encore défectueuxDéroche Fr., La voix et le calame, Collège de France, 2007.. Pour François Déroche, ces manuscrits anciens « montrent un texte qui, si nous nous en tenons au rasm nu, correspond pour l'essentiel à la vulgate utmānienne. Les éléments constitutifs de cette dernière sont donc déjà présents, mais un certain nombre de points mineurs ne sont pas encore stabilisés. »François Déroche, La transmission écrite du Coran dans les débuts de l'islam, éd. Brill, 2009, ., ce qui contredit les récits traditionnels.
Pour l'auteur, « l'histoire de la vulgate coranique est donc à reconsidérer sur une plus longue durée. Si les bases en ont été jetées assez tôt, avant l'intervention du calife ʿUthmān, le rasm n'était pas encore stabilisé à l'époque où a été copié le Parisino-petropolitanus et ne le sera sans doute pas avant le . »F. Déroche, La transmission écrite du Coran dans les débuts de l'islam, Leyde, 2009, .. En effet, ce manuscrit contient encore des variantes au niveau du rasm « qui ne sont ni conformes à celles que reconnaît la tradition, ni réductibles à des particularités orthographiques. »François Déroche, La transmission écrite du Coran dans les débuts de l'islam. Le codex Parisino-petropolitanus. Brill, Leyde, 2009., et suiv.
Disponible sur https://books.google.be/books. De même, pour Mohammad Ali Amir-Moezzi à propos des manuscrits de Sanaa., « En sus de quelques variantes orthographiques et lexicographiques mineures, 22 % des de fragments étudiés présentent un ordre de succession de sourates complètement différent de l'ordre connu »Michel Cuypers, Geneviève Gobillot, Idées reçues, le Coran, Éditions Le Cavalier Bleu, Paris, août 2007, .
Au-delà même du fait que les conditions des Corans anciens ne permettent pas une confiance extrême dans ces datations, en l'état actuel de la recherche, « si l'existence de témoins manuscrits pré-marwanides [avant 684] ne peut être exclue […], elle n'est en tout cas […] absolument pas prouvée, contrairement à ce qui reste trop souvent affirmé. ». Pour Amir-Moezzi, rejoignant Gilliot, l'étude des manuscrits n'est, en effet, pas actuellement utile pour dater le texte puisque le premier Coran complet date du et que la datation des manuscrits de la fin du ne fait aucun consensus parmi les chercheurs »Kohlberg E., Amir-Moezzi M., Revelation and Falsification, Brill, 2009, et suiv..
Datation du texte par la méthode historico-critique Dye propose deux voies pour la recherche. Soit elle présuppose une quasi-identité entre la date des témoins matériels et de la rédaction du Coran, soit elle cherche à mettre au jour la mise en place du texte des premiers Corans n'ayant pas laissé de traces matérielles par la méthode historico-critique, incluant l'étude interne du texte de son style, de son contexte… Cette seconde approche existe depuis le pour le texte coranique.
. Dye rappelle que l'unanimité n'est pas une garantie de vérité, que les récits sur la collecte coranique sont souvent contradictoires, Amir-Moezzi, M. A., & Kohlberg, E. (2007). „Remarques sur l'histoire de la redaction du Coran. Autour du Livre des Recitations coraniques d'al-Sayyārī », Apocrypha, 18, 247–288.. Ce travail des chercheurs implique de se séparer des récits traditionnels puisque « toute histoire du Coran qui se fonde essentiellement sur les récits de la tradition musulmane rencontre trois difficultés : les réponses qu'elle apporte ont une plausibilité très relative ; des données sont soit ignorées, soit interprétées de manière tendancieuse ; certaines questions ne sont simplement pas posées. »"Pourquoi et comment se fait un texte canonique : quelques réflexions sur l'histoire du Coran", in G. Dye, A. Van Rompaey & C. Brouwer (Eds.), Hérésies : une construction d'identités religieuses, Bruxelles, 2015, ..
Critique interne du texte Plusieurs études ont essayé de mettre en valeur l'unité du texte coranique. Sans aller jusqu'à affirmer que le Coran a un seul auteur, Anne-Sylvie Boisliveau dans son étude souligne que l'aspect unifié du style du texte et de l'argumentation nous démontrerait qu'il y a un « auteur » campant sur ses positions plutôt qu'un ensemble d'« auteurs » débattant entre eux (ce qui aurait créé un style "plat"), en ce qui concerne la part quantitativement la plus importante du Coran qu'elle appelle « le discours sur le statut du texte coranique », et que le Coran aurait été composé à l'époque de MahometAnne-Sylvie Boisliveau, "De la canonisation du Coran par le Coran", article du 27 février 2014, , paragraphe 47 et , paragraphe 44 consultable sur le site iqbal.hypothèse.org en ligne archive.. Il en est de même pour les recherches de M. Cuypers sur la rhétorique du CoranM. Cuypers, La composition du Coran, Collection « Rhétorique Sémitique » . Paris : Lethielleux, 2012.. Néanmoins, l'un et l'autre reconnaissent que le Coran a une histoire rédactionnelle et qu'il est compositeM. Cuypers et G. Gobillot, Idées reçues sur le Coran : Entre tradition islamique et lecture moderne, Anne-Sylvie Boisliveau, "Métatextualité et autoréférence dans le texte coranique" dans Azaiez Mehdi (éd.), Mervin Sabrina (collab.), Le Coran, Nouvelles approches, Paris, CNRS Editions, 2013, 350 p. . Ces études se disent explicitement « synchroniques », c'est-à-dire qu'elles étudient un état du texte à un moment donné, en l'état la forme finale, et non son évolution dans le temps. Les deux approches diachronique et synchronique ne sont pas contradictoire puisqu'un texte peut, pour Cuypers, être "composé et composite ».