est un genre fossile de plésiosaures ayant vécu durant l'étage Berriasien du Crétacé inférieur dans ce qui est actuellement l'Allemagne. L'unique espèce connue est , premièrement décrite en 1914 à partir d'un squelette fossile découvert quatre ans auparavant près de Gronau, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Le nom scientifique du taxon honore le paléontologue allemand Wilhelm von Branca. Le squelette holotype constitue le spécimen de plésiosaure du Crétacé inférieur le plus complet connu d'Europe. Un autre squelette du même taxon, plus fragmentaire, est attribué en 2013 au nouveau genre Gronausaurus, avant d'être reconnu comme un synonyme plus récent de Brancasaurus lors d'une révision publiée trois ans plus tard. D'autres spécimens attribués ou potentiellement attribuables à Brancasaurus proviennent de la localité type ainsi qu'en Basse-Saxe, certains ayant auparavant été rapportés au genre Plesiosaurus par Ernst Koken.

Doté d'un long cou composé de vertèbres cervicales aux épines neurales évoquant des ailerons de requin et d'une tête relativement petite et effilée, Brancasaurus présente une morphologie rappelant superficiellement celle des élasmosauridés, groupe auquel il a longtemps été rattaché. Il s'en distingue toutefois par une taille plus modeste, l'holotype, probablement pas encore adulte, mesurant environ de long. Depuis 2010, plusieurs analyses phylogénétiques interprètent Brancasaurus comme un membre ou un proche parent des Leptocleididae. Ses restes fossiles proviennent de dépôts correspondant probablement à un vaste lac continental d'eau douce.

Historique des recherches Découverte et dénomination Le spécimen holotype de Brancasaurus brancai provient d'une carrière d'argile située près de la ville de Gronau, dans le land de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en actuelle Allemagne (alors sous le Deuxième Reich). Il est découvert en par des ouvriers de la carrière, qui l'extraient à l'aide de pioches. Cette opération endommage toutefois le fossile, notamment le pubis qui est fragmenté en , tandis qu'un certain nombre de petits fragments sont laissés sur place. Ces fragments sont ensuite collectés par le paléontologue allemand , qui décrit le spécimen en détail en 1914 dans un recueil d'hommages publié à l'occasion du soixante-dixième anniversaire de son ancien mentor, Wilhelm von Branca, en l'honneur duquel il nomme le nouveau taxon. Le spécimen concernée réside depuis à l'université de Münster, où il est catalogué sous le numéro GPMM A3.B4. Celui-ci consiste en un squelette relativement complet comprenant différentes parties du crâne, la majeure partie des vertèbres, plusieurs côtes et gastralia isolés, des éléments de la ceinture scapulaire et pelvienne, les deux humérus, un fémur ainsi que divers os des palettes natatoires. Au fil du temps, plusieurs éléments sont toutefois perdus, notamment plusieurs fragments du crâne, des dents, des gastralia et des vertèbres caudales, un second fémur ainsi qu'un radius, un tibia et un péroné. Un endocaste en cire du spécimen type est néanmoins conservé au muséum Senckenberg sous le numéro SMF R4076..

vignette|gauche|redresse=1.0|alt=|Croquis de 1914 montrant en vues dorsale (A) et latérale (B) le crâne de l'holotype de B. brancai, en plus de l'extrémité du museau en vue ventrale (C).

La carrière d'argile d'où provient le spécimen type fait partie de la formation d'Isterberg, appartenant au groupe de Bückeberg., anciennement connu le nom de « faciès wealdien allemand ».. Le groupe de Bückeberg, qui est divisé en six zones, est datée de l'étage Berriasien du Crétacé inférieur., la limite entre le Berriasien et le Valanginien se situant au sommet de ce groupe.. Les niveaux de la formation d'Isterberg affleurant à Gronau appartiennent aux zones « Wealden 5 » et « Wealden 6 », correspondant au Berriasien tardif terminal. Le squelette holotype constitue ainsi le spécimen de plésiosaure européen le plus complet connu datant du Crétacé inférieur. Lors de la redescription détaillée de Brancasaurus publiée en 2016, le paléontologue allemand Sven Sachs et ses collègues attribuent à ce genre un second individu subadulte plus fragmentaire, catalogué GZG.BA.0079 à l'université de Göttingen, ayant été découvert à Obernkirchen, en Basse-Saxe. Ce spécimen comprend notamment le pubis, l'ischion ainsi que plusieurs éléments vertébraux. Il provient de la formation de Deister, légèrement plus ancienne (« Wealden 3 »), également incluse dans le groupe de Bückeberg. Ce spécimen ne peut être attribué qu'à Brancasaurus sp., car il est relativement incomplet et présente plusieurs différences mineures au niveau des vertèbres par rapport à l'holotype. D'autres éléments isolés probablement attribuables à Brancasaurus proviennent d'affleurements des formations d'Isterberg et de Fuhse, en Basse-Saxe. Cette dernière formation appartient également au groupe de Bückeberg. Sachs et ses collègues citent également qu'une vertèbre cervicale découverte dans le faciès purbeckien de la limite Jurassique-Crétacé, au sud de l'Angleterre, présente une morphologie comparable à celle de B. brancai, laissant donc suggérer la présence du taxon hors d'Allemagne.

Synonymes formels et hypothétiques Dans un article publiée en 1887, le paléontologue allemand Ernst Koken décrit deux espèces de Plesiosaurus, P. degenhardti et P. limnophilus, à partir de restes plus ou moins fragmentaires découverts en Basse-Saxe. L'holotype de P. degenhardti consiste en un spécimen préservant vingt-et-une vertèbres dorsales et leurs côtes associées, découvert à Obernkirchen. P. limnophilus est quant à lui basée sur trois vertèbres cervicales isolées provenant des localités d'Ummeln et de Kniggenbrink, l'holotype étant issu du premier lieu cité.. En 1896, Koken attribue à P. degenhardti vingt-trois vertèbres cervicales et pectorales supplémentaires mises au jour dans sa localité type.. En 1905, le même auteur décrit de nouveaux fossiles provenant cette fois-ci de la carrière située près de Gronau, qu'il rapporte également au genre Plesiosaurus. À partir de ces restes, Koken érige l'espèce P. kanzleri sur la base sur deux vertèbres dorsales, qu'il estime toutefois susceptibles d'appartenir au pliosauridé Peloneustes en raison de leur morphologie. Il attribue aussi trois vertèbres cervicales postérieures et trois vertèbres dorsales antérieures à une autre espèce, P. valdensis, qu'il avait auparavant envisagé de rapporter à P. degenhardti. En ce qui concerne ce dernier, Koken attribue une série de vertèbres dorsales, une vertèbre sacrée, ainsi que des fragments de côtes, de fémurs et de la mâchoire provenant d'un squelette plus complet ayant vraisemblablement été détruit avant sa découverte..

Si la grande majorité du matériel ainsi que les trois espèces décrites par Koken sont depuis reconnues comme douteux, Sachs et ses collègues estiment en 2016 que la plupart de ces fossiles présentent de faibles différences avec B. brancai. Plus précisément, ils considèrent que les spécimens holotypes de P. limnophilus et de P. kanzleri, ainsi que les spécimens depuis perdus attribué à P. valdensis et P. degenhardti en 1905, sont indistinguables de B. brancai. Ils soulignent toutefois que ces attributions, de même que la possible synonymie de P. limnophilus et de P. kanzleri avec B. brancai, ne peuvent être confirmée avec certitude en l'absence d'une combinaison de caractères diagnostiques permettant une identification sans ambiguïté. Ils considèrent toutefois que les fossiles originaux de P. degenhardti, provenant d'Obernkirchen, appartiennent à un taxon distinct de B. brancai en raison de la morphologie des vertèbres cervicales. Sachs et ses collègues estiment également que le taxon anglais Hastanectes valdensis, dont le squelette partiel holotype provient de la , datée du Valanginien, ne peut être distingué avec certitude de Brancasaurus au niveau générique.

vignette|redresse=0.95|alt=Fossiles vertébraux, crâniens et scapulaires exposées sur fond blanc.|Basioccipital et complexe basisphénoïde-parasphénoïde du crâne (A, B), vertèbre cervicale (C), coracoïde gauche (D), humérus droit (E), péroné (F) et fémur droit du spécimen holotype de Gronausaurus (GPMM A3.B2).

Deux ans après la découverte initiale de l'holotype de B. brancai, un second squelette, plus fragmentaire, est découvert dans la même carrière, environ plus haut dans la colonne stratigraphique. Également conservé à l'université de Münster sous le numéro GPMM A3.B2, ce spécimen comprend des dents, des éléments des mâchoires, la boîte crânienne ainsi que plusieurs fragments du crâne, des vertèbres, des fragments de côtes, une partie de la ceinture scapulaire, l'intégralité de la ceinture pelvienne, un humérus complet et un autre partiel, un ulna, deux fémurs, un péroné ainsi que divers os des palettes natatoires antérieures. Initialement attribué à B. brancai en 1961., le spécimen est désigné par le paléontologue allemand Oliver Hampe comme holotype d'un nouveau genre et d'une nouvelle espèce, Gronausaurus wegneri, dans une étude publiée en 2013.. Toutefois, l'analyse de 2016 menée par Sachs et ses collègues montre que cet individu mature est anatomiquement presque indiscernable du spécimen type de Brancasaurus, à l'exception de quelques caractères : la longueur de l'ischion, la hauteur des épines neurales cervicales, la largeur des vertèbres cervicales ainsi que la présence ou l'absence d'un constriction à la base des épines neurales dorsales. Ces différences mineures sont probablement liées à des variations individuelles ou ontogénétiques, ce qui soutient l'interprétation de G. wegneri en tant que synonyme plus récent de B. brancai.

Description Morphologie d'ensemble vignette|droite|redresse=1.0|alt=Diagramme comparant la taille de Brancasaurus (montré en noir) à celui d'un homme (montré en noir dans une tenue de plongée).|Diagramme montrant la taille comparée d’un Brancasaurus par rapport à un homme. Brancasaurus est un plésiosaure de taille moyenne, le spécimen holotype mesurant de long. Ce dernier est probablement un individu subadulte, comme l'indiquent les sutures encore non fusionnées des vertèbres ainsi que le développement incomplet des processus sur les membres et le pubis.

Crâne vignette|gauche|redresse=1.4|alt=Comparaison du crâne d'un reptile marin fossile montrant une ancienne interprétation, les restes fossiles conservés, une reconstruction anatomique et une reconstitution de l'animal vivant.|Le crâne de Brancasaurus selon l'interprétation de Wegner (A), l'état actuel du matériel fossile (B), la réinterprétation du crâne d'après Sachs et ses collègues (C), suivi d'une reconstitution de la tête de l'animal.