Lhyperperméabilité intestinale, avec comme synonyme Syndrome de l'intestin qui fuit ou les termes anglais Leaky Gut Syndrom, ces derniers étant les plus souvent usités tant par les professionnels francophones que par le public. La perturbation du fonctionnement normal de la paroi intestinale peut intervenir dans la genèse de nombreuses maladies inflammatoires chroniques.
Elle provoquerait selon les tenants de cette théorie, une inflammation chronique, souvent de bas grade, dans tout le corps, qui le déclencheur de la majorité affections chroniques, dont de nombreuses pathologies auto-immunes, le diabètes de type 1, le diabète de type 2, la stéatose hépatique, le syndrome de fatigue chronique, la fibromyalgie, l'algodystrophie (ou syndrome douloureux régional complexe), la polyarthrite rhumatoïde, le lupus, les migraines, la sclérose en plaques et l'autisme.
Elle peut être en relation avec la colonisation bactérienne chronique de l'intestin grêle, SIBO en anglais, pour Small Intestinal Bacterial Overgrowth.
Prévalence La prévalence est inconnue.
Physiopathologie L'augmentation de la perméabilité intestinale joue un rôle important dans le déclenchement et l'entretien de nombreuses maladies chroniques, telles que les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (maladie de Crohn et rectocolite hémorragique), le syndrome du côlon irritable, la maladie cœliaque, le diabète de type 1 et le diabète de type 2, la polyarthrite rhumatoïde, les spondylarthrites, la schizophrénie, certains types de cancers, l'obésité, la stéatose hépatique, l'atopie et différentes maladies allergiques, pour n'en citer que quelques-unes. Cette perméabilité accrue se développe avant la maladie et ses fluctuations en déclenchent les poussées successives.
La toxine Zonula occludens (Zot) Zot (Zonula Occludens Toxin) est une entérotoxine localisée dans la membrane bactérienne externe de Vibrio cholerae et dont le clivage aboutit à la sécrétion d'un fragment carboxy-terminal dans le milieu intestinal de l'hôte. Ce dernier se lie à un récepteur membranaire des entérocytes qui va activer une signalisation intracellulaire menant au désassemblage des jonctions serrées intercellulaires. Cela augmente drastiquement la perméabilité intestinale en ouvrant la voie paracellulaire au passage massif de liquides extracellulaires responsable de la diarrhée aqueuse caractéristique du choléra. La comparaison des acides aminés du fragment carboxy-terminal de Zot a permis de découvrir l'analogie entre ce fragment actif de Zot et la zonuline.
La zonuline Une façon de moduler la perméabilité intestinale passe par les récepteurs CXCR3, situés dans les cellules de l'épithélium intestinal et qui répondent aux signaux envoyés par la zonuline.
La zonuline modifie les perméabilités de toutes les barrières épithéliales du corps, qu'elles soient intestinales, endothéliales, pulmonaires, génito-urinaires, cérébrales (barrière hémato-encéphalique), etc., y entraînant des symptômes et pathologies aussi diverses que variées. Notamment l'augmentation des taux sériques de zonuline et de la protéine de liaison aux acides gras-2 sont consécutives à la libération de lipopolysaccharide (LPS) lors d'une dysbiose du microbiote intestinal chez les patients souffrant d'anxiété ou de dépression. Une étude de 2023 tend vers une corrélation entre l'hyperperméabilité intestinale et les rhumatismes inflammatoires chroniques chez l'adulte.
Facteurs de risque Le gluten La gliadine (une glycoprotéine présente dans le blé) active la signalisation de la zonuline, dans les conditions normales et indépendamment de la présence de la maladie auto-immune qu'est la maladie cœliaque, ce qui entraîne une augmentation de la perméabilité intestinale aux macromolécules.
La maladie cœliaque est un modèle bien étudié dans lequel l'augmentation de la perméabilité intestinale apparaît secondaire à la réaction immunitaire anormale induite par le gluten et permet aux fragments de la protéine gliadine de traverser l'épithélium intestinal, déclenchant une réponse immunitaire au niveau de la sous-muqueuse. Ce phénomène entraîne divers troubles gastro-intestinaux ainsi que des manifestations extra-intestinales. L'élimination du gluten de l'alimentation conduit à une normalisation de la perméabilité intestinale, interrompant le processus auto-immunitaire.
L'alcool L'alcool, via son métabolite toxique, l'acétaldéhyde, accroît la sécrétion de zonuline. Or en présence d'une dysbiose intestinale telle que la colonisation bactérienne chronique de l'intestin grêle, une quantité accrue d'alcool est transformée en acétaldéhyde, directement par le microbiote intestinal au niveau de la lumière intestinale.
L'obésité Une publication de 2024 amène à conférer à la barrière intestinale et à son degré de perméabilité, un rôle dans le développement de l'inflammation systémique chez les personnes souffrant d'obésité.
Les dysbioses et infections intestinales
Les bactéries, virus et parasites entéro-pathogènes Outre le choléra et sa toxine Zot, d'autres agents pathogènes bactériens, certains virus entériques, ainsi que des parasites intestinaux modulent la structure et la fonction des jonctions serrées intestinales, y déclenchant des diarrhées.
Les dysbioses bactériennes coliques Lors d'une dysbiose bactérienne intestinale on observe souvent une augmentation des bactéries gram négatif qui majorent l'expression de la zonuline. Celle-ci endommage les jonctions serrées non seulement de la barrière muqueuse intestinale, mais également de la barrière endothéliale intestinale, entraînant une augmentation des taux sériques de zonuline et de produits bactériens, qui vont notamment influencer les fonctions immunologiques des monocytes sanguins.
La colonisation bactérienne chronique de l'intestin grêle (ou SIBO) Les infections perturbent la perméabilité intestinale. La colonisation bactérienne chronique de l'intestin grêle est une pathologie très fréquente, bien que peu diagnostiquée par les médecins, car encore beaucoup trop peu connue de la plupart d'entre eux.
Elle est favorisée par:
la prise répétée d’anti-acides et d’antibiotiques, une consommation excessive de sucres, le diabète, la maladie de Parkinson, l’infection à Helicobacter pylori, certaines parasitoses, la prise de prébiotiques, l’insuffisance pancréatique, la radiothérapie, la maladie de Crohn, le syndrome de l'anse borgne, une diverticulose du grêle une vitesse de transit ralentie par: une hypothyroïdie même fruste, une neuropathie diabétique, voire une sclérodermie la maladie de Parkinson qui affecte les nerfs de tout le tractus gastro-intestinal et entraîne régulièrement un dysfonctionnement gastro-intestinal profond comprenant gastroparésie, constipation et prolifération bactérienne de l'intestin grêle. un obstacle, tel une sténose, une séquelle post-chirurgicale, une tumeur une altération des complexes moteurs migrants (CMM): La phase III des CMM est caractérisée par des mouvements propulsifs du chyme vers les segments d'aval de l'intestin, et l'acheminent ainsi jusqu'à l'iléon terminal. Cette phase dure environ 10 minutes, et est appelée également le housekeeper de l'intestin, car ses contractions propulsives évacuent les débris cellulaires et les bactéries vers le gros intestin. C'est au cours de cette phase III que l'on peut entendre chez certains individus à jeun le borborygme (gargouillements). une dysfonction du nerf vague gauche une mastication insuffisante, via une déstructuration insuffisante des aliments, ainsi qu'un déficit d'imprégnation de la salive et de ses enzymes. le stress, qui stimule le système nerveux ortho-sympathique au détriment du système para-sympathique
Elle entraîne la majorité des intolérances au lactose, au fructose et autres FODMAP, qui se traduisent notamment par des ballonnements et des diarrhées. Le syndrome du côlon irritable surtout s'il se déclare après une gastro-entérite infectieuse et l'intolérance non-cœliaque au gluten, peuvent également y être rattachés.
Médicaments
Les anti-inflammatoires Qu'ils soient non stéroïdiens, tel l'ibuprofen, ou stéroïdiens (dérivés de la cortisone).
Les anti-acides Sont particulièrement visés les IPP (Inhibiteurs de la Pompe à Protons) qui sont les médicaments les plus puissants utilisés pour supprimer les sécrétions gastriques acides (HCl) et remonter ainsi le pH au sein de l'estomac et du duodénum. Ils sont encore malheureusement prescrits pour des durées indéfinies et souvent sans interruption pendant plusieurs dizaines d'années. Or une sécrétion suffisante d'acide gastrique est primordiale pour la santé. Cet acide permet de lancer la digestion d'une part en attaquant les aliments et en activant les enzymes digestives gastriques, pancréatiques, hépatiques ou intestinales.
Les antibiotiques Les antibiotiques perturbent profondément et durablement le microbiote intestinal. Ils participent ainsi au développement de dysbioses coliques, avec appauvrissement de la diversité en espèces. On assiste, d'une part à une diminution ou à la disparition de certaines souches bénéfiques pour l'hôte, mais d'autre part à la prolifération de souches pathogènes, notamment des bactéries gram négatif. Ces dernières, en libérant des quantités importantes de LPS, augmentent les taux de zonuline.
Les carences nutritionnelles Parmi les facteurs contribuant à l'hyperperméabilité intestinale, les carences nutritionnelles occupent une place importante. En effet, un apport insuffisant en certains nutriments essentiels peut compromettre l'intégrité de la muqueuse intestinale et aggraver le problème.
La riboflavine, ou vitamine B2, est une vitamine reconnue pour contribuer au maintien de muqueuses normales. Elle participe à de nombreux processus biologiques, y compris la régénération des tissus muqueux endommagés.
De même, la niacine, ou vitamine B3, est également impliquée dans le maintien de muqueuses normales. Cette vitamine est nécessaire pour le bon fonctionnement du système digestif et contribue à la santé globale des muqueuses, y compris celles qui tapissent l’intestin.
Enfin, la vitamine A est bien connue pour sa contribution au maintien de muqueuses normales. Cette vitamine est essentielle pour la santé des tissus épithéliaux et joue un rôle clé dans la régénération des muqueuses intestinales.
Il est important de reconnaître le rôle clé des vitamines dans le maintien de la santé intestinale et de veiller à un apport adéquat de ces nutriments essentiels pour prévenir et prendre en charge l'hyperperméabilité intestinale. Une alimentation saine (et donc variée), riche en fruits, légumes, céréales complètes et sources de protéines de qualité, peut contribuer à fournir les nutriments nécessaires pour soutenir la santé de la muqueuse intestinale et prévenir les complications associées à l'hyperperméabilité.
Le stress Le stress perturbe la perméabilité intestinale en stimulant l'axe hypotalamo-hypophyso-surrénalien. Par réciprocité, la réduction du stress ressenti, par une thérapie cognitivo-comportementale, l'hypnothérapie et autres activités impliquées dans la gestion émotionnelle a réduit l'hyperperméabilité intestinale chez les rats.
Les FODMAP Les FODMAP (Fermentable Oligosaccharides, Disaccharides, Monosaccharides And Polyols) sont des sucres alimentaires fermentescibles susceptibles d'exacerber les troubles gastro-intestinaux et de contribuer à l'irritation de la muqueuse intestinale chez les personnes sensibles.
Des études, comme celle menée par Halmos et al. (2013), ont démontré que les FODMAP pourraient augmenter la fermentation intestinale et entraîner une libération excessive de gaz, ce qui pourrait potentiellement compromettre la fonction de la barrière intestinale.
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