Les procès de Khabarovsk désignent une série de procès pour crimes de guerre qui se déroulent entre le 25 et le , dans la cité industrielle soviétique de Khabarovsk, la plus grande ville de l'Extrême-Orient russe, à la frontière entre la Chine et l'URSS. Douze membres de l'armée japonaise du Guandong, basée en Mandchourie, sont jugés et condamnés par la justice soviétique pour production et usage d'armes biologiques durant la Seconde Guerre mondiale.

Contexte

À la fin de la Seconde Guerre mondiale sur le front du Pacifique, les actes de l'armée impériale japonaise dans les territoires qu'elle a conquis sont examinés de près par les vainqueurs. Plusieurs procès ont lieu pour juger les crimes de guerre, de manière globale devant le tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient, qui se veut le pendant asiatique du procès de Nuremberg, ou de manière plus locale, comme le tribunal de Nankin.

vignette|Shirō Ishii.

vignette|Douglas MacArthur en 1945. Toutefois, comme en Europe, les vainqueurs ont passé des accords pour permettre à certains criminels, suivant l'importance des découvertes qu'ils ont pu faire durant la guerre, d'échapper à ces mises en accusation. Les États-Unis ont promis notamment dès (par la voix du général MacArthur) l'immunité au général Shirō Ishii, commandant une unité militaire de recherche bactériologique, l'unité 731, et à ses collaborateurs ; l'immunité lui est ensuite accordée pleinement en 1948, bien que l'utilisation de prisonniers de guerre américains comme cobayes humains ait été rapportée au haut commandement dès novembre..

Mais en Mandchourie, dans l'ancien État fantoche du Mandchoukouo, les Soviétiques font prisonniers une douzaine de responsables impliqués dans le programme militaire bactériologique, liés aux laboratoires disposés par Shirō Ishii le long de la frontière sino-mandchoue. Outre Otozō Yamada, dernier commandant en chef de l'armée japonaise du Guandong, et directement responsable de l'unité 731, ces prisonniers ont tous travaillé dans cette unité à des postes importants, administratifs ou techniques. Qui plus est, l'armée soviétique se saisit des archives des laboratoires qui ont échappé à la destruction. Un procès public est alors organisé dans la ville de Khabarovsk, ville-frontière de Sibérie orientale. Le procès dure du 25 au .

Durant celui-ci, les accusés, tels le major général Kiyoshi Kawashima, témoignent que dès 1941, une quarantaine de membres de l'unité 731 font parachuter des puces infectées par le virus de la peste sur la ville chinoise de Changde. Ces opérations déclenchent des épidémies de peste.. Les autres « faits d'armes » de l'unité sont également dévoilés au cours de l'instruction. Le , le procureur L. N. Smirnov entame son réquisitoire, ciblant à la fois les accusés présents et les absents , ayant été protégés par les Américains.

Parfaitement au courant de la réalité des faits reprochés, les États-Unis qualifient néanmoins les procès de Khabarovsk de « propagande », la guerre froide succédant à la guerre mondiale.. , procureur en chef au Tribunal international d'Extrême-Orient, tout comme le général MacArthur, nient toute implication du Japon dans un programme de guerre biologique, tout comme ils nient que des prisonniers de guerre américains aient pu être les victimes d'expériences de ce type.

La totalité des accusés a plaidé coupable pour les accusations de crimes de guerre, mais aucun n'est condamné à mort, la peine de mort n'existant plus en Union Soviétique en 1949. Les peines infligées vont de deux à vingt-cinq ans de travaux forcés en camp de travail. En 1956, ceux qui sont encore détenus sont libérés et rapatriés au Japon. La légèreté du verdict prononcé et la libération anticipée des derniers prisonniers laisse penser que les Soviétiques ont également pu bénéficier des connaissances de leurs détenus.

En 1950, l'Union soviétique publie les minutes du procès en anglais. L'ouvrage regroupant ces minutes est intitulé Materials on the Trial of Former Servicemen of the Japanese Army Charged with Manufacturing and Employing Bacteriological Weapons., incluant les documents issus de l'enquête préliminaire (l'acte d'accusation, des preuves écrites, les rapports des interrogatoires), les témoignages des accusés et des témoins, les dernières demandes d'appel des accusés, des rapports d'expertises, et les plaidoyers du procureur et des avocats dans leur version intégrale.

Selon l'un des experts en bioéthique :

L'historien décrit le procès dans son ouvrage sur l'unité 731 :

Harris nota également les polémiques abordées par le procès, qui relia l'empereur Hirohito au programme de guerre biologique du Japon. Il releva également les accusations concernant ce programme d'expérimentations sur les prisonniers de guerre alliés.

Un des experts présentés par les procureurs durant les procès, N. N. Zhukov-Verezhnikov, fit partie ultérieurement d'une commission d'enquête internationale composée de scientifiques, dirigée par Joseph Needham, qui enquêta sur les accusations de guerre biologique de la Chine et la Corée du Nord durant la guerre de Corée, envers les États-Unis.. Le rapport de la commission, très critiqué par les Américains, précise notamment que .

Liste des accusés vignette|Otozō Yamada, plus haut gradé jugé à Khabarovsk. Général Otozō Yamada, commandant en chef de l'armée du Guandong 25 ans d'emprisonnement Lieutenant général Kajitsuka Ryuji, chef de l'administration médicale 25 ans d'emprisonnement Lieutenant général Takahashi Takaatsu, chef du service vétérinaire 25 ans d'emprisonnement Major général Kawashima Kiyoshi, chef de l'unité 731 25 ans d'emprisonnement Major général Sato Shunji, chef du service médical de la armée 20 ans d'emprisonnement Lieutenant-colonel Nishi Toshihide, chef d'une section de l'unité 731 20 ans d'emprisonnement Major Karasawa Tomio, chef d'une autre section de l'unité 731 18 ans d'emprisonnement Major Onoue Masao, chef d'une autre section de l'unité 731 12 ans d'emprisonnement Lieutenant Hirazakura Zensaku, chercheur de l'unité 100 10 ans d'emprisonnement Sergent Mitomo Kazuo, membre de l' 15 ans d'emprisonnement Caporal Kikuchi Norimitsu, membre du personnel médical assigné à la section 643 de l'unité 731 2 ans d'emprisonnement Kurushima Yuji, laborantin assigné à la section 162 de l'unité 731 3 ans d'emprisonnement

Articles connexes Crimes de guerre du Japon Shōwa Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient

Bibliographie

Notes et références Notes

Références

Catégorie:Procès de la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Justice en Union soviétique Catégorie:Seconde guerre sino-japonaise Catégorie:Guerre biologique Catégorie:Khabarovsk Catégorie:Histoire du kraï de Khabarovsk