Louis Edward Nolan, né le dans le comté de York en Ontario (actuelle Toronto) et mort le en Crimée, est un officier de l'armée britannique et un théoricien militaire connu pour son rôle et sa mort dans la charge de la brigade légère, pendant la guerre de Crimée.

Fils d'un diplomate, Nolan fit ses études en Autriche à l'école du génie de Tulln, où il se fit connaître pour ses talents de cavalier et ses travaux théoriques. Après l'obtention de son diplôme, il fut affecté au régiment de hussards autrichiens avec lequel il servit en Autriche, en Hongrie et sur la frontière polonaise. Le népotisme qui régnait alors dans l'armée austro-hongroise limitait néanmoins ses possibilités d'avancement et Nolan intégra l'armée britannique en tant que cornette au sein du régiment de hussards.

Déployé en Inde, Nolan devint le maître d'équitation de son régiment et fut affecté comme aide de camp auprès du général , commandant en chef de l'armée de Madras. Il effectua notamment des tests avec des chevaux hongres afin d'étudier la possibilité d'utiliser ces derniers comme montures de cavalerie à la place des étalons. Nommé capitaine en 1850, il retourna en Grande-Bretagne l'année suivante avant de voyager en Europe continentale ; il écrivit également deux ouvrages dont le second, Cavalry: Its History and Tactics, fut unanimement salué par la critique et conduisit à l'adoption de la « selle Nolan » par l'armée britannique. Devenu un expert écouté sur les questions relatives à la cavalerie, Nolan fut envoyé au Moyen-Orient dans les premiers jours de la guerre de Crimée afin de se procurer des montures. Il fut ensuite attaché à l'état-major du général Richard Airey et délivra en cette qualité l'ordre qui fut à l'origine de la charge de la brigade légère.

Au total, de l'effectif de la brigade fut tué, blessé, capturé ou mis hors de combat, dont Nolan, qui fut la première victime de la charge. La plupart des récits contemporains sont très critiques à l'égard de Nolan, l'accusant de ne pas avoir transmis correctement l'ordre, de façon délibérée ou non. Les historiens plus récents tendent néanmoins à rejeter la responsabilité du désastre non seulement sur Nolan mais aussi sur Lord Raglan, commandant en chef des forces britanniques en Crimée, et sur le commandant de la cavalerie, Lord Lucan.

Jeunesse et éducation

vignette|Lord FitzRoy Somerset, qui accorda une audience à Nolan et lui permit de rejoindre l'armée britannique. Aquarelle de William Haines.

Louis Nolan naquit le . dans le en Ontario., du mariage de Babington et d'Elizabeth Nolan. Son père ayant été renvoyé du modeste poste diplomatique qu'il occupait au consulat britannique de Milan, Nolan fut admis à l'école autrichienne du génie de Tulln, où il était appelé Ludwig par ses camarades. Le désir de son père de le voir intégrer une branche prestigieuse des forces armées conduisit Nolan à être régulièrement muté dans d'autres écoles pour cadets afin d'en apprendre davantage sur le monde militaire. Attiré par la cavalerie, il montra rapidement des aptitudes en équitation, en théorie militaire et en histoire. L'Autriche-Hongrie était à cette époque un pays multilingue et il étudia également plusieurs langues, en particulier le hongrois. Les autres cours donnés aux élèves portaient sur les fortifications, l'ingénierie hydraulique, les mathématiques, l'escrime, la nage et la construction de ponts. Diplômé de l'école du génie en avec un an d'avance, probablement sur la recommandation du prince Alois II de Liechtenstein, Nolan fut affecté avec un grade subalterne au régiment de hussards autrichiens.

Le jeune officier servit en Autriche, en Hongrie et sur la frontière polonaise, où il se fit de nouveau remarquer par ses talents de cavalier et ses compétences linguistiques. Son dossier individuel de 1838 notait à son propos : . Très populaire au sein de son régiment, Nolan fut élevé au grade de lieutenant de premier mais sa qualité d'étranger et ses origines roturières limitaient ses possibilités d'avancement. Les promotions au sein de l'armée autrichienne étaient théoriquement basées sur le mérite, mais dans la pratique elles concernaient surtout les nobles qui pouvaient acheter leur grade en échange de faveurs ou d'une certaine somme d'argent. Le père de Nolan tenta vainement d'obtenir le transfert de son fils à l'armée britannique, mais une nouvelle opportunité se présenta à l'occasion du retour de Nolan en Grande-Bretagne pour le couronnement de la reine Victoria en 1838. Pendant son séjour, Nolan se vit accorder une audience avec Lord FitzRoy Somerset tandis que son père entama des négociations avec le général autrichien Clam-Gallas afin de permettre à son fils de quitter le service de l'Autriche. Finalement, après s'être acquitté de la somme de 450 livres, Nolan fut incorporé au régiment de hussards britannique avec le grade de cornette le . Sa démission de l'armée autrichienne ne fut jamais formellement acceptée et il ne fut rayé des contrôles que le , 45 ans après sa mort.

Au sein du régiment de dragons légers

Service en Inde

vignette|Officiers du régiment de dragons légers (hussards) britannique, 1831-1840.

Nolan avait délibérément choisi d'être transféré dans un régiment servant en Inde, malgré la mauvaise réputation dont jouissait ce théâtre d'opération à cette époque. Il se rendit tout d'abord à Maidstone, où le dragons légers entretenait un dépôt pour former les nouvelles recrues sous le commandement du capitaine George Key. Il embarqua ensuite à bord du transport de troupes Malabar à destination de Bombay, où il arriva le . Peu après son arrivée, il tomba malade et obtint un congé de deux ans pour soigner sa santé, à compter du . Il retourna alors en Grande-Bretagne. Il reprit du service en et fut de nouveau affecté au dépôt de Maidstone; le grade de lieutenant lui fut octroyé le 19 de ce mois. Il partit une nouvelle fois en permission au mois d'août afin de suivre des cours d'équitation et passer l'examen. Il revint à l'armée le , juste après l'obtention de son diplôme..

Sa présence au dépôt de Maidstone donna l'occasion à Nolan d'étudier plus en profondeur les théories relatives à la cavalerie et de faire la rencontre de plusieurs autres officiers, dont le capitaine Key avec lequel il devint ami. En , il quitta Maidstone pour l'Inde et débarqua à Madras le . Le régiment de dragons légers était stationné à Bangalore, une zone plutôt tranquille, et Nolan ne participa à aucun combat durant cette période. Il fut nommé maître d'équitation du régiment le en raison de ses connaissances en la matière. Pendant son temps libre, Nolan aimait à chevaucher sa monture Arab Beauty et, lors des courses du cantonnement de Bangalore en , il arriva en deuxième position par deux fois, remportant le Galloway Stakes et le Ladies' Purse. L'année suivante, il retenta sa chance avec son cheval Sahagun, sans succès.

En tant que maître d'équitation de son régiment, Nolan modifia le programme d'entraînement, en rétablissant par exemple l'utilisation de barres de saut et en s'attachant à donner des leçons individuelles aux soldats avant de les faire évoluer en formation par escadron entier. Il désigna également dans chaque compagnie un soldat entraîné spécialement pour dompter les nouveaux chevaux. En l'espace de quelques années, le niveau d'équitation des cavaliers du régiment s'améliora fortement, de même que la réputation de Nolan. Lorsque l'unité fut inspectée par le major général John Aitchison, un homme particulièrement exigeant, celui-ci écrivit. :

En , Nolan fut affecté en qualité d'aide de camp à l'état-major du général , commandant en chef de l'armée britannique de Madras. Il devint rapidement amis avec les deux fils de Berkeley, Charles et George, qui partageaient son enthousiasme pour les courses de chevaux. En 1850, Nolan accompagna Berkeley lors d'une visite de la région et effectua des tests sur des chevaux hongres afin d'étudier la possibilité d'utiliser ces derniers comme montures de cavalerie à la place des étalons. Il fut par ailleurs nommé au grade de capitaine après achat d'une commission le . En dépit des services rendus, Nolan se rendit compte que ses perspectives d'avenir étaient beaucoup plus limitées en Inde qu'en Angleterre et qu'il n'était plus en mesure de supporter les frais supplémentaires liés au service dans les colonies. À la même époque, de nombreux officiers supérieurs ne prenaient pas au sérieux la possibilité d'une carrière en Inde et Nolan estima que sa présence sur place ne constituait pas une garantie d'avancement. En conséquence, s'étant vu accorder un congé maladie pour deux ans à partir du , il retourna en Grande-Bretagne avec l'intention d'effectuer le Grand Tour en Europe et d'écrire un livre sur la cavalerie.

Voyage en Europe et publications sur la théorie militaire

vignette|gauche|Le duc de Cambridge, qui assista aux tests de la « selle Nolan », entrée en vigueur par la suite dans l'armée britannique. Photographie de Roger Fenton, 1855.

Après un bref séjour en Angleterre, Nolan, accompagné du colonel George Key, se mit à voyager dans toute l'Europe, notamment en France, en Russie, en Suède et dans les États allemands. Le régiment de la garde à cheval suédoise fit sur lui une grande impression et Nolan écrivit plus tard qu'il s'agissait d'« un des meilleurs régiments de cavalerie étrangers que j'ai jamais vu ». Il fut également séduit par le travail de François Baucher et envisagea dans un premier temps de se contenter de traduire la Méthode d'équitation de Baucher en anglais. En Russie, il assista à une revue d'unités de cavalerie cosaques et circassiennes, retourna ensuite en Allemagne et eut l'occasion d'observer de près les dragons saxons. De retour à Maidstone en et promu au poste de commandant du dépôt de son régiment, il publia son premier ouvrage, The Training of Cavalry Remount Horses: A New System aux éditions Parker, Furnivall & Parker. Dédié à Berkeley, le livre s'adressait plus aux officiers de cavalerie qu'aux cavaliers en général.

Les réactions au travail de Nolan furent limitées, en partie à cause de son caractère spécialisé. Son deuxième ouvrage, Cavalry: Its History and Tactics, traitait de manière plus larges de ses théories sur la cavalerie, formulait un certain nombre de recommandations comme l'utilisation de la carabine à pied plutôt qu'à cheval et suggérait des modifications importantes de la selle elle-même. La selle en vigueur, utilisée depuis 1796, était considérée comme trop haute, empêchant le cavalier de se servir correctement du bas de ses jambes et créant une instabilité. Avec l'aide du sergent sellier du dépôt de Maidstone, Nolan élabora un nouveau modèle de selle qui visait à réduire le frottement des jambes contre le cheval et à améliorer le confort du cavalier tout en étant plus léger que le modèle existant. La nouvelle selle fut testée en en présence du duc de Cambridge, inspecteur-général de la cavalerie. Les résultats furent positifs et elle fut introduite dans les unités de cavalerie britanniques, officiellement sous le nom d’Universal Wood Arch Pattern Design même si elle continua d'être couramment désignée la « selle Nolan ».

Cavalry: Its History and Tactics reçut un accueil beaucoup plus chaleureux que son précédent ouvrage : le magazine The Illustrated London News salua ses connaissances et son enthousiasme et recommanda son livre aux civils comme aux militaires ; une critique favorable parut également dans The Times. Le deuxième ouvrage de Nolan, considéré comme un , continua de faire référence dans les décennies suivantes et fit connaître son auteur en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Il eut également des répercussions en Inde, où il fut accueilli comme . Une copie fut envoyée par le major-général Wetherall à un certain Bonneau du Martray, membre de l'état-major impérial français, qui, après l'avoir lu, en publia une traduction intégrale intitulée Histoire et tactique de la cavalerie.

Guerre de Crimée

En quête de montures