Juan Gerardo Guaidó Márquez Prononciation en espagnol d'Amérique retranscrite selon la norme API. , né le à La Guaira, est un homme d'État vénézuélien.
Membre du parti Volonté populaire de 2009 à 2020, il est président de l'Assemblée nationale du au . Alors que l'investiture de Nicolás Maduro pour un second mandat est contestée, invoquant la Constitution, il s'autoproclame président de la République par intérim le suivant, sans toutefois posséder de pouvoir effectif. Cette crise présidentielle provoque une série de manifestations et de conflits. Il reçoit la reconnaissance de l'Assemblée nationale et d'une cinquantaine de pays.
En 2020, il est réélu à la tête du Parlement dans un vote qui ne réunit qu'une partie des députés, et est contesté par Luis Parra, élu par d'autres députés. L’élection de ce dernier est cependant reconnue par le Tribunal suprême de justice.
Le , il est réélu président par intérim pour un mandat d'un an par l'Assemblée nationale vénézuélienne, élue en 2015 et dont les fonctions ont légalement pris fin en 2020. Les États-Unis, qui reconnaissent l'autorité de cette assemblée, soutiennent Juan Guaido, comme « président par intérim ». Il est cependant progressivement contesté par la majeure partie de l'opposition, qui vote la fin de son mandat en 2022.
Biographie Situation personnelle vignette|gauche|Juan Guaidó avec sa femme et sa fille. Il est originaire de l'État de La Guaira, dans lequel a lieu en 1999 la tragédie de Vargas, une catastrophe naturelle à laquelle il survit.
Marié à Fabiana Rosales, une diplômée en communication qui l'accompagne dans son combat politique, il est père d'une filleLaurence Debray, « Venezuela : La main tendue au peuple », Paris Match, semaine du 31 janvier au 6 février 2019, p. 48-53..
Parcours politique
Membre du parti Volonté populaire depuis 2009, il est député fédéral à l'Assemblée nationale pour l'État de La Guaira depuis le . L'homme politique Leopoldo López est considéré comme son mentor et d'après le spécialiste de l'Amérique latine Christophe Ventura il est celui qui a permis son ascension politique.
Président du Parlement et crise présidentielle de 2019-2020
Le , l'Assemblée nationale le désigne à sa tête et refuse de reconnaître le nouveau mandat présidentiel de Nicolás Maduro, déclaré vainqueur de l’élection présidentielle contestée de 2018. Sans succès, le groupe de Lima annonce ne pas reconnaître le nouveau mandat de Nicolás Maduro, l'appelant à transférer le pouvoir à l'Assemblée nationale.
Juan Guaidó est dès lors poussé par sa majorité à assumer la réalité du pouvoir en tant que chef d'un gouvernement de transition. Il affirme alors que la Constitution lui donne ce pouvoir d'assumer la conduite d'un gouvernement de transition notamment sur la base des articles 233, 333 et 350, qui prévoient le transfert provisoire des pouvoirs au président de l'Assemblée nationale lorsque le président est déclaré indisponible avant sa prise de fonction. Selon ce même article 233, Il doit être par ailleurs procédé à une nouvelle élection dans un délai de trente jours après l'indisponibilité déclarée.
Maduro raille un « coup d'État twittesque » tandis que la ministre des Services pénitentiaires le menace d'emprisonnement.
Juan Guaidó est brièvement arrêté par les services de renseignement vénézuélien (Sebin) le , alors qu'il se rend à un meeting. Après sa libération, la justification de celle-ci reste très confuse (acte incontrôlé du Sebin selon le ministre de la Communication Jorge Rodríguez, protection contre un attentat selon une autre source gouvernementale). Christophe Ventura, directeur de recherche à l'IRIS, affirme : .
Autoproclamation 280px|vignette|gauche|Carte illustrant, lors de la crise présidentielle, le soutien à : Nicolás Maduro ; Juan Guaidó ; l'Assemblée nationale ; Neutralité ; Sans déclaration officielle ; Venezuela. Le , Juan Guaidó s'autoproclame « président en exercice » du Venezuela et prête serment au cours d'une manifestation organisée à Caracas.. Il obtient immédiatement la reconnaissance des États-Unis, du Canada, du Brésil, de la Colombie et du Pérou. Après l'expiration d'un ultimatum lancé à Nicolás Maduro pour convoquer des élections libres, plusieurs pays de l'Union européenne reconnaissent officiellement Juan Guaidó comme « chef de l'État par intérim ». D'autres pays, notamment la Chine, la Russie ou la Turquie, assurent leur soutien à Nicolás Maduro après l'autoproclamation de Guaidó.
Le , Guaidó dit ne pas exclure de demander une intervention militaire américaine pour renverser le régime, invoquant la crise humanitaire en cours..
Il effectue une tournée en Amérique latine du au , malgré l'interdiction de sortie du territoire dont il fait l'objet pour avoir discuté avec Donald Trump fin ..
Selon Ronal Rodríguez, professeur de sciences politiques à l'université du Rosaire de Bogota, .. Juan Guaido contrôle en revanche les immenses actifs vénézuéliens de l’extérieur, comme les réserves d’or à Londres.
Poursuites judiciaires Le , il est visé par une enquête du parquet vénézuélien pour concernant une panne électrique dont le pays a été victime pendant plusieurs jours.
Le , le contrôleur général, Elvis Amoroso, décide d'interdire à Guaidó d'occuper son poste de président du Parlement et le déclare inéligible à tout poste public pour quinze ans. Le contrôleur, explique qu'« il a effectué plus de quatre-vingt-onze voyages hors du territoire pour un coût supérieur à 310 millions de bolivars [quelque au taux d'alors], sans justifier l’origine de ces fonds ». Guaidó rejette cette sanction en considérant que l'Assemblée nationale est le seul organisme qui peut désigner un contrôleur et considère la décision d'Amoroso comme illégitime. Les États-Unis, les gouvernements européens et de l'Amérique latine du Groupe de contact international (CGI) sur le Venezuela condamnent la décision du contrôleur. Les juristes constitutionnels et José Vicente Haro remarquent que la décision va à l'encontre de l'immunité diplomatique de Guaidó et expliquent que le contrôleur général est un organisme administratif incapable de prendre ce type de décisions sans la validation d'un organisme juridique.
Le , le président du Tribunal suprême de justice, Maikel Moreno, demande à l'Assemblée nationale constituante (ANC), qui est exclusivement composée de partisans de Maduro et non reconnue par l'Assemblée nationale, de lever l'immunité de Guaidó. Le , l'ANC lève l'immunité de Guaidó et autorise les poursuites pénales pour usurpations de fonctions. L'Union européenne condamne la décision prise par l'ANC.
Le , le parquet vénézuélien lance à son encontre des poursuites pour .
Tentative de soulèvement militaire vignette|Juan Guaidó prononçant un discours le (photo de Voice of America). Pendant le mois d’avril, Guaidó annonce l’opération Liberté, une série de protestations ayant pour objectif de chasser Maduro du pouvoir le . La veille, Leopoldo López, homme politique arrêté en 2014 et en résidence surveillée, apparaît à côté de Guaidó devant la base aérienne de La Carlota à Caracas. Guaidó publie une vidéo en ligne où, accompagné de López et d'un nombre réduit de forces policières, il appelle les Vénézuéliens et l'armée à le soutenir pour mettre fin « définitivement à l'usurpation » de Nicolas Maduro. Le ministre de l’intérieur Jorge Rodríguez s'exprime : . Le ministre des Affaires étrangères, Jorge Arreaza, dément qu'il s'agit d'une « tentative de coup d'État militaire » et accuse les États-Unis d'organiser l'opération.
Guaidó obtient le soutien de quelques militaires et du chef du Sebin, , mais le chef des forces armées ne brise pas sa fidélité envers Nicolas Maduro. Les manifestations et les confrontations continuent pendant deux jours encore ; au total, au moins quatre personnes sont mortes et 200 autres sont blessées. 25 militaires rebelles demandent l’asile à l’ambassade du Brésil, et López trouve refuge à l'ambassade d'Espagne. Guaidó finit par reconnaître son échec à rallier la majorité des militaires et appelle à une grève générale et à une poursuite des manifestations en mai.
À partir du soulèvement raté, les manifestations baissent en intensité. Le rassemblement le plus important dès lors a lieu le , avec , soit beaucoup moins qu'en début d'année..
Accusation de liens avec un groupe paramilitaire de narcotrafiquants En , le procureur général Tarek William Saab dévoile des photos prises en où Guaidó est identifié aux côtés des membres de Los Rastrojos, un groupe narcotrafiquant et paramilitaire colombien. Ces photos suscitent une polémique en Colombie et au Venezuela. Elles ont été prises en février, alors que Guaidó, sous le coup d'une interdiction de quitter le Venezuela après s’être proclamé président, était passé clandestinement en Colombie pour superviser un envoi d'aide humanitaire au VenezuelaAgence France-Presse, « Venezuela: enquête contre Guaidó pour des 'liens' avec des narcotrafiquants colombiens », La Presse, 13 septembre 2019, en ligne.. Guaidó ne nie pas avoir été pris en photo avec ces personnes, mais affirme ne pas avoir connu leur identité. Wilfredo Cañizares, propriétaire des photos et membre d'une ONG colombienne, repousse l'explication de Guaidó. Il ne « croi[t] pas que Juan Guaidó ait négocié directement son entrée sur le territoire colombien avec les Rastrojos » : il estime que l'opération a été coordonnée par les autorités colombiennes et demande à celles-ci de « dire la vérité ». Le président colombien, Iván Duque, soutient la version de Guaidó.
Soupçons de corruption envers son entourage En , neuf députés d'opposition sont accusés de corruption par le site d'information vénézuélien armando.info, avec des entrepreneurs colombiens qui participent au programme d'aide alimentaire « Clap », mis en place par Maduro. Guaidó annonce l'ouverture d'une commission d'enquête parlementaire, écrivant sur Twitter : « Je ne permettrai pas que la corruption mette en péril tout ce que nous avons sacrifié ». Les principaux partis d'opposition, Primero Justicia et Volonté populaire, excluent les cinq députés concernés par l’enquête des commissions auxquels ils appartenaient au Parlement.
Réélection contestée à la tête du Parlement Le député d'opposition Luis Parra est élu président du Congrès par les députés chavistes et une partie minoritaire des députés de l'opposition le .. De son côté, Juan Guaidó, qui déclare avoir été empêché par la police d'accéder aux locaux du Parlement, est réélu par une centaine de députés de l'opposition dans les locaux du journal El Nacional..
Luis Parra a été exclu de Primero Justicia en après avoir été accusé de corruption. Les États-Unis décident en de placer Luis Parra, ses deux vice-présidents ainsi que quatre autres députés d’opposition qui lui sont proches sur leur liste noire. Leurs actifs sont bloqués et ils ne peuvent plus faire affaire avec des entreprises ou des citoyens américains. Les autorités américaines précisent que ces sanctions « pourraient être retirées s'ils se rangeaient aux côtés du peuple vénézuélien et de Juan Guaido ».
Le , Juan Guaidó quitte Volonté populaire.. Le lendemain, alors que les forces policières lui faisaient barrage, il parvient à l'intérieur de l'hémicycle de l'Assemblée et prête serment comme président de l'Assemblée nationale après la fin de la séance présidée par son rival Parra.
Fin , les États-Unis proposent, en échange de la levée des sanctions, la mise en place d'un Conseil d'État composé de membres du Parlement issus des deux camps, afin d'organiser un scrutin législatif et présidentiel dans les six à douze mois et auquel Guaidó et Maduro pourraient participer..