L'histoire de la psychanalyse en Grande-Bretagne commence à la fin du , elle est très liée à l'histoire de la Société britannique de psychanalyse et donne naissance à des conceptualisation originales de nombreux auteurs dont les plus connus sont Ernest Jones, Edward Glover, Melanie Klein, Donald Winnicott et Wilfred Bion.

Les débuts de la psychanalyse britannique Les premiers contacts avec les idées freudiennes se font en 1893, par l'intermédiaire des recherches de Frederic W. H. Myers sur l'hystérie. Il présente les vues de Sigmund Freud dans un exposé à la Society for Psychical Research. Plus connu, Havelock Ellis présenta aux médecins anglais les opinions freudiennes dans des revues de neurologie.

Les liens avec l'université de Cambridge et le groupe de Bloomsbury L'influence intellectuelle de Freud sur les étudiants de Cambridge, entre les deux guerres, est importanteJohn Forrester, « 1919: Psychology and Psychoanalysis, Cambridge and London. Myers, Jones and Maccurdy », Psychoanalysis and History, 10(1), 2008, p.37-94 .John Forrester et Laura Cameron, Freud in Cambridge, Cambridge University Press, 2017.. vignette|upright=0.9|Blue Plaque, Gordon Square, Londres Plusieurs membres du groupe de Bloomsbury, notamment Leonard Woolf, cofondateur du groupe et époux de Virginia Woolf, et l'écrivain Lytton Strachey, s'intéressent aux idées de Freud. Leonard Woolf est le premier à rendre compte de travaux de Freud, et Lytton Strachey publie en 1914 une nouvelle intitulée According to Freud, dans lequel il s'inspire de Psychopathologie de la vie quotidienne, traduit en anglais la même annéeJulie Anne Taddeo, Lytton Strachey and the Search for Modern Sexual Identity: The Last Eminent Victorian, London, Routledge, 2011, .. Plusieurs des membres du groupe deviennent analystes, notamment James Strachey et Alix Strachey qui ont réalisé la « », l'édition des œuvres complète de Freud en anglais, ou encore Adrian Stephen, frère de Virginia Woolf, et son épouse Karin StephenCatherine Elizabeth Conn ('Karin') Stephen (née Costelloe) .

La création de la Société britannique de psychanalyse L'institutionnalisation de la psychanalyse se fait avec Ernest Jones, neurologue devenu psychiatre, qui introduit véritablement la psychanalyse en Grande-Bretagne dans son champ disciplinaire. En 1907, Jones participe à un congrès de psychiatrie à Amsterdam, dans lequel il rencontre les grands psychiatres européens, notamment Carl Gustav Jung en 1907, puis Sigmund Freud en 1908. Jones pourtant s'installe quelques années au Canada comme professeur associé de psychiatrie à l'université de Toronto, et participe à la fondation de l'American Psychoanalytic Association (ApsaA) en 1911. Il rentre définitivement à Londres et fonde la même année, le , la London Psycho-Analytic Society (LPS). Les quinze membres, outre Jones, sont Douglas Bryan (Spa House, Leicester), Davidson (Toronto), Devine (West Riding Asylum, Wakefield, Yorkshire), David Eder, Forsyth (Londres), Graham (Belfast), Bernard Hart (Green Lanes, Londres), Berkeley Hill (Bombay), Constance Long (Londres), Leslie Mackenzie (Edimbourg), Maurice Nicoll (Harley Street, Londres), Sutherland (Indian Medical Service, Jubbalpore, Inde), H. Watson Smith (Lebanon Hospital, Asfurieh, Beyrouth), et Maurice Wright (Wimpole Street, Londres)Ernest Jones establishes the London Psycho-Analytical Society, Institute of Psycho-Analysis . Elle rassemble surtout des médecins, en particulier David Eder qui a présenté en 1911 à la British Medical Association la première contribution référée aux travaux de Freud, « Freud's Theory of Dreams »David Eder, « Freud's Theory of Dreams », , sur psychoanalysis.org.uk. Un autre psychiatre, William H.B. StoddartBiographie ; Article dans British Journal of Medical Psychology Volume 23, Issue 3-4, ., auteur d'un ouvrage intitulé Mind and its DisordersMind and its Disorders. A textbook for Students and Practitioners, 1908, 1912, cf. la recension et de conférences données à Édimbourg en 1915, contribue à introduire la psychanalyse auprès des psychiatres, sans pourtant qu'ils adhèrent directement à la Société. D'autres psychiatres restent très opposés à la psychanalyse, notamment Charles Arthur Mercier(1951-1919) qui critique l'importation allemande que représente selon lui les théorisations freudiennes, ou encore Joseph Shaw BoltonJoseph Shaw Bolton (1867–1946), professeur de psychiatrie à l'université de Leeds, cf. British Medical Journal, 1946;2:878 . qui attaque la psychanalyse dans un article intitulé “The Myth of the Unconscious Mind” (1926)The British Journal of Psychiatry Jan 1926, 72 (296) 25-38; .. La psychanalyse est associée à une réputation de dilettantisme, cependant, la prise en charge psychothérapeutique par des psychanalystes des névroses de guerre durant la Première Guerre mondiale lui assure un surcroît de crédibilité, au sein du corps médical. La reconnaissance de l'efficacité des thérapies psychanalytiques pour soigner les névroses de guerre, ou « shell-shock » passe également par la Medico-Psychological Clinic, qui proposait des soins médicaux et des thérapies psychanalytiques. L'écrivaine May Sinclair, qui appuie la fondation de la clinique et contribue financièrement par un don de 500 ₤, souligne l'intérêt des soins proposés, qui concernent également les dépressions nerveuses, et la décision de pratiquer des prix accessibles aux patients les moins fortunés. Elle relève aussi que les soins concernent des patients déboutés d'autres lieux de soin. Un certain nombre de psychanalystes y font leur première formation, Edward Glover, Mary Chadwick, Ella Freeman Sharpe, Nina Searl, Susan Isaacs, Marjorie Brierley ou Sylvia Payne. Dès le début des années 1920, l'ensemble de ces analystes rejoignent la Société britannique de psychanalyse refondée en 1919 et dirigée par Jones.

L'établissement de la Société britannique de psychanalyse En 1919, Jones dissout en effet la London Psychoanalytic Society, reprochant à plusieurs psychanalystes, notamment à David Eder, d'être restés sous l'influence jungienne après la rupture de celui-ci avec Freud. Le , Jones prend l'initiative de la fondation de la Société britannique de psychanalyse, qu'il préside jusqu'en 1946. La nouvelle société est la septième adhérente de l'Association psychanalytique internationale, elle démarre avec douze membres, outre David Eder, Barbara LowBarbara Low, militante socialiste et membre de la Société fabienne, est la sœur de Florence Eder et belle-sœur de David Eder., Bernard HartBernard Hart (1879-1966), médecin britannique, chargé d'enseignement en psychiatrie à la faculté de médecine de University College, auteur du livre The Psychology of Insanity, ., William McDougall, Cyril BurtCyril Burt (1883-1971), William Halse RiversWilliam Hals Rivers (1864-1922), psychiatre et anthropologue, cf. notice .. En 1920, la SBP compte 27 membres à part entière et des membres associésPsychoanalysis in Britain in the early twentieth century:an introductory note, History Workshop Journal , 1998 ..

James Glover et son frère benjamin, Edward Glover, tous deux médecins d'origine écossaise, se forment comme psychanalystes et prennent des responsabilités au sein de la Société. James Glover exerce à la Medico-Psychological Clinic, première clinique londonienne à offrir des thérapies psychanalytiquesSuzanne Raitt, “Early British Psychoanalysis and the Medico-Psychological Clinic”, Hist Workshop Journal (Autumn) 58 (1), , puis fait une analyse didactique avec Karl Abraham à l'Institut psychanalytique de BerlinMalcolm Pines, « James Glover » , , in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse 1. A/L., Paris, Calmann-Lévy, 2002, .. Il est accepté comme membre de la SBP en 1921 et devient membre du conseil de la Société en 1924 ; il est formateur des candidats analystes et exerce des responsabilités en tant que directeur-adjoint dans la London Clinic of Psychoanalysis créée le . Il est également présent dans la section médicale de la British Psychological SocietyMalcolm Pines, « Grande-Bretagne », , in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse, cf. bibliographie..

Edward Glover, quant à lui, commence sa carrière de médecin à Glasgow. Très influencé par son frère James, il l'accompagne en Allemagne en 1920, pour une formation analytique à l'Institut psychanalytique de Berlin avec Karl Abraham. À son retour, il devient membre de la SBP, en 1922. À la mort de son frère, il reprend plusieurs de ses fonctions : secrétaire scientifique puis directeur-adjoint de la London Clinic of Psychoanalysis et membre du comité de formation de l'Association psychanalytique internationale. Outre les réalisations en lien avec la délinquance, il est au comité de rédaction de The Psychoanalytic Study of the ChildClifford Yorke, « Edward Glover » , , in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse 1. A/L. Calmann-Lévy, 2002, ..

Durant les années 1920, la Société est l'unique lieu de formation psychanalytique pour les candidats anglais, aussi ceux-ci devaient-ils se rendre à Vienne, auprès de Freud et de la Société psychanalytique de Vienne, comme Joan Riviere, et surtout à l'Institut psychanalytique de Berlin pour parfaire leur formationRegine Lockot, « Berliner Psychoanalytisches Institut », , in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse 1. A/L. Calmann-Lévy, 2002, ; dans l'édition revue et augmentée chez Hachette Littératures, 2005, .. Ainsi Ella Freeman Sharpe, pionnière britannique de la psychanalyse, enseignante de lettres et proche de Jones et de GloverFabrice Moisan, « Le rêve d'Ella Sharp », Analyse Freudienne Presse, 2004/2, , . et Mary ChadwickMary Chadwick, blog « Psychoanalytikerinnen. Biografisches Lexikon », , formatrice à l'école d'infirmières et analysée par Hanns Sachs, se forment-elles à Berlin, ainsi que Sylvia Payne.. Nina Searl, l'une des premières analystes d'enfants, se forme elle aussi à Berlin, auprès d'Hanns Sachs, après une formation préalable à la Brunswick Square Clinic. Grâce à Ernest Jones, la British Medical Association, après trois ans de réflexion, reconnaît la psychanalyse, sans pour autant la soutenir, estimant qu'elle représente une et décrétant que . David Eder, quant à lui, se rend à Budapest au cours de l'année 1923Michelle Moreau Ricaud, « Eder, David Montagu », , in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse 1. A/L. Calmann-Lévy, 2002, .. Alix Strachey, après une analyse avec Freud, fait une nouvelle analyse à Berlin, auprès de Karl Abraham. Les Britanniques sont sensibles à la liberté de ton et de pensée qui caractérise la Société berlinoise, durant la présidence de Karl Abraham. et des possibilités de pratique clinique offerte par la proximité de la policlinique ouverte en 1920Michelle Moreau Ricaud, « La Policlinique de Berlin (1920-1933) : une “organisation nouvelle” », Le Coq-Héron, 201, 2010/2, .. L'éloignement géographique mais aussi durant la Première Guerre mondiale a été favorable à l'exploration, au sein de la Société britannique, des thème originaux : le deuil, la perte, etc. Les réflexions sur les relations d'objet succèdent aux travaux viennois sur les pulsions. John Carl Flügel, auteur d'un ouvrage The Psycho-analysis of the Family, John Bowlby et Donald Winnicott rejoignent également la Société. Aussi, la Société britannique de psychanalyse a déjà une existence institutionnelle, avant l'installation de Melanie Klein à Londres en 1926.

Le rayonnement vignette|upright=0.7|Melanie Klein (1927)