thumb|Possessions de l'Empire français de 1919 à 1939|601x601px Dans la première moitié du , la propagande coloniale française s'intensifie au sein de la métropole.

L'État français emploie alors divers moyens pour embrigader la population française à l'idéologie coloniale. Les coloniaux justifient ainsi leur action au sein des colonies par différents vecteurs de publicité des territoires de l'Empire. La propagande en faveur du colonialisme est instituée dès le plus jeune âge et touche alors toutes les générations de la société française. En ce début du , l’État français cherche alors à mettre en valeur ses colonies afin de développer une véritable République coloniale. La propagande coloniale française est donc à son paroxysme au début du . Elle est présente dans tous les domaines de la vie des métropolitains afin que ceux-ci prennent conscience de l'étendue de l'Empire français mais aussi de la variété des territoires, des populations, des cultures, des ressources qui le compose.

L'art, l'éducation, les expositions coloniales ou encore la presse, servent aux coloniaux comme vecteur de visibilité des colonies en métropole. Les colonies apparaissent dans le quotidien des occidentaux ce qui leur permet de prendre connaissance des territoires outre-mer et de la grandeur de la France. Ils découvrent les différentes ressources coloniales mais aussi une grande diversité culturelle entre chaque colonie. Ces divergences culturelles laissent place à des théories scientifiques infériorisant les cultures et les populations coloniales par rapport à la culture et à la population métropolitaine.

La propagande coloniale française est donc une véritable mise en scène des colonies en métropole. L’État français espère alors rallier la population française au colonialisme et créer ainsi une véritable République coloniale.

Historique de la propagande coloniale

En France, la propagande varie selon les époques et les évènements qui se déroulent au sein du pays mais aussi dans ses colonies. Avant la Première Guerre mondiale, la propagande coloniale est quasiment inexistante mais s’appuie tout de même sur un imaginaire des colonies françaises dès la fin du siècle. La propagande coloniale se renforce et se renouvelle réellement dans le courant des années 1920 sous l'impulsion du ministre des Colonies. Cette nouvelle propagande est dite « officielle » puisqu’elle utilise des moyens mis en œuvre par l’Etat lui-même, notamment avec la création d'une agence spécialisée.

L’Agence économique des colonies, qui changera plusieurs de nom, pilote la propagande sur tous les supports possibles, c’est une transversale qui s’organise et structure un message sur l’entreprise coloniale. En 1920, Albert Sarraut, ministre des Colonies, souligne cette nécessité en réclamant une propagande moderne pour promouvoir l’idée d’empire en métropole : « Il est absolument indispensable qu’une propagande méthodique, sérieuse, constante, par la parole et par l’image, le journal, la conférence, le film, l’exposition, puisse agir dans notre pays sur l’adulte et l’enfant [...]. Nous devons améliorer et élargir dans nos écoles primaires, nos collèges, nos lycées, l’enseignement trop succinct qui leur est donné sur notre histoire et la composition de notre domaine colonial. Il faut que cet enseignement soit plus vivant, plus expressif, plus pratique, que l’image, le film, la projection renseignent et amusent le jeune Français ignorant de nos colonies. »

L’Agence développe une propagande multiforme. C’est par l’utilisation, simultanée ou intermittente, de divers moyens artistiques comme les cartes postales et les timbres, les images d’Épinal et les vignettes publicitaires, les jeux et jouets, les almanachs et calendriers, les médailles et fanions, les brochures et livres, les disques et affiches, la presse, la radio et enfin le cinéma que l’Agence tente d’imposer l’empire au quotidien.

Ces nombreuses méthodes utilisées par l’État, dans la réalisation de la propagande, ont pour objectif de rallier la population au colonialisme et ainsi, d'obtenir l’adhésion de l’opinion publique.

La propagande par l'art La propagande s'exerce de différentes manières et notamment par l'art. En effet, l'activité artistique permet de créer une série d’images dans le contexte particulier de la colonisation. Les images produites sont révélatrices d’une époque et des événements qui accompagnent cette dernière. Elles peuvent également nous informer sur les non-dits de la société. Ces représentations des colonies, se retrouvent sur les affiches coloniales mais également dans les livres ou au cinéma. Elles créent une sorte de culture coloniale populaire, c'est-à-dire une culture visuelle des colonies. Qu'elles soient fixes ou animées, les représentations des colonies françaises, par l’art, forment une série de stéréotypes qui organise l'imaginaire socialdes territoires outre-mer.

Affiches coloniales Naissance de l'affiche de propagande coloniale Au , ce sont les différents conflits mondiaux qui font s’accroître la diffusion d’affiches notamment d’affiches coloniales. C’est à partir de la Première Guerre mondiale que les placards coloniaux augmentent considérablement. Ces images, diffusées dans les villes, sont principalement en faveur des colonies. Cela s’explique puisque l'État exerce à l’époque, une politique pro-colonialiste. Il concentre donc d’importants moyens financiers pour la fabrication d’une propagande coloniale efficace. Celle-ci se caractérise notamment par la création de nombreuses affiches, en métropole, pour défendre la politique en vigueur.

Ces affiches cherchent d'abord à attirer le regard de la population en faisant appel à la sensibilité des personnes susceptibles de les observer. Elles cherchent d'abord à émerveiller tout en ayant pour objectif de rallier les français au colonialisme.

Avant 1914, ce sont avant tout des affiches exotiques que l’on placarde sur les murs. Elles ont donc une visée publicitaire et commerciale.

La Première Guerre mondiale, quant à elle, s'illustre par la force sauvage des soldats coloniaux. Les soldats noirs sont alors caractérisés par leur violence naturelle. Les affiches ont donc pour objectif de rassurer les métropolitains en leur faisant croire que le soutien des troupes coloniales va conduire à la fin de la Grande guerre.

Dans l'immédiat après-guerre, le colonisé est représenté comme un sauvage apprivoisé dont le courage est porteur de bénéfice pour la nation française.

Dans l'entre-deux-guerres, c'est la vision exotique qui réapparaît sur les affiches de propagande. Celles-ci permettent ainsi de promouvoir les ressources des pays colonisés mais également de créer un sentiment de renouveau chez les métropolitains dont le territoire est dévasté.

Dans les années 30, c'est la représentation de la grandeur française qui émerge sur les affiches. Ces placards utilisent toujours des portraits racialisés pour mettre en évidence la variété des territoires qui composent l'Empire.

Sous le régime de Vichy, c'est l'image d’une France unifiée qui apparaît sur les affiches. Les différents peuples sont alors unis sous un même drapeau sur les représentations des années 1940.

Les affiches coloniales ont donc évolué, tout au long de la première moitié du . Elles passent ainsi d’une vision exotique de l’Empire colonial, à une vision unifiée des territoires impériaux, réunis sous un drapeau commun.

Messages propagés par les affiches, objectifs de ces affiches Les affiches de propagande, placardées sur de nombreux murs français, propagent divers messages, au sein de la métropole, basés sur l'exotisme, le racisme et la domination. Ces messages ne sont pas des miroirs parfaits de la colonisation puisqu’ils sont utilisés pour embrigader la population française au colonialisme. Les placards sont utilisés par les coloniaux pour leurs propres intérêts. Ils diffusent plusieurs thématiques comme : les denrées, produits coloniaux, le tourisme d’outre-mer, les troupes coloniales lors des guerres … Ces affiches ont donc pour objectif de diffuser la politique coloniale française et d’informer sur les diverses populations qui peuplent l'Empire.

Publicité Les affiches publicitaires, que l'on peut retrouver en métropole au début du , font partie de la propagande officielle organisée par la France. Cette propagande cherche à manipuler le comportement des français en les incitant à consommer impérial. Les représentations, placardées sur les murs français, font surgir l'idée que la consommation d’un produit colonial contribue à la prospérité économique du pays. Le colonisé apparaît donc, dans les affiches commerciales, comme un moyen d'enrichissement de la France. C’est alors un discours utilitaire qui se crée autour de la figure du colonisé. Les populations des colonies apparaissent comme des richesses au même titre que les produits vendus, en raison de leur soutien dans l’essor économique français. Les différentes affiches publicitaires insistent donc sur le repli économique et commercial de la France au sein de son Empire colonial. C'est un véritable protectionnisme impérial qui se met en place notamment par le biais de la promotion des produits présents dans les colonies françaises. Les territoires de l'Empire sont, en effet, emplis de grandes richesses et possèdent des ressources inexistantes en métropole.

Les produits coloniaux commencent à se vendre considérablement dans les années 1920. Auparavant, les ressources des colonies étaient infériorisées à l’instar des populations colonisées en raison de diverses théories scientifiques. Les denrées que l’on retrouve le plus souvent sur les affiches coloniales sont celles dont l’usage est devenu courant en métropole. Effectivement, ce sont les produits alimentaires que l’on retrouve fréquemment sur les placards. Ceux mis en avant par les affiches publicitaires françaises sont : Le rhum martiniquais. La banane des Antilles françaises. Le chocolat issu principalement des colonies africaines. Le riz indochinois. L'huile d’olive de Tunisie … thumb|Affiche publicitaire faisant la promotion de Byrrh datant de 1934 Les produits coloniaux sont parfois marqués par leur union avec la métropole sur les affiches commerciales. En 1949, l'exemple du couscous « Deux Drapeaux » est particulièrement frappant. En effet, ce couscous, en provenance de Tunisie, unie le drapeau tunisien et le drapeau français sur son emballage. Pour faire la promotion d’un produit colonial, d’autres méthodes sont employées sur les affiches publicitaires. Certaines d'entre elles montrent des populations noires s’affairant au travail pendant que des populations blanches se prélassent en consommant leurs produits. Il peut donc y avoir une véritable idée de domination même dans les affiches commerciales mettant alors les populations colonisées au service des populations métropolitaines. La présence de navire de commerce ou de port, dans quelques affiches commerciales, symbolise cet accroissement des échanges entre colonies et métropole française et donc cette hausse de la consommation de produits impériaux.

Les affiches publicitaires permettent aussi de mettre en avant des remèdes médicamenteux en provenance des colonies. La quinine, le byrrh, le quinquina sont par exemple des remèdes que l'on retrouve sur plusieurs affiches. Ces boissons sont utilisées pour leur soi-disant renommée en termes de guérison du paludisme.

D'autres produits coloniaux sont promus par les affiches publicitaires comme les pneumatiques, le caoutchouc ou encore le cirage. Une affiche anonyme pour le cirage Nubian emploie, en 1897, de grands stéréotypes racialisants. Pour caractériser le cirage jaune, c’est l'image d'un asiatique portant un chapeau chinois. À sa gauche, on observe un personnage noir qui illustre le cirage noir.

Glorifier l'Empire thumb|Affiche de l'exposition coloniale de 1922 représentant différents peuples de l'Empire français unis sous un même drapeau|307x307px|alt=|gauche