Émile Buré, né le à Dreux et mort le à Saint-Mandé, est un journaliste politique français de la première moitié du ; il fut le directeur de plusieurs journaux, les quotidiens L'Éclair (1919-1925), L'Avenir (1925-1928), L'Ordre (1929-1940 et 1945-1948) et les hebdomadaires Vendémiaire (1935-1938) et France-Amérique (1943-1944).
Biographie
Milieu social et études
Émile Clément Charles Buré est le fils de Charles Louis Buré, marchand mercier à Dreux et d'Honorine Alphonsine Ernestine BonneauActe de naissance d'Emile Buré, cote 3E134 047, acte consultable en ligne, image 376/516. Il commence ses études au collège de Dreux (1883-1887) et les poursuit à Paris au lycée Janson-de-SaillyBulletin de la Société archéologique d'Eure-et-Loir, 1974 . Il prépare le concours d'entrée à Saint-Cyr. Admissible au concours en 1896Journal officiel, 28 juin 1896, il abandonne son projet de devenir officier.
Les débuts : le socialiste dreyfusard Étudiant, il fréquente la jeunesse des cafés du Quartier latin et devient socialiste, sous l'influence notamment de Jean Longuet. Il fait partie du groupe des étudiants collectivistes vers 1898-1900Alexandre Zévaès, Notes et souvenirs d'un militant, M. Rivière, 1913, . Il appartient avec ce dernier à la Fédération des socialistes révolutionnaires indépendants, qui intègre la Confédération des socialistes indépendants en 1899Encyclopédie socialiste, syndicale et coopérative de l'Internationale ouvrière, Tome III.
Il est aussi dreyfusard. Les Nouvelles littéraires, 23 avril 1932. Il signe ainsi en 1898 un appel demandant la révision du procès du capitaine Alfred Dreyfus, en tant qu'ancien président des Corniches (classes préparatoires à Saint-Cyr) de FranceLe , 25 janvier 1898.
Il rencontre Aristide Briand, alors socialiste ; ce dernier est secrétaire général de la Fédération socialiste, Buré est secrétaire adjoint. Il devient le secrétaire de la revue Le Mouvement socialiste d'Hubert LagardelleLes Temps nouveaux, Le Mouvement socialiste, 26 avril 1902 ; son nom apparaît dans le sommaire dès la première année en 1899Le Mouvement socialiste, juillet 1899, Le Mouvement socialiste, 15 octobre 1899. Selon Jean Longuet, il appartient à la fraction de gauche du Parti socialiste français de Jean JaurèsLe Populaire, 18 mars 1931.
Carrière sous la République : cabinets ministériels et journalisme En 1903, Georges Clemenceau l'engage à L'Aurore pour être rédacteur parlementaire. Clemenceau devient un mentor et un ami. Buré est celui qui lui attribue le surnom de , en 1906 ou 1903Jean-Baptiste Duroselle, Clemenceau, Fayard, 2012, La Petite Gironde, 17 février 1923, E. Buré, « Comment j'ai appelé Clemenceau Le Tigre », France Amérique, 22 août 1943.
Il est membre en 1904-1905 du comité de rédaction de La Vie socialiste de Francis de PressenséLa Vie socialiste, 20 décembre 1904. Il collabore aussi aux Cahiers de la Quinzaine de Charles Péguy.
À partir de 1906, il est membre de plusieurs cabinets ministériels, ce qui l'amène à abandonner ses idéaux socialistes de jeunesse et à mieux connaître les coulisses du pouvoir ; cela le servira pour affiner ses futurs éditoriaux. Plusieurs sources le présentent comme chef de cabinet de Clemenceau lorsque ce dernier est nommé ministre de l'Intérieur en Jean-Baptiste Duroselle, Clemenceau, Fayard, 2012 (il affirme aussi que Clemenceau l'a nommé chef de cabinet quand il devient président du conseil en octobre), Jean-Jacques Becker, Clemenceau, chef de guerre, Armand Colin, 2012, Les Nouvelles littéraires, 23 avril 1932. Claude Bellanger mentionne le cabinet de Clemenceau, sans préciser la fonction. D'autres sources ne mentionnent que Symian et Briand (, Études de presse, 1953, La Petite Gironde, janvier 1925) . C'est en réalité Jean Philip, autre journaliste de L'Aurore, qui occupe cette fonctionLa Justice, 17 mars 1906, Bulletin officiel du Ministère de l'intérieur, 1906. Buré n'est que chef-adjoint du cabinet de Julien Simyan, sous-secrétaire d'État aux postes, d'octobre 1906 à 1909L'Aurore, 31 octobre 1906, Journal officiel, 31 octobre 1906, Annuaire de la presse française et étrangère et du monde politique, 1909, Le Journal, 15 février 1909. Bernard Auffray le présente faussement comme chef de cabinet dans Sur mon chemin j'ai rencontré: du service de l'opinion au service du bien public.. Il est ensuite chef adjoint du cabinet d'Aristide Briand, président du Conseil, entre 1909 et 1911. Membre officieux du cabinet de ce dernier en 1912 et 1913, il intègre à nouveau son cabinet en 1914Christophe Bellon, La République apaisée. Volume 2. Gouverner et choisir, Editions du Cerf, 2016, Michel Antoine, Origines et histoire des cabinets des ministres en France, Droz, 1975, , Le Journal, 17 octobre 1910. En , il redevient chef-adjoint du cabinet de Briand, nommé à nouveau président du ConseilLe Figaro, 7 novembre 1915, Ibid., 8 juin 1916, Journal officiel, 7 novembre 1915.
Buré est le rédacteur en chefLa France, 23 novembre 1918 et l'éditorialiste patriote du quotidien La France d’Édouard Julia entre 1917 et 1919 ; il y est entré en 1913. Il se targue d'être fidèle au de Karl Marx contre les illusions et le pacifisme des socialistesIbid., 30 novembre 1918, taxe le parti socialiste de E. Buré, « Les socialistes et la guerre », La France, 10 octobre 1918 et acclame ses mentors, Clemenceau et BriandE. Buré, « De la défaite à la revanche », La France, 19 novembre 1918, E. Buré, « M. Aristide Briand », La France, 23 novembre 1918. Jean Longuet souligne en avril 1918 qu'il est un renégat du socialisme et qu'il est devenu . et dénonce par la suite son .. Buré quitte La France en février 1919Aux écoutes, 23 février 1919, Le Carnet de la semaine, 9 février 1919.
Le , Buré devient le directeur politique d'un autre quotidien, L’Éclair, avec comme programme la lutte contre à la fois les socialistes internationalistes et l'Action française, la E. Buré, « Expliquons-nous... », L'Eclair, 2 août 1919, Les Nouvelles littéraires, 23 avril 1932, Le Populaire, 3 août 1919. Il appuie de ce fait le Bloc national. Buré souligne qu'il partage avec L'Action française E. Buré, « Mariage manqué », L’Éclair, 9 avril 1921. Il est assigné en justice en par le gouvernement du cartel des gauches lorsque son journal publie un document confidentiel. Il est défendu par l'avocat Alexandre Zévaès - autre renégat du socialisme - , qui collabore par ailleurs à L’ÉclairLa Lanterne, 29 décembre 1924, Journal des débats, 2 janvier 1925, Le Peuple, 18 janvier 1925, Ibid., 11 octobre 1925., et bénéficie d'un non-lieu. vignette|376x376px|Alexandre Zévaès (à gauche) et Gatherot (à droite) au procès d'Émile Buré (au centre) en décembre 1924.
Pour fêter sa croix de chevalier de la Légion d'honneur attribuée en 1922, ses amis organisent un banquet. Un de ses amis de jeunesse, Anatole de Monzie, le préside. Trois ministres en exercice y prennent part, dont Léon Bérard. Ainsi que d'autres hommes politiques, radicaux, centristes ou de droite modérée : Chéron, Yves Le Trocquer, Laurent Eynac, Frédéric François-Marsal, Paul Doumer, Symian, Henry de Jouvenel - autre ami de jeunesse -, Daniel Vincent, Gaston Vidal, Paul Laffont, Jules Pams, etc. Et des directeurs de journaux ou journalistes, comme Étienne de Nalèche ou Eugène Lautier Comoedia, 27 octobre 1922, Ibid., 8 octobre 1922 (photographie).
Il devient le L'Avenir, 18 novembre 1925, "A nos lecteurs", Le Grand écho du Nord de la France, 19 novembre 1925 le directeur et rédacteur en chef de L'Avenir, lorsque ce journal reprend L’ÉclairLes Nouvelles littéraires, 8 août 1932, « L'Avenir », Les Documents politiques, diplomatiques et financiers, janvier 1926. Il doit cependant partager la direction politique avec André François-Poncet, membre du conseil d'administration de la société possédant le journalL'Action française, 15 mars 1927 (Lettre de François-Poncet), « A nos lecteurs », L'Avenir, 18 novembre 1925. Des relations conflictuelles avec François-PoncetL'Œil de Paris, 10 novembre 1928 ou bien Ernest BillietLes Nouvelles littéraires, 23 avril 1932 l'amènent à quitter L'Avenir en E. Buré, « A mes amis de L'Eclair et de L'Avenir», L'Avenir, 22 juin 1928, L'Action française, 23 juin 1928, Le Radical, 24 juin 1928. Il accepte alors l'offre de François Coty de diriger un nouveau journal, L'Ami du peuple du soirLe Gaulois, 12 juillet 1928, L'Action française, 8 juillet 1928 mais il démissionne avant la parution du premier numéro. Revenu à L'Avenir le pour livrer ses L'Avenir, 29 octobre 1928, il le quitte bientôt, définitivement, en . Il collabore parallèlement à un quotidien de province, La Petite Gironde, de la fin de l'année 1926 à 1928, même si ce journal ne partage pas tous ses points de vueRevue des lectures, 15 janvier 1927, La Petite Gironde, 20 mars 1928. Il collabore aussi pendant quelques semaines à partir de novembre 1927 à La Gazette du franc de Marthe HanauEmile Buré à la Gazette du franc, La Gazette du franc, 5 novembre 1927.
Les journaux qu'il dirige se classent à droite - une droite modérée -, dans la mesure où Buré s'oppose aux socialistes et aux communistesAinsi, par exemple : 'E. Buré, "Dans l'impasse", 'La Petite Gironde, 4 février 1927], E. Buré, "Le pire mode de scrutin", Ibid., 20 février 1927</ref> et au cartel des gauches. Fin 1923, il prend part à une réunion destinée à préparer les élections législatives de 1924, au siège de l'Union des intérêts économiques, aux côtés d'Ernest Billiet, des dirigeants des principales organisations de droite (Antony Ratier, Mamelet et André François-Poncet pour le Parti républicain démocratique et social, Auguste Isaac et deux autres représentants de la Fédération républicaine, Xavier de La Rochefoucauld et Dufresne pour l'Action nationale républicaineCoalition éphémère de partis de droite fondée en 1922. et l'Action libérale populaire), et de deux autres directeurs de quotidiens, Henry Simond de L'Écho de Paris et Léon Bailby de L'IntransigeantJean-Étienne Dubois, Leçon d’histoire pour une droite dans l’opposition ? : les mobilisations de droite contre le Cartel des gauches dans la France des années Vingt, Université Blaise Pascal - Clermont-Ferrand II, 2013, . En 1925, L’Éclair et L'Avenir soutiennent la Ligue républicaine nationaleL'Avenir, 14 novembre 1925 et Buré attaque le radical-socialiste Édouard Herriot, les socialistes et les communistes<ref>[https://www.retronews.fr/journal/l-avenir-paris/27-novembre-1925/1265/4500931/1?from=%2Fsearch%23allTerms%3D%2522%25C3%25A9mile%2520bur%25C3%25A9%2522%26sort%3Ddate-asc%26publishedBounds%3Dfrom%26indexedBounds%3Dfrom%26tfPublications%255B0%255D%3DL%2527Avenir%2520%2528Paris%2529%26page%3D8%26searchIn%3Dall%26total%3D1274&index=175 E. Buré, "L'apprenti sorcier", 'L'Avenir, 27 novembre 1925. Il dénonce le régime dictatorial de l'URSS et sa situation sociale dans les années 1920E. Buré, Ce qu'est vraiment la Russie soviétique, L’Avenir, 7 septembre 1927Sophie Cœuré, La grande lueur à l'Est : Les Français et l'Union soviétique, Seuil, 1999. Il reproche en 1928 à son ami Anatole de Monzie de vouloir que la France établisse des relations avec l'URSS car ce serait méconnaitre les de ce pays et parce que l'Union soviétique a E. Buré, La politique de la présence, L’Avenir, 14 mars 1928, Ibid., 18 mars 1928.