Le moulin de la Galette est une expression générique : elle désigne deux moulins dont, actuellement, le seul moulin à vent en état de marche de la butte Montmartre dans le de Paris (France), sis rue Lepic ainsi que son moulin frère visible à l'angle de la rue Lepic et de la rue Girardon. L'ensemble figurait jadis un célèbre bal public ouvert par la famille de meuniers Debray, depuis le .

Historique Deux moulins initiaux

vignette|gauche|redresse=0.5|Panneau Histoire de Paris.

Le moulin de la Galette est en réalité constitué de deux moulins à vent : le Blute-fin à l'ouest et le Radet à l'est, entre lesquels s'est ouvert un bal public qui prendra le nom de « moulin de la Galette ». vignette|upright=1.2|center|Vue des deux moulins d'origine avec au centre l'entrée « Moulin de la Galette » (vers 1885). Les deux moulins - voire trois avec celui de la Poivrière au nord (où l'on concassait le poivre) - sont perchés sur un petit tertre au milieu du maquis de Montmartre, sur lequel les Romains ont autrefois établi un temple dédié au dieu Mars (mons Martis : mont de Mars) qui jouxtait un autre dédié à Mercure.Ce temple figurait sur le lieu-dit que les anciens titres de l'abbaye de Montmartre appelaient tantôt « terres du Mont de Mercure », tantôt « terres du Temple de Mercure » ou « terres du Temple », et qui avait pris plus tard le nom de « terres du Palais », « par un effet du zèle falsificateur des religieuses, qui pensaient effacer de leur montagne cette dernière trace d'une histoire qui leur déplaisait, en substituant le mot palais au mot temple ». Lire en ligne. Ce lieu peut également être lié au mons Martyrum, le « mont des Martyrs » (la rue des Martyrs y mène) pour les victimes des persécutions antichrétiennesLire en ligne Les lieux des noms de France et Les environs de Paris illustrés (1856) (Denis et ses deux compagnons Rustique et Éleuthère).

vignette|upright|Le Blute Fin, Moulin de la Galette, Montmartre.

Ce qui figurera plus tard le « moulin de la Galette » serait mentionné pour la première fois en 1622 sous le nom de « moulin du Palais » - nouvelle appellation par les religieuses de l'abbaye de Montmartre tentant d'effacer en partie le souvenir du temple païen des RomainsSellier, op. cit., p. 23Remarque : Beaucoup d'histoires ont été racontées sur les moulins de la butte Montmartre. En regardant en détail la partie gauche de la Pietà de Saint-Germain-des-Prés (vers 1500, Musée du Louvre : Piétà), on constate que si on voit bien l'abbaye de Montmartre et un certain nombre de détails sur la butte, il n'y a aucune trace de moulins. Pour ce qui est du moulin près duquel Jeanne d'Arc livre un combat, il devait se trouver plus bas, au pas de la Chapelle.

La première trace écrite d'un moulin sur la butte remonte à 1529 quand le seigneur de Clignancourt, Jacques Léger, décide d'acheter un moulin à Nicolas Guillot. Ce moulin, installé au lieu-dit le « Palais », près du château des Brouillards, a été appelé le « moulin Vieux ». Il comprenait un socle en pierre sur lequel tournait une charpente en bois.

Cependant, Jacques Hillairet, dans Connaissance du Vieux Paris signale qu'Étienne Marcel fit d'un moulin de Montmartre son poste d'observation, en juillet 1358, pour surveiller les mouvements de bandes de mercenaires. De même, Le Tasse écrit en 1570 que deux choses l'avaient impressionné à Paris, les vitraux de Notre-Dame et les moulins de Montmartre. Regnard écrit un siècle plus tard :

C'est en 1622 qu'a été édifié près du Moulin Vieux un moulin appelé le « moulin du Palais », puis le « Bout-à-Fin » à cause de l'excellence de sa farine, et enfin le « Blute-Fin » ou « moulin de la Galette ». Souvent restauré, il a conservé son mécanisme. Le Radet aurait d'abord été construit sur la butte Saint-Roch puis déplacé vers 1636 ou 1667. En 1925, il n'est plus qu'une carcasse vide placée à l'angle de la rue Lepic et de la rue Girardon. Le moulin Vieux a été démoli en 1850..

Le Blute-fin vignette|upright|Moulin Blute-fin, véritable vestige de l'ancien moulin de la Galette.

À la fin du , la famille Debray prétend que le moulin Blute-fin a été érigé en 1295, comme le montre une gravure dans le bois de son pignon. D'autres sources indiquent qu'il est probablement construit en 1621 ou 1622 sous le nom de « moulin Vieux ».

Le , le prévôt des marchands de Paris Etienne Marcel, allié à Charles le Mauvais, s'y rend pour épier les mouvements des bandes de mercenaires qui ravagent les faubourgs ; ce moulin est l'un de ses postes d'observation.

Durant des années, le moulin est équipé d'ailes de type flamand comme on peut encore l'apercevoir sur des cartes postales anciennes.

Le nom de « Blute-fin » vient du verbe « bluter » qui signifie « tamiser la farine pour la séparer du son » (voir Blutage). Il pourrait provenir également de l'expression « bout-à-fin » voire « but-à-fin », noms que l'on trouve sur des documents pour le désigner.

Datant du ou du , il fait l'objet de nombreuses campagnes de restauration.

La famille Debray acquiert ce moulin en 1809.

Actuellement intégré sur la parcelle d'une résidence privée, il n'est plus accessible au public.

Le Radet vignette|upright=0.7|La carcasse du moulin Radet, placée depuis 1924 sur le toit d'un restaurant à l’angle des rues Lepic et Girardon, de nos jours, n'est pas le moulin de la Galette d'origine, même s'il en porte le nom.

Selon les Debray, le moulin Radet existerait depuis 1268 et s'appelait autrefois le « moulin Chapon », du nom de son précédent propriétaire, le meunier François Chapon. D’abord installé à l’angle de la rue de l’Abreuvoir et du chemin des Regards, il est de nombreuses fois démonté et déplacé de la butte Saint-Roch à la butte Montmartre sous le règne de Louis XIII et en 1717 où il est déménagé sur un terrain entre les rues Norvins, Girardon et de l’Abreuvoir, pour être acheté par Jacques Ménessier et reconstruit en 1760 sous le nom de « moulin Radet ».

En 1812, le Radet dans un piteux « état de conservation est racheté par Nicolas-Charles Debray pour la somme fort modeste de 1 200 livres ».

Il n'occupe un emplacement à la croisée de la rue Girardon et de l’allée ou impasse des Deux-frères (aujourd'hui disparue), soit à l’intérieur du clos de la Ferme Debray d'antan, à proximité du Blute-fin, où Debray le transfère, que depuis 1834 où il est transformé en guinguette les dimanches et jours fériés puisque victime du progrès (il n'était pas équipé d'ailes Berton) et de la concurrence, il a abandonné ses activités de minoterie au profit du divertissement.

En 1915, il échappe de peu à la destruction. Il est démonté et installé sur une parcelle de la rue Girardon.

En 1924, Pierre-Auguste Debray vide le Radet de son mécanisme, qui est à nouveau déplacé à l'angle des rues Girardon et Lepic, planté sur le toit d'une construction devenue restaurant.

Minoterie et meunerie

vignette|Moulins, Montmartre, photographie par Hippolyte Bayard (v. 1842).

La famille Debray, meuniers des dames bénédictines de l'abbaye de Montmartre depuis le Guide de Paris mystérieux, éditions Tchou, Paris, 1966, p. 431Sellier, op. cit., p. 22, possède une trentaine de vaches, et plusieurs arpents de terre dans les environs et à la barrière de Clichy. Elle acquiert par Nicolas-Charles Debray les deux moulins : le Blute-fin en 1809 et le Radet en 1812, pour y produire une farine réputée alentour.

Comme auparavant les autres moulins de Montmartre, ces deux derniers bâtiments échappés de la destruction relative à l'urbanisation ne servaient pas uniquement à moudre le blé : ils étaient également utilisés pour presser les vendanges ou concasser des épices ou les matériaux nécessaires aux manufactures jusque dans les années 1870 - dont l’albâtre issu des carrières de Montmartre et destiné à la fabrique de porcelaine fondée en 1771 à Clignancourt ou ceux nécessaires à la parfumerie située au carrefour des rues Norvins et Girardon..

Enseigne vignette|upright|Le Moulin de Blute-fin, Vincent Van Gogh (1886).

En 1585, Jacques Liger, seigneur de Clignancourt, achète le « moulin du Palais » installé au lieu-dit le Palais sur la Butte à Nicolas Guillot, puis en confie l’exploitation aux meuniers Debray qui finiront par l'acquérir.

Le moulin Blute-fin, construit en 1622, a souvent été restauré. En 1834, son propriétaire Nicolas-Charles Debray y ajoute une taverne devenue guinguette qui est à l'origine constituée sur un terrain entre le moulin Blute-fin et le moulin Radet.

Un bal apparaît un peu plus tard, qui s'appelle initialement « le Bal Debray », comme le montrent les dessins et photographies d'époque, se tenant au lieu dit « moulin de la Galette », mais le tout ne sera officiellement rebaptisé « moulin de la Galette », qu'en 1895.

vignette|upright=1.2|Les moulins Debray à Montmartre, Eugène Delâtre (vers 1880). thumb|upright|Ancien panneau d'entrée du Moulin de la Galette (indiquant qu'elle se fait désormais rue Lepic), avec vue sur le moulin Radet (25 février 1922). thumb|upright|Mécanisme intérieur du moulin de la Galette, sis alors 77-79 rue Lepic et 3 rue des Deux-Frères (Paris), avant que le père Debray ne le démonte (25 février 1922).

La galette est ce petit pain de seigle que les meuniers Debray débitent, accompagné d'un verre de lait, probablement d'ânesse, aux amateurs de pittoresque. Ces habiles commerçants montmartrois transforment vers 1830 le pain en pâtisserie, le lait en vin et leur moulin en cabaret.

Le Radet est construit en 1717 après son déplacement de la butte Saint-Roch. Dans les années 1760, il est entièrement reconstruit. En 1834, date à laquelle le moulin ne sert plus à moudre, Debray le transfère à l’intérieur du clos de sa ferme, où il est transformé en guinguette les dimanches et jours fériés« Au début du siècle, le troisième des derniers moulins que la Butte possédait encore était situé dans le petit jardin privé de la famille Debray ; mais il était beaucoup plus petit que les deux autres. En revanche, il avait été aussi nomade que le précédent, car il venait de Montrouge. Son arrivée à Montmartre ne datait guère que de 1830). ». Lire en ligne.

En 1915, une association, Les Amis du Vieux Montmartre, sauve le Radet de la destruction, qui, selon son propriétaire qui voulait le raser, faisait doublon avec le Blute-fin dans son activité commerciale. Il est démonté et installé sur une parcelle de la rue Girardon - opération moins onéreuse pour les Debray que d'autres propositions.

En 1924, Pierre-Auguste Debray effectue d'importants travaux dans sa propriété pour valoriser les activités festives du Moulin de la Galette : le Radet est vidé de son mécanisme et figure désormais une carcasse publicitaire déplacée à nouveau à l'angle des rues Girardon et Lepic, plantée sur le toit d'une construction devenue restaurant qui porte ce nom pour attirer les touristes.

Dans les années d'après-guerre, on pouvait encore monter sur la terrasse en bois sur le toit du Blute-fin afin d'apercevoir le tout-Paris se dérouler à ses pieds.

Le moulin et les terrains qui l'entourent sont inscrits au titre des monuments historiques par un arrêté du .. Après avoir servi de dancing et de music-hall puis de salle d'émissions publiques de radio et de télévision, la salle, fermée en 1966, devient studio de l'ORTF et disparaît avec l'Office en question en 1974.

Le moulin Blute-fin est restauré en 1978, mais ne tourne pas. En , Lucien Poupeau, charpentier, avec les conseils techniques de Marcel Charron, charpentier-amoulangeur en retraite, est chargé de la rénovation des ailes.

vignette|upright=1.2|Le moulin Radet sur le toit du restaurant dit « Moulin de la Galette ».

De nos jours, le moulin Blute-fin se situe exactement au 75-77 rue Lepic et celui du Radet, à l'angle des 83 rue Lepic et 1 rue Girardon, les deux figurant l'ancien moulin de la Galette pour les Parisiens et les curieux du monde entier, friands de légende montmartroise.