vignette|250px|Gueorgui Gapone et Ivan Foullon à la section de Kolomenskoïe à l'Automne 1904
Collectif des travailleurs russes de Saint-Pétersbourg () (1904–1906) est un des premiers syndicats professionnels légaux en Russie. Il est créé par le prêtre Gueorgui Gapone.
Ce collectif joue un rôle important au début de la révolution russe de 1905-1907. En janvier de l'année 1905, il rassemble environ . Le collectif prépare la remise de la pétition des travailleurs de Saint-Pétersbourg du 9 janvier 1905 au tsar sous forme d'une procession. Ce jour qui a été dénommé plus tard Dimanche rouge, du fait de la fusillade intervenue contre les manifestants et des nombreux morts et blessés qu'elle provoqua.
Émergence du collectif Le collectif est créé en 1903 sur base de la société Zoubatovskaïa d'assistance mutuelle des travailleurs de la production mécanique .
En , après la démission de Sergueï Zoubatov, c'est le prêtre Gueorgui Gapone qui devient de facto le dirigeant de cette société. En quittant Saint-Pétersbourg, Zoubatov demande au prêtre de ne pas abandonner la direction de la société Zoubatovskaïa. Gapone en fait la promesse.
Gapone réunit un groupe de travailleurs les plus dynamiques et leur fait cette proposition: «... En fin de compte, abandonnez la forme d'une organisation moscovite, libérez-vous de la tutelle des bureaucrates et, ce qui compte le plus, créez-vous une indépendance matérielle ». La proposition reçoit un soutien unanime. En même temps une nouvelles salle de réunion est installée, un nouveau statut juridique est élaboré et soumis à l'approbation du ministère de l'Intérieur. Ce groupe le plus dynamique comprend des travailleurs tels que , et d'autres encore.
Le , le ministre de l'intérieur Viatcheslav Plehve approuve la charte du collectif qui reçoit le nom de Collectif des travailleurs russes de Saint-Pétersbourg.
Le groupe Karelin Parmi les travailleurs apparaît le souhait, à cette époque, de créer leur propre organisation légale de masse qui défendrait les droits des travailleurs, dans certains cercles sociaux-démocrates de Saint-Pétersbourg. La personnalité de Gapone était du type de celles qui permettait d'envisager une telle organisation. Ainsi, au sein du cercle de , les participants estimaient inefficace le travail clandestin et les conspirations et cherchaient des voies pour stimuler l'activité ouverte et officielle des masses laborieuses. En , Alekseï Karelin communique à son ami I. Pavlov le message suivant : .
À l'automne 1903, Alekseï Karelin et son épouse Véra Karelina rejoignent la Société Zoubatovskaïa, puis le Collectif, en même temps que des travailleurs de l'île Vassilievski.
Statut juridique et structure du collectif vignette|180px|gauche|Membre du Collectif des travailleurs : S. Kladovikov, A Semionov, V Maslov Selon les statuts approuvés, le Collectif a pour objectif: d'offrir à se membres la possibilité de passer de manière raisonnable et dans la sobriété une partie de temps libre au travail; de diffuser au sein du monde ouvrier la philosophie des lumières sur une base adaptée à la mentalité russe; de contribuer à l'amélioration des conditions de travail et de la vie des ouvriers.
Pour atteindre ces objectifs, le Collectif a obtenu le droit d' : organiser chaque semaine des rencontres pour discuter raisonnablement et exhaustivement des besoins des membres du Collectif; de former des chorales laïques et spirituelles avec les membres, d'organiser des concerts, du chant choral en famille, et des soirées littéraires; de mettre en place différentes sortes d'activités éducatives comme : une bibliothèque avec salle de lecture, des lectures sur des thèmes folkloriques, des conversations et de l'enseignement magistral dans des matières générales; de mettre en place différentes entreprises caritatives et commerciales détenant : un capital pour l'assistance mutuelle du Collectif, une caisse pour les frais de funérailles, une cantine, une coopérative de consommation et d'autres moyens susceptibles de permettre l'amélioration de la situation matérielle des membres du Collectif Documents d'archives sur l'histoire du Collectif des travailleurs russes des usines de Saint-Pétersbourg (К истории «Собрания русских фабрично-заводских рабочих С.-Петербурга». Архивные документы), Красная летопись. – Leningrad, 1922. – . – –329..
Pouvaient devenir membre du Collectif, les travailleurs russes des deux sexes, de confession chrétienne. À la tête du Collectif, se trouvait un cercle des personnes responsables , composé des fondateurs du Collectif, auxquels étaient adjoints des membres du Collectif choisis selon une procédure particulière. La gestion directe était confiée à un bureau élu par l'assemblée générale parmi les membres du cercle des personnes responsables. Les membres du bureau choisissaient dans leurs rangs l'équivalent d'un gradonatchalnik.
Dans le cercle des personnes responsables, ou conseil était élu un représentant du Collectif, élu pour trois ans pour le premier conseil constitué, puis plus tard, choisi par l'assemblée générale parmi les plus aptes par leur formation, soit laïque, soit spirituelle. Le représentant est le responsable principal et représente l'assemblée pour toutes les affaires officielles. Il conserve la correspondance relative au Collectif.
Le représentant du Collectif durant les trois premières années a été Gueorgui Gapone. Comme membres du conseil les travailleurs ont choisi : Alekseï Karelin, Ivan Vassiliev, Nikolaï Varnachiov, Dmitri Kouzin, et d'autres encore. Le représentant du conseil était Vassiliev, le secrétaire D. Kouzin, le trésorier Karelin.
Début d'activité du Collectif vignette|240px|Carte de membre du Collectif des travailleurs des usines russes А. С. Semionov Le , au club de la section de Vyborg (rue d'Orenbourg 23), en présence du gradonatchalnik Ivan Foullon, se tient la première séance du Collectif.
Puis, au mois de mai, c'est la section de l'île Vassilievski, en juin, la troisième, celle de la porte de Narva, et puis les autres. En tout, jusqu'à la fin 1904, régionales du Collectif ont été créées, le nombre de participants atteignant . Toutes les sections travaillaient tous les jours à partir de du soir et proposaient le thé, des bibliothèques, des salles de lecture, des cercles (de mathématique, de musique, de langues étrangères, de gymnastique, etc.). Le mercredi et le dimanche, des conférences, des réunions, des soirées musicales et dansantes sont organisées. Les femmes prennent une part active aux travaux du Collectif.
Selon les mémoires de A. Karelin, « les ouvriers devaient se lancer dans des recherches incroyables. Et qu'est ce qu'ils n'ont pas fait ? Qui en mathématique, qui en langue russe, qui en langue étrangère. Je ne sais pas à quoi ils se destinaient, mais ils l'on fait et ils se lançaient dans la musique et même dans la gymnastique ».
Selon les mémoires de I. Pavlov, responsable de l'atelier musical : .
En ce qui concerne les réponses aux questions politiques, comme le remarque I. Pavlov, le ton calme et confiant des dirigeants du Collectif permettait d'écarter les questions risquées des débats publics, mais cela n'empêchait pas, pendant les pauses, d'expliquer qu'une telle prudence était indispensable, mais temporaire. D'autre part, la nécessité organique pour la masse des travailleurs de sortir, d'une manière ou d'une autre, de discussions clandestines à propos de leurs exigences a permis de créer une atmosphère plus appropriée. Au fur et à mesure de l'ouverture de nouvelles sections du Collectif et de la croissance de son nombre de membres, les discussions ouvertes des travailleurs sur les exigences ont commencé à être tolérées à plus grande échelle, mais toujours à un niveau de prudence élevé.
L'okhrana, le département de la police et le gradonatchalstvo de Saint-Pétersbourg soutiennent le Collectif (même sur le plan financier). Selon les mémoires de Gapone :
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Les onze sections du collectif Au fur et à mesure que le nombre de membres du Collectif augmentait dans les raïons de Saint-Pétersbourg, de nouvelles sections s'ouvraient. À la fin de l'année 1904, il existait 11 sections: Section de Vyborg (Centre) à Vyborg, (rue d'Orenbourg); Section de Narva à la porte de Narva, (Chaussée Peterhof); Section Vassilievski dans l'Île Vassilievski, ( ligne); Section de Kolomna dans le raïon de Kolomna ; Section de la Nativité dans le raïon de la Nativité; Section de Peterbourg au District de Petrograd, (ruelle Geslerovski); Section de Nevski à la Barrière Nevski, (ruelle Novo-Progonny); Section de Moscou à la Barrière de Moscou; Section du Canal de dérivation à la rue Drovianaïa au Canal Obvodny; Section Gavanski dans le raïon Gavane (raïon historique), (rue Gavanski); Section Koinski dans la ville de Kolpino.
Assassinat de Viatcheslav Plehve et croissance de la politisation Le à la suite d'une action terroriste organisée par le Parti socialiste révolutionnaire, le ministre de l'intérieur Viatcheslav Plehve est assassiné. Le un nouveau ministre libéral est nommé, Piotr Sviatopolk-Mirski. Il appelle à la création d'une nouvelle politique de confiance entre le gouvernement et la société civile. Il s'ensuit une nouvelle période d'activation de la vie sociale en Russie, appelée printemps de Sviatopolsk-Mirski.
Selon les mémoires de A. Karelin : .
À la fin 1904, de sérieux différends surgissent entre Gapone et le conseil du Collectif. Gapone a une grande influence sur les travailleurs peu conscientisés qui constituent la majorité des membres de l'Assemblée du Collectif. Le conseil regroupé autour des époux Karelin avait plus d'influence sur les membres plus conscientisés. En , le désaccord atteint des sommets et l'opposition est prête à renverser Gapone du piédestal de la direction du mouvement. Mais le licenciement de quelques ouvriers membres du Collectif oblige les dirigeants à oublier les divergences internes et à consolider le mouvement dans sa lutte pour le droit des travailleursI Pavlov (И. И. Павлов). Des mémoires de Pavlov sur l' Union des travailleurs et Gapone (Из воспоминаний о «Рабочем Союзе» и священнике Гапоне) // Минувшие годы. — СПб., 1908. — –4. — –57 (3), 79–107 (4).
Grève des travailleurs du mois de janvier 1905 vignette|Grévistes devant les portes de l'usine Putilov-1905 En décembre, parmi les travailleurs de l'Usine Poutilovski, se répand le bruit selon lequel, quatre travailleurs, sous l'autorité du chef d'atelier Tetiavkine ont été licenciés de l'usine sans avertissements et, à ce que l'on disait parmi leurs collègues, parce que ces quatre travailleurs faisaient partie du Collectif. Selon les mémoires de Gapone :
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Le la députation des membres du Collectif des travailleurs de l'usine Poutilov, dirigée par Gapone, se rend chez le directeur de l'usine S. Smirnov. Elle déclare qu'au nom du Collectif elle demande que ses membres ne fassent pas l'objet de mesures de répression et plus particulièrement que celles prises contre les ouvriers licenciés soient annulées. Le directeur Smirnov refuse catégoriquement la demande de la députation.
Le , lors de la réunion d'urgence des membres du Collectif travailleurs à l'usine Poutilov, la décision est prise d'arrêter le travail le lendemain et d'exiger du directeur le renvoi du chef d'atelier Tetiavkine et le retour à leur travail des ouvriers licenciés.
Le à du matin commence la grève à l'usine Poutilov.
Le , les grévistes présentent une série de revendications supplémentaires parmi lesquelles : 1) la journée de travail de huit heures, 2) des travaux à trois postes différents, 3) la suppression des heures supplémentaires, 4) l'augmentation des salaires des manœuvres, 5) l'amélioration des sanitaires de l'usine 6) les soins médicaux gratuits.
Une nouvelle députation de travailleurs se rend chez le directeur de l'usine avec à sa tête le prêtre Gapone, mais le directeur refuse à la fois ces revendications et la réintégration des ouvriers licenciés et le licenciement du contremaître.