Le musée de l'Homme est un musée national français, partie du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN), installé depuis 1937 dans les étages du palais de Chaillot à Paris. Sa vocation est de présenter le genre humain dans sa diversité anthropologique, historique et culturelle. Il fonctionne sous tutelle conjointe du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et du ministère de l'Écologie.
Héritier d'une histoire prestigieuse et très fréquenté par le public, le musée de l'Homme présentait initialement le genre humain sous ses aspects évolutif, anthropologique et ethnographique (avec, par conséquent, des aspects culturels, ethnobotaniques et ethnozoologiques).
En 2009, le président Jacques Chirac vide les collections ethnographiques du musée de l'Homme afin de créer son Musée du Quai Branly - Jacques-Chirac. Une autre partie des collections rejoint le Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MUCEM), à Marseille. Les travaux de rénovation engagent d'euros d'investissements par les ministères de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (à 95 %) et de la Culture (à 5 %), et la réouverture au public a lieu en 2015« À Paris, le nouveau musée de l'Homme ouvre ses portes », publié le 15 octobre 2015 par Mathilde Lemaire, sur le site de franceinfo.fr (consulté le 4 mars 2018).
Historique 285px|vignette|Devise inscrite au fronton du musée de l'Homme : Dans ces murs voués aux merveilles J'accueille et garde les ouvrages De la main prodigieuse de l'artiste Égale et rivale de sa pensée. L'une n'est rien sans l'autre. Paul Valéry 285px|vignette|Façade sud-est du musée de l'Homme, occupant les deux étages de l'aile sud du palais de Chaillot (le rez-de-chaussée et l'entresol accueillent le Musée de la Marine).
Musée d'Ethnographie du Trocadéro Le musée de l'Homme est l'héritier du musée d'Ethnographie du Trocadéro, fondé en 1882 par Ernest Hamy et installé dans l'ancien palais du Trocadéro construit à l'occasion de l'Exposition universelle de 1878. La première collection du musée est formée à partir d'un don de l'explorateur Alphonse Pinart d'environ des Amériques achetés en grande partie à Eugène Boban et de d'Océanie. De l'ancien musée d'Ethnographie, le musée de l'Homme hérite des collections historiques exceptionnelles constituées dès le et provenant de cabinets de curiosités et du Cabinet royal, ainsi que du Service des missions scientifiques du ministère de l'Instruction publique.
Ces collections ethnographiques s'enrichissent au cours du et jusqu'à aujourd'hui grâce aux expéditions et missions scientifiques menées à travers le monde, auxquelles viennent s'adjoindre les dons ou les dépôts de voyageurs et de collectionneurs privés. Ces collectes relèvent parfois du pillage. Les dirigeants du palais du Trocadéro ont ainsi initié en 1931 la mission Dakar-Djibouti ramenant en France des milliers d'objets issus du pillage du patrimoine africain : « au cours de leur mission ethnologique, Griaule et ses compagnons ratissent complètement l'Afrique, achetant à vil prix par-ci, rackettant par-là, dépouillant en somme les autochtones de tous les symboles de leur culture, au profit des musées hexagonaux. ».
S'il bénéficie d'un engouement certain pour l'exotisme de ses collections, le musée doublonne avec d'autres musées (le musée national des Arts asiatiques - Guimet par exemple), et acquiert vers le début du , face à la multiplication des livres et films d'exploration, une image négative, « figée » et « poussiéreuse ». En outre, l'ancien palais du Trocadéro est voué à la démolition qui intervient en 1935.
Musée de l'Homme Le musée de l'Homme proprement dit a été créé par Paul Rivet à l'occasion de l'Exposition universelle de 1937. Il occupe la majeure partie de l'aile Passy du nouveau palais de Chaillot (Paris ) et il réunit les plus importantes collections françaises concernant la définition, la vie, l'histoire et les civilisations de l'Homme.
Paul Rivet avait en effet installé dans ce bâtiment, non seulement les collections du musée d'ethnographie du Trocadéro, mais aussi les collections d'anthropologie physique et de Préhistoire du Muséum national d'histoire naturelle, précédemment conservées au Jardin des plantes. Il créait ainsi une structure entièrement novatrice, regroupant dans le même lieu l'ensemble des collections consacrées à l'espèce humaine, un centre d'enseignement de l'université de Paris (l'Institut d'ethnologie fondé en 1925 avec Marcel Mauss et Lucien Lévy-Bruhl, dont Georges Condominas a été l'un des étudiants), un grand laboratoire de recherche associant anthropologie, ethnologie et préhistoire, et enfin une très importante bibliothèque mise aux standards américains du système de classification de la Bibliothèque du Congrès par Yvonne Oddon.
Une exposition consacrée au Voyage de La Korrigane en Océanie est organisée en juin 1938 à l'occasion de la soirée inaugurale du nouveau musée, en présence du Président de la République, Albert Lebrun, et de ses ministres Albert Sarrault, Jean Zay et Georges Mandel.
Réseau du musée de l'Homme, résistance à l'occupation allemande Paul Rivet est un acteur important de la lutte contre le fascisme pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est président du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes depuis sa création le . En , il adresse une lettre ouverte au maréchal Pétain auquel il dit :
Dès le mois de , plusieurs membres du personnel, bibliothécaires, chercheurs, étudiants forment, autour de Boris Vildé, Anatole Lewitsky et Yvonne Oddon, le réseau du musée de l'Homme, l'un des premiers réseaux de Résistance au printemps 1940.
Le jour de l'armistice du 22 juin 1940, Paul Rivet affiche le poème de Rudyard Kipling If… , sur la porte du musée de l'Homme. Le réseau est particulièrement actif permettant de faciliter des passages dans la zone libre et en Angleterre et publiant une revue clandestine Résistance.
Jacques Soustelle, le vice-président du musée, en mission de recherche au Mexique, rejoint le général de Gaulle à Londres, dès et va ensuite retrouver Paul Rivet, qui s'exile en Colombie en 1941.
Charles van den Broek d'Obrenan, en charge du département Océanie du musée entre 1936 et 1939, quitte Tahiti où il s'était installé via la Nouvelle-Zélande pour rejoindre le général de Gaulle à Londres. Il s'engage dans les Forces françaises libres.
Anatole Lewitsky, Yvonne Oddon et Boris Vildé sont arrêtés par la Gestapo, respectivement, le et le . Le , Boris Vildé, Anatole Lewitsky et cinq autres membres du réseau sont fusillés au Mont-Valérien.
Redéfinition des missions du musée Depuis 1938« La création du musée de l'Homme », publié sur le site du musée de l'Homme (consulté le 4 mars 2018) et jusqu'à sa fermeture le « Au musée de l'Homme, comme on ne le verra plus, à la veille de sa rénovation », publié le 19 mars 2009 par Florence Evin, sur le site du Monde.fr (consulté le 4 mars 2018), le musée de l'Homme avait pour objectif de réunir en un seul lieu tout ce qui concourt à situer et à définir l'être humain, à savoir : l'Homme dans sa chaîne évolutive (Préhistoire) ; l'Homme dans son unité et sa variété biologique (anthropologie) ; l'Homme dans sa diversité culturelle et sociale (ethnologie).
Cette triple fonction faisait du musée de l'Homme non seulement un lieu unique en France, mais aussi une référence à travers le monde« Comment construire un musée post-colonial », entretien avec l’ethnologue Maurice Godelier, Libération, « Sciences », mardi 20 avril 1999..
En 1996, Jacques Chirac élu président de la République l'année précédente, annonce le projet de création d'un nouveau musée consacré aux « arts premiers »« Ils ont fait 1996. Le musée des arts premiers trouve un siège au Trocadéro », publié le 2 janvier 1997 par Élisabeth Lebovici, sur le site liberation.fr (consulté le 4 mars 2018) sur le quai Branly, dans le 7e arrondissement. Pour le remplir, il décide de prélever les collections du musée de l'Homme et du musée des Arts d'Afrique et d'Océanie au Palais de la Porte-Dorée - dont subsiste aujourd'hui l'aquarium et le musée de l'Histoire de l'immigration. Les collections sont transférées dès 2003 au musée du Quai Branly, qui ouvre en 2006. Les collections d'ethnologie européenne, elles, ont fait l'objet d'un dépôt en 2005 au musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MuCEM) ouvert à Marseille en .220px|thumb|Moaï de l’île de Pâques du musée de l'Homme, amené en 1872 à bord de la frégate La Flore, transféré en 2005 au musée du Quai Branly.
Ce projet du président Chirac et la privation du musée de l'Homme de de collection ont suscité de vives critiques : au musée du Quai Branly les critères esthétiques occultent les données scientifiques, au palais de la Porte-Dorée le lien voulu par Lyautey et Malraux entre la diversité culturelle (peuples africains et océaniens, artefacts tirés de la biodiversité tropicale) et naturelle (aquarium, vivarium)Michel Hignette sur youtube.com. est rompu puisque le musée de l'Histoire de l'immigration est historique, social et limité à l'immigration en FranceMaureen Murphy, Un Palais pour une cité, du Musée des colonies à la Cité Nationale de l’Histoire et de l’Immigration, éd. Réunion des musées nationaux, Paris 2007 ., et enfin au musée de l'Homme la Préhistoire, l'anthropologie et les thématiques géonomiques d'avenir se trouvent en partie privées de l'illustration ethnologique voulue par Paul RivetBernard Dupaigne, Le Scandale des arts premiers. La Véritable Histoire du musée du Quai Branly, Paris, Mille et Une nuits, 2006..
Le projet est annoncé officiellement en 2002, et en 2003 une commission commanditée par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, présidée par l'archéologue Jean-Pierre Mohen, propose les grandes lignes d'un programme de rénovation du nouveau musée de l'Homme refondé autour de ses collections de Préhistoire et d'anthropologie et d'un nouveau programme scientifique. Les conclusions de cette commission ont été publiées par Jean-Pierre Mohen en 2004 dans Le Nouveau musée de l'Homme (éditions Odile Jacob). Ce programme a ensuite fait l'objet d'études muséographiques et scientifiques de définition, avec la mise en place d'un commissariat scientifique et d'un comité d'orientation, pour aboutir au musée actuel.
Projet architectural En , le concours d'architecture désigne comme lauréats l’agence d'architecture bordelaise Brochet-Lajus-Pueyo, associée à l’atelier d’architecture Emmanuel Nebout et aux muséographes Zen+dCo, atelier Zette Cazalas« Galerie de l'Homme », publié en 2015 et photographie de l'installation des 70ans de ZOÉ, publié en 2016 sur le site zendco.com (consulté le 4 mars 2018). Le projet est respectueux du monument imbriquant les architectures de deux palais conçus pour des expositions universelles : celui du Trocadéro, construit pour l’exposition universelle de 1878 par Gabriel Davioud et Jules Bourdais et celui de Chaillot, construit pour l’exposition internationale de 1937 par Jacques Carlu, qui conserve certains éléments architecturaux du précédent, notamment les deux bras courbes ouverts sur la Seine.
En 2010, les opérations de désamiantage et de curage mettent en évidence un déficit de portance des planchers et des poteaux, dû à une grande hétérogénéité des bétons utilisés en 1937, en raison de nombreuses interruptions du chantier et de l'intervention d'entreprises différentes. Les structures porteuses et les planchers de tout le corps central doivent alors être consolidés ou remplacés et l'intérieur redistribué, avec notamment le transfert de la majeure partie des réserves au rez-de-jardin, à la place des salles d’enseignement déplacées au premier étage, ce qui entraîne des surcoûts et un retard du calendrierLe nouveau musée de l'Homme, ouverture le 17 octobre 2018, dossier de presse sur le site du musée de l'Homme (consulté le 5 mars 2018).