Roland Sabatier (né à Toulouse le et mort à Paris le ) est un artiste et auteur pluridisciplinaire français appartenant au groupe lettriste.

Biographie Roland Sabatier étudie à l'École supérieure des beaux-arts de Toulouse et de Grenoble, puis à l'École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (ENSATT) de Paris.

Il suit les cours d‘Arts appliqués de Jean Prouvé au Conservatoire National des Arts et Métiers. Roland Sabatier rejoint le groupe lettriste en 1963, à la suite de sa découverte de ce mouvement lors d'une manifestation d'Isidore Isou à la Biennale de Paris.

Il crée les Publications Psi en 1963 et les Éditions Lettrisme et Hypergraphie (ELH) en 1966. Il co-crée en 1966 le Café-Théâtre de l’Echiquier, dont il devient l'un des animateurs. En 1970, Sabatier entre dans la société des Éditions de bibliophilie Georges Visat au sein desquelles il rencontre Aragon et organise des éditions et des expositions de Man Ray, Bellmer, Matta, Meret Oppenheim ou du Groupe Lettriste et dont il devient le directeur-gérant en 1977. Il prépare à cette époque un doctorat d'État sous la direction d'André Veinstein avec pour sujet de thèse Les destructions internes et externes de l'artVoir: Érik Bullot, Le film et son double, Éditions MAMCO, Musée d'art moderne et contemporain de Genève, Genève, 2017, p.85 et note 16..

Sabatier est l'auteur, notamment, du Catalogue raisonné de l’œuvre gravé de Roberto Matta (Éditions Sonet-Visat, Stockholm, 1975) et de Le Lettrisme : les créations et les créateurs (Z'éditions, Nice, 1989). Il publie régulièrement de nombreux ouvrages et romans.

Roland Sabatier décède le , le jour de son 80e anniversaire.

Peinture À partir de sa première réalisation plastique, publiée en 1963 dans la revue Ur, 1, qui marquait son accord avec l’esthétique de la lettre et du signe, Roland Sabatier va construire progressivement une œuvre picturale dense, établie dans le champ complet des inédites structures esthétiques révélées par le Lettrisme, à savoir l'hypergraphie, art basé sur l'intégralité des signes concrets de la communication (alphabets, idéogrammes, codes...) et l'art infinitésimal, basé sur des données esthétiques virtuelles, intangibles et inconcevables, destinées à être imaginées uniquement par les amateurs. Le tout étant fondé, d'une part, sur les ressources de la méca-esthétique intégrale qui offre aux œuvres d'art les supports et les outils issus de toutes les branches du Savoir ; et, d'autre part, du cadre supertemporel exprimé par la participation infinie du public à la réalisation d'une œuvre perpétuellement changeante, modifiée et recommencée indéfinimentVoir: Isidore Isou, L'Art Supertemporel, suivi de le Polyautomatisme dans la mécanique-esthétique, Éditions Escaliers de Lausanne, Paris, 1960. Repris in Isidore Isou, Introduction à l'esthétique imaginaires et autres écrits (pp.29-75), Éditions Les Cahiers de l'Externité, Paris, 1999.. Son matériel, au début alphabétique et régi par la répétition ou ordonné en structures nominales tronquées ou altérées (série Les Erreurs, 1963Catalogue de l'exposition Poésure et Peintrie, d'un art l'autre, Commissaire Bernard Blistène, Centre Vieille Charité, Marseille, Éditions Musées de Marseille, Réunions des Musées Nationaux, 1998, voir deux reproductions p.279.), va s’enrichir, en 1964, et se complexifier à travers de multiples développements constituant des styles distincts. Ceux-ci finiront par incorporer les éléments représentatifs de toutes les catégories de transcriptions. Ses compositions disséminées dans l’espace finiront par se réduire à des organisations linéaires et superposées, généralement exemptes d’effets plastiques.

À partir de 1969, tout en poursuivant l’exploration de ces options premières, il dirigera son œuvre vers les conséquences extrêmes, négatives, de l'anéantissement formel dont il décrira et commentera le détail, en 1974, dans Situation de mes apports dans la polythanasie esthétiqueÉditions Psi, Paris, 1974 (ouvrage embrassant des œuvres réalisées entre 1969 et 1974).. Depuis 1963, de très nombreuses participations à des revues, à des livres et à des expositions collectives et personnelles rendaient compte des multiples facettes de son œuvreVoir: Roland Sabatier par Isidore Isou, in Figures de la négation, Avant-gardes du dépassement de l'art, pp. 169-172, Éditions Art Moderne Saint-Étienne Métropole et Art-of-this Century, Paris, 2004.. En 2013, il proposait un ensemble de ses réalisations réunies sous le titre de "Œuvres de pédagogie esthétique (1988-1990)" à la Fondation du doute de BloisOeuvres décrites et expliquées dans Enseignement de Roland Sabatier, de Mirella Bandini, en préface au catalogue de l'exposition publié en 2013 par la Fondation du doute - École d'Art de Blois-Agglopolys.. Plusieurs de ses œuvres plastiques sont présentes en différents musées: J. Paul Getty Museum, Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Étienne, Musée d'art contemporain de Barcelone (MACBA), Tel Aviv Museum of Art, ou Musée national d'art moderne du centre Georges Pompidou (MNAM).

Le roman Les résolutions de Roland Sabatier dans l’art plastique devaient, dans des arrangements différents, prosodiques, servir de base à la réalisation de plusieurs romans et nouvelles. Son premier roman hypergraphique, Manipulitude, publié en 1963 aux éditions Psi, était qualifié de "supertemporel" dans le sens où il était entièrement ouvert à la participation des lecteurs. Puis vinrent Gaffe au golf et Le Roman du Soulèvement de la jeunesse, de 1964, qui, du point de vue de la narration à multi-écritures, sont des expressions fouillées et complexes poursuivant le développement constructif de l’inédite matière romanesque. D’autres réalisations dans ce domaine, comme Pour la forme (1969) et, plus récemment, L’Une ou la même, l’autre (1985) et Auparavant (1991) abordaient les mêmes matières sous l’angle de divers degrés de l’organisation destructive. Romanesque, de 1971, sera couronné par le Prix des Créateurs.

La photographie Toujours sur le plan des arts visuels, mais cette fois dans la discipline de la photographie, l’auteur de Manipulitude illustre également l’ensemble des possibilités offertes par les écoles ciselantes, hypergraphiques — où se situe sa série des portraits lettristes de 1964 — et infinitésimaux. Dans ce cadre, il faut signaler ses premiers « rayogrammes » à écritures, fondés sur une inédite superposition de signes, qui furent regroupés, en 1964, dans le recueil intitulé La Bouche, dédié à Man Ray.

Sa pensée à propos de la photographie est énoncée dans sa contribution à l'ouvrage Pour la photographie III (Germs, sous la direction de Ciro Giordano Bruni, 1990).

La poésie et la musique À l’intérieur des arts sonores de la poésie et de la musique, son œuvre, également prolifique, commencée à partir de 1963, parcourt l’étendue des expressions offertes sur le plan verbal par le lettrisme, l’aphonisme, et l’art des virtualités. Depuis Lettries ronflantes, parues en 1964 avec une préface d'Isidore Isou, il a proposé dans cette dimension de l’art, aussi bien des compositions à formes fixes, généralement ouvertes sur des thèmes descriptifs, que des orchestrations purifiées — comme celles réunies, en 1976, sous le titre de Œuvres poétiques et musicales (...) que je n’ai pas composéesL'ouvrage regroupe des œuvres réalisées de 1974 à 1976 et sont parues aux Publications Psi, Paris, 1976., qui ont fait l’objet d’une émission radiophonique, la même année, sur France Musique— constituant un répertoire riche, en permanence animée par la volonté de dévoiler d’inédits styles de beautés. Ses premières partitions aphonistes, écrites à partir de 1964, sont parues en 1966 dans le recueil intitulé Œuvres aphonistes, dédié à cette expression basée sur une poésie et une musique silencieuses, ou plutôt "a-sonores", exprimées aux moyens d'images ou d'actions corporelles silencieuses. Depuis le concert lettriste organisé au Théâtre de l’0déon, en , un grand nombre des compositions de Roland Sabatier ont été interprétées en public à l’occasion de nombreuses manifestations. Par ailleurs, ses œuvres sonores, jusqu’ici dispersées dans différentes revues et ouvrages, ont été regroupées, en 2007, dans une édition autonome intitulée Œuvres poétiques et musicales (1963-2007) .

Théâtre Les arts de la scène ont représenté un terrain fertile dans lequel cet auteur a signé, également, plusieurs réalisations : une pièce de théâtre ciselante et discrépante, Graal ou la Leçon des Rois, dont le contenu des différentes colonnes a été publié en dans la revue Ur, 4, plusieurs hypergraphies théâtrales, et aussi, toujours dans le courant de l’année 1964, des accomplissements mimiques et chorégraphiques, dont certains ont été interprétés, en 1965, sur la scène de Théâtre de l’AmbiguVoir: Retour à l'Ambigu de Roland Sabatier in Isidore Isou, Éditions de la Lettre volée, Bruxelles, 2019. pp.129-155. .

Par ses propositions, à cette époque, de costumes hypergraphiques, d’ombres chinoises ciselantes et hyper-ampliques, ainsi que par ses partitions, en 1963 et 1964, de spectacles d’électrographieVoir: Réponses à Gérard Rambert au sujet de l'électrographie suivies de Choix d'œuvres, de Roland Sabatier, Publications Psi, Paris, 1990., exclusivement fondés sur des effets de lumière, il a doté la colonne décorative de l’art de la présentation de contenus inusités qui approfondissaient ces différents secteurs dans les explorations formelles les plus progressistes.

Cinéma Dans le cinéma, à travers l’ensemble des modalités filmiques lettristes, et, en général, sur des thèmes en relation avec la plupart des contenus les plus avancés des disciplines complémentaires, Roland Sabatier a réalisé plusieurs dizaines de films préoccupés, généralement, par la mise en doute des valeurs de cet art. Au-delà de ses premières réalisations, comme Les Preuves (1966), Evoluons (encore un peu) dans le cinéma et la création (1972), etc., ses films récents, comme Regarde ma parole qui parle (le) du cinéma (1982), Inachevés, à-peu-près et refus, avec portrait de dame (1981), Quelque part dans le cinéma (1982) ou Pour-Venise-Quoi ? (1994), ne sont souvent plus que des « films à exposer » — et non à projeter — qui développent cette démarche purificatrice vers ses conséquences les plus extrêmes, vers les limites au-delà desquelles un film ne ressemble plus à un film, pour imposer un cinéma novateur en limite du cinéma. À leur sujet, Frédérique Devaux, dans Le Cinéma Lettriste (1951-1991), indique "à quel point les apports lettristes en général, ceux de Sabatier en particulier, ont été de redoutables pressentiments du devenir de l’art. Il reste à discerner à quels degrés les novations de cette avant-garde ont infléchi le cours des productions contemporaines de réalisateurs extérieurs à cette formation, étant entendu que ces créations ont, le plus souvent, précédé la marche de la contemporanéité, à l’image de phares solitaires au milieu des vagues successives d’auteursÉditions Paris Expérimental, Paris, 1991. pp. 210-211.". L’œuvre cinématographique de Roland Sabatier, présentée à la Cinémathèque française et dans les principaux festivals d’avant-garde, a été publiée dans son ensemble, en 1983, sous le titre de Œuvres de cinéma (1963-1983). Deux manifestations récentes rendaient compte de cette forme de cinéma: en 2013, "La (certaine) image du cinéma de Roland Sabatier", au Pavillon de La Fondation du doute de Blois, et en 2014, "Movies at remove : Roland Sabatier's Anti-cinema (1964-1985)", à la Galerie Garage Cosmos de Bruxelles. En 2019, il publiait le catalogue raisonné de l'ensemble de ses films conçus de 1963 à 2013.

L'architecture et le mobilier