Jean-Pierre Charbonneau, né le à Saint-Eustache, est un journaliste et homme politique québécois.
Sous la bannière du Parti québécois, il est député à l'Assemblée nationale du Québec de la circonscription de Verchères de 1976 à 1989 et de Borduas de 1994 à 2006.
Il est président de l'Assemblée nationale de 1996 à 2002 et ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes de à et ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques de à dans le gouvernement Landry.
Biographie Jeunesse Né le Jean-Pierre Charbonneau, À Découvert, Fides, Montréal, 2007, 371 pages, , p. 15 à Saint-Eustache, Jean-Pierre Charbonneau est le fils de Denis Charbonneau, travailleur de la construction et plus tard concierge, et de Marie-Reine Campeau, employée de banque et plus tard fonctionnaire de la Ville de MontréalCharbonneau, À découvert, pp. 15-16.. Il est l'aîné de quatre enfants. Son père est un passionné de scoutisme et l'initie tôt aux valeurs scoutes. À 16 ans, il commence à pratiquer intensivement le judo, premier de plusieurs arts martiaux qu'il continuera de pratiquer au cours de sa vieCharbonneau, À découvert, pp. 23-24.. Sur le plan politique, ses parents militent activement pour le parti de l'Union nationale lors des campagnes électorales des années 1960 et le jeune Jean-Pierre est fervent fédéralisteCharbonneau, À découvert, pp. 29 à 31.. Il étudie les sciences sociales au Cégep Ahuntsic de Montréal, de 1967 à 1968. Il est élu comme président de l'association des étudiants du Collège. C'est à cette époque qu'il s'intéresse plus sérieusement à la politique et devient souverainisteCharbonneau, À découvert, pp. 31 à 33.. Il adhère tôt au Parti québécois, peu après la fondation de celui-ci en 1968Charbonneau, À découvert, p.33.. En 1969, il s'inscrit à l'Université de Montréal en criminologieCharbonneau, À découvert, p. 35. . Il collabore au journal étudiant de l'université, Le Quartier latinCharbonneau, À découvert, p. 40. C'est au cours de ces études universitaires qu'il décide qu'il fera carrière en journalismeCharbonneau, À découvert. p.37..
Journaliste d'enquête Pendant l'été de 1970, il occupe un emploi de journaliste stagiaire au journal La Presse, de Montréal. Il y travaille avec le journaliste Michel Auger, qui y est responsable des affaires policières et criminelles et qui lui fait partager ses sources d'information. Ensemble, ils rédigent une série d'articles sur la mafia montréalaise. Toutefois, la direction de La Presse refuse de publier ces articlesCharbonneau, À découvert, p. 44..
En , lassé des études, il quitte l'université et sollicite un emploi au journal Le Devoir, de Montréal, où il est engagé par le directeur, Claude Ryan. Il y devient journaliste en affaires criminelles . De 1970 à 1976, il couvre les affaires criminelles et judiciaires à Montréal.. Le premier dossier majeur qu'on lui confie au Devoir consiste à enquêter sur la situation qui règne à cette époque dans la municipalité de Saint-Léonard. Il signe ainsi sur ce sujet sa première série d'articles au mois d'.... Sa deuxième enquête porte sur le directeur de la police de Montréal et le monde interlope et est publiée en ... Dans la foulée, le gouvernement du Québec décide de confier à la Commission de police le mandat d'enquêter sur le crime organisé, ce qui constituera l'origine de la Commission d'enquête sur le crime organisé (CECO). Charbonneau couvre alors pendant plusieurs années les audiences de la CECO. Durant cette période, il signe presque quotidiennement des articles sur l'organisation de la mafia et mène ce qu'il qualifiera de « véritable croisade » contre l'organisation CotroniCharbonneau, À découvert, pp. 49-50. Il est également le vice-président du syndicat des journalistes du Devoir.
Le , il est la victime d'un attentat perpétré dans la salle de rédaction du Devoir par Antonio (« Tony ») Mucci, un membre de la mafia montréalaise. Des trois balles tirées dans sa direction, une seule l'atteint, à l'avant-bras. Sa main gauche en est paralysée mais après plusieurs mois de physiothérapie, il en retrouve l'usage. Pour se protéger, il obtient un permis de port d'arme et, pendant les trois années suivantes, il se déplace avec un calibre 38.
En 1975, ses recherches sur le crime organisé le mènent à publier le livre La Filière canadienneJean-Pierre Charbonneau, La Filière canadienne, Éditions de l'Homme, Montréal, 1975, 597 pages, . Une nouvelle édition est parue en 2002., ouvrage qui connaît un bon succès de librairie et qui lui vaut une reconnaissance dans son métier ainsi que le prix Beccaria de la Société de criminologie du QuébecAu de la Société de criminologie du Québec, le (Charbonneau, À découvert, ). Le nom de J.-P. Charbonneau n'apparaît pas dans la liste des récipiendaires du prix publiée sur le site web de la Société, dans la page consultée le : Liste des récipiendaires depuis 1962..
En , il revient au journal La Presse, dont la direction a décidé de former une équipe de journalistes spécialisée composée de Charbonneau et de Michel Auger. Au printemps de 1976, à la demande du juge Dutil, qui est à ce moment le président de la CECO, il rédige la partie du rapport de la CECO qui porte sur la mafia.
Politique Lorsque, le , le premier ministre Bourassa annonce le déclenchement d'élections générales, Jean-Pierre Charbonneau décide de se présenter comme candidat pour le Parti québécois. Il est élu député dans la circonscription de Verchères à l'élection du , lors de laquelle le Parti québécois déloge le Parti libéral et accède au pouvoir.
Il publie des textes en faveur de la souveraineté-association du Québec. En 1978, il est le coauteur avec le député Gilbert Paquette du livre L'OptionJean-Pierre Charbonneau et Gilbert Paquette, L'Option, Éditions de l'Homme, Montréal, 1978, 620 pages, ., dans lequel les auteurs analysent la situation politique canadienne et expliquent le modèle de la souveraineté-association.
Charbonneau est réélu député de Verchères lors de l'élection générale du . Fervent admirateur de René Lévesque, Charbonneau le seconde avec zèle lorsque, à partir de , Lévesque entreprend à l'intérieur du Parti québécois une purge contre les partisans « purs et durs » de l'indépendance du QuébecCharbonneau, À découvert, pp. 129-132.. Le , Lévesque nomme Charbonneau président d'une commission parlementaire spéciale de l'Assemblée nationale chargée de revoir les orientations de la Loi sur la protection de la jeunesse, commission qui dépose son rapport à l'Assemblée nationale en Charbonneau, À découvert, pp. 133 à 136.. Le , Lévesque annonce la création d'un Secrétariat à la jeunesse et nomme Charbonneau adjoint parlementaire et responsable de ce secrétariat<ref>Charbonneau, À découvert, pp. 136-137.</ref>. L'expérience se révèle toutefois pénible pour Charbonneau, qui se voit imposer par Lévesque des nominations partisanes aux différents postes du secrétariat. Considérant ne pas avoir de véritable responsabilité au sein de l'organisme, il démissionne comme responsable du secrétariat le Charbonneau, À découvert, pp. 138 à 143.. Le , il est nommé président de la commission parlementaire permanente de l'éducation et de la main d'œuvreCharbonneau, À découvert, pp. 143-144.. Lorsqu'à l'automne 1984 Lévesque accentue davantage son orientation fédéraliste, Charbonneau l'appuieCharbonneau, À découvert, pp. 150 à 153.. Mais, à la suite du départ des ministres souverainistes, il est amèrement déçu d'être ignoré par Lévesque dans le remaniement du conseil des ministresCharbonneau, À découvert, pp. 153-154.. Lors de l'élection à la direction du Parti québécois de 1985, il appuie Pierre-Marc Johnson pour succéder à Lévesque au poste de chef du Parti québécois et conséquemment à celui de premier ministre. Son espoir d'accéder au conseil des ministres formé par Johnson est toutefois déçuCharbonneau, À découvert, pp. 154 à 158..
Jean-Pierre Charbonneau est de nouveau réélu député de Verchères lors de l'élection générale du , bien qu'au niveau national son parti perd l'élection et se retrouve dans l'opposition. Il est porte-parole de l'opposition en matière d'aide socialeCharbonneau, À découvert, p.159., d'environnement et de protection de la jeunesseCharbonneau, À découvert, p. 164.. À l'été de 1987, amer d'avoir suivi ses chefs sans avoir obtenu la récompense espéréeIl constate : « Je commence à en avoir soupé de ces rejets consécutifs par les grands manitous au pouvoir. (…) Toutes les batailles que j'ai menées comme député pour soutenir les positions controversées de mes chefs successifs, tous les écrits que j'ai publiés en me mouillant à chaque fois, ont eu des conséquences souvent pénibles. » (Charbonneau, À découvert, p.163.), las de la politique, il décide qu'il ne se représentera pas comme député lors de la prochaine élection et il songe à partir pour l'AfriqueCharbonneau, À découvert, pp. 163-164.. Il obtient à l'Organisation canadienne de solidarité et de développement (OCSD), une organisation non gouvernementale d'aide au développement, un poste de responsable régional au RwandaCharbonneau, À découvert, pp. 169 à 176.. À l'approche de l'élection générale du , il annonce publiquement sa décision.
En , il s'installe à Kigali avec sa femme et ses deux filsCharbonneau, À découvert, p. 177.. Il se plaît dans cet emploi mais son mandat, qui devait être de deux ans, est écourté car, en , la guerre éclate au Rwanda et en les ressortissants étrangers sont évacuésCharbonneau, À découvert, pp. 177 à 184..
De retour au Québec, il présente, le , un mémoire à la Commission sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec (commission Bélanger-Campeau)Charbonneau, À découvert, pp. 212-214., mise sur pied sous le gouvernement libéral de Robert Bourassa. Il y préconise l'approche qui était celle de l'ex-premier ministre René Lévesque, celle de la souveraineté-association, c'est-à-dire une réforme du Canada sur un modèle de type confédéral. Sur le plan personnel, son couple étant en difficulté depuis un certain temps, sa femme et lui divorcentCharbonneau, À découvert, p. 185.. En 1991, il enseigne le Tai Ji Chuan dans la Montérégie. Il se remet au journalisme, mais cette fois comme commentateur plutôt que comme reporter. Ainsi, de 1991 à 1993, il signe une chronique politique dans L'Œil régional, un journal hebdomadaire de la Vallée du Richelieu, et il coanime avec Denis Coderre une émission quotidienne de débat politique à la station de radio CKVLCharbonneau, À découvert, p. 214.. Parallèlement, à partir de 1992, il participe à une relance d'Oxfam-Québec, organisme d'aide au développement qui se trouve alors en mauvaise posture. Il en devient le président. Pendant son mandat, Oxfam-Québec fusionne avec l'OCSD, en 1993Charbonneau, À découvert, pp. 185 à 194..
À l'approche de l'élection générale du , il fait un retour en politique active. Il quitte alors son émission de radio ainsi que la présidence d'Oxfam-Québec et se présente comme candidat du Parti québécois dans la circonscription de Borduas, une nouvelle circonscription formée d'une partie de celle de Verchères, qui était devenue trop populeuse. Il y est élu député et siège de nouveau du côté ministériel, puisqu'au niveau national l'élection est remportée par le Parti québécois, maintenant dirigé depuis 1988 par Jacques ParizeauCharbonneau, À découvert, pp. 215 à 218.. Il est vice-président de la commission parlementaire permanente de l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation, du au Notice biographique, site de l'Assemblée nationale..
Président de l'Assemblée nationale Le , il est élu président de l'Assemblée nationale du Québec, à l'unanimité des députés. Il occupe cette fonction pendant six ans. Louise Harel lui succède le .
Il est réélu député lors de l'élection générale du avec Lucien Bouchard.