La crise présidentielle. au Venezuela est une crise politique autour de la légitimité de la présidence du pays depuis le . Elle oppose Nicolás Maduro, président élu en 2013 et réélu en 2018 lors d'élections contestées et auxquelles l'opposition traditionnelle n'a pas participé, et Juan Guaidó président de l'Assemblée nationale. depuis le .

Juan Guaidó, à la suite des élections de 2018, considérées comme frauduleuses, et en vertu des articles 233, 333 et 350 de la Constitution du Venezuela qui lui permettent de le faire, déclare la présidence de Maduro illégitime et se proclame président par intérim du pays, jusqu'à la tenue d'élections transparentes. Il est reconnu président par une soixantaine de pays, dont les États-Unis, l'intégralité du Groupe de Lima (hormis le Mexique), et la France, mais n'a pas de pouvoir réel car le gouvernement a ôté à l'Assemblée nationale, où l'opposition est majoritaire depuis les élections législatives de 2015, ses pouvoirs en créant une Assemblée constituante qui siège en parallèle, et qui est entièrement composée de chavistes.

Maduro, pour sa part, est reconnu notamment par la Chine, Cuba, l'Iran, le Mexique et la Russie. Il détient le pouvoir dans les faits grâce au soutien de l'armée. Le , Nicolas Maduro et d'autres membres du gouvernement sont officiellement inculpés de « narco-terrorisme » et trafic de drogues par le procureur général américain William Barr, avec une récompense symbolique de de dollars pour toute information conduisant à leur capture. On l'accuse notamment d'avoir créé un cartel de drogue dit « Cartel de los Soles », qui se serait donné pour mission d'inonder les États-Unis de cocaïne pour nuire au gouvernement américain, tout en s'enrichissant personnellement. C'est la deuxième fois dans l'histoire qu'un chef d'État est inculpé pour trafic de drogues aux États-Unis, après Manuel Noriega..

Contexte Au Venezuela, l'élection présidentielle de mai 2018 a abouti à la réélection du président Maduro. Néanmoins, de nombreuses irrégularités ont été relevées par plusieurs observateurs qui n'ont pas validé l'élection. et différents spécialistes considérèrent que Nicolás Maduro continue de gouverner le pays de façon dictatoriale et que l'élection fut simplement une farce électorale dont on connaissait par avance le vainqueur...

Avant l'élection de , début 2016, un nouveau parlement entrait dans l'hémicycle à l'issue de l'élection du où le chavisme perdait la majorité absolue par surprise. Courant , la majorité sortante désigne ex tempore des nouveaux magistrats de la Cour Suprême de Justice pour ensuite détourner le fonctionnement originel du futur parlement. La première mesure de cette nouvelle Cour Suprême fut d'invalider la majorité qualifiée (constituée de 112/165 de voix à 109/165) en invalidant l'élection de quelques députés et leur remplaçants pour l'État de l'Amazonas du sud du Venezuela., ce qui a provoqué une nouvelle crise institutionnelle en 2016. En 2017, cette même nouvelle Cour Suprême déclara inconstitutionnelle ("en desacato") et réattribua les compétences de l'Assemblée Nationale à la Cour elle-même tout en élargissant les pouvoirs du président ce qui aggrave la crise institutionnelle et dégénère dans une vague de manifestations en 2017 causant la mort d'un peu plus d'une centaine de personnes, des milliers de blessés et presque incarcérées.

Dans les mois précédant l'investiture de Nicolas Maduro réélu, il avait été incité à démissionner par plusieurs États et organisations internationales dont le Groupe de Lima et l'Organisation des États américains (OEA). Cette pression fut accrue après l'investiture du nouveau président du parlement, le député Juan Guaido pour l'État de La Guaira, à partir du ... Le parlement avait été privé de facto de ses pouvoirs légiférants le lendemain de l'élection d'une nouvelle Assemblée Constituante, convoqué par décret de Nicolas Maduro, essayant de résoudre la crise institutionnelle et de finalement remplacer le congrès monocaméral.

Déroulement Absence de reconnaissance internationale L'élection de Maduro avait été saluée par la Chine, la Russie, le Mexique, et les pays intégrant l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA).., mais de nombreux pays et organismes internationaux ont soutenu l'Assemblée nationale dans son rejet de la légitimité de Maduro, dont certains ont coupé leurs relations diplomatiques et d'autres ont appelé à la démission ou à la destitution de Maduro. Ce dernier a aussi rompu les relations diplomatiques avec les États-Unis à cause de Trump qui avait traité Maduro de « dictateur ».

Maduro a répondu à ces accusations en dénonçant et a comparé l'ingérence étrangère au colonialisme.

Cabildo ouvert

vignette|gauche|300px|Juan Guaidó entouré de membres de l'opposition lors du cabildo ouvert à Caracas le 11 janvier 2019. Juan Guaidó, nouvellement élu président de l'Assemblée nationale du Venezuela, a entamé des consultations pour former un gouvernement de transition dès qu'il a pris ses fonctions le . Selon lui, que Maduro commence son mandat le ou non, le Venezuela n'aurait pas de président légitimement élu.. Au nom de l'Assemblée nationale, il fut l'un des premiers à dénoncer le maintien de Maduro à la présidence, estimant que le pays avait de facto et n'avait plus de dirigeant., et que l'Assemblée nationale se considérait en état d'urgence.. C'est dans cette déclaration qu'il a appelé pour la première fois au coup d'État, exhortant , et qu'il a demandé .

Il a alors annoncé qu'il tiendrait un cabildo ouvert le , qui prit la forme d'un meeting dans les rues de Caracas où l'Assemblée nationale annonça que Guaidó prenait le pouvoir comme lui permettait la Constitution du Venezuela, ainsi qu'un projet de destitution du président Maduro.. Le parlement révèle aussi une proposition de loi d'amnistie pour les forces armées, civiles et fonctionnaires qui participent pour « la restauration de l’ordre constitutionnel »...

Il était aussi prévu lors de ce cabildo ouvert de laisser parler des dirigeants d'autres partis politiques et de syndicats, des femmes et des étudiants. Les dirigeants d'autres partis n'ont pas parlé de leurs dissensions, mais de ce qu'ils considèrent comme la faillite de la révolution bolivarienne qu'ils appellent donc à renverser. Les étudiants ont été représentés par (présidente de la Fédération des centres d'étudiants de l'Université centrale du Venezuela) et Marlon Díaz. Requesens a appelé à l'unité, militant pour que tous les Vénézuéliens de tous bords politiques œuvrent avec les organisations internationales qui les soutiennent à la destitution de Maduro. José Elías Torres, de la Fédération unifiée des travailleurs vénézuéliens, a lu un manifeste de leurs opinions, prêtant son allégeance à Guaidó.

La première réponse de Maduro au cabildo fut de traiter l'opposition de , décrivant Guaidó comme . Plus menaçante, Iris Varela, ministre des Services pénitentiaires, indiqua qu'elle avait déjà choisi une cellule pour Guaidó, et lui demanda de nommer rapidement un cabinet afin de la laisser se préparer pour eux aussi..

Dissensions au sein des loyalistes Un des premiers signes majeurs de l'imminence de la crise fut la défection d'un juge du Tribunal suprême de justice, considéré proche de Maduro, vers les États-Unis, quelques jours à peine avant son investiture à la présidence du . Le juge, , a annoncé que Maduro était et .

S'y ajouta l'annonce par les services de renseignement américains que l'un des proches conseillers de Maduro, son ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez, aurait demandé à Maduro de renoncer à son mandat, menaçant de démissionner s'il ne le faisait pas ; il a toutefois assisté à la cérémonie d'investiture.

Le , le colonel José Luis Silva, attaché militaire à Washington, fait défection.. Le , le général Francisco Yanez, fait à son tour défection.. Le jour même, Jonathan Velasco, ambassadeur en Irak, fait également défection.. Le , le colonel Rubén Alberto Paz Jiménez fait de même..

Le général à la retraite Hugo Carvajal fait également défection le suivant.. Quelque en font de même le lendemain.. Ils sont environ 600 début mars..

Déclaration de Guaidó vignette|droite|200px|Communiqué du 15 janvier 2019 par l'Assemblée nationale pour signifier une usurpation de la présidence par Nicolás Maduro. Après le discours de Guaidó, l'Assemblée nationale a publié un premier communiqué de presse selon lequel il était désormais président par intérim. Un second communiqué remplaça le premier et clarifia la position de Guaidó, réaffirmant sa volonté de devenir président par intérim, mais précisant que le pouvoir devait encore être pris.. Cette motion n'était pas considérée par eux comme un coup d'État, compte tenu de l' reconnue de Maduro par plusieurs gouvernements étrangers, et des processus constitutionnels que l'Assemblée nationale suivait, en particulier les articles 233, 333, et 350 de la Constitution vénézuélienne qu'ils invoquent. Le jour-même, Guaidó a reçu une lettre du président du Tribunal suprême de justice vénézuélien en exil, basé au Panama, lui demandant de devenir président par intérim du Venezuela..

Guaidó annonce des manifestations pour le , la date anniversaire de la destitution de Marcos Pérez Jiménez, le dernier dictateur du Venezuela, en 1958.. L'Assemblée nationale travaille conjointement avec le mouvement citoyen Frente Amplio Venezuela Libre pour créer un plan d'action pour les manifestations.

L'Organisation des États américains a été la première à saluer cette action, annonçant qu'elle « voyait d'un bon œil la prise de pouvoir par Juan Guaidó comme président par intérim selon l'article 233 de la Constitution politique. Vous avez notre support, celui de la communauté internationale, et celui du peuple vénézuélien ». Plus tard dans la journée, le Brésil et la Colombie ont assuré Guaidó de leur soutien dans son rôle de président par intérim..

Les experts en politique vénézuélienne, comme David Smilde du Washington Office on Latin America, ont suggéré que la situation pourrait mettre en colère Maduro, qui considérait déjà l'Assemblée nationale comme des traîtres depuis qu'ils n'avaient pas assisté à son investiture, et qu'il pourrait arrêter et attaquer ses membres. Un ami de Guaidó a répondu qu'ils étaient au courant des risques, mais qu'ils pensaient que c'était nécessaire au retour de la démocratie.

Annonces de soutien Dans la soirée du et le lendemain, plusieurs pays du Groupe de Lima qui n'avaient pas encore fait de déclarations en leur nom propre commencèrent à les publier. Toutes se rejoignent dans le fait de ne pas reconnaître Maduro comme président, et chacune explicite la position de son gouvernement quant à la querelle territoriale entre le Venezuela et Guyana à propos de la région dite Guyana Esequiba.... Malgré cela, le gouvernement Maduro, par le biais de plusieurs communiqués de presse vice-présidentiels, prétend que ces pays sont revenus sur leurs déclarations et le soutiennent maintenant.. Les faits le contredisent et les déclarations de non-intervention sont perçues comme des concessions pour éviter des actions brusques de Maduro après des menaces qu'il a porté aux membres du Groupe. Le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Jorge Arreaza déclare que le Venezuela a reçu des notes diplomatiques de quelques membres du Groupe de Lima à propos de la dispute territoriale. Le Panama a réaffirmé les neuf points originels du Groupe de Lima, soulignant des problèmes de droit international. La Colombie a réitéré les résolutions du Groupe, et a affirmé soutenir , précisant qu'ils n'avaient pas de position sur la dispute territoriale.