La commission King-Crane, officiellement dénommée commission inter-alliées sur les mandats en Turquie, est une commission d'enquête nommée par le président américain Woodrow Wilson afin d'enquêter sur le devenir des territoires non turcs de l'ancien empire Ottoman. Menée par deux personnalités américaines, elle a enquêté du au . Ses dispositions ont été enterrées.

Cette expédition découle de la conférence de la Paix de Paris de 1919 qui doit négocier les traités de paix entre vainqueurs (Triple-Entente notamment) et les vaincus (Triplice). L'Empire Ottoman ayant été défait lors de la Grande Guerre, il faut désormais s'attacher à statuer sur le futur de ces terres et surtout des populations qui les habitent.

L'expédition, uniquement composée d'Américains se place dans la lignée de la déclaration des 14 points de Wilson du , cherchant ainsi à consulter les populations locales et leurs desiderata d'avenir.

Or, dès le départ, cette commission dite « Inter-Alliés sur les mandats en Turquie » est biaisée et tend à favoriser la puissance américaine en préconisant les États-Unis comme puissance mandataire dans la plupart des régions. En plus de cela, il apparaît des tensions entre les différents commissionnaires qui ne parviennent pas à se mettre d'accord sur les recommandations à faire.

Au retour de la commission, le rapport est rangé au fond d'un tiroir du fait que la France et la Grande-Bretagne s'étaient dès 1917 partagés le Moyen-Orient, par les accords Sykes-Picot. Le rapport ne fut publié qu'en 1922 par le magazine Editor and Publisher soit bien après le partage du Moyen-Orient au traité de Sèvres en 1920. La commission reste relativement oubliée.

Les origines de la Commission Gérer la chute de l'Empire ottoman Lorsque éclate la guerre mondiale en 1914, l'Empire ottoman à l'agonie se range aux côtés de la Triplice (Empire allemand, Autriche-Hongrie et Italie) pour faire face à la Triple-Entente composée la France, la Grande-Bretagne et la Empire russe. Possédant un territoire fort étendu géographiquement, l'Empire ottoman cède néanmoins peu à peu sous la pression des contraintes militaires et par extension économiques liés à la guerre et en même temps face aux oppositions internes de plus en plus fortes telle que la Révolte arabe de 1916-1918. Hormis les territoires pris militairement par les Britanniques durant la guerre, les anciens territoires ottomans du Moyen-Orient sont désormais aux mains de la Société des Nations qui doit décider de leurs sorts. Les Britanniques sont fortement intéressés par la Mésopotamie, regorgeant de pétrole ainsi que par la Palestine, ce qui assurait un meilleur contrôle stratégique du canal de Suez (l’Égypte étant alors aux mains des Britanniques) et donc de la route de l'Inde britannique. Les Français quant à eux, convoitent la Syrie où leur présence est ancienne. Ainsi débute la Conférence de paix de Paris (1919) afin d'aboutir à des traités de paix et de décider du sort des vaincus de la guerre mondiale.

La conférence de paix de Paris (1919) gauche|vignette|252x252px|Le conseil des Quatre à la conférence de paix (1919): Lloyd George, Vittorio Orlando, Georges Clemenceau, et Woodrow Wilson. À la fin d’une guerre destructrice, les vainqueurs se sont réunis à Paris pour décider des termes de la paix lors des six premiers mois de l'année 1919 (-). La conférence fut menée par le Conseil des Quatre, constitué des principaux vainqueurs de la guerre (France, Grande-Bretagne, Italie et États-Unis). La conférence est à l'origine de la décision d'envoyer une commission au Moyen-Orient pour connaitre les avis des populations locales sur le futur de leurs régions.

Le destin des terres ottomanes, bien qu’il ne constituait pas la priorité de la conférence internationale, restait un point prééminent à régler. Les vainqueurs ont alors décidé que l’Empire ottoman devait être démantelé. Les groupes variés composant la population des terres ottomanes se firent entendre. Ainsi, des délégations d’Arméniens, de Kurdes, de sionistes et d'Arabes étaient présentes lors de la conférence mais leurs voix n'eurent aucun écho, les Britanniques et les Français ayant déjà décidé ensemble du partage des territoires ottomans. En effet, en 1916, les deux camps se sont entendus sur le découpage du territoire ottoman lors des fameux accords Sykes-Picot.

Quand les négociations commencèrent à la conférence de la paix le , le principal souci des puissances victorieuses était l'Empire allemand. L’Empire ottoman n’était qu’un souci secondaire et n’a été mentionné qu’en passant au Conseil Suprême, quand ce dernier débattait des détails de la Société des Nations. Pourtant, les populations des territoires ottomans attendaient avec anxiété les conclusions de la conférence de la paix à leur égard. Elles espéraient obtenir des souverainetés sur les territoires qu'elles considéraient comme les leurs. Cette idée fait suite au discours des Quatorze points de Wilson prononcé un an auparavant par le président des États-Unis dans lequel il laisse entendre un droit des peuples à disposer d'eux-mêmes:"mais aux autres nations qui sont maintenant sous la domination turque on devrait garantir une sécurité absolue de vie et la pleine possibilité de se développer d'une façon autonome". ( point du discours de Wilson)Georges Clemenceau et David Lloyd George, respectivement président du conseil français et Premier ministre britannique proposèrent alors à Woodrow Wilson de mettre en place un système de Mandat sur les anciennes possessions ottomanes. Ce système est une nouveauté et le Français comme le Britannique présentent ces mandats à Wilson comme une aide afin d'amener les peuples à acquérir leur indépendance. La proposition, non dénuée de tromperie de la part de Clemenceau et Lloyd George étant donné les accords préalables faits en secret, est acceptée par le président américain. Néanmoins, ce dernier souhaite consulter les populations des territoires ottomans avant de leur imposer ces mandats. Wilson convainc le le conseil des Quatre d'envoyer une commission au Moyen-Orient. Il souhaite que la commission soit internationale et composée des différentes nations victorieuses mais devant le refus de la France et de la Grande-Bretagne, la commission est finalement seulement américaine . Wilson nomme alors Henri King et Charles Crane pour prendre la tête de l’expédition.

Le déroulement de la Commission Les acteurs Henri Churchill King (1858-1934) est un théologien de l'Église congrégationaliste et auteur américain, professeur puis directeur de l'université d'arts libéraux Oberlin College. King était un fervent partisan de la doctrine des Quatorze points de Wilson et souhaitait à l'instar de ce dernier instaurer la démocratie dans le monde. Âgé de 61 ans lors de l’expédition, il était accompagné par un compatriote du même âge, Charles Richard Crane (1858-1939), riche homme d'affaires et diplomate. Il participa activement à l'élection en 1912 de Woodrow Wilson en finançant sa campagne puis son intérêt pour le monde slave lui permit de participer à la commission spéciale de 1917 en Russie afin de nouer des contacts avec le nouveau pouvoir révolutionnaire. Il est choisi pour participer à la commission de 1919 du fait de ses connaissances du monde arabe et de sa langue. Il voyage en effet régulièrement vers le Moyen-Orient depuis les années 1870 ce qui lui confère une grande connaissance de la région. Enfin, il adhère également aux idéaux des Quatorze points de Woodrow Wilson.

En plus de ces deux acteurs principaux, l'expédition comprend : Albert Howe Lybyerwas, un professeur d'histoire à l'Université de l'Illinois ; Capt. William Yale, un ancien observateur militaire en Palestine et spécialiste du monde arabe; Dr. George Montgomery, un professeur de philosophie dans plusieurs universités de renom américaines (Université Yale, Université de New York) et ancien assistant de l'ambassadeur américain dans l'Empire ottoman; Capt. Donald Brodie, le secrétaire de la mission; Sami Haddad, un interprète libanais et chirurgien de métier.

L'expédition vignette|409x409px|Photo de groupe de la commission King-Crane, 1919, Damas Le départ de l’expédition est prévu pour le mais les Anglais empêchent celle-ci de se mettre en route tant que les Français ne désignent leurs représentants à cette commission. En effet, les Anglais craignent qu'une expédition menée uniquement par des représentants américains et anglais uniquement fasse tache et que les Français sautent sur l'occasion pour dénoncer un complot anglo-saxon. De plus, les Français craignent que cette commission fasse ressortir l'hostilité des Syriens à leur égard, les poussant à accepter les revendications de la création d'un Liban indépendant et à majorité chrétienne. Les Britanniques quant à eux comprennent que les populations de Mésopotamie et de Palestine pourraient montrer leur refus d'une tutelle britannique sur leurs régions. Finalement, ni les Anglais, ni les Français ne prennent part à l'expédition exclusivement américaine qui se met en route le , au départ de Constantinople. Le but, accepté par tous, de la commission, était de partir de Constantinople pour ensuite partir vers la Grande Syrie avant de revenir dans la capitale ottomane. Si les conditions sont favorables, la commission partirait ensuite pour l'Anatolie, la Mésopotamie et enfin, l'Arménie. Cependant, le fait est que le cortège arrivait dans une zone dévastée par la guerre, par les maladies et par la famine. En plus de tout cela, le moment d'arrivée d'une telle commission coïncidait avec la chute de l'Empire ottoman. Ainsi, selon l'historien Keith Watenpaugh, de nouvelles questions se posaient pour la population: "Qui sommes-nous?" "A quel ensemble appartenons-nous maintenant?"... Avec la fin de la guerre était donc arrivé un moment de grande activité politique. La nouvelle d'une telle commission avait donc exacerbé cette activité et son intensité. La mission arrive en Palestine le au port de Haïfa. Durant deux semaines, le cortège se déplace en Palestine, passant par Jérusalem, Naplouse, Beer-Sheva avant de continuer le par le Liban et la Syrie, visitant Homs, Damas, Beyrouth, Alexandrette ou encore Alep. Enfin, la commission termine par le sud de l'Anatolie. Le , l'expédition quitte Constantinople direction Paris où elle arrive le . Le voyage aura donc duré 42 jours, durant lesquels les membres de la commission ont sillonné des centaines de kilomètres, visité 36 villes et villages, recueilli les requêtes des autochtones et rencontré les responsables religieux et politiques.

Les conclusions du rapport Il est difficile de reconnaître des recommandations unifiées du fait que les 5 membres les plus importants de la commission n'étaient pas d'accord sur les recommandations à faire à Wilson... Mais le fait est que la commission a produit trois types de recommandations : une officielle et deux internes. Les deux documents internes provenaient en fait de Yale et de Montgomery, dont les avis différents de ceux de King, Crane et Lybyer ont fait surface à plusieurs moments du voyage.

Ainsi, des avis diffèrent selon les différents membres de la commission, bien qu'un document officiel ait tout de même été rendu. Ceci témoigne de la complexité de la décision à prendre. Ainsi, les avis que ici rapportés sont en fait tirés du rapport de la commission qui exprime les idées de King, Crane et Lybyer et des deux mémorandums de Montgomery et de Yale.