La géopolitique du Moyen-Orient au s'attache à la description et à l'analyse des relations des États de cette région entre eux et avec le reste du monde depuis le début de ce siècle. Cette description prend en considération les facteurs politiques, géographiques, économiques, démographiques et culturels qui les influencent. Le terme de géostratégie est aussi employé dans un sens voisin de celui de géopolitiqueSelon la définition classique d'Yves Lacoste, la géopolitique est ..

Le Moyen-Orient occupe une position charnière entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique. La péninsule arabique est son centre géographique aux limites bien définies, mais aussi le berceau du peuple arabe et de l'islam qui marquent profondément de leur empreinte l'histoire, la culture et la géopolitique de la région et du monde. Le Moyen-Orient est depuis l'Antiquité traversé de voies terrestres et maritimes par lesquelles transite le commerce entre l'Europe et l'Asie. Cette situation stratégique est encore plus affirmée au en raison de la montée des échanges maritimes, qui résulte de la globalisation de l'économie, et de l'extraordinaire richesse de la région en hydrocarbures.

Le Moyen-Orient n'est pas dominé par une seule grande puissance régionale, ni même régi politiquement par un duopole. Quatre États ont des ambitions de domination régionale, deux sont arabes l'Arabie saoudite et l'Égypte, tandis que l'Iran est issu de l'Empire perse, et que la Turquie est l'État successeur de l'Empire ottoman. Un cinquième État, Israël, de par le contexte conflictuel de sa fondation, ses alliances, sa puissance militaire et son développement économique, compte aussi parmi les acteurs principaux de la géopolitique régionale. Israël a le privilège de bénéficier du soutien quasi inconditionnel des États-Unis.

Cette région est aussi un enjeu de la géopolitique des grandes puissances dans leur ensemble et plus particulièrement des États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale et de la Chine depuis le début de ce siècle. Les raisons principales en sont le besoin d'assurer la sécurité de la production de pétrole et de gaz naturel dont la région est le premier exportateur et possède les plus grandes réserves au monde, et la nécessité de maintenir ouvertes les voies maritimes qui traversent la région et sont essentielles pour le commerce international.

Les disparités et fractures qui traversent le Moyen-Orient créent un contexte d'instabilité géopolitique chronique, exacerbée par les ingérences extérieures. L'aggravation des inégalités explique en partie les contestations populaires qui se manifestent dans la région. Les longues guerres en Irak et en Syrie ainsi que le djihadisme et le terrorisme islamiste font un grand nombre de victimes. Par ailleurs, la proclamation de l'État d'Israël en 1948 en Palestine est également depuis le début du à l'origine de crises périodiques en l'absence d'un règlement de paix impliquant tous les acteurs régionaux.

L'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 déclenche une spirale d'évènements qui ont bouleversé les rapports de force géopolitiques au Moyen-Orient et profondément affecté les populations concernées. En conséquence, début 2026, les principales composantes de l'« Axe de la résistance » édifié par l'Iran sont soit très affaiblies (Hamas et Hezbollah), soit éliminées (régime Assad en Syrie). Israël a adopté une posture stratégique offensive tous azimuts qui a réinstallé sa domination militaire mais éloigné les perspectives de règlement pacifique du conflit israélo-palestinien et de rapprochement avec les États du Golfe. Il s'est engagé dans un conflit direct avec l'Iran à l'issue incertaine. Sur le plan mondial, ces épisodes guerriers successifs contribuent au recul de l'ordre international fondé sur des règles au profit des seuls rapports de puissance et démontrent, s'il en était besoin, la vulnérabilité du commerce maritime et partant de l'économie globalisée aux bouleversements géopolitiques dans la région.

Géographie politique héritée des occidentaux

Un contour mal défini et une géographie diverse L'usage a consacré les notions de Proche-Orient et de Moyen-Orient, sans qu'il existe une définition unique de leur périmètre géographique. Le plus souvent, le Moyen-Orient désigne la région située entre la rive orientale de la Méditerranée, de l'Égypte à la Turquie, et l'Iran en Asie méridionale et dont le cœur est la péninsule arabique. Cette définition est parfois étendue vers l'Est à l'Afghanistan et au Pakistan, et vers l'Ouest aux pays du Maghreb qui sont fortement liés au Moyen-Orient du point de vue de la géopolitique.

La notion d'Orient, étymologiquement ce qui se situe à l'est, est née d'une vision européanocentrée du monde. Le Proche-Orient est une appellation forgée par la diplomatie française qui correspond à l'ancien Levant et englobe les pays sur lesquels la France a historiquement exercé une forte influence. Le Moyen-Orient (Middle East) est une expression d'origine britannique qui englobe le Proche-Orient mais est centrée sur le golfe arabe-persique où le Royaume-Uni, rejoint par les États-Unis, ont de forts intérêts stratégiques.

L'espace moyen-oriental est une représentation davantage géopolitique que géographique, dont les contours variables traduisent les conceptions géopolitiques de la France et du Royaume-Uni puis celles des États-Unis à partir de la deuxième moitié du . Carrefour entre l'Europe et l'Asie depuis l'antiquité, le Moyen-Orient ne peut être défini par un seul peuplement, une seule religion ou culture, même si le monde arabe et l'islam y sont fortement présents. La population du Moyen-Orient appartient à trois peuples principaux : le peuple arabe, descendant des Sémites, qui représente la quasi-totalité ou la grande majorité de la population dans la plupart des États de la région, le peuple turc présent essentiellement en Turquie et en Iran, et le peuple perse qui constitue environ la moitié de la population iranienne. À ces trois ethnies principales s’ajoutent les Kurdes, les Juifs, les Arméniens et les Coptes. Plus de 90 % de la population du Moyen-Orient est musulmane et les 10 % restants se partagent entre orthodoxie, divisée en plusieurs Églises, et judaïsme.

Au , l'appellation MENA (Middle east / North Africa) apparaît en relation avec la diplomatie de l'administration américaine sous la présidence de George W. Bush et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) qui regroupe l'ensemble nord-africain et moyen-oriental en un seul et même espace. Dans la vision politique de Washington, la région MENA est vue comme celle du monde arabe-musulman, devenu le creuset des nouvelles menaces internationales depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.

Des États récents L'organisation politique du Moyen-Orient telle qu'elle existe au début du est récente, la plupart des États le composant ayant seulement quelques dizaines d'années d'existence dans leurs frontières actuelles. Très anciennement peuplée, espace de développement de grands empires au fil des siècles, la région est largement dominée à l'aube du par des puissances étrangères, l'Empire ottoman, le Royaume-Uni et, dans une moindre mesure, la France. Jamais colonisée, la Perse fait exception, mais elle est largement sous influence russe au nord et britannique au sud jusqu'en 1946.

La fin des dominations étrangères + États du Moyen-Orient (année d'indépendance)ClassificationONU.MéditerranéeorientalePéninsuleArabiqueAsieméridionaleAsieoccidentaleDans la classification de l'ONU, l'Asie occidentale comprend également les pays du Caucase, l'Arménie, l'Azerbaïdjan et la GéorgieIsraël (1948)Jordanie (1946)Liban (1943)Palestine (2012)Syrie (1946)TurquieBahreïn (1971)Irak (1932)Koweït (1961)Oman (1971)Qatar (1971)Arabie saoudite(1932)EAU (1971)Yémen (1990)AsieméridionaleIranAfriqueseptentrionaleÉgypte (1922) Les traités et accords qui concluent la Première Guerre mondiale amorcent la structuration politique du Moyen-Orient, telle que nous la connaissons au début du . La république de Turquie naît en 1923 sur les ruines de l'Empire ottoman. La Société des Nations (SDN) octroie en 1920 à la France et au Royaume-Uni de larges mandats d'administration dans les régions du Levant, de la Palestine et de la Mésopotamie prises à l'empire Ottoman. L'admission du royaume d'Irak en 1932 à la SDN met un terme au mandat britannique de Mésopotamie. Londres met fin en 1922 à son protectorat en Égypte qui devient formellement indépendante, mais demeure occupée militairement jusqu'en 1936 et ne reprend le contrôle du canal de Suez qu'en 1956. Dans la péninsule arabique, Ibn Saoud unifie les territoires conquis depuis le début du siècle sur les Ottomans et ses rivaux pour fonder le royaume d'Arabie saoudite en 1932.

La décolonisation s'impose après la Seconde Guerre mondiale, mais à un rythme très variable. Dans un contexte de tensions entre Britanniques et Français, le mandat français en Syrie et au Liban cesse par étapes entre 1941 et 1946. La Transjordanie, administrée par les Britanniques au titre du mandat pour la Palestine, acquiert son indépendance en 1946. Le Yémen est durant des décennies le terrain de rivalités entre Turcs, Saoudiens et Britanniques, jusqu'à la proclamation de la république du Yémen en 1990 qui unifie le pays. Placés sous le protectorat de la résidence du golfe Persique au sein de l'Empire britannique, les Émirats du golfe Persique acquièrent leur indépendance entre 1961 et 1971.

Les États juif et palestinien L'ONU adopte en un plan de partage de la Palestine mandataire en deux États indépendants : un État juif et un État arabe palestinienLe plan de partage de l'ONU prévoit de placer Jérusalem et Bethléem sous un régime international spécial.. Les Palestiniens arabes et les dirigeants des pays arabes rejettent ce plan et s'abstiennent de proclamer un État palestinien. Les dirigeants sionistes proclament l'État d'Israël en . La guerre israélo-arabe de 1948-1949 a pour conséquences une extension d'Israël au-delà des frontières prévues par l'ONU et un exode massif de plusieurs centaines de milliers de Palestiniens, la Nakba. Israël est admis à l'ONU en quand cesse cette guerre. À l'issue de la guerre des Six Jours de 1967, Israël occupe la totalité de l’ancienne Palestine mandataire à l’ouest du Jourdain.

En 1974, l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) est reconnue par la Ligue arabe et l'ONU comme le « seul représentant légitime du peuple palestinien ». À la suite du déclenchement de la première Intifada, l'OLP accepte en 1988 la solution à deux États et proclame la création d'un État palestinien. Celui-ci est rapidement reconnu par les pays arabes, les pays du bloc de l'Est et de nombreux pays non-alignés, mais pas par les pays occidentaux. En 1993, les accords d'Oslo créent l'Autorité palestinienne chargée d'administrer certaines zones de Cisjordanie et Gaza. Avec le soutien de la Ligue arabe, elle lance en 2011 une campagne pour obtenir l'adhésion d'un État de Palestine aux Nations unies. Faute de pouvoir obtenir un vote favorable du Conseil de sécurité, indispensable pour une adhésion de plein-droit, les Palestiniens doivent finalement se contenter du statut d'État non membre observateur de l'ONU que l'Assemblée générale vote en .. Avec ce statut non formellement défini, l'État de Palestine entretient une mission permanente à l'ONU, participe en qualité d'observateur aux sessions et aux travaux de l'Assemblée générale. Il détient aussi un pouvoir de saisine d'institutions internationales parmi lesquelles la Cour internationale de justice (CIJ) mais surtout la Cour pénale internationale (CPI). Un symbole fort de son rôle est son accession à la présidence du Groupe des 77 pour l'année 2019..