Bnei Bathyra (), littéralement les Enfants de Bathyra, était une famille de sages juifs qui ont été florissants à partir d'une trentaine d'années pendant une période d'environ 400 ans. Selon le Talmud, lors de leur première intervention les sages de la famille ont élevé Hillel le Babylonien au rang de patriarche, alors qu'ils étaient les dirigeants d'un sanhédrin. Des « Bnei Bathyra » sont encore connus à l'époque de la destruction du deuxième Temple de Jérusalem et au cours de l'ère des Tannaïm (début de l'ère commune jusque vers 200). Cette famille est connue pour ses nombreux sages juifs importants sur plusieurs générations. Dans le judaïsme, les sages de la famille sont considérés comme « Gedolei Hador » (Grands de cette génération), faisant donc partie des géants intellectuels du judaïsme de cette époque, y compris après la destruction du Second Temple. Ils sont aussi connus pour avoir occupé une place de choix parmi les Sages de l'Académie de Yabneh. Le consensus général attribue des Tannaïm à cette famille dont le plus célèbre est Judah ben Bathyra, qui, avant la destruction du Second Temple, a résidé à Nisibe en Adiabène. Un territoire du nord de la Mésopotamie, région qui dans les sources juives est située à l'ouest de la « Babylonie ». Il s'agit vraisemblablement de ceux que Flavius Josèphe appelle des « Babyloniens », qui ont été installés en Batanée par Hérode le Grand et y ont fondé la ville de Bathyra, ainsi que de leurs descendants. Toutefois cette identification est contestée par certains critiques.
Début des Bnei Bathyra Les Bnei Bathyra acquièrent une importance après la disparition de Shemaya et Abtalion, qui étaient la quatrième paire parmi les couples de « Sages » appelés Zougot. On peut déduire des plus anciennes mentions des Anciens de Bathyra du Talmud que ces deux sages sont absents ou morts et non remplacés et que leur disparition a laissé un vide. que les Bnei Bathyra auraient tenté de combler. Dans le Traité Èduyot de l'ordre Neziqin de la Mishna un passage (1:3) Pour Étienne Nodet,
Désignation de Hillel comme patriarche
Dans une Baraita célèbre, que l'on trouve à la fois dans le Talmud de Babylone, dans le Talmud palestinien et dans la Tosefta, les Bnei Bathyra sont soumis à une question portée devant les sages de la familleTalmud de Babylone, Pesachim 62a ; Talmud palestinien, Pesachim 6: 1 ; Tosefta, Pesachim.. . Le texte donné ci-dessous est La loi qui est discutée au point concerne les infractions au repos le jour du shabbat permises pour la préparation de l'agneau de Pâque :
thumb|Tombes de Shemaya et Abtalion à Gischala Les maîtres évoqués dans le récit, Shemaya et Abtalion, , mais ils sont absents ou morts et non remplacés. Une liste des transmetteurs est donnée dans le traité Avot de la Mishna (1:10 s), dans laquelle ces deux sages précèdent immédiatement Hillel et Shammaï.. Ils sont respectivement patriarche et président du Sanhédrin (Nassi). Pour Étienne Nodet, les fonctions attachés à ces titres sont peut-être anachroniques,
La Tosefta in tractate Sanhedrin mentionne une discussion à Bathyra au cours de laquelle Hillel a défini ses sept règles herméneutiques (middot)Fin du chapitre .. Il n'est pas dit explicitement qu'il est fait référence à la discussion au sujet de la veille de Pessa'h tombant le jour du Shabbat, mais une partie de la critique estime que c'est probable au vu du contenu et du contexte. Toutefois, d'autres critiques estiment que les deux controverses sont distinctes et que la nomination de Hillel est l'évènement le plus ancien des deux. Selon la Tosefta, Hillel a apporté la preuve de ses dires de sept façons différentes à partir des prescriptions requises par la Torah.
Selon la tradition rabbinique, la famille de Hillel l'Ancien a continué d'exercer la fonction de président du Sanhédrin pendant 15 générations, jusqu'à l'abolition de la présidence à la mort de Rabban Gamaliel VI. Toutefois aucun membre de la famille ne semble avoir exercé cette fonction de la mort de Hillel au début de notre ère, jusqu'à la prise de fonction de Gamaliel II, à la mort de Yohanan ben Zakkaï vers 85. En tout cas, Flavius Josèphe n'en dit rien et dans les sources juives Gamaliel l'Ancien (mort vers 50) est cité comme un transmetteur, mais sans être associé pour former un zoug avec un autre Sage, comme c'était le cas précédemment.
Problème d'identification À l'époque moderne, l'historien Heinrich Graetz a été un des premiers à identifier les Bnei Bathyra avec les « Babyloniens » installés par Hérode le Grand en Batanée, dont l'une des deux villes principales s'appelle BathyraShimon Applebaum, Judaea in Hellenistic and Roman Times: Historical and Archaeological Essays, The troopers of Zamaris, 1989, éd. Brill, Leiden, .. Toutefois cette identification a été rejetée par certains critiques car Flavius Josèphe semble placer leur installation en Batanée vers 6-5 , moins de deux ans avant la mort d'Hérode, alors que dans le Talmud la plus ancienne intervention des Bnei Bathyra relate l'élévation de Hillel au rang de Patriarche que les sources juives placent environ un siècle avant la destruction du Temple de Jérusalem, qu'elles situent en 69. Cette chronologie rabbinique comporte certes une marge d'incertitude, mais la différence est ici jugée trop importante.
Il est toutefois probable que Flavius Josèphe a donné des indications approximatives et que ces Babyloniens aient été installés à Bathyra bien avant., peut-être lorsque ont été donnés à Hérode en -24Selon Julien Well et Th. Reynach, ; note de leur traduction du livre des Antiquités judaïques., au moment où il s'est lui même rendu dans la région avec son armée pour réduire les bandits Trachonites que justement ces « Babyloniens » sont chargés de contenir. La plupart des critiques estiment en effet invraisemblable qu'Hérode ait pu installer cette colonie en Batanée deux ans avant sa mort, alors qu'il est physiquement très affaibli et qu'il est submergé par les ennuis domestiques ainsi que par les suites de complots et d'exécutions qui marquent la fin de son règne. Josèphe situe cette installation après qu'Hérode a fait exécuter ses deux fils Alexandre et Aristobule (-7) et après qu'Antipater lui a fait réorganiser tous les mariages qu'il avait prévu. Il indique d'ailleurs qu'à ce moment là, vu l’état d’esprit d'Hérode, Pour Étienne Nodet, cette L'absence de Hillel dans toute l'œuvre de Josèphe est, elle aussi, notable car il n'y a aucun doute qu'il s'agissait d'un personnage très importants du judaïsme de l'époque. D'autant plus que Josèphe déclare avoir choisi à l'âge de 19 ans d'être Pharisien, tout comme l'était Hillel et que les sources rabbiniques indiquent que ce sont les Anciens de Bathyra qui ont promu celui qu'elles qualifient de « Babylonien », au rang de patriarche. En revanche, Josèphe semble mentionner brièvement les prédécesseurs de Hillel et Shammaï, en leur donnant les noms de Saméas () et Pollion () qui pourraient correspondre à Shemaya et AbtalionAntiquités judaïques, , , 2-4 : . Il faut donc remonter à l'époque d'Hyrcan , grand prêtre de 63 à 40 , pour trouver le nom de dirigeants pharisiens. De plus, il y a un problème car Josèphe attribue à Abtalion et Shemaya le même discours dans les mêmes circonstances (AJ , , 2-4 et AJ , 172)Robert Eisenman, Confusions of “Pharisees” and “Essenes” in Josephus.Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, , , 4 : et présente celui qui semble être Shemaya, qu'il appelle Saméas, comme un disciple de celui qui semble correspondre à Abtalion qu'il appelle PollionSelon Étienne Nodet et Justin Taylor, .. Or, le disciple d'Abtalion dont la translittération du nom en grec pourrait être Saméas c'est Shammaï et pas Shemaya, mais il est impossible chronologiquement que Shammaï ait été membre du Sanhédrin en 47 . Là encore, cette double confusion est bien étrange surtout pour un érudit pharisien. Donc, soit Flavius Josèphe est mal à l'aise avec ses sources, soit il cherche à cacher quelque chose pour se préserver ou pour appliquer les consignes de ses commanditaires.
La ville de Bathyra Bathyra est avec Ecbatane (ou έν Βατάναια) une des deux villes fortifiées qui ont été fondées par ceux que Flavius Josèphe appellent des « Babyloniens ». Des Juifs qui se sont enfuis avec leurs familles de Mésopotamie pour des raisons inconnues, dont 500 hommes entraînés pour tirer à l'arc à cheval, que le roi Hérode le Grand a installés en Batanée pour qu'ils s'opposent aux raids des brigands de Trachonitide qui venaient régulièrement piller les territoires de son royaume.... Ils pourraient être en lien avec la Mygdonie et Nisibe où l'on trouve aux plusieurs éminents rabbis qui s'appellent Judah ben Bathyra.
Judah ben Bathyra de Nisibe
Judah ben Bathyra, aussi connu comme Judah Bathyra était un éminent docteur de la Mishna ayant vécu au ayant une activité à Nisibe, qui est florissant au moment de la destruction du Temple de Jérusalem (70). Nisibe est la capitale de la Mygdonie, un territoire situé entre le royaume d'Arménie, l'Adiabène et le royaume d'Édesse. Depuis le règne d'Izatès (), le territoire de Nisibe appartenait à l'Adiabène, car le roi Parthe Artaban (mort vers 38) lui a donné ce territoire pour le récompenser de l'avoir aidé à récupérer son trône, sans faire la guerre et par sa seule autorité, face à ses nobles en rébellion Richard Gottheil et Isaac Broydé, « Izates » (d'Adiabène), sur Jewish Encyclopedia. Richard Gottheil « Adiabene » sur Jewish Encyclopedia et à l'usurpateur appelé CinnameHeinrich Graetz, Histoire des Juifs, Chapitre XVI — Dispersion de la nation judaïque et diffusion de sa doctrine — (40-49)Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre , - 3 : .
Les seuls éléments biographiques connus de Judah ben Bathyra sont déduits d’une aggada talmudique selon laquelle lorsqu'un païen aurait été empêché de consommer l’offrande pascale à Jérusalem, il aurait alors reçu le message : Les deux groupes qui ont eux-aussi prôné d'interdire aux non-juifs de faire des sacrifices au Temple, sont la tendance d'Esséniens qui a caché des centaines de Manuscrits près du site de Qumrân au et les Zélotes.. Avec de multiples autres raisons certains critiques estiment d'ailleurs qu'il s'agit du même groupe, mais il n'y a nul consensus sur ce sujet. L'interdiction d'offrir des sacrifices pour les païens au tout début de la révolte en 66 est considéré comme une déclaration de guerre à l'Empire romain, puisqu'elle empêche le sacrifice qui était fait quotidiennement pour l'empereur au Temple de Jérusalem. Pour David Instone Brewer, Judah était en contact avec les autorités du Temple et semble avoir été responsable de la collecte des fonds à destination du Temple de Jérusalem dans le nord de la Babylonie.
À Nisibe, Judah possédait un collège expressément recommandé pour son excellenceT.B. Sanhédrin 32 b, où il accueille de nombreux savants fuyant la palestine lors de la première guerre judéo-romaine (66 – 70) et des persécutions qui suivirent.
Sous Agrippa II et pendant la révolte
Bien qu'ils ne soient pas mentionnés dans le talmud, les dirigeants de la Batanée mentionnés par Flavius Josèphe dans la Guerre des Juifs et longuement évoqués dans sa Vita appartiennent vraisemblablement à cette famille et notamment Philippe de Bathyra, appelé aussi Philippe fils de Joachim. Ce ne sont toutefois pas des Bnei Bathyra puisqu'ils ne sont pas notés comme des Sages dans les sources juives.
À l'époque de Yabneh