L'abbaye de Hardehausen (en latin Abbatia Hardehusim) est une ancienne abbaye cistercienne, située à environ 15 km de Warburg, dans l’arrondissement de Höxter en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Première abbaye cistercienne de Westphalie, fondée en 1140, elle devient l'une des forces économiques les plus importantes de la région de Warburg ainsi que le plus grand propriétaire ecclésiastique. Sécularisé en 1802, le lieu est à nouveau un monastère pour une courte période précédant la Deuxième Guerre mondiale, mais la communauté est dissoute par le régime national-socialiste. Depuis 1945, les bâtiments de l'ancienne abbaye hébergent la maison des jeunes de l’archidiocèse de Paderborn et, depuis 1949, la résidence universitaire de l’université populaire Anton Heinen.

Histoire Préhistoire En 1009 l’évêque Meinwerk de Paderborn érige un diocèse dans la colonie de Herswithehusen. Le , il note, dans les titres du couvent de Busdorf à Paderborn établissant ses propriétés et droits de dîme, que trois dépendances sont rattachées au domaine de Hiriswithuson (Hardehausen)..

Fondation L’abbaye est officiellement fondée à Pâques, le , par l’évêque de Paderborn Bernhard I. von Oesede ; c’est une abbaye-fille de celle de Kamp dans la vallée du Rhin, elle-même issue de l'abbaye de Morimond. Son nom lors de la fondation est Hardenhusium. L’endroit est situé dans une vallée boisée, entourée de marais ; ce choix d’une vallée est typique pour l’implantation d’abbayes cisterciennes. Le premier abbé, Daniel, vient avec douze moines de Kamp. Le contrat de fondation est signé le , après avoir réglé l’acquisition avec l'abbaye de Corvey, le duc Henri le Lion ainsi que les comtes d’Everstein et de Schöneberg, les premiers bâtiments sont érigés et les terres cultivées.

La construction des installations se termine en 1165, avec la dédicace de l’église par l’évêque Evergis. Le monastère est en même temps élevé au statut d’abbaye. Les abbés ont un siège et une voix au banc ecclésiastique du Saint-Empire romain germanique.

de Münster passant à l’été 1184 par Paderborn, découvre l’abbaye de Hardehausen ; il s’arrête à son retour vers Münster à la communauté paysanne de Wadenhart, où l’abbaye de Marienfeld est construite et des moines de Hardehausen y sont envoyés.. En 1285, l’évêque Everhard von Diest de Münster appelle à protéger les bâtiments de l’abbaye de Hardehausen et accorde aux bienfaiteurs une dispense de carême, c’est-à-dire de la diète stricte de quarante jours..

L’abbaye de Hardehausen rassemble alors en majorité des fils issus de familles n’appartenant pas à la noblesse, de la région de Paderborn ou des diocèses voisins (Cologne, Mayence), contrairement à l’abbaye de Corvey qui accueille surtout les fils de familles nobles.

Réforme La Réforme a touché à la fois l’abbaye de Hardehausen et les abbayes-filles ou proches. L'élection du abbé fut l’occasion de mettre en évidence deux groupes, l’un catholique, l’autre protestant, au sein de l’abbaye. Mais Martin Thonemann, catholique déclaré, parvint à obtenir la majorité face au candidat protestant et à devenir abbé..

Hardehausen fut mandaté pour mettre fin aux tentatives de réforme des autres monastères. L'abbé de Hardehausen visita par exemple l’abbaye de Scharnebeck pour la regagner à l'Église catholique. Scharnebeck fut en fait dissoute en 1531 après la démission de son abbé. Un autre abbé de Hardehausen servit de médiateur à l’abbaye de Loccum, fille de l’abbaye cistercienne de Volkenroda (une autre abbaye-fille de celle de Kamp), qui redevint catholique (1630-1634). Hardenhausen est aussi intervenu à l’abbaye d'Amelungsborn.

Guerre et reconstruction Au cours de la Guerre de Trente Ans (1618-1648), l'abbaye fut pillée et partiellement détruite. La reconstruction s'opéra sous le mandat des abbés Stephan Overgaer et Laurentius Kremper, entre 1680 et 1750 et donna à l'abbaye sa forme actuelle.

Sécularisation thumb|Lithographie de la collection Duncker : L’abbaye Hardehausen après sa transformation en manoir prussien par Franz von Merfeld au milieu du .

Le , l’abbaye fut dissoute dans la vague de sécularisation initiée par les Français. Les moines durent quitter le monastère et le général français François Étienne Kellermann (1770–1835) obtint Hardehausen en donation. L’église fut démolie en 1812, le cheptel vendu ou mis aux enchères. Les terres furent affermées comme domaines d’état. Lorsque la Prusse récupéra la région, la forêt revint aussi à l’état. Le comte Franz de Merfeld obtint les bâtiments abandonnés, et les fit reconstruire en un château majestueux au prix d’efforts considérables. Après sa mort, un différend éclata entre les héritiers et c'est l'administrateur de longue date du domaine, Bang, qui le racheta en 1852 pour Taler. Par la suite, il fut acquis par les comtes Wydenbruck, qui récupérèrent ainsi en particulier Bonenburg (maintenant un quartier de Warburg) dans leurs biens familiaux..

À partir de 1902, les bâtiments ont été utilisés pour héberger l’Institut royal de l’enseignement de Prusse.. Cette institution était connue dans toute l'Allemagne pour la mise en œuvre d’idées pédagogiques révolutionnaires pour le temps.

Hardenhausen redevient une abbaye La médiation du comte Stolberg et du prévôt de la cathédrale de Paderborn, Linneborn, aboutit à la réinstallation des Cisterciens : en 1927, le prieur Alfons Heun et des moines de l’ dans le Westerwald réoccupèrent les bâtiments du monastère et, en 1931, le pape Pie XI redonna à Hardehausen son statut d’abbaye, dont Heun devint l’abbé.. Mais en 1938, la conjugaison de difficultés économiques et une ordonnance de dissolution du régime nazi, la communauté quitta Hardehausen pour s’installer à Magdeburg-Neustadt, en charge d’une paroisse. L'abbé Alfons Heun se rendit finalement au Brésil en 1939. Il y fut rejoint par d’autres moines et ils réussirent à y fonder l’abbaye Notre-Dame de l’Assomption de Hardehausen-Itatinga, dont Alfons Heun fut à nouveau élu abbé. Les droits canoniques de Hadehausen furent transférés dans le nouveau monastère, considéré comme le plus ancien monastère du Brésil..

Hardenhausen sous le régime national-socialiste Le domaine de Hardehausen fut par ailleurs vendu à la société Henschel de Cassel, puis revendu à l’Union des colonies de travailleurs catholiques, qui y installa un établissement de soins pour les alcooliques. En 1944, un Nationalpolitische Erziehungsanstalt, l’internat de Bensberg, s’installa à Hardehausen. Pendant cette période, une trentaine de détenus du camp de concentration de Buchenwald y étaient détachés pour y effectuer les tâches les plus dures.. Le lieu fut saisi par les Américains en , mais échappa à la destruction par l’intervention de l'archevêque Lorenz Jaeger.

De l'après-guerre à nos jours thumb|left|L’ancienne maison du recteur dans le moulin héberge aujourd’hui un lieu de rencontre pour les jeunes. thumb|La nouvelle église érigée en 1965-1966. thumb|L’église après sa transformation, 2015–2017. Le responsable des jeunes dans le diocèse, Augustinus Reineke, ouvrit à Hardehausen en 1945 un centre pour les jeunes de l’archevêché de Paderborn.. Les premiers cours commencèrent pendant l’été 1945. En 1947, une Union de la jeunesse catholique allemande fut fondée, regroupant les différentes associations de jeunesse catholiques en Allemagne.. En 1949 y fut aussi installée une université populaire catholique, nommée d’après le prêtre et pédagogue pour adultes . Depuis 1977, le centre de documentation sur l’histoire de la jeunesse catholique en Allemagne depuis la fin du se trouve à Hardehausen, et depuis 1991, enfants et adolescents peuvent y apprendre, dans une ferme adaptée, des pratiques et des modes de pensée écologiques.. D'autres activités ont lieu à l'étranger : en 1996, l'organisation a reconstruit des maisons et un jardin d'enfants dans le village bosniaque de Vidovice. Depuis 2000, elle organise un camp de jeunes chaque année à Sarajevo.

Après guerre, en même temps que l'ouverture de la maison des jeunes, des sœurs de Saint Vincent de Paul emménagèrent à Hardehausen. Jusqu'en 2005, elles avaient une supérieure, puis deux sœurs seulement restèrent sur place, avant de quitter Hardehausen en 2008. L'année suivante, une petite communauté de franciscaines s'y installa, offrant un accueil et un accompagnement spirituel.

Les bâtiments Église thumb|Copie de la base et du chapiteau de l’église de l’abbaye démolie en 1812. L’original est utilisé comme autel dans la chapelle latérale de l’église construite en 1966. thumb|left|Chapelle octogonale du cimetière, datant du .

L’église de l’abbaye est, parmi les constructions de l’ordre cistercien, la seule église dont le plan est complètement de type Hirsau. Cette église à plan basilical à colonnes, en forme de croix et à toit plat (au moins au-dessus de la nef centrale, se terminait en une triple abside, avec deux absides latérales au transept. Elle disposait seulement d’un clocheton et n’a pas de clocher.

Le maître-autel était consacré à Sainte Marie Vierge Glorieuse (1160/1650) et les autels latéraux à Saint Pierre et Saint Paul (1185/1665), Saint Jean-Baptiste (1356/1656), Saint Nicolas (1656), la Trinité (1656) et Sainte Agnès et Sainte Lucie (1659). L’évêque Bernhard, cofondateur de l’abbaye et l’évêque Siegfried de Paderborn, un ami des cisterciens, reposaient selon leurs souhaits dans l’église. La chapelle Saint Etienne dans l’aile orientale hébergeait le caveau d’une famille noble de Westphalie, les Spiegel.

Il existait aussi une chapelle octogonale à deux étages dans le cimetière, un ossuaire du début du et une chapelle mariale associée à l’hôpital.

La chapelle Sainte-Catherine ante portas (1261) a été démolie sur ordre de l'abbé en 1764. L’église elle-même, qui comptait parmi les monuments les plus importants de l’art roman de la Weser, a été démolie en 1812. Quatre bases de forme attique — deux tores entre lesquels se trouve une scotie entourée de filets — et un chapiteau corinthien ont été préservés.

Après l'installation de la maison des jeunes et de l'université populaire, une nouvelle église fut construite en 1965-1966 ; au cours des années suivantes, d'autres bâtiments furent transformés pour servir aux réunions et aux activités de loisir. L’ancien moulin, par exemple, accueille un point de rencontre et un café. En 2003, 2010 et 2011, les maisons accueillant les visiteurs, nommées d'après les abbés Stephan et Daniel, ainsi que Bernard de Clairvaux, ont été massivement rénovées, ainsi que le bâtiment principal en 2004-2005. Une librairie et une boutique sont aussi intégrées à Hardehausen. Entre 2015 et 2017, l'église fut transformée et consacrée le ..

Bâtiments conventuels thumb|gauche|Plan de l’ancien bâtiment conventuel. thumb|Grenier. L’abbaye occupait une surface de 72 acres, clos d’un mur d’enceinte. Les bâtiments conventuels, sur deux étages, formaient un carré, avec une aile sud prolongée, dont l‘abbé fit rénover certaines parties en style gothique. Dans l’aile occidentale se trouvait le bâtiment des convers. Dans le cloître nord, partiellement doublé, se trouvent des socles richement profilés datant de la phase de fondation. Une pierre de voûte dans le cloître oriental représente le symbole des trois lièvres..

Les bâtiments agricoles étaient groupés autour d’une cour orientée le long d’axe sud-est nord-ouest, avec des greniers (1723), des granges (1740), une auberge (), ainsi qu’un datant de l’époque baroque et doté d'une orangerie.

Travail et propriétés thumb|gauche| Ancien moulin à huile. thumb|Hardehausener Hof à Paderborn. La principale source de revenus du monastère venait initialement du travail agricole et de la transformation des produits agricoles. À partir du , certaines terres ont été louées, car l’abbaye ne disposait plus d’un nombre suffisant de travailleurs pour les exploiter directement.