La transition des Ming aux Qing ou la transition Ming-Qing, également connue sous le nom de conquête de la Chine par les Mandchous, est une période de conflit qui dure des décennies et oppose la Dynastie Qing, établie par le clan mandchou Aisin Gioro en Mandchourie et la Dynastie Ming en Chine, puis en Chine du Sud. Divers autres pouvoirs régionaux ou temporaires sont également impliqués dans ce conflit, comme la très brève dynastie Shun. En 1618, avant le début de la conquête des Qing, Nurhachi, le chef du clan Aisin Gioro, a commandé un document intitulé les Sept Grandes Causes d'irritation, dans lequel il énumérait sept récriminations contre les Ming, avant de lancer une rébellion contre ces derniers. Beaucoup des griefs portaient sur des conflits avec les Yehe, un clan mandchou important, et sur le favoritisme des Ming envers les Yehe au détriment des autres clans mandchous. La demande de Nurhaci faite aux Ming de lui payer un tribut pour réparer les sept grandes causes d'irritation était en fait une déclaration de guerre, car les Ming n'étaient pas disposés à verser de l'argent à un ancien vassal. Peu après, Nurhaci commence à se rebeller contre les Ming dans le Liaoning, une région du sud de la Mandchourie.
Au même moment, la dynastie Ming lutte pour sa survie face à la multiplication des troubles fiscaux et des rébellions paysannes. Le , Pékin tombe aux mains d'une armée rebelle dirigée par Li Zicheng, un ancien fonctionnaire mineur des Ming devenu le chef de la révolte paysanne. Zicheng proclame alors la Dynastie Shun. Au moment de la chute de la ville, le dernier empereur Ming, l'empereur Chongzhen, se pend à un arbre dans le jardin impérial situé à l'extérieur de la Cité interdite. Quand Li Zicheng commence à marcher sur lui à la tête avec son armée, le général Wu Sangui, chargé par les Ming de garder une des portes de la Grande Muraille, fait allégeance aux Mandchous et les laisse pénétrer en Chine. Li Zicheng est vaincu à la bataille de la passe de Shanhai par les forces conjointes de Wu Sangui et du prince mandchou Dorgon. Le , les Mandchous et Wu entrent dans la capitale et proclament le jeune empereur Shunzhi nouvel empereur de Chine.
La conquête est cependant loin d'être terminée, et il faut attendre encore près de quarante ans avant que toute la Chine ne soit solidement unie sous la domination Qing. L'empereur Kangxi monte sur le trône en 1661, et en 1662 ses régents lancent la Grande Évacuation pour vaincre la résistance des loyalistes Ming en Chine du Sud. Il combat ensuite plusieurs rébellions, comme la Rébellion des trois feudataires, dirigée par Wu Sangui, qui éclate dans le sud de la Chine en 1673. Il lance ensuite une série de campagnes qui agrandissent son empire. En 1662, le général Koxinga chasse les colons hollandais et fonde le royaume de Tungning à Taïwan, un État loyaliste Ming, dans le but de reconquérir la Chine. Cependant, Tungning est vaincu en 1683 à la bataille de Penghu par l'amiral Shi Lang, qui avait auparavant servi sous les ordres de Koxinga.
La chute de la dynastie Ming est le résultat de toute une combinaison de facteurs. Kenneth Swope soutient qu'un facteur clé a été la détérioration des relations entre la royauté Ming et les chefs militaires de l'Empire MingKenneth M. Swope, The Military Collapse of China's Ming Dynasty, 1618-44 (Routledge: 2014). Parmi les autres facteurs, mentionnons les expéditions militaires répétées dans le Nord, les pressions inflationnistes causées par les dépenses excessives du Trésor impérial, les catastrophes naturelles et les épidémies. Une rébellion paysanne à Pékin en 1644 et une série d'empereurs faibles ont contribué au chaos. Le pouvoir des Ming survit pendant des années dans ce qui est aujourd'hui le sud de la Chine, bien qu'il soit finalement vaincu par les MandchousLillian M. Li, Alison Dray-Novey and Haili Kong, Beijing: From Imperial Capital to Olympic City (MacMillan, 2008) pg. 35.
Expansion des Jürchens Les Mandchous sont parfois décrits à tort comme un peuple nomadePamela Crossley, The Manchus, , alors qu'en fait ils étaient un peuple agricole sédentaire, vivant dans des villages fixes, pratiquant la culture, la chasse et le tir à l'arcPatricia Buckley Ebrey et al., East Asia: A Cultural, Social, and Political History, edition, . Avant le début de leur conquête de la Chine, l'armée Mandchoue était centrée sur l'infanterie, composée de fantassins équipé d'arcs, d'épées et de piques; tandis que la cavalerie restait à l'arrière.
Nurhachi, le chef du clan Jianzhou, qui fait partie du peuple Jürchen, est identifié rétrospectivement comme étant le fondateur de la Dynastie Qing. En 1616, il se proclame Khan et entreprend d'unifier sous son autorité les tribus mandchoues Jurchen. Ses efforts donnent aux Jurchen la force nécessaire pour s'affirmer, en s'appuyant sur une armée composée en majorité de transfuges Han et équipée d'armes à feu produites par les Ming. En 1618, il fait établir un document intitulé les Sept Grandes Causes d'irritation, dans lequel il énumère sept récriminations contre les Ming, puis entre en révolte ouverte contre l'empire chinois. La même année, le général Li Yongfang, normalement au service des Ming, livre aux Jurchens la ville de Fushun, qui se situe dans ce qui est aujourd'hui la province du Liaoning, dans le nord-est de la Chine, après que Nurhaci lui eut donné une princesse Aisin Gioro en mariage et un titre de noblesse. La princesse en question est une des petites-filles de Nurhachi. Au cours d'une série de campagnes militaires victorieuses dans le Liaodong et le Liaoxi, soit à l'est et à l'ouest de la rivière Liao, les Jurchens s'emparent d'un certain nombre de villes Ming. Parmi les cités dont ils s'emparent on trouve Shenyang, dont ils font la capitale de la dynastie des Jin postérieurs (後金, hòu hīn), nom donné par Nurhachi à la dynastie qu'il a fondée, en référence à un autre État jurchen qui avait dirigé la Chine du Nord plusieurs siècles auparavant.
vignette|Bataille de Ningyuan où s'affrontent les armées ming et mandchoues
Sous l'impulsion du général Yuán Chónghuàn, les Ming utilisent de l'artillerie occidentale pour vaincre les forces Jin lors de la bataille de Ningyuan en 1626. Nurhachi est blessé pendant les combats et meurt peu de temps après, mais les Ming ne parviennent pas à saisir l'occasion de contre-attaquer.. Chonghuan, le Némésis des Jurchens, est rapidement victime d'une lutte politique interne à la Cour des Ming et est obligé de se suicider, tandis que sous la direction de leur nouveau khan, Huang Taiji, les Jurchens réorganisent leur armée en y incluant des régiments d'artillerie. Cette réorganisation leur permet de continuer à prendre les villes Ming et d'infliger des défaites cinglantes au royaume coréen de Joseon, un vassal dont le soutien est crucial pour les Ming, en 1627 (Première invasion mandchoue de la Corée) et 1636-1637 (Seconde invasion mandchoue de la Corée). Ils lancent même des raids au cœur de la Chine en 1642 et 1643. Taiji fait aussi des réformes administratives : en 1635, il adopte le nom de « Mandchou » (chinois: 滿州 ; mandchou ; alphabet mandchou : ) pour désigner l'ensemble du peuple Jurchen puis, l'année suivante, il change le nom de la dynastie en Grand Qing et abandonne le titre de Khan pour celui d'Empereur.
L’expansionnisme Jurchen ne cible pas que la Chine. En 1628 et 1635, le prince Dorgon combat et vainc Ligden Khan, le dernier Khagan Tchakhar de la dynastie mongole des Yuan du NordJohn C. Huntington, Dina Bangdel, Robert A. F. Thurman-The Circle of Bliss, . Ejei Khan, le fils de Ligden, se rend aux Mandchous en 1635, juste après la mort de son père, mettant ainsi fin aux Yuan du NordAnn Heirman, Stephan Peter Bumbacher- The spread of Buddhism, . Dès lors, les Mongols deviennent les vassaux des Mandchous et les assistent dans leur guerre contre les Ming.
Après la deuxième invasion de la Corée par les Mandchous, le royaume de Joseon est forcé de donner plusieurs princesses royales comme concubines au Prince-régent Dorgon, qui dirige l'empire pendant la minorité de l’empereur Shunzhi. En 1650, Dorgon épouse la princesse coréenne Uisun (義順), la fille du Prince Yi Kaeyoon (Kumrimgoon).
Conquête de Pékin et du nord de la Chine (1644)
vignette|La bataille de la passe de Shanhai qui a permis aux Mandchous d'entrer dans la Chine historique Durant les dernières années de la dynastie, les Ming ont dû faire face à un certain nombre de famines et d'inondations ainsi qu'à un chaos économique et à des rébellions. Li Zicheng, un apprenti-forgeron, se rebelle durant la décennie 1630 dans le Shaanxi, tandis qu'une mutinerie menée par Zhang Xianzhong éclate au Sichuan dans les années 1640. Beaucoup de gens sont tués pendant le règne de terreur de cet empereur autoproclamé.
Alors que Dorgon et ses conseillers réfléchissent à la meilleure manière d'attaquer les Ming, les rébellions paysannes ravageant le nord de la Chine s'approchent dangereusement près de Pékin, la capitale de la dynastie chinoise. En , le chef rebelle Li Zicheng fonde la dynastie Shun à Xi'an et se proclame roi. En mars, ses armées s'emparent de Taiyuan, une ville importante du Shanxi. Voyant les progrès des rebelles, l'empereur Chongzhen demande le l'aide urgente de tout commandant militaire de l'Empire. Mais il est trop tard : le , Li Zicheng perce les murs de Pékin et l'empereur se pend le lendemain, sur une colline derrière la Cité interdite. Il fut le dernier Empereur Ming à régner à Pékin.
Peu après l'appel à l'aide de l'empereur, le puissant général Wu Sangui avait quitté sa forteresse de Ningyuan, située au nord de la Grande Muraille, et avait commencé à marcher vers la capitale. Le , ses armées franchissent les fortifications de la passe de Shanhai, soit l'extrémité orientale de la Grande Muraille, et marchent vers Pékin, lorsqu'il apprend que la ville était tombée. Il fait demi-tour et revient à Shanhai. Li Zicheng envoie deux armées pour attaquer la passe, mais les troupes aguerries de Wu les vainquent facilement les 5 et . Puis, le , Li Zicheng quitte Pékin à la tête d'une armée forte de , pour attaquer Wu. Au même moment, Wu Sangui écrit à Dorgon pour demander l'aide des Qing afin de chasser les bandits et rétablir la dynastie Ming.
265x265px|vignette|La bataille de Ningyuan, où Nurhaci a été vaincu et blessé.
Pendant ce temps, le départ de Wu Sangui de la forteresse de Ningyuan avait, De facto, laissé tout le territoire situé au nord de la Grande Muraille sous le contrôle des Qing. Hong Chengchou et Fan Wencheng (范文程), deux des plus éminents conseillers chinois de Dorgon, ont exhorté le prince mandchou à saisir l'occasion de la chute de Pékin pour que les Qing puissent envahir la Chine en se présentant comme les vengeurs de la défunte dynastie Ming et revendiquer le Mandat du Ciel pour eux-mêmes. Par conséquent, lorsque Dorgon reçoit la lettre de Wu, il est déjà sur le point de diriger une expédition pour attaquer le nord de la Chine et n'a pas du tout l'intention de restaurer les Ming sur le trône. Lorsque Dorgon demande à Wu de travailler pour les Qing, ce dernier est obligé d'accepter.
Après que Wu se fut formellement rendu aux Qing dans la matinée du , ses troupes d'élite ont chargé l'armée rebelle à plusieurs reprises, mais n'ont pas réussi à briser les lignes ennemies. Dorgon attend que les deux camps soient affaiblis pour ordonner à sa cavalerie de galoper autour de l'aile droite de Wu, afin de pouvoir charger le flanc gauche de Li. Tactique efficace, car les troupes de Li Zicheng sont rapidement mises en déroute et s'enfuient vers Pékin. Après leur défaite lors de la bataille de la passe de Shanhai, les troupes Shun pillent Pékin pendant plusieurs jours, jusqu'à ce que Li Zicheng quitte la capitale le avec toutes les richesses qu'il pouvait porter, un jour après s'être proclamé empereur du Grand Shun.