En linguistique, le terme prosodie (du latin , lui-même issu du grec ancien « chant pour accompagner la lyre ; variation de hauteur de la voix ».), tel qu’il est entendu en français, désigne la branche de la phonétique et de la phonologie qui étudie ce qu’on appelle les « traits prosodiques » de la langue, nommés aussi « traits suprasegmentaux ». Ce sont principalement l’accent, le ton, l’intonation, la jointure, la pause, le rythme, le tempo et le débit. Le terme français a plusieurs correspondants en anglais. désigne l’ensemble des traits prosodiques, et la discipline qui les étudie est nommée par plusieurs termes : , (« phonétique suprasegmentale ») ou (« phonologie prosodique »)..

Avant d’être adopté par la phonétique et la phonologie, « prosodie » était un terme utilisé dans la métrique. Il a acquis, dès l’Antiquité, les sens « prononciation régulière des mots, qui respecte l’accent et la quantité (durée) des sons » et « organisation vocalique et consonantique d’un texte ».. Le premier de ces sens a constitué la base de la métrique, la prosodie devenant l’ensemble des règles de versification qui concernent la quantité des voyelles, les faits accentuels et mélodiques..

Le domaine de recherche de la prosodie est vaste et hétérogène, sa littérature se caractérisant par une grande diversité d’approches divergentes quant à ce qu’on peut prendre en compte en tant que traits prosodiques, à leur définition et à l’établissement de ce qui leur est commun..

Généralités sur les traits prosodiques

On considère généralement comme des traits prosodiques des phénomènes phoniques ayant pour caractéristique commune de se manifester simultanément avec les segments de la chaîne parlée qui sont leurs supports : sons (phones du point de vue de la phonétique, phonèmes du point de vue de la phonologie) et segments qui en sont formés (syllabes, affixes, mots, syntagmes, phrases simples, propositions faisant partie de phrases complexes, phrases complexes, groupes de phrases correspondant aux paragraphes, discours)...

Bien que certains traits prosodiques (l’accent, le ton) se manifestent sur le son, ils ne peuvent être saisis sur le son isolé, mais seulement sur un segment plus grand, par rapport à leur manifestation sur d’autres sons.. C’est pourquoi on dit que ces traits, ainsi que tous les autres, affectent des segments plus grands qu’un son.. Les traits prosodiques se manifestant sur le son sont dits intensifs, et ceux qui se manifestent sur des segments plus grands, par exemple l’intonation, sont dits extensifs.

Certains traits ont un statut ambigu ou controversé. Ainsi, la quantité (durée) du son est abordée comme un trait d’entité segmentale...., mais elle apparaît aussi en tant que l’un des traits prosodiques.

Bien que ce soit une composante de l’accent, certains auteurs prennent en compte séparément l’intensité du son.. Une autre composante de l’accent, la hauteur du son, est elle aussi considérée à part par certains auteurs. . D’autres traitent la hauteur sans la dissocier du ton, qu’ils opposent à l’accent comme une alternative à celui-ci dans les langues dites à tons, où l’accent n’a qu’un rôle marginal selon eux..

De l’avis de certains auteurs, on peut considérer comme prosodiques des traits telles que la nasalité, dans les langues où une consonne nasale nasalise la voyelle qui la précède ou qui la suit, ou bien l’ouverture des voyelles, dans les langues où l’harmonie vocalique a un rôle important.

Le ton, le rythme ou les pauses peuvent être des éléments dits « paralinguistiques » lorsqu’ils sont caractéristiques de façons de parler personnelles. Le timbre des sons peut aussi être un tel élément., que certains auteurs mentionnent parmi les traits prosodiquesPar exemple ..

Les traits prosodiques peuvent être abordés du point de vue phonétique (leurs caractéristiques acoustiques, par exemple), mais aussi du point de vue phonologique, dans la mesure où ces traits aussi remplissent la fonction de différencier des sens. Par analogie avec les phonèmes en tant qu’objets d’étude de la phonologie, dans cette perspective, les traits prosodiques sont appelés « prosodèmes » par certains auteurs..

Les traits prosodiques sont liés non seulement aux unités segmentales, mais aussi entre eux. Ainsi, l’intonation est liée à la hauteur des sons, celle-là étant donnée par la variation de celle-ci d’un son à un autre.. D’un autre côté, l’intonation est liée à la pause et à l’accent. Devant une pause qui sépare deux segments constituant des unités syntaxiques, l’intonation est à un certain niveau de hauteur. Par exemple, dans la phrase Il n’est pas parti, parce qu’il avait peur, l’intonation atteint sa hauteur maximale sur le i de parti, voyelle accentuée, le mot étant suivi d’une pause..

Traits prosodiques

Accent

L’accent est un trait prosodique intensif par lequel une syllabe est mise en relief par rapport à d’autres syllabes. C’est valable tout d’abord pour un mot polysyllabique, mais le mot à accent peut être mis ainsi en relief par rapport aux autres mots de son syntagme, un syntagme dans une proposition ou une proposition dans une phrase complexe..

Les composantes principales de l’accent sont l’énergie (l’intensité) du son accentué et son niveau de hauteur (appelé aussi ton), ayant pour composante secondaire la quantité (la durée) de ce son..

Selon le rôle fonctionnel plus ou moins important de l’une ou de l’autre des composantes principales de l’accent, on distingue plusieurs types de langues : dans les langues à accent d’énergie (ou d’intensité, ou dynamique, ou expiratoire)Termes utilisés par , par exemple., que certains auteurs appellent « accent tonique »Par exemple ., l’intensité du son accentué a un rôle primordial par rapport à sa hauteur. Le français entre dans cette catégorie ; dans les langues à accent de hauteur ou musical, la composante de hauteur a un certain rôle fonctionnel, à côté de l’intensité. De telles langues sont le BCMS (bosnien, croate, monténégrin et serbe) ou le suédois, par exemple. ; dans les langues à tons, la composante de hauteur a un rôle primordial par rapport à l’intensité. C’est le propre de langues comme le chinois ou le vietnamien..

Certains linguistes ne distinguent que deux catégories, opposant d’un côté les langues à accent, dans lesquelles ils incluent celles à accent d’énergie et celles à accent de hauteur, et, d’un autre côté, les langues à tons.

Ton

Le ton est un trait prosodique intensif qui consiste en le niveau de hauteur du son ou en sa variation, limités à la syllabe d’un mot. Dans les langues à tons (le chinois, par exemple), les tons ont une fonction phonologique prépondérante, étant nommés « tonèmes » de ce point de vue. Le ton est aussi présent, étant d’habitude appelé « hauteur », en tant que composante de l’accent d’énergie (d’intensité). Dans certaines langues, ce n’est qu’un corollaire de l’intensité, sans valeur fonctionnelle (par exemple en français) ; dans d’autres, il a une fonction phonologique limitée par rapport à l’intensité, par exemple en norvégien.

Intonation

L’intonation est un trait prosodique extensif qui consiste en la variation de la hauteur des sons dans un segment de la chaîne parlée, donnant à ce segment une certaine ligne mélodique. Elle peut avoir une fonction grammaticale, par exemple dans la distinction des phrases selon le but de la communication (déclaratif, interrogatif ou exclamatif) et/ou dans l’expression de l’état affectif du locuteur, de son attitude ou de ses intentions de communication. Selon sa direction, l’intonation peut être principalement ascendante, descendante ou uniforme..

Jointure

La jointure ou joncture est une limite entre deux segments de la chaîne parlée : syllabes, morphèmes, mots, syntagmes, propositions ou phrases. Celle à l’intérieur d’un mot est appelée « jointure interne » et celle entre deux mots, « jointure externe »..

D’un autre point de vue, l’un des types de ce trait est la jointure effective. La pause aussi en fait partie. L’une des jointures effectives se réalise sous forme de coup de glotte, par exemple en anglais, entre une syllabe terminée par une voyelle et une syllabe à initiale vocalique, ex. « coopérer ».. Parfois, la jointure interne entre deux syllabes ou la jointure externe est marquée par un groupe de consonnes qui ne peuvent pas se suivre à l’intérieur d’une syllabe, par exemple, en roumain, bp, mh, nm, sz Il y a, par exemple, jointure externe effective dans le syntagme « je vais vite », à cause du voisinage des consonnes rgr. Il y a également jointure externe entre un mot avec la même consonne finale que la consonne initiale du mot suivant (comme dans l'anglais [ɡʊddeɪ], « Bonjour ! »), groupe qui, à l’intérieur d’un mot, se prononcerait comme une seule consonne (comme [sʌdən], « brusque »)..

Le type de jointure opposé au précédent est la jointure virtuelle. Externe, c’est une jointure entre mots qui forment un syntagme qu’on peut confondre dans la parole avec un autre syntagme, comme en français l’essence [l#esãs], comparable à les sens [le#sãs], ou en anglais [ə#neɪm] (« un nom ») prononcé comme [ən#eɪm] (« une cible »). La jointure virtuelle peut être interne aussi, par exemple entre un morphème racine qui existe également en tant que mot, et un morphème affixe, lorsqu’on sait que ce sont des morphèmes à part, comme pour farouchement [faruʃ#mã] (< farouche + suffixe formateur d’adverbes)..

Pause

La pause est une interruption dans le flux articulé de la parole, tout en étant une partie intégrante de ce flux. Il existe plusieurs types de pauses, établis selon divers points de vue. Selon l’un deux, la pause peut être voulue ou non voulue par le locuteur. L’une des pauses non voulues est celle provoquée par l’inspiration en tant que phase de la respiration.. Une autre de ce genre est la pause d’hésitation, quand le locuteur ne sait pas quoi dire ou comment dire ce qu’il veut exprimer. Certains auteurs distinguent la pause d’hésitation silencieuse de la pause d’hésitation remplie par une séquence sonore non articulée, telle euh..

La pause voulue peut avoir une motivation pragmatique, par exemple celle utilisée par un orateur pour faire de l’effet sur son auditoire.

La pause a aussi des fonctions linguistiques, délimitant des segments de diverses longueurs : syntagmes, propositions, phrases, groupes de phrases. La pause est d’autant plus longue qu’elle délimite des segments plus longs, la plus longue étant celle entre les groupes de phrases. Ces pauses sont en général rendues à l’écrit par la ponctuation, et les groupes de phrases constituant une unité de sens, par des alinéas.

Les rôles syntaxiques de la pause sont importants. Dans le cadre de la phrase complexe, elle délimite les propositions appelées « isolées », certains types de propositions l’étant facultativement, d’autres, obligatoirement. Exemples : la proposition incise : Qu’allons-nous faire, demanda-t-il ?. ; certaines propositions subordonnées, surtout antéposées à la principale : Comme nous n’avions pas beaucoup de temps, nous avons dû prendre un taxi. ; la proposition relative intercalée dans la principale : La réforme des diplômes, qui a été préparée pendant plusieurs années […], entrera en vigueur l’an prochain..