Lilly Pulitzer, née le à Roslyn (État de New York) et morte le à Palm Beach (Floride), est une milliardaire, socialite et styliste américaine. Elle est la créatrice d'une marque de robes à motifs colorées, dites « robes Lilly », l'un des symboles du style preppy de l'Amérique prospère et insouciante des années 1960, qui participèrent également d'un assouplissement des codes vestimentaires.

Biographie Origines et études Elle est la fille de Lillian Botswick Philipps, héritière Rockefeller, qui quitte son mari Robert McKim en 1937 pour se mettre en couple avec Ogden Phipps, fils d'. La famille mène une vie très aisée, entre Manhattan, Long Island et Palm Beach, où elle possède la propriété de style mauresque et y organise des fêtes. La jeune Lilly voit alors passer chez ses parents des personnalités comme Truman Capote et . Elle étudie à la à Farmington (Connecticut), où les élèves, venant toutes de milieux similaires, suivent un enseignement exigeant et strict. Diplômée en 1949, elle ne poursuit pas sa scolarité au Vassar College comme le souhaitaient ses parents et rejoint le , une organisation qui fédère des infirmières à cheval dispensant des soins médicaux dans des zones rurales. Elle part donc pour le KentuckyJohn von Sothen, « « Lilly Pulitzer, bonnes impressions », Vanity Fair , novembre 2014, ..

Une socialite ennuyée et anticonformiste à Palm Springs vignette|Palm Beach (Floride). Après avoir entamé une liaison secrète avec le frère d'une amie, le playboy Herbert Pulitzer, elle se marie avec en , à la stupéfaction de son entourage. Ils auront trois enfants. Herbert Pulitzer investit dans des ranchs, des magasins d'alcool, des hôtels et des orangeries, choisissant d'y vivre toute l'année. Malgré leur grande fortune, leur mode de vie est beaucoup plus décontracté que celui de leurs riches amis : ils fréquentent peu les country club, les soirées mondaines et les galas de charité, mais donnent par exemple des fêtes sur la plage qui borde leur demeure, sans personnel ni attitude guindée, et avec divers invités, connus ou non. Décrite comme fraîche, populaire et spontanée, Lilly Pulitzer se distingue des conventions. Selon Diana Vreeland, rédactrice en chef de Vogue, .

En 1957, elle est hospitalisée dans une clinique de New York après une dépression, prise entre la fatigue et l'ennui. Pour s'occuper, elle aide alors son mari à vendre des cargaisons d'orange, en faisant la tournée de la ville avec sa voiture, après qu'il en ramène une cargaison du comté d'Indian River par avion privé. Elle raconte a posteriori : . En 1959, toujours pour s'occuper, elle monte un stand de jus d'orange dans la rue et y presse les fruits, pieds nus devant les clients. Terminant cependant chaque journée salie, elle s'empresse d'acheter du tissu et confectionne pour elle-même douze robes de couleur à même le stand, plus appropriées pour son « travail ».

Succès des « robes Lilly » Cependant, ses robes plaisent à ses amies socialites, qu'elle se met aussi à vendre et lui rapportent bientôt plus que les jus de fruit. Elle arrête finalement les oranges et fonde l'entreprise Lilly Pulitzer Inc. la même année. Au début du siècle, des maisons de couture européennes (Lanvin ou encore Paquin) avaient déjà créé des lignes de vêtements de vacances, que prisaient les Américains en villégiature à Palm Beach, mais les créations de Lilly Pulitzer sont d'ordre beaucoup plus artisanal. Sans aucune formation dans le milieu de la mode, elle crée des robes très simples, mais sans vulgarité, réalisées à partir de divers tissus légers et colorés à motifs (fleurs, fruits). Décontractée, cette robe à trois trous peut se porter autant au travail qu'au jardin. Lilly Pulitzer poursuit au sujet des motifs qui parsèment ses tenues : .

En 1960, John Fitzgerald Kennedy est élu président, ce qui attire l'attention mondiale sur Palm Beach, où le nouveau chef d'État américain aime passer ses vacances. La Première dame Jackie Kennedy, qui porte les créations de Lilly, participe encore plus à populariser ce vêtement chez les riches Américaines. Le couple présidentiel souhaite en effet moderniser la présidence, et le style vestimentaire en fait partie. En parallèle, la mode occidentale rompt dans les années 1960 avec beaucoup de codes, portée par la révolution des mœurs et de la jeunesse : des créateurs comme Mary Quant, Paco Rabanne ou Emilio Pucci raccourcissent les vêtements et les couleurs vives, voire les motifs psychédéliques, sont tendances. Un article de Vanity Fair explique : , un . Occupant ce marché de niche de robes de vacances, Lilly Pulitzer met en scène sa vie à Palm Beach : le photographe Slim Aarons la fait ainsi poser avec ses amies et leurs filles (, des Vanderbilt, Whitney, Rockefeller) et ses robes couvrent bientôt de nombreux magazines (Town and Country, Sports Illustrated, Vogue) dans lesquels elle porte ses créations.

La consécration vient d'un article de Life en 1963 intitulé : (« Un magnat aux pieds nus fait fleurir partout des robes Lilly / des lys »). Lilly Pulitzer s'associe ensuite avec Laura Robbins, qui avait été responsable de la mode au magazine Harper's Bazaar, et qui connaît donc tous les rouages du milieu. Elle accompagne ainsi le développement de l'entreprise à l'échelle nationale grâce à son carnet d'adresse. Le succès se poursuit. En 1966, le Washington Post s'enthousiasme : .

Suite et fin de vie La marque existe toujours. Parmi les égéries publicitaires des robes Lilly, on peut citer Claudia Schiffer en 1995 pour magasins Saks Fifth Avenue ou encore Kick et Kyra Kennedy, filles de Robert Francis Kennedy Jr..

Lilly Pulitzer divorce en 1969 d'avec Herbert Pulitzer et se remarie la même année avec Enrique Rousseau, qui meurt en 1993. En 2004, elle commence à publier des livres avec le journaliste Jay Mulvaney, dans lesquelles elle défend un mode de vie décontracté (Essentially Lilly : A Guide to Colorful Entertaining et Essentially Lilly : A Guide to Colorful Holidays), et qui sont remarqués pour ses aphorismes. Elle meurt en 2013 ; ses funérailles sont célébrées en l'église de Palm Beach, où les invités portent pour la plupart des vêtements très colorés.

Notes et références

Bibliographie Kathryn Linvingston, Lilly. Palm Beach, Tropical Glamour, and the Birth of a Fashion Legend, Wiley, 2012.

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