César et Cléopâtre est une pièce de théâtre en trois actes et neuf tableaux, écrite en 1898 par le dramaturge irlandais George Bernard Shaw (1856-1950).

Présentation Bernard Shaw, qui est sans doute l’un des plus grands dramaturges de langue anglaise après Shakespeare, est assez peu connu en France de nos jours, au ; il était plus connu dans les années trente ou même cinquante, au .

La pièce a été publiée pour la première fois dans la collection Trois pièces pour puritains de G. B. Shaw en 1901, avec Le Disciple du Diable (1896) où est abordé le problème religieux et La Conversion du Capitaine Brassbound (1899).

Afin de garantir le droit d'auteur, la pièce a été jouée pour la première fois lors d'une simple lecture théâtralisée dans la ville britannique de Newcastle upon Tyne le . Puis, la pièce a été produite à New York en 1906 et à Londres, dans la Cité de Westminster, au Savoy Theatre en 1907.

À Paris, dans une version française d’Henriette et Augustin Hamon, la pièce a été créée au théâtre des Arts, le dans une mise en scène et des décors de Georges Pitoëff, avec Ludmilla Pitoëff dans le rôle de Cléopâtre, Georges Pitoëff dans le rôle de César, ainsi que Jean d'Yd (le Dieu Ra), Henry Gaultier (Britannus), Léon Larive (Pothinus), Alfred Penay (Belzanor), Jean Hort (le Perse)..

La pièce, qui décrit la relation entre Jules César et Cléopâtre, donne une image inattendue du célèbre couple sous la forme d’un récit de fiction dans lequel éclatent le comique verbal de G. B. Shaw, et son traitement irrévérencieux de l’histoire. César est une sorte de mentor ironique pour la jeune et naïve Cléopâtre. George Bernard Shaw, à sa manière, dans son style si décalé, fait du tout-puissant consul romain à la fois, un héros selon son cœur, un homme d’État, un sage plein d’humour et un chef dépourvu de toute émotion romantique. Simultanément, il explore les possibilités du drame historique en offrant un traitement spirituel et anachronique de l’histoire particulièrement amusant. C’est une comédie dans laquelle les problèmes politiques de César sont ceux de tout général-stratège et politicien du moment. L’auteur introduit des personnages comiques, comme Britannus qui a tous les défauts des Anglais contemporains de son époque.

Source : Bernard Shaw Dramaturge de Jean-Claude Amalric – Presses universitaires de Caen

Comme il l'écrit à , c'est le souvenir de la peinture de Merson, Le Repos pendant la fuite en Égypte, qui inspire George Bernard Shaw lorsqu'il imagine la scène où, pour la première fois, César rencontre Cléopâtre, qu'il substitue à la Vierge entre les pattes du sphinx..

Argument Alors que les romains envahissent l’Égypte, Jules César découvre une jeune princesse cachée à proximité du Sphinx. Il s’agit de la ravissante Cléopâtre. Impressionné par son charme et son caractère, le redoutable conquérant est déterminé à faire d’elle une véritable reine.

Résumé de la pièce En Égypte, sur la frontière de Syrie, en l’an 706 de l’ère romaine et l’an 48 avant J.-C. de l’ère chrétienne, à l’entrée du temple de Râ (Rê), à Memphis, la statue de Râ, le dieu égyptien, s’adresse au public pour lui dire que les Romains avaient longtemps hésité entre la Nouvelle Rome représentée par Jules César, alors consul de la ville éternelle, et la vieille Rome avec à sa tête le grand Pompée, général des armées et époux d’une fille de César. Si ce dernier avait tout contre lui, il avait les dieux avec lui. Et sur le champ de bataille de Pharsale, en Grèce, c’est César qui triompha, avec pourtant des troupes très inférieures en nombre, prenant un avantage décisif sur le camp adverse. Poursuivant son rival, César débarque en Égypte à la tête d’une petite armée.

Une nuit dans le désert, César découvre une jeune princesse, réfugiée sous la statue de Râ. C’est Cléopâtre, la reine d’Égypte, âgée de 16 ans, qui partage le trône, selon la coutume ptolémaïque Le testament du roi , mort en , désigne comme successeurs Cléopâtre et un frère cadet de celle-ci, , d'une dizaine d'années environ, à qui elle est nominalement mariée car selon la coutume ptolémaïque, elle ne peut régner seule , dynastie lagide et la loi royale, avec son mari Ptolémée qui n’est autre que son jeune frère, âgée de 10 ans. La jeune Cléopâtre a peur de ce drôle de vieux monsieur (il a 52 ans), chauve, au nez busqué, ignorant qui il est. Impressionné par son charme et son caractère, le redoutable conquérant est déterminé à faire d’elle une véritable reine, face à Ptolémée son félon de frère, véritable jouet dans les mains de l’intrigant tuteur Pothinus. Cléopâtre et César partent ensemble pour le palais royal d’Alexandrie où ils sont reçus par Ftatatita, la grande Nounou de la reine.

Dans la salle du Conseil du Roi, Cléopâtre, revêtue de son habit royal, réalise soudain, quand les gardes romains arrivent et saluent César, que ce vieux monsieur n’est pas le barbare qu’elle croyait. Elle sanglote de soulagement et tombe dans ses bras.

Puis César rencontre le jeune roi Ptolémée avec à ses côtés son tuteur Pothinus, son vieux précepteur Théodotus et Achillas le général des troupes de Ptolémée. César salue tout le monde avec courtoisie et gentillesse, mais exige inflexiblement un tribut qu’il lui est dû et dont le montant déconcerte les Égyptiens. Comme incitation, César dit qu'il va régler le différend entre les demandeurs du trône d'Égypte en laissant Cléopâtre et Ptolémée régner ensemble. Sa solution n’est acceptable pour personne car la rivalité meurtrière entre le frère et la sœur est exacerbée par leur puérilité, chacun revendiquant l’unique pouvoir. La conférence dégénère en conflit, les Égyptiens menaçant une action militaire. César, avec deux légions (trois mille soldats et mille cavaliers), n'a pas peur de l'armée égyptienne mais apprend qu'Achillas commande également une armée d'occupation romaine, laissée après une précédente incursion romaine, qui pourrait submerger son contingent relativement petit.

De plus, César est choqué par l’assassinat brutal de son honorable adversaire, Pompée, qui a eu la tête tranchée, à peine après avoir mis le pied sur le sol égyptien, par un officier romain de l’armée romaine d’occupation, en signe de bonne volonté face aux Romains envahisseurs. César refuse cet esprit de vengeance préférant la clémence pour ses adversaires laissés libres hors du palais, malgré les réticences de Rufio, son aide militaire. Seules Cléopâtre, avec sa suite et Pothinus (pour des raisons personnelles), choisissent de rester avec César. Les autres partent tous. Par mesure de défense stratégique, César charge Rufio d’organiser l’occupation du palais ainsi que le port protégé à son entrée par l'île de Pharos (phare d'Alexandrie), afin d’assurer une sortie pour un retour possible vers Rome. Pour le reste : « l’Égypte aux Égyptiens ! ». À présent qu’elle est devenue reine, Cléopâtre désire pour mari, non pas César trop chauve à son goût mais, ce beau et fort jeune homme qui avait restauré son père sur son trône, lorsqu’elle avait l'âge de douze ans. Cet enthousiasme pour la jeunesse ne flatte guère César qui néanmoins, insensible à la jalousie, fait le bonheur de Cléopâtre en lui promettant de renvoyer en Égypte son fidèle lieutenant, Marc Antoine. Mais, pour l’instant, César doit revêtir son armure et rejoindre Pharos.

Restée seule au palais, Cléopâtre désire rendre visite à César à Pharos. La sentinelle lui dit qu'elle est prisonnière et lui ordonne de rentrer à l'intérieur du palais, tant que César n'aura pas donné l'ordre dans sortir. Désirant faire un cadeau à César, Cléopâtre demande à Apollodorus, un vendeur de tapis, de quitter le palais avec un lourd tapis roulé, pour embarquer dans une petite barque en direction de Pharos.

Arrivée sur place, Apollodorus fait glisser le tapis aux pieds de César qui découvre son contenu majestueux à terre, Cléopâtre. Mais César n’a pas le temps de se réjouir de cette présence, trop préoccupé par les questions militaires, pour lui accorder toute son attention. La situation s'aggrave car l'ennemi contrôle maintenant le port occidental et se rapproche rapidement de l'île. Nager vers un navire romain dans le port oriental devient l'unique possibilité d'évasion. Apollodorus plonge aussitôt et César le suit, après avoir ordonné à Rufio de jeter Cléopâtre dans l’eau afin qu’elle puisse s’accrocher pendant qu’il nage en sécurité.

Depuis six mois le palais est assiégé. Cléopâtre et Pothinus, prisonnier de guerre, se disputent sur ce qui se passera lorsque César retournera à Rome. Leurs positions sont antagoniques. Cléopâtre déclare que Mithridate de Pergame arrivera avec des renforts pour sauver César et ainsi elle régnera seule sur l’Égypte. Renvoyé, Pothinus se confie maladroitement à Ftatatita, déclarant que Cléopâtre a vendu son pays à ce Romain et « tant que je vivrai, elle ne gouvernera pas ».

Durant un dîner sur le toit du palais, en présence de Cléopâtre, Pothinus ose dire à César que sa protégée n’est qu’une traîtresse qui n'utilise César que pour l'aider à gagner le trône égyptien. César considère cela comme un motif naturel et ne se sent pas offensé pour autant, tout en raccompagnant Pothinus, le temps que, furieuse et enragée par les allégations de Pothinus, Cléopâtre ordonne secrètement à sa nourrice, Ftatatita, de le tuer.

Le repas peut reprendre, pour être par la suite, interrompue par un cri, suivi d'un bruit sourd : Pothinus a été assassiné et son corps jeté du toit sur la plage. Les Égyptiens assiégeants, civils et militaires, sont enragés par le meurtre de Pothinus, qui était un héros populaire, et ils commencent à prendre d'assaut le palais. Cléopâtre revendique le meurtre et César lui reproche de se venger à courte vue, soulignant que sa clémence envers Pothinus et les autres prisonniers a tenu l'ennemi à distance. La vengeance de Cléopâtre engendre celle du peuple : « La tête de Pompée est tombée, la tête de César est mûre ! »

La défaite, semble inévitable, mais des renforts commandés par Mithridate de Pergame retiennent l'armée égyptienne sur les bords du Nil. La menace diminuée, César établit un plan de bataille et part parler aux troupes, abandonnant Cléopâtre à son sort. Pendant ce temps, Rufio réalisant que Ftatatita était l’assassin de Pothinus, il la tue à son tour. Cléopâtre, laissée seule et complètement perdue, découvre le corps ensanglanté dissimulé derrière un rideau.

En plein midi. Fête et parade sur l’esplanade, devant le palais. César se prépare à partir pour Rome. Ses forces ont balayé les armées de Ptolémée dans le Nil et Ptolémée lui-même s'est noyé lorsque sa barque a chaviré. César nomme Rufio gouverneur romain de la province. Et tandis qu’il est prêt à monter sur la passerelle du bateau, Cléopâtre arrive, tout de noir vêtue, pour le deuil de sa nourrice. Elle accuse Rufio d'avoir assassiné Ftatatita. Rufio revendique le meurtre non pas esprit de vengeance mais parce que cette tigresse constituait une menace potentielle pour César lui- même. Celui-ci approuve l'exécution car, faite de manière naturelle, il n’en éprouve aucune horreur. Cléopâtre reste stoïque face à César, jusqu'à tomber dans ses bras lorsqu’il lui renouvelle sa promesse d'envoyer Marc Antoine en Égypte. Cléopâtre voyant le vaisseau de César prendre le large, laisse ses larmes couler, tandis que les soldats romains crient « Ave César ! Ave César ! ».

Source : César et Cléopâtre de George Bernard Shaw – Éditions Aubier-Montaigne - Quai de Conti, – Paris ()- ASIN : B0000DMLTY

Représentations en France 1956 vignette|Caesar and Cleopatra, mise en scène de Douglas Seale à Paris au Théâtre Sarah Bernhardt en juillet 1956. : Théâtre Sarah-Bernhardt, Paris ; mise en scène de Douglas Seale avec le Repertory Theater..

Reprise de la pièce en 1957 : Théâtre Sarah-Bernhardt (Paris)... Traduction - version française : Henriëtte Rynenbroeck et Augustin Hamon Adaptation : Jean Marsan Mise en scène : Jean Le Poulain Scénographie et Costumes : Jacques Noël