L’Association nationale des études féministes (ANEF) est une association à but non lucratif française fondée en 1989 ayant pour but de promouvoir les études féministes et sur le genre en France et à l’international.
Historique Le début des études féministes et de genre Comme dans la plupart des pays occidentaux, les premières recherches et premiers enseignements sur les femmes se sont développé·e·s en France dans le sillage du mouvement féministe des années 1970. Parallèlement à un certain repli des luttes sociales, à la suite de la loi Veil, les étudiant·e·s, enseignant·e·s et chercheur·euse·s s’investissent massivement dans la recherche universitaire sur les questions de rapports entre femmes et hommesANEF - Association nationale des études féministes, (2020), Bulletin n°70. Des groupes de recherche, d'abord informels, fleurissent dans de nombreuses universités françaises. Parmi ces groupes on peut citer chronologiquement : le CEFUP à Aix-en-Provence, le GEF à Paris 7, le CLEF à Lyon, le GRIEF à Toulouse ou encore le Centre de recherches-politique-femmes à Nantes. Ces groupes – interdisciplinaires – mettent en question les savoirs universitaires androcentrés et l’exclusion des femmes. Ils organisent des débats, des séminaires, des colloques, publient des bulletins ou des revues et revendiquent l’interdisciplinarité. Parallèlement des revues d'études féministes apparaissent telles que : Les cahiers du Grif (1973-1997), Questions féministes « revue théorique féministe radicale » (1977-1981) devenu Nouvelles questions féministes (à partir de 1981) ou La Revue d’en face (1977-1984)... Des enseignements voient le jour, par la suite, dans diverses universités, sous des intitulés discrets. Au CNRS, une Unité de recherche « Division sociale et sexuelle du travail » (qui deviendra le GEDISST en 1982, puis le GERS) est reconnue en 1978. Une équipe y existait déjà, dirigée par Andrée Michel, cette équipe a été dissoute en 1988.
Premier colloque national autour des études féministes
Institutionnalisation des études féministes En 1982, ces différents groupes de recherches organisent un premier colloque national « Femmes, Féminisme et Recherche », avec l’objectif d’établir un premier bilan de l’état du domaine (personnes, situations, thèmes de recherche et d’enseignement, cadres et moyens), d’évaluer les besoins et de formuler des propositions concernant les orientations théoriques et les conditions matérielles de leur mise en œuvre« Le colloque "Femmes, féminisme et recherches" de 1982 » [archive]. Ce colloque du 12 au , soutenu financièrement par le ministère de la Recherche et le ministère des Droits de la femme (et avec l’appui du CNRS), a été un véritable succès : plus de 800 participantes et participants, 144 communications, près de 1100 pages d’Actes. Il marque le début de l’institutionnalisation des études féministes.
À la suite du colloque et sous la pression des militantes féministes, le département des Sciences de l'homme (sic) du CNRS (alors sous la direction de Maurice Godelier) lance l’Action thématique programmée (ATP) « Recherches féministes, recherches sur les femmes ». Soixante-huit projets de recherches sont sélectionnés et financés sur quatre ansCNRS, « Recherches sur les femmes et recherches féministes : présentation des travaux1984-1987 », Action thématique programmée (ATP) n°6, Paris, Editions du CNRS, 1989CNRS, « Présentation des travaux 1986-1989 », Action thématique programmée (ATP), Paris, Editions du CNRS, 1990.
Parallèlement le ministère des Droits de la femme négocie avec celui de l’Éducation nationale la création de quatre postes de maîtres de conférences, fléchés « Études féministes ».
Premières associations de recherche féministes Le colloque de Toulouse donne l’élan fondateur à la création d’associations de chercheuses. Des clivages autour de l’institutionnalisation et de la centralisation freinant la création d’une association nationale, c’est au niveau régional, dans un premier temps, que sont fondées l’Association pour la Promotion des Études Féministes (APEF-Région Paris Île de France), le Conseil interrégional Femmes-Féminisme-Recherche (CIFFR), l’Association Femmes, Féminisme, Recherches Rhône-Alpes (AFFRRA), et d’autres dans les Régions PACA, Midi-Pyrénées, Centre. L’APEF publie un bulletin, d’abord seule puis en collaboration avec d’autres associations régionales en 1987.
Directive européenne et création de l’ANEF Le débat autour d’une association nationale est relancé, dès 1988, à la suite d'une résolution « sur la femme et la recherche » du Parlement européen. Il est demandé aux États membres de créer des chaires et d'organiser des cours de spécialisation dans ce domaine. Un premier colloque européen, « Concepts et réalités des études féministes », organisé à Bruxelles par Les Cahiers du Grif, fait suite à cette résolution en 1989. Il met en lumière la nécessité de créer des associations nationales pour répondre aux demandes du Parlement européen et pour tisser des réseaux européens de Women's studies ou de Feminist studies. À l’occasion d’un colloque sur « Les femmes et la Révolution », à Toulouse en 1989, les différentes associations régionales débattent de la création d’une association nationale. À l’issue de longues et difficiles tractations et de compromis divers (notamment sur la non-mixité), l’Association nationale des études féministes (ANEF) voit le jour le , 4. À sa création, l’ANEF regroupe .
Les objectifs fondateurs de l’ANEF L’Association nationale des études féministes (ANEF) est créée pour organiser le milieu de la recherche féministe afin de peser sur les institutions, politiques ou universitaires, et de se coordonner avec d’autres associations européennes. Elle se donne pour objectif le développement, la diffusion, la valorisation des enseignements et des recherches « féministes, sur les femmes et sur les rapports de sexe et de genre », par la création de postes, d'équipes et de programmes de recherche à tous les niveaux d'enseignement, dans les organismes publics et privés d'enseignement, de formation et de recherche. Elle poursuit ces buts, notamment par une « action concertée auprès des pouvoirs publics, régionaux, nationaux et internationaux ». Elle entend également maintenir des « relations d'échange, de respect mutuel et de solidarité entre ses membres », sans oublier la « défense des intérêts professionnels et moraux » et la « lutte contre les discriminations sexistes ».
L’ANEF a été partie prenante des différents réseaux européens d’études féministes : ENWS / REEF (European Network of Women’s Studies / Réseau Européen d’Études Femmes) du Conseil de l’EuropeANEF - Association nationale des études féministes, (été 1996), Bulletin n°21 ; WISE (Women’s International Studies Europe) constitué en ; ATHENA (Réseau thématique Socrates en études féministes) ; AOIFE (Association of Institutions of Feminist Education), etcLucie Philizot, Centre des archives du féminisme, Répertoire numérique détaillé, Fonds de l'Association nationale des études féministes (ANEF), Cote 58 AF, Bibliothèque universitaire d'Angers, Décembre 2017 [archive].
Buts et activités de l’ANEF Depuis 1993, l’ANEF organise des tables rondes nationales sur les études féministes et des journées thématiques, qui donnent lieu à publication en supplément au Bulletin de l’ANEF, la première de ces journées, « Femmes et Europe : la Yougoslavie », table ronde de 1993 faisant exception car n’ayant pas donné lieu à publication.
CIRFF En 1996, à l’initiative de chercheuses féministes québécoises, a lieu le premier Congrès international des recherches féministes dans la francophonie (CIRFF). Celui-ci se tient désormais tous les trois ans. Au CIRFF, en 2002 à Toulouse, l’ANEF aide à la création d’EFiGiEs. C’est au CIRFF, à Lausanne en 2012 qu’a été créée l’ARGEF. Lors du CIRFF (à Montréal, en août 2015), l’ANEF a proposé de « structurer un réseau féministe universitaire dans la francophonie ». C’est ce réseau de réseaux qui a été fondé lors du CIRFF (à Nanterre en 2018) sous le nom de e-Toile.
Le réseau e-Toile e-Toile est un réseau de structures d’enseignement et de recherche féministes sur l’égalité, les femmes, le féminisme, le genre et les sexualités dans la francophonie, né des nombreux Congrès Internationaux des Recherches Féministes dans la Francophonie (CIRFF)Réseau e-Toile, Charte e-Toile, Nanterre, 29 août 2018ANEF - Association nationale des études féministes, (2018), Bulletin .
Il vise à la mobilisation des recherches féministes par les acteurs et actrices des différents mondes sociaux, afin de « participer à la production et la promotion de l'égalité entre les sexes dans l’espace de la francophonie »et d’impulser les politiques publiques et les actions sur le terrain pour l’égalité femmes-hommes.
Le réseau a pour projet de créer un forum consacré à l'e-Toile qui sera mis à disposition sur le site web de l’ANEF.
Co-fondation du réseau de formation VSS Formation À la suite du colloque international co-organisé par l’ANEF « Violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur et la recherche : de la prise de conscience à la prise en charge », du , l’ANEF fonde en 2018 avec la CPED et JuriSup le réseau « VSS-formation ». Ce réseau de formateurs et formatrices spécialistes en violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur et la recherche (ESR) propose des formations et des services d’accompagnement et de conseils aux établissements de l’enseignement supérieur sur les violences sexistes et sexuelles, sur les réponses juridiques adaptées à l’enseignement supérieur et la recherche, sur l’écoute (accueillir, écouter et orienter les victimes et les témoins de violences sexistes et sexuelles).
Les publications de l’ANEF
Bulletin Le premier Bulletin de l’ANEF est paru en . À partir de 1990, trois numéros par an sont réalisés. Il contient des informations sur les enseignements en études féministes, les séminaires et colloques, les sommaires de revues, les parutions de livres. La rapidité d’information par Internet, notamment grâce aux listes de diffusion, a rendu la parution trimestrielle inutile et, depuis 2009, le Bulletin paraît une fois par an avec des rubriques régulières. Ponctuellement, des numéros spéciaux ont été consacrés à des actes de journées de l’ANEF ou autres événements.
Suppléments : Actes de journées de l’ANEF S’ajoutent régulièrement au Bulletin de l’ANEF les actes de journées de l’ANEF, parmi lesquels : Pouvoir, parité et représentation politique (1994). Études féministes et études sur les femmes en France (1995) Femmes et mouvements de femmes face à la situation algérienne : analyses et solidarités (1995) Études féministes, militantisme et mouvement des femmes (1997) Les féministes face à l’antisémitisme et au racisme (1997) Lien sexuel, lien social ; sexualités et reconnaissance juridique (1998) Femmes, féminisme, féminité : représentations et ruptures (1999) École : inégalité de sexe (table ronde du ) Féminisme et polar (2000) Les études féministes, quelle visibilité ? (2002) Désexisation et parité linguistique : le cas de la langue française (2002) Violences sexuées et appropriation des espaces publics (2003) Études féministes et études sur le genre (2009)
Recueils de textes féministes L’ANEF a été à l’initiative de la publication des premiers ou principaux ouvrages d’études féministes, avec la Collection « Recherches » aux Éditions Côté-femmes, où sont parus :
L’Anatomie politique, de Nicole-Claude Mathieu en 1991. Sexe, race et pratique du pouvoir, de Colette Guillaumin en 1992. Le Sexe des politiques publiques, sous la direction d’Arlette Gauthier, en 1993. Antigone, les femmes et la loi, de Françoise Duroux, en 1993.