Charles Fontaine est un poète et traducteur français du .

Né à Paris en 1514, il s’installe par la suite définitivement à Lyon, ville majeure du monde des lettres, et évolue ensuite dans le milieu lyonnais de la Renaissance en tant que poète reconnu. Auteur prolifique, particulièrement d’une poésie d’adresse, il est entre autres l’auteur de la Contr’Amye de Court ou des Ruisseaux. Son œuvre poétique est variée, et suit notamment l’empreinte laissée par Clément Marot. Cette proximité entre les deux poètes valut l’intervention de Fontaine lui-même dans la dispute opposant Marot et François de Sagon, communément appelée « la Querelle Marot-Sagon » datée de 1537. C’est par ces interventions que Fontaine parvient peu à peu briller sur la scène littéraire de l’époque. En perpétuelle recherche de mécènes, Fontaine réussit à entrer sous la protection de Jean Brinon, mécène qui est aussi connu pour être celui de la Pléiade. Fontaine entretient par ailleurs des rapports complexes avec la Pléiade, notamment avec Joachim du Bellay avec lequel il connaît des désaccords poétiques. Figure importante de la ville de Lyon, Fontaine est en lien étroit avec le Collège de la Trinité. Ce prestige du poète à Lyon est tel qu’il lui vaut en 1564 l’organisation de l’entrée du Roi Charles IX dans la ville. On ne connait pas encore sa date de mort précise.

Biographie

Enfance Charles Fontaine est né à Paris le . Il a grandi dans une maison située face à Notre-Dame de Paris. Son père serait un marchand, il se serait lié avec des personnes érudites, ce qui lui aurait permis de faire l’apprentissage de ses enfants, si l’on se fie à la description que l’on trouve dans La Contr'amye de Court. Il perd une partie de ses frères et sœurs (deux frères et une sœur Catherine qui apparait dans Les Ruisseaux, notamment dans l’Elegie sur le trépas de Catherine Fontaine. Elle meurt vers 1540). Il semble perdre très tôt ses parents. Il est envoyé à Clamart et placé sous la garde de Jean Ticier et de sa femme.

Années de formation vignette|Cour du Collège du Plessis au Il suit des cours au Collège du Plessis. À l’âge de 16 ans, en 1530, il obtient sa maîtrise ès art. Il semble y avoir, si l’on se fie à Richmond Laurin Hawkins, une prépondérance de l’enseignement scolastique. Fontaine lui-même l’indique dans Les Nouvelles et Antiques Merveilles, « Ode pour Dieu gard à la ville de Paris », stance 6 :

C’est également en 1530 que François crée le Collège de France et les lecteurs royaux. Fontaine semble avoir une grande admiration pour Pierre Danès, l’un des lecteurs royaux en langue grecque et il semble qu’il ait assisté à ses lectures, ainsi qu’à celle de Jacques Toussain, François Vatable, Agathius Guidacerius (Agacio Guidacerio) et Oronce Fine, comme des références le prouvent dans La Fontaine d’Amour de 1545. Très rapidement, il préfère l’état de poète à celui d’avocat, en dépit des recommandations de son oncle, Jean Dugué, avocat, essayant de le dissuader du choix de cette voie. Cet échange se trouve consigné dans Les Ruisseaux, « Charles Fontaine à son oncle Maistre Jean Dugué, advocat en Parlement de Paris », ainsi que le regret postérieur de Fontaine, regret donnant finalement raison à son oncle :

Ou bien encore :

Dans la première moitié des années 1530, il écrit son premier recueil connu : Espitres, Chantz Royaulx, Ballades, Rondeaux et Dixains faictz a l’honneur de Dieu (manuscrit conservé à La Bibliothèque de la Vaticane). Les pièces de ce recueil, composées en 1531 et 1536, dressent un portrait d’un Fontaine assez pieux, peut-être tenté par l’évangélisme. D’ailleurs, il y traduit des textes sacrés bibliques en français : se profile alors son futur travail de traducteur.

En 1534, il soutient la cause de Clément Marot dans la querelle (1534-1537) l’opposant à François de Sagon. Fontaine commence à se créer une identité littéraire avec sa participation à la querelle.

Fontaine reçoit également de premiers éloges à cette époque, à travers des vers et œuvres poétiques. Lui-même se prête alors au jeu pour certaines personnalités qu’il apprécie. Il s’agit en effet au d’une pratique poétique courante : la poésie d’adresse. Il reçoit donc des éloges de la part de poètes néo-latins comme Nicolas Bourbon (Borbonius), Jean Voulté, dit aussi Johannes Vulteius et que l’on trouve aussi sous l’appellation de Jean Visagier, personnalités avec lesquelles il n’est pourtant pas nécessairement familier. Certaines personnalités comme Gilbert Ducher sont des amis plus proches, comme le suggère une pièce du poète néo-latin adressée à « Carolum Fontanum Parisiensem ». Fontaine également lui rend hommage dans son œuvre. De même, il fait l'éloge de Pierre Saliat dans un quatrain « M. Saliat qui a traduit Herodote de grec en françois ». Notons aussi la connaissance qu’eut Fontaine d’Antoine de Crussol, dont il recherche le mécénat et auquel il adresse un passage de sa lettre dédicatoire des Epistres d’Ovide. De même, il fut en relation avec Denis Sauvage, « Sieur du Parc », et historiographe d’Henri II, Fontaine lui adresse des épigrammes et Sauvage lui offre un épithalame pour son premier mariage, « Eclogue pastoralle sur le mariage de maistre Charles Fontaine, Parisien, et Marguerite Carme, Lyonnoise ».

C’est également l’époque où Fontaine cherche des protecteurs et des mécènes. Fontaine en recherche un en la personne même de François auprès duquel il semble ne pas avoir grand succès. Il semble avoir davantage de crédit auprès du Duc d’Orléans (Charles II d’Orléans), fils de François . Il tente aussi d'attirer l'attention de Renée de France.

Premiers voyages et installation à Lyon vignette|Emblème de Jean de Tournes

À Lyon, Fontaine noue rapidement des liens avec le milieu des imprimeurs, il est désigné comme « relecteur d’imprimerieDans un document d’archives, « 23 avril 1549. Vente faite par Charles Fontaine, prélecteur d'imprymerie, » Réquisition d’une pension annuelle, foncière, perpétuelle de pour dame Fleurie Mayaulde, femme d'Ennemond Polier, procureur es cours de Lyon. Vraisemblablement mis en évidence par Henri Baudrier, (Bibliographie lyonnaise : Recherches sur les imprimeurs, libraires, relieurs et fondeurs de lettres de Lyon au seizième siècle, Paris, F. de Nobele, 1964-1965 ( éd. 1895-1921), 13 volumes (notice BnF no FRBNF37011745).». Il présente une grande proximité avec François Juste, Jean de Tournes et Guillaume Rouillé (ou Roville) pour ses publications, mais aussi avec l’enseigne du Rocher, menée par Sulpice Sabon et Antoine Constantin. Ses liens sont étroits avec Jean de Tournes, puisqu'il en dit :

La première apparition littéraire de Fontaine à Lyon, même si l’on ne connait pas avec exactitude la date de son arrivée, daterait de 1537. C’est grâce à certaines interventions littéraires que cette date peut être avancée. En effet, il répond à un ouvrage attribué à Almanque Papillon, La Victoire et Triumphe d’Argent contre Cupido, dieu d’Amour, publié par François Juste, dans lequel les deux auteurs mettent en scène un débat et prennent chacun un parti. De même, la Préface d’une traduction de Lucien par Jean des Gouttes est très probablement une dédicace à Fontaine, l’épitre dédicatoire lui serait adressée. C’est donc par le biais des imprimeurs que Fontaine est introduit à Lyon. Fontaine ne se fixe pas immédiatement à Lyon et se rend en Italie. Le premier voyage de Fontaine pour l’Italie se fait pour des raisons militaires, en 1539-1540. Il aurait suivi un « belliqueur ». Hawkins émet l’hypothèse qu’il s’agirait de Guillaume du Bellay, gouverneur du Piémont entre 1539 et 1541, mais les éléments sur ce voyage restent parcellaires, d’autant que le gouverneur du Piémont à partir de semble être Claude d’Annebault qu’il mentionne comme une rencontre de son voyage. Il rencontre également François Errault, seigneur de Chemans, nommé par François comme Président du Parlement de Piémont en 1539. Et, Il passe par Turin et Pavie, puis arrive à Ferrare en 1540 où il tente de s’attirer les bonnes grâce de la Duchesse de Ferrare, Renée de France, mais il n’y parvient pas. Il y rencontre Clément Marot et Lyon Jamet, ce dernier même lui offre son aide, que décline Fontaine.

Les années 1540 vignette|L'actuel Collège-Lycée Ampère, anciennement Collège de la Trinité, vu depuis la Passerelle du collège sur le Rhône.

Il quitte l’Italie et rentre en France, à Lyon. Il ne retourne pas vivre à Paris. Fontaine s’installe à Lyon en 1540 où il est professeur au Collège de la Trinité (actuel Collège-Lycée Ampère). Il épouse Marguerite Carme qui meurt assez rapidement en lui laissant un procès avec sa famille où il semble que Fontaine perde sa fortune.

Ou bien, faisant état de sa pauvreté dans « A Monsieur le Baron de l'Espinasse » aussi dans Les Ruisseaux :

Le peu d’information à son égard laisse supposer qu’il s’agit d’un mariage malheureux. La seule allusion se trouve dans Les Ruisseaux, « L’auteur invitoit six de ses amis Lyonnois à ses premières noces » :

Il prend place sur la scène poétique. Ces années sont cruciales pour l’œuvre poétique de Fontaine, il fonde l’essentiel de sa veine poétique sur le domaine français et néo-latins.

Il y rencontre aussi de nombreuses personnalités littéraires de l’époque, Maurice Scève, Barthelemy Aneau, Antoine du Moulin et Étienne Dolet. D’ailleurs, Dolet ne semble pas étranger au lancement de sa carrière poétique, puisque ce dernier le cite dans la préface de son Avant-Naissance, traduction en date du 1540 du Genthliacum de 1539. Ainsi, entre 1536 et 1539, il rencontre l’essentiel de son cercle littéraire, qui l’accueille ensuite à son retour d’Italie.

Fontaine acquiert à cette époque une grande notoriété en prenant part à la querelle des Amyes (1537-1544). En effet, il répond par un texte, la Contr’Ayme de Court en 1543, à L’Ayme de Court de Bertrand de La Borderie, ce qui lui permet également d’affermir ses amitiés autant que ses qualités littéraires.

Après la mort de Marguerite Carme, il épouse une certaine « Flora » en 1544. C’est un mariage heureux : un grand amour en découle, et elle joue le rôle de muse pour de nombreux poèmes. Il fait mention de ce mariage dans un court poème, « L'Auteur fait mention de ses secondes nopces ». Ils ont ensemble huit enfants.

Concernant ses enfants :

D’ailleurs, on trouve certains de ses poèmes adressés à ses enfants, comme « Françoise Fontaine, petite fille de l’auteur » dans Les Ruisseaux et son fils, Jean.

Dans Les Ruisseaux également, René, son cinquième enfant, est évoqué dans l'« Élégie sur le trespas de René, cinquiesme enfant et tiers filz de l’auteur ». vignette|Traduction de Charles Fontaine d'Artémidore en 1546 à Lyon. Marot meurt en 1544. Fontaine édite alors les œuvres de ce dernier, entre 1549-1551, et se proclame son héritier. Il reprend d’ailleurs une partie des formes poétiques du poète, formes dites « marotiques ». Il s’agit d’une affiliation poétique, de « maistre à disciple ».

Dès 1545, Fontaine fait publier La Fontaine d’Amour chez Jean de Tournes, et un recueil d’Estreines en 1546. Fontaine se fait également connaitre dans ces années par ses traductions, des Épitres de Saint Paul, le De Praedestinatione Sanctorum d’Augustin, des élégies de Catulle, des traductions du poète latin Martial, qui figurent dans le recueil La Fontaine d’Amour. Il est également connu pour sa traduction des trois premiers livres du traité des songes d’Artémidore de Daldis, publiés sous le titre Epitome des trois premiers livres d’Artémidore (1546), dans une première édition, et augmenté dans une seconde édition, L’Épitome des cinq Livres (1555). Mais aussi, de manière non avouée, Fontaine traduit dans deux épigrammes de La Fontaine d'Amour le poète Jacopo Sannazaro..

Les années 1550