Rachel Boyer, née Adolphine Marie Andréa Rachel Boyer le à Nevers et morte le à Neuilly-sur-Seine, est une actrice et philanthrope française, pensionnaire de la Comédie-Française.

Biographie Fille de Adolphe Joseph Boyer, négociant en vins, et de son épouse Marie-Victorine Alfroy, Rachel Boyer voit le jour à Nevers le .. Elle est la sœur aînée de l'artiste peintre Claude Marlef (née Andréa Joséphine), qui la représente à plusieurs reprises...

Elle se présente en 1880 au concours d'entrée du Conservatoire national de musique et de déclamation et choisit de présenter un extrait du rôle de Nérine dans Le Joueur, comédie de Jean-François Regnard. De 1880 à 1883, Rachel Boyer est élève du conservatoire, où elle est admise dans la classe de Edmond Got, doyen de la Comédie-Française. Elle est récompensée par un second prix de comédie en pour le rôle de Dorine dans Le Tartuffe de Molière.

Carrière au théâtre Rachel Boyer fait ses débuts sur la scène du théâtre de l'Odéon le pour le rôle de Toinette dans Le Malade imaginaire de Molière. Elle y fait trois saisons et interprète le plus souvent des rôles de soubrette, même si on lui confie quelques créations dans Conte d'Avril d'Auguste Dorchain, d'après l’œuvre de William Shakespeare et Feu de Paille de Émile Guiard.

« C'est encore mademoiselle Rachel Boyer qui a eu les honneurs de la soirée. Elle a dit tout le récit de Zerbinette avec la gaieté éclatante que demande ce rôle. Elle fait plaisir à voir, tant le visage est aimable, et jamais le mot rire « à belles dents » n'a été plus juste qu'en s'adressant à elle. On l'a beaucoup et très justement applaudie. » écrit le critique dramatique Francisque Sarcey, à propos d'une représentation des Fourberies de Scapin au théâtre de l'Odéon en 1883.

Rachel Boyer est engagée en 1887 à la Comédie-Française, où elle reprend en septembre le rôle de Lisette dans la pièce de Jean-François Regnard, Le Légataire universelYouscribe.. La critique de Francisque Sarcey du dans Le Temps est pourtant mitigée.

Pour la Comédie-Française, elle crée plusieurs rôles : dans Margot de Alfred de Musset (1890), Par le glaive de Jean Richepin (1892), La Femme de Tabarin de Catulle Mendès (1894), Don Quichotte également de Jean Richepin (1905), Le Ménage de Molière de Maurice Donnay (1912)... Le costumier Charles Bianchini dessine le costume que porte Rachel Boyer dans le rôle de Bettina dans Par le Glaive. Une maquette de ce dessin est conservée aux archives de la Comédie-Française et l'actrice est immortalisée dans ce rôle par l'Atelier Nadar.

Son rôle le plus important est celui de Dulcinée dans Don Quichotte, rôle qui lui vaut de figurer sur la couverture du journal illustré Le Théâtre de ..

À partir de 1900, elle parait de moins en moins sur scène, et arrête définitivement sa carrière en 1918, à l'âge de 54 ans.

Vie mondaine et philanthropie En 1895, elle s'installe dans un hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine, au 27 boulevard d'Inkermann, hôtel aujourd'hui disparu. Elle y reçoit de nombreuses personnalités politiques et du monde des arts, parmi lesquels : Louis Mourier, Louis Barthou, Georges Clemenceau, Raymond et Henriette Poincaré, Marcel Proust, Nijinski, Isadora Duncan, Loïe Fuller, Sarah Bernhardt, Cécile Sorel, Rose Caron, Berthe Cerny, Béatrix Dussane, Alfred Roll... Personnalités avec qui Rachel Boyer entretient une importante correspondance.

Au mois de , elle fait l'acquisition du château de Brécy (Creully-sur-Seulles)..

En 1913, elle fonde l'Union des Arts, future Fondation Rachel Boyer, une association philanthropique visant à aider les artistes dans le besoin, qu'elle dote d'un capital de or. Le siège de l'Union, ainsi que ses ateliers, sont installés dans un hôtel particulier au 27 boulevard d'Inckermann à Neuilly-sur-Seine. Différents comités en assurent le fonctionnement, la publicité et le patronage. De nombreuses personnalités politiques, mondaines et artistiques de l'époque font partie de ces comités. : Aristide Briand, Georges Clemenceau, Anatole France, Camille Saint-Saëns, Maurice de Féraudy, la duchesse d'Uzès, la comtesse de Noailles, Lucien Muratore, Pierre Loti, Auguste Rodin, Gabriel Fauré, Henri Bergson, Edmond Rostand, Sacha Guitry, Berthe Cerny, Julia Bartet, Marie Leconte, Léon Bonnat... Il faut avoir fréquenté assidûment cette demeure au temps où l'habitait en pleine santé l'inégalable animatrice pour comprendre que l'expression d'entreprise de charité n'est pas exagérée note Miguel Zamacoïs dans son livre de souvenirs Pinceaux et Stylos.

L'Union des Arts, outre les cotisations de ses membres et de ses bienfaiteurs, tire l'une de ses sources de financement de la publicité. En effet, elle sert d'intermédiaire unique entre les artistes adhérents et les annonceurs, fixant les sommes pour la prestation des artistes. L'Union des arts est reconnue d’utilité publique par un décret du . Rachel Boyer contribue également au fonctionnement de l'Orphelinat des Arts, fondé en 1880, et dont elle est élue présidente à l'honneur en 1931France archives..

La Première Guerre mondiale Rachel Boyer continue son action tout au long de la guerre et fait de nombreux dons en son nom propre ou au nom de l'Union des arts. L'Union vend au profit des poilus et de leurs familles des objets (bagues, briquets, presse-papier…) qu'ils ont réalisés dans les tranchées avec des matériaux de récupération. Après une année financièrement difficile en 1916, l'Union survit grâce à une souscription et à l'aide de Sarah Bernhardt qui, en tournée américaine, promet d'intéresser des bienfaiteurs américains (lettre du publiée dans la presse). En 1917, une section américaine à l'Union des arts est fondée, grâce à l'aide de la maison Cartier qui en assure la publicité.

Après la guerre À partir de 1918, Rachel Boyer assure avec l'Union des arts la publicité du château de Malmaison, dont le conservateur, Jean Bourguignon, souhaite rajeunir l'image, compléter les collections et relancer les expositions (lettre du ).

En 1921, à la suite de la donation d'une rente aux musées nationaux, Rachel Boyer institue avec l'aide de Jean d'Estournelles de Constant, directeur des Musées nationaux, le premier cours d'histoire de l'art public et gratuit au sein de l’École du Louvre. À partir de 1934, ces cours intitulés « Le quart d'heure de l'histoire de l'art » sont diffusés par Radio Tour EiffelÉcole du Louvre.. Les cours Rachel Boyer existent toujours aujourd'hui, sous le nom de « cours du soir d'initiation à l'histoire de l'art ».

Rachel Boyer multiplie les activités au profit de l'Union des arts ou de l'Orphelinat des arts : création d'une eau parfumée et de fleurs artificielles réalisées par les artistes dans l'hôtel du boulevard d'Inckermann, vente de désignoscopies, organisation d’événements variés… « Chaque année, l'Union des arts distribue plus de 100.000 francs de secours divers alors que ses frais généraux n'excèdent pas 10.000 francs. »

Rachel Boyer meurt le , des suites d'un accident le mois précédent. Elle est inhumée au cimetière ancien de Neuilly-sur-Seine (division 8)Cimetières de France et d'ailleurs..

Sacha Guitry lui succède à la tête de l'Union des arts.

Distinctions 50px Médaille de la Reconnaissance française (échelon or) (1919) sans cadre|50x50px Médaille d'honneur de la mutualité (échelon or) (1920) . Rachel Boyer est nommée chevalier de la Légion d'honneur le , puis promue au grade d'officier le .

Galerie

Liste des rôles interprétés Au théâtre de l'Odéon 1883 : Le Malade imaginaire, Molière : Toinette 1883 : Le Médecin malgré lui, Molière : Jacqueline 1883 : Le Tartuffe, Molière : Dorine 1883 : Le Dépit amoureux, Molière : Marinette 1883 : Le Légataire universel, Jean-François Regnard : Lisette 1883 : Les Fourberies de Scapin, Molière : Zerbinette 1884 : Les Femmes savantes, Molière : Martine 1884 : Le Jeu de l'amour et du hasard, Marivaux : Lisette 1884 : Le Voyage à Dieppe, Alexis Wafflard et Fulgence de Bury : Félicité 1885 : Feu de paille, Emile Guiard : Laure (création) 1885 : L'École des bourgeois, de Léonor Soulas d'Allainval : Marton 1885 : Les Folies amoureuses, Jean-François Regnard : Lisette 1885 : Première ivresse, Paul Bilhaud : Emma (création) 1885 : Le Menteur, Pierre Corneille : Sabine 1885 : Conte d'avril, Auguste Dorchain d'après William Shakespeare : Jacinta (création) 1886 : Un Fils de famille, Bayard et Bieville : Pomponne 1886 : L’Épreuve, Marivaux : Lisette 1886 : L'illusion comique, Pierre Corneille : Lyse 1886 : Le privilège de Gargantua, Grandvallet et Truffier : Isabeau 1886 : Chez la Champmeslé, Bertha Galeron et Ernest de Calonne : Madelon 1886 : Le Lion amoureux, François Ponsard : Cérès 1887 : Amphitryon, Molière : Cléanthis 1887 : Les Précieuses ridicules, Molière : Madelon

À la Comédie-Française 1888 : Le Mercure galant ou la Comédie sans titre ou La Comédie sans titre, Edme Boursault : Lisette 1889 : La Revanche d'Iris, Paul Ferrier : Iris 1890 : Margot, Alfred de Musset : Adèle 1890 : Maître Guérin, Émile Augier : Françoise 1890 : Attendez-moi sous l'orme, Jean-François Regnard : Lisette 1891 : L’École des femmes, Molière : Georgette 1891 : Sganarelle, Molière : Madame Sganarelle 1892 : Par le glaive, Jean Richepin : Bettina (création) 1892-1893 : Athalie, de Jean Racine : Agar 1893 : La belle Saïnara, Ernest d'Hervilly : Thaï-Phoon 1894 : La femme de Tabarin, Catulle Mendès : Francisquineb 1897 : La Vie de bohême, Théodore Barrière et Henry Murger : Phénice 1900 : Le Dîner de Pierrot, Bertrand Millanvoye : Colombine 1902 : Mademoiselle de Belle-Isle, Alexandre Dumas : Mariette 1903 : Les affaires sont les affaires, Octave Mirbeau : La femme du juge de paix (création) 1905 : Don Quichotte, Jean Richepin : Aldonza Lorenzo, Dulcinée (création) 1906 : Le Menteur, Pierre Corneille : Isabelle 1908 : Agnès mariée, Maurice Allou : Georgette (création) 1911 : Monsieur Purgon, Gabriel Montoya : Laforest (création) 1911 : Gribouille, Paul Souchon et André Avèze : Margotte (création) 1912 : Le Ménage de Molière, Maurice Donnay : Catherine (création)

Exposition « Rachel Boyer : comédienne et philanthrope : 1864-1935 », École du Louvre, Paris, . Exposition organisée à l'initiative et sous la direction de Claudette Joannis.

Bibliographie Rachel Boyer : comédienne et philanthrope : 1864-1935, exposition, École du Louvre, Paris, , catalogue réd. par Raphaël Gérard, Gemma Griño, Marta Gutierrez, Hélène Ritter. 1 vol. (134 p.), liste des rôles interprétés par Rachel Boyer : Acteurs et actrices de Paris. Adrien Laroque, Paris, Calmann Levy. 1897. Notice sur Rachel Boyer .

Références

Liens externes

Base Léonore

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