(prononciation allemande: ['fɔlksɡəˌmaɪnʃaft]) est une expression allemande qui signifie « communauté du peuple ». Cette expression est devenue populaire pendant la Première Guerre mondiale, alors que les Allemands s'étaient ralliés pour soutenir la guerre et faisaient appel à l'idée de briser l'élitisme et d'unir les gens à travers les classes.
Le national-socialisme définit le concept de comme la communauté d’un peuple fondée sur les liens du sang, sur un destin commun et sur une foi politique commune, loin de toute lutte des classes. La est à la fois l'origine et la fin de la vision du monde selon le nazismeJoseph W. Bendersky, A Concise History of Nazi Germany, Rowman & Littlefield Publishers, 2014. p. 35.. Ces liens du sang impliquent obligatoirement l'appartenance à la « race aryenne »Diemut Majer, Peter Thomas Hill, Edward Vance Humphrey, "Non-Germans" Under the Third Reich: The Nazi Judicial and Administrative System in Germany and Occupied Eastern Europe, with Special Regard to Occupied Poland, 1939-1945, Texas Tech University Press, 2003. p. 49-50..
La de la grande guerre L'idée d'une unité traversant les classes sociales dans une communanuté nationale apparait dans la politique du gouvernement de l'Empire à l'aube de la première guerre mondiale. Cette volonté d'une société unie autour de l'intérêt national prend forme dans le discours à la chambre du Guillaume II du . Devant tout les partis, il déclare : « Je ne connais plus de partis, je ne connais que des Allemands ! Comme preuve du fait qu'ils sont fermement décidés, sans différence de parti, d'origine ou de confession à tenir avec moi jusqu'au bout, à marcher à travers la détresse et la mort, j'engage les chefs des partis à avancer d'un pas et de me le promettre dans la main ». Cette politique d'unité prend le nom de , traductible en « paix civique » ou « paix au château », et nommé Union Sacrée en France..
La politique d'unité menée par l'Empire allemand est réussie pendant un temps. Ce discours, rédigé par le chancelier Theobald von Bethmann Hollweg, alimente le projet d'unité nationale et popularise le concept et l'expression de ..
La dans le national-socialisme
Utilisation politique dans l'entre-deux-guerres La défaite allemande à l’issue de la première guerre mondiale et la naissance de la république de Weimar recomposent la politique intérieure allemande. L'instabilité politique croissante (putsch de Kapp, révolution allemande) et la grande crise économique de 1929 fragilisent la société allemande.. Durant cette crise, la popularité du NSDAP augmente massivement, et le parti reprend le concept de comme un outil de propagande. D'une part, le concept promet un idéal de solidarité rassurant en période de crise, d'autre part il dénonce les partis d'oppositions (surtout SPD et KPD) comme des traitres à l'unité. Dans cette continuité, afin de stimuler les souvenirs de la grande guerre, le parti nazi s'appuie sur l'imagerie martiale en revendiquant le soutien du général-président Hindenburg, et du groupe paramilitaire du .
Conceptualisation idéologique La nationale-socialiste évolue en comparaison du modèle de la grande guerre, s'inscrivant bien plus sur la doctrine nazi que sur l'héritage de 14-18. S'appuyant sur le corpus idéologique du nazisme, elle devient une expression couvrant plusieurs idées.
Une idée communautaire : la symbolise l'union de toutes les forces solidaires dans le renforcement national. Toute opposition à l'union revient à une trahison, les partis socialistes et les minorités (juifs, tziganes, slaves) deviennent des obstacles à l'unité, voire des cinquièmes colonnes. Une idée racialiste : la solidarité nationale se structure autour de la , elle en est la principale composante et se fonde sur une approche d'entraide raciale excluant les non-aryens. Par extension, les allemands vivants en dehors du reich (les ) doivent être réunifiés dans la communauté nationale. Une idée sociale : la solidarité raciale repose sur la solidarité de ses membres par l'entraide et le travail. Cependant, cette solidarité s'appuie sur une doctrine inégalitaire préférant l'aide aux pauvres que l'égalité de condition. La s'impose comme l'unité des classes sociales, et donc, en opposition à la lutte des classes soutenue à l'époque par les socialistes et communistes. Une idée politique : les individus de la communauté doivent obéir à un chef, le , mais aussi obéir à toute une hiérarchie interne de domination (les dirigeants des grandes entreprises recevant le titre de ). L'obéissance et la discipline régissent la nouvelle communauté.
Par sa synthèse politique, raciale et sociale, le concept de fut un outil puissant de propagande du régime, et particulièrement une fois arrivé au pouvoir. Cette doctrine unitaire s'accompagne d'une militarisation et uniformation croissante de la société, par la , la mise au pas de tout les organes politiques et sociaux du pays. L'absorption de toutes les strates de la société allemande, tant sur le plan syndical, culturel que religieux, est expliquée par la propagande qui justifie la mise en place d'une ..
Du fait de l'importance accordée au communautaire, la notion d'individu est écrasée par l'esprit collectif. La devise nationale-socialiste résume la suprématie du collectif racial et national sur la liberté individuelle..
Application politique La fut avant tout un outil de propagande, néanmoins elle connut quelques applications concrètes. La création du syndicat de collaboration patrons-ouvriers, le « », est censée mettre fin à la division nationale créée par la lutte des classes, de surmonter les antagonismes sociaux. De même, l'unité de toutes les classes est affirmé par l', la loi d’organisation du travail, laquelle nomme les patrons des grandes entreprises allemandes « » de leur firme, transforme chaque usine en une . Dans cette idée d'union des classes, la fête du , fête sociale avant 1933, devient et remercie les travailleurs et patrons pour la contribution au renforcement de la nation.
La réorganisation de la société inclut aussi un renforcement de la « solidarité raciale » par le biais d'organisations carritatives, scolaires ou sociales. Les organisations d'encadrement de la jeunesse comme les jeunesses hitlériennes (Hitlerjugend pour les garçons et Bund Deutscher Mädel pour les filles) visent à bâtir la base d'une nouvelle société fondée sur un homme nouveau membre actif de la « communauté ». La solidarité s'incarne aussi dans la sphère sociale avec la , le « Secours d'hiver du peuple allemand », destiné à fournir de la nourriture, des vêtements, du charbon et d'autres articles à des Allemands moins fortunés pendant les mois les plus rigoureux..
Analyses Souvent retenue comme l'incarnation du modèle politique désiré par le régime nazi, la a été source de plusieurs analyses quant à son importance et à son rôle.
Pour l'historien allemand , la communauté du peuple compose l'apogée du système de surveillance, de répression et d'uniformisation. Dans son ouvrage , il écrit : Une autre lecture faite de la est faite par l'historien français Johann Chapoutot. Ce dernier lui accorde une place importante dans l'idéologie nazie, estimant qu'elle fut au cœur d'un modèle politique transcendantal. Le concept de transcendantalité doit ici être retenu comme un dépassement de l'existence, la perte de sens de la modernité individuelle s'effaçant, aux yeux des nazis, dans une unité raciale future. Il compare alors le rêve nazi de la (et les autres utopies nationales-socialistes) aux autres aspirations transcendantales comme la société sans classes pour les socialistes ou l'atteinte du paradis pour les religions monothéistes. Dans une approche critiquée, il approfondit l'importance de la collaboration de classe, l'inscrivant dans une logique de productivisme, et par extension, de management. Il écrit ceci sur la définition de la et son rôle dans l'appareil productif allemand : Selon lui, la s'inscrit également, du fait de ses logiques raciales, dans une approche vitaliste et hiérarchique de la société. Elle serait une société exaltant la force, la vigueur et le vitalisme, abandonnant l'État jugé trop lourd au profit du dynamisme des agences . Du fait de ces éléments, Johann Chapoutot interprète la comme une composante centrale des projets de société du Troisième Reich, formant un projet utopique, transcendantal, racial, hiérarchique et productiviste source de ce qu'il nomme la .
Références
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