La rue Mouffetard, familièrement nommée « la Mouffe », est une voie du de Paris.
Situation et accès vignette|Marché au bas de la rue Mouffetard, sur le square Saint-Médard (2005). Il s'agit d'une des rues les plus anciennes de Paris, qui remonterait probablement à l'époque du Bas-Empire et daterait du ou du . Très pittoresque, c'est l'un des axes du Quartier latin les plus fréquentés en raison de ses nombreux restaurants. Longue de , elle descend en pente douce de la montagne Sainte-Geneviève vers l'église Saint-Médard et l'ancien pont sur la Bièvre recouverte au . C'est la rue principale du faubourg Saint-Médard.
Origine du nom Elle tient son nom de l'ancien lieu-dit Mont-Cétard (issu de Mons Cetarius ou Cetardus) qu'elle traversait au alors qu'elle n'était qu'un chemin, devenu par corruption « Mouffetard ». On lui a donné aussi, en divers temps, les noms de rue Saint-Marcel, rue du Faubourg Saint-Marceau, et rue de la Vieille Ville Saint-Marcel» Rue Mouffetard » - Mairie de Paris (voir archive)..
L'historien Édouard Fournier suggère dans un ouvrage publié en 1860 que le nom vienne du latin « mephïtis », en français « mouffette », ce dernier signifiant alors « exhalaison pestilentielle »Félix Gaffiot, Dictionnaire Latin-Français. ou « odeur insoutenable », qui par déformation aurait donné « Mouffetard ». Il indique, pour soutenir cette hypothèse, que sur la rive droite se trouvait également un mont constitué de boues appelé « la butte Bonne-Nouvelle », et qu'elle possédait elle aussi un chemin appelé « Mouffetard »Édouard Fournier, Énigme des rues de Paris, E. Dentu, 1860, , , . (devenu depuis la rue de Cléry).
Elle est citée sous le nom de « Grand rue de Moustar » dans un manuscrit de 1636. La partie comprise entre la rue Croulebarbe et la barrière d'Italie s'appelait au « rue Gautier-Renaud », du nom d'un propriétaire qui y demeurait..
Fréquentée par les étudiants des écoles et universités alentour, elle est familièrement nommée « la Mouffe », voire « Mont-fétard ».
Historique La rue Mouffetard fait partie d'une ancienne voie créée sous le Bas-Empire pour relier directement le pont de l'île de la Cité (actuel Petit-Pont) à la nécropole qui se développait à l'emplacement du futur faubourg Saint-Marcel. Cette voie suivait également le tracé de l'actuelle rue Descartes et aboutissait au gué sur la Bièvre près de l'actuelle église Saint-Médard où l'on rejoignait la voie de Lutèce à Lyon.
La création de cette voie correspond à l'abandon progressif de la cité gallo-romaine de la rive gauche à partir du milieu du jusqu'à la fin du pour une occupation limitée aux de l'île de la Cité. À cette époque, l'île est fortifiée pour faire face aux incursions germaniques. Ce rempart est construit en utilisant les pierres des monuments de la rive gauche. Cette voie qui contourne par l'est la cité abandonnée est privilégiée par rapport à celle dont le tracé correspond en partie à celui de l'actuelle rue Lhomond reliant le forum à l'angle des rues Saint-Jacques et Soufflot au gué sur la Bièvre..
La voie subit des modifications de son tracé au sur une butte, le mont CetardJean de La Tynna, Dictionnaire topographique, étymologique et historique des rues de Paris, Paris, 1812, .
Au , la rue est composée de vastes domaines et de leur hôtel comme ceux du conseiller royal Jacques de Pacy, des évêques de Senlis et de Meaux, de l’architecte Raymond du Temple, de l’évêque Guillaume V de Chanac, du Séjour d’Orléans et du prélat Jean de Meulan. Ce dernier est attaqué, en 1351, dans cette rue, et ne doit la vie sauve qu’à l’intervention des habitants du quartier. En remerciement, il accorde le droit de marché de toutes denrées naturelles sur ses terres. Cet épisode marque le début de la transformation du quartier résidentiel en un quartier populeux et commerçant tout au long des , et siècles.
Le petit cimetière derrière l'église Saint-Médard (emplacement de la rue de Candolle), au bas de la rue Mouffetard, fut le théâtre au du curieux épisode des convulsionnaires de Saint-Médard. Jusqu'au milieu du , la rue Mouffetard traversait la Bièvre près de l'église Saint-Médard par le pont aux Tripes ainsi nommé par le passage des bouchers parisiens qui abattaient les animaux au bord de la rivière au Moyen Âge.. La rue remontait ensuite au sud jusqu'à la barrière d'Italie (devenue la place d'Italie). Elle avait alors une longueur de plus de et faisait partie de l'ancien arrondissement. Les travaux d'Haussmann l'ont amputée de sa partie la plus au sud pour construire la rue de Bazeilles et l'avenue des Gobelins.
Un projet de piétonnisation et de végétalisation de la rue a été adopté à la suite d'un référendum local en .. Ils sont achevés à l'été 2025Auguste Canier, « « La rue Mouffetard restera toujours la rue Mouffetard » : à Paris, l’emblématique artère a-t-elle perdu son âme ? », leparisien.fr, 28 octobre 2025..
Activité commerciale La rue Mouffetard est réputée pour son animation et la densité de ses petits commerces en tous genres. Le haut de la rue Mouffetard, jusqu'à la place de la Contrescarpe et le début de sa descente vers Saint-Médard, est essentiellement composé de commerces de bouche, cafés-restaurants, brasseries, services de restauration rapide et bars se succédant. De nuit, c'est la partie la plus touristique et active.
Le bas de la rue Mouffetard, qui commence au croisement avec la rue Jean-Calvin, est occupé par un marché quotidien de primeurs et par des commerces de proximité traditionnels destinés aux habitants du quartier : boucheries, poissonneries, fromagers, boulangeries, maraîchers, cavistes, traiteurs, épiciers, quincaillers, ainsi que quelques bars et cafés de quartier. Elle accueille également un cinéma de quartier de deux salles nommé L'Épée de bois et classé art et essai.
Bâtiments remarquables et lieux de mémoire : enseigne de l'ancien cabaret de La Pomme de Pin. : enseigne d'une ancienne boucherie classée à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.. : À la Renommée, ancienne charcuterie comestibles Lacépède, maison Labonde fondée en 1748 (Atget, 1908). : enseigne de l'ancien magasin de cafés Au Nègre joyeux, déposée après une polémique durant l'été 2018. , 23, 27 : vieilles maisons. : maison ayant servi de casernement à une compagnie de fusiliers de Gardes françaises à partir de 1714. Solives du plafond d'entrée, cour avec un vieux puitsJacques Hillairet, Connaissance du vieux Paris, Éditions Princesse, Paris, 1951 .. : vieilles maisons. : vieilles maisons. : le côté gauche du couloir de l'entrée est pavé de vieilles pierres tombales. : lors de la démolition, de la maison sise à cet emplacement, il y fut découvert en le « trésor de la rue Mouffetard », caché par Louis Nivelle (1691-1757), avocat au Parlement de Paris sous Louis XV et composé de d'orPierre de Boishue, « Les valeurs inestimables de la Monnaie de Paris », Le Figaro Magazine, semaine du , ., la plupart à l'effigie de Louis XV. : La fontaine du Pot-de-Fer située à ce numéro, à l'angle de la rue du Pot-de-Fer. Alimentée à l'origine (1624) par l'aqueduc d'Arcueil, l'édifice actuel date du . Elle est depuis 1925 classée aux monuments historiques.. Elle fut refaite en 1671Hillairet, op, cit. : caserne Monge de la Garde républicaine. Le couvent des religieuses hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde, fermé à la Révolution, est détruit dans les années 1820 pour être remplacé par une bâtisse de la caserne Mouffetard, qui prend son nom actuel en 1933. Jusque dans les années 1880, l'entrée principale de la caserne se trouvait rue Mouffetard. : Le Vieux Chêne, un ancien bal datant de 1864 et réputé le plus ancien bar de Paris. Il remplaçait un club révolutionnaire de 1848Panneau Histoire de Paris, 69 rue Mouffetard.. : grille de marchand de vin. : boutique de produits photographiques Artista, fondée avant 1889« Artista », Télérama, 5 juillet 2017 (en ligne).. : le théâtre Mouffetard. , 79 : mansardes. : « La Maison pour tous » de La Mouff', fermée en , a fait place à la bibliothèque-discothèque municipale Mohammed-Arkoun. : vestiges du portail d'une chapelle du début du ; deux pilastres surmontés d'un fronton brisé encadrent un panneau situé au-dessus de la porte, coquille du fronton. : ferronneries. : vieille maison. : rue de l'Épée-de-bois, ouverte dans le courant du , doit son nom à une enseigne. Ancien : autrefois, à l'angle, s'élevait un vieux cabaret à l'enseigne de L'Épée-de-bois, qui donna son nom à la rue adjacenteFrançois Caradec, Guide de Paris mystérieux, Tchou, 1978, ..
: cinéma indépendant classé Art et Essai « L'Épée de bois ». : entrée du passage des Postes, voie pavée, entrée sous plafond à solives. : ancienne maison à l'enseigne « des Quatre Ḗvangélistes » (angle rue de l'Arbalète). : ici se trouvait au l'entrée en allée de la Maison des Patriarches. : à gauche, ancienne enseigne la Grande Boucherie des Patriarches. : une ancienne enseigne est peinte en relief, À la bonne source, sur la façade (inscrite aux monuments historiques).. : façade peinte classée. (sgraffito). Figurant des animaux et des végétaux et réalisée vers 1930, elle a été commandée par un boucher installé au rez-de-chaussée, désireux d'attirer des clients« TOP 10 des maisons insolites à Paris », pariszigzag.fr, consulté le 12 juillet 2021.. : sous les combles, entre et 1902, Jean Grave animait la rédaction de Le Révolté, puis de La Révolte, et enfin des Temps nouveauxJean Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, Gallimard, coll. « Tel », 1992 .. : l'église Saint-Médard datant du , classée depuis 1906 aux monuments historiques.. À l'angle du square Miss.Tic (ancien square Saint-Médard) se trouvait la fontaine Censier, détruite en 1867-1868.
Dans les arts Littérature Le , le marquis de Sade fut arrêté dans sa garçonnière rue Mouffetard en compagnie de prostituéesMatilde Lequin, « Sade, le damné », in Philosophie Magazine, 7 janvier 2010 — en ligne..
Victor Hugo Dans Les Misérables, tome 2, Victor Hugo décrit la fuite du personnage Jean Valjean dans les rues tortueuses avoisinant la rue Mouffetard à cette époque :
Hugo donne le nom de Mouffetard au personnage de la première scène dramatique de la pièce Les Gueux (Théâtre en liberté) avec la didascalie suivante :
Georges Duhamel Georges Duhamel, dans Confession de minuit (1920), premier volume de Vie et aventures de Salavin, fait faire ainsi la description par son héros, Louis Salavin, de la rue Mouffetard à proximité de laquelle il habite :
Léon Daudet Dans la deuxième série de ses souvenirs parisiens (Paris vécu. Rive gauche), qui concerne la rive gauche et qui a paru en 1930, Léon Daudet fait de la rue Mouffetard une description qui suggère qu'au début du , la voie est toujours fidèle à son nom :
George Orwell George Orwell, dans le récit autobiographique Dans la dèche à Paris et à Londres (chapitre I), décrit la rue, qu’il surnomme « la rue du Coq d’Or » :
Pierre Gripari Pierre Gripari dans « La sorcière de la rue Mouffetard » de ses Contes de la rue Broca (1967) y fait apparaître une sorcière qui veut manger une petite fille avec de la sauce tomate afin de devenir plus jolie..
Musique En 2018, Patrick Bruel sort une chanson intitulée Rue Mouffetard. Elle est écrite par Vianney et fait référence au frère de Patrick Bruel, qui habite dans cette rue.
Cinéma La rue Mouffetard est particulièrement présente dans deux films des années 1950 : Sous le ciel de Paris de Julien Duvivier, tourné en 1951, situe plusieurs scènes rue Mouffetard, où habitent plusieurs personnages centraux : une famille de commerçants (des maraîchers : un couple et leur petite fille) et une pauvre vieille femme qui veut nourrir ses chats. Le court métrage L'Opéra-Mouffe d'Agnès Varda, comme son nom l'indique, situe son action dans le quartier de la « Mouffe ».
À noter : un reportage réalisé par Étienne Lalou et diffusé sur la RTF le Mémoires de la rue Mouffetard, Archives INA - YouTube..