Le rempart gaulois des Châteliers est une fortification en terre située sur le plateau des Châteliers, dans la commune française d'Amboise, département français d'Indre-et-Loire, région Centre-Val de Loire.
Le rempart, rectiligne, est long de pour une largeur proche d'une trentaine de mètres à sa base et une hauteur probable de environ. Construit en terre et en pierres, avec quelques pieux de renforcement dans sa partie centrale, il est élevé en plusieurs étapes pendant toute la durée de La Tène. Le système défensif qu'il constitue est complété à l'extérieur par un large fossé. Il limite à l'est l'oppidum des Châteliers, éperon barré dont la superficie dépasse alors , et dont la richesse archéologique suggère qu'il pourrait constituer la capitale du peuple gaulois des Turones. À partir du milieu du , le site antique est progressivement abandonné au profit de la ville « nouvelle » d'Amboise qui est construite en contrebas dans la vallée de la Loire ; le rempart est partiellement arasé au Moyen Âge pour être mis en culture comme le reste du plateau.
Les remparts et fossés sont classés au titre des monuments historiques par arrêté du . L'ensemble du plateau des Châteliers est intégré au périmètre du « Val de Loire entre Sully-sur-Loire et Chalonnes », site inscrit au patrimoine mondial.
Contexte géographique et historique
vignette|gauche|alt=carte en couleurs d'un enclos protohistorique.|L'oppidum laténien des Châteliers. L'oppidum des Châteliers occupe le site d'un éperon barré formé par le confluent de la Loire et de l'Amasse.. Ce plateau, qui repose sur le calcaire turonien, étage stratigraphique du Crétacé supérieur, se situe à une altitude moyenne de et domine d'une cinquantaine de mètres la vallée où s'établissent les quartiers « historiques » d'Amboise..
Ce site géographique stratégique est occupé par l'Homme de manière permanente depuis le Néolithique. Dans un premier temps, probablement à l'âge du bronze voire plus tôt, un rempart orienté nord-sud protège une superficie de à son extrême pointe occidentale. À La Tène finale, il est barré d'un rempart de terre situé à à l'est de la pointe de l'éperon.. À cet emplacement, le plateau se trouve naturellement rétréci par un méandre de l'Amasse au sud, ce qui diminue la longueur de l'ouvrage à construire.
L'oppidum ainsi constitué, d'une superficie d'au moins , témoigne au d'une importante activité artisanale (boucherie, atelier de poterie, travail du fer et peut-être tanneries), cultuelle (édifice religieux, dépôts votifs), domestique (habitats en bois et/ou terre, puits) et peut-être politique : il est très probable qu'il constitue alors la « capitale » du peuple gaulois des Turones. C'est en tout cas l'agglomération gauloise la plus vaste et la mieux organisée de celles recensées au sur le territoire de ce peuple.
Mentions bibliographiques, fouilles et études Au , une chronique attribuée à un moine de l'abbaye de Marmoutier mentionne, sur la base d'écrits plus anciens., un camp romain et une fortification « érigée par César », qui barre le plateau du nord au sud.. vignette|gauche|alt=Extrait en noir et blanc d'une carte ancienne.|Le plateau des Châteliers sur la carte de Siette (1619). Le nord est à droite ; le rempart et le fossé sont au premier plan. vignette|alt=Extrait d'un plan ancien en noir et blanc.|Le plateau des Châteliers (1646). Le nord est en bas ; le rempart et le fossé sont à gauche. Les cartes d'Amboise établies par René Siette en 1619 ou Dubuisson-Aubenay en 1646Dubuisson-Aubenay, Itinéraire de Brie, Champagne (...) Touraine et Anjou, 1646-1647, , , manuscrit conservé à la bibliothèque Mazarine., localisent parfaitement les anomalies topographiques du plateau, dont le rempart oriental et le fossé qui le borde. Ce dernier auteur rapporte qu'une tradition locale, alors dépourvue de tout fondement archéologique mais dont l'exactitude se vérifiera partiellement plus tard, situe la ville primitive d'Amboise sur le plateau.
Plus fantaisistes semblent être les dessins réalisés au par Pierre BeaumesnilPierre Beaumesnil, Voyages archéologiques exécutés vers 1780-1786, spécialement dans le Maine, le Poitou, la Touraine, Arles, Besançon et Moissac, , manuscrit conservé à la bibliothèque nationale de France - Richelieu ., qui paraît s'être inspiré de la chronique de Marmoutier et dont la présence à Amboise n'est pas formellement attestée.
Les principales connaissances relatives à la fortification sont acquises à partir de 1978, lorsque le percement d'une rue permettant d'accéder à la pointe de l'éperon coupe le rempart dans sa moitié sud. Le flanc nord de cette coupe est soutenu par un grillage plaqué contre, qui prévient les éboulements et évite les vandalismes ; un abri édifié en 1986. le protège des intempéries..
Les remparts et fossés sont classés au titre des monuments historiques par arrêté du ; en 2000, l'ensemble du plateau des Châteliers est intégré au périmètre du « Val de Loire entre Sully-sur-Loire et Chalonnes », site inscrit au patrimoine mondial... En 2016-2017, un diagnostic préventif, réalisé à l'extrémité nord-est du plateau au niveau du vallon de Malvau, montre que, contrairement à ce qui était généralement admis jusqu'alors, le rempart barre le plateau jusqu'au nord, sa longueur étant ainsi portée de à environ.
Le « PCR Ambacia » est lancé en 2024. Ce projet collectif de recherche triennal a pour objectifs de rassembler la documentation fournie par les différents intervenants qui ont opéré sur le site de l'oppidum et de coordonner leurs futurs axes de travail..
Chronologie et description Rempart vignette|redresse=2|gauche|alt=Dessin en couleurs représentant les différentes couches d'un mur de terre.|Analyse stratigraphique de la coupe du rempart. Sensiblement orienté nord-sud, le rempart, à son plus grand développement, est rectiligne, long de , large de et peut-être haut d'une dizaine de mètres à l'origine, même si au sa hauteur est réduite à environ ; il barre presque totalement le plateau dans sa partie orientale. Une publication de 1960 mentionne la présence d'un « mamelon » à chacune de ses extrémités ; une ferme construite à proximité de celui situé au sud porte le toponyme explicite de « la Motte ».. vignette|alt=Photographie en couleurs d'un mur de terre en coupe.|Coupe du rempart montrant ses stratifications successives. L'examen précis de la coupe du rempart réalisée en 1978 permet de distinguer trois phases principales dans son histoire. La constitution d'un noyau primitif en argile renforcé de pieux en bois a lieu sous La Tène ancienne même si ce dispositif, dont la fonction réelle reste à déterminer, ne s'étend peut-être pas sous la totalité du rempart postérieur. Des recharges et rehaussements successifs avec des matériaux divers sont effectués sous La Tène finale dans un but clairement défensif. Au Moyen Âge, le rempart, abandonné comme l'ensemble de l'oppidum, est partiellement arasé et mis en culture après un apport de terre arable. ; la présence de vignes est attestée au milieu du mais cette culture disparaît dans les deux dernières décennies du en raison de l'invasion du phylloxéra., les arrachages ou les tentatives de replantation étant à l'origine de découvertes archéologiques fortuites..
Noyau primitif vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs d'un mur de terre en coupe en vue rapprochée.|Noyau argileux primitif du rempart. Le rempart est constitué d'un premier talus en argile, large d'environ à sa base, avec des inclusions de charbon de bois et présentant peut-être une armature de pieux en bois verticaux dans sa partie orientale, côté extérieur de l'oppidum ; aucune poutre horizontale n'est mise en évidence.
Ce talus primitif, qui semble avoir été édifié sous La Tène A ou B1 (ou La Tène ancienne, , +/- ), repose dans sa partie nord sur un sol en terre battue qui scelle une fosse de l'âge du bronze renfermant des vases et des os calcinés, seule structure de cette époque attestée dans cette partie de l'oppidum.. L'observation du noyau argileux étant faite au niveau de la coupe réalisée en 1978, il est impossible de préciser si ce talus primitif s'étend sous toute la longueur du rempart et même s'il s'agit vraiment d'une structure défensive ou bien d'un autre type de construction : des sondages effectués en d'autres points du dispositif donnent des résultats contradictoires.
Surélévation vignette|alt=Photographie en couleurs d'un mur de terre en coupe en vue rapprochée.|Terre et galets d'une recharge du rempart. Le rempart est surélevé et élargi de manière significative sous La Tène D (ou La Tène finale, à ) par des recharges successives de terre et de pierres et dont le nombre reste à déterminer. Il peut alors mesurer de haut pour de large à sa base et affecter un profil triangulaire. Les recharges se font à plusieurs reprises, avec des matériaux différents à chaque fois, et leur stratigraphie est toujours lisible dans la partie du rempart encore en place. L'origine de ces matériaux n'a pas été spécifiquement étudiée mais parmi eux se trouvent notamment des galets ; inconnus à l'état naturel sur ce site de plateau, ils proviennent manifestement des vallées de la Loire ou de l'Amasse, en contrebas. L'une des plus récentes couches de recharge renferme des tessons d'amphores de type datant de la République romaine, ce qui permet de dater avec une relative précision la dernière phase d'élévation de la fortification.
La coupe faite en 1978 pour permettre le passage d'une route n'a pas permis de mettre en évidence d'éléments de parement ni d'« ossature » en bois, ce qui le différencie du proprement dit.. Il semble s'apparenter aux remparts « de type Fécamp » dont la vocation défensive est clairement établie... Cette modification de sa structure à la faveur d'un remaniement se rencontre sur d'autres sites français que les Châteliers.
Les dispositifs nécessairement aménagés pour pouvoir franchir le rempart et accéder à l'oppidum sont à découvrir ; l'un d'eux pourrait se situer à son extrémité sud, ce même passage étant emprunté par plusieurs chemins anciens successifs.
Arasement et mise en culture vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs d'une surélévation du sol recouverte de gazon.|Rempart partiellement arasé vu vers l'est. Probablement dès le Moyen Âge, l'ensemble du plateau est livré aux activités agricoles, traduisant un changement complet et définitif de sa vocation.
Le rempart semble être progressivement arasé et ses terres rejetées sur les côtés, ce qui est bien visible sur la coupe où se retrouvent côté ouest, mais bouleversées, les différentes strates de sa construction. Un apport de terre, peut-être à l'époque médiévale, a lieu sur l'ensemble du site (y compris le rempart) et sur une épaisseur de , probablement pour aider à sa mise en culture ou pour compenser partiellement les irrégularités de relief sur les bords du plateau. Il scelle les strates archéologiques du rempart..
Le phénomène d'arasement se poursuit au . À cette époque, des vignes sont plantées sur une grande partie de l'oppidum, y compris le rempart, et l'entretien de leur sol (labours) participe à l'érosion de la fortification en terre, comme le rapporte Dubuisson-Aubenay en 1646 dans la relation d'un voyage qu'il a fait à Amboise.
Fossé vignette|alt=Photographie en couleurs d'une dépression gazonnée dans le sol.|Fossé vu vers le nord. Le talus qui le coupe au premier plan date du .