Les élections générales guyaniennes de 2020 ont lieu en même temps que les régionales le afin d'élire simultanément les de l'Assemblée nationale ainsi que le président du Guyana.
Les élections devaient se dérouler de manière anticipée un an plus tôt que la date prévue à la suite du vote d'une motion de censure contre le gouvernement de coalition de David Granger, réunissant la coalition Un partenariat pour l'unité nationale (APNU) et l'Alliance pour le changement (AFC). La validité de cette motion de censure est cependant remise en cause pendant plusieurs mois avant d'être confirmée, ce qui retarde le scrutin au-delà du terme du mandat de la précédente assemblée.
Le scrutin donne lieu à une crise électorale lorsque les résultats préliminaires donnent initialement gagnante la coalition Un partenariat pour l'unité nationale et de l'Alliance pour le changement du président sortant David Granger, soutenue principalement par la population afro-guyanienne, qui conserve sa très courte majorité absolue des sièges. Elle devance alors d'un seul siège le seul autre parti représenté au Parlement sortant, le Parti progressiste du peuple, soutenu principalement par la population indo-guyanienne. Des incidents au cours du dépouillement amène cependant l'opposition à accuser le gouvernement de fraude électorale, tandis que les observateurs étrangers jugent peu crédibles les résultats.
Devant la pression internationale, le gouvernement sortant met fin à sa tentative de faire prêter serment à Granger pour un nouveau mandat, et finit par accepter un nouveau décompte des suffrages par une équipe de la Communauté caribéenne. Le décompte s'achève le , et donne le Parti progressiste du peuple vainqueur avec sur 65, donnant lieu à une alternance. En tant que candidat présidentiel du parti arrivé en tête, Irfaan Ali remporte par conséquent la présidence du Guyana.
Contexte vignette|gauche|redresse|David Granger.
Les élections de 2015 sont remportées par la Coalition APNU-AFC formée de Un partenariat pour l'unité nationale et de l'Alliance pour le changement, provoquant une alternance à la tête du pays. Le Parti progressiste du peuple (PPP), représentant généralement les intérêts de la population d'origine indienne, se retrouve dans l'opposition pour la première fois depuis 1992, tandis que le président sortant Donald Ramotar, candidat à sa réélection, doit céder sa place.. À la suite des élections, David Granger est élu président le . L'APNU-AFC représente quant à elle généralement les intérêts de la population d'origine africaine...
Le nouveau gouvernement repose néanmoins sur une majorité extrêmement ténue, l'alliance entre l'APNU et l'AFC ne détenant que sur 65, contre 32 pour le PPP, soit un seul siège d'avance. Courant 2018, l'opposition accuse le gouvernement de gaspiller les ressources pétrolières du pays, cédées à l'entreprise américaine Exxon Mobil, ainsi que de mener une politique hostile envers le gouvernement du Venezuela voisin.
Le , une motion de censure est votée à l'assemblée par contre 32, grâce à celle d'un député dissident de l'AFC, Charrandas Persaud, provoquant la chute du gouvernement. C'est alors la première fois qu'un gouvernement guyanais se voit mis en minorité par une motion de censure. Accusé par l'alliance au pouvoir d'avoir été rémunéré pour son vote, le député dissident se voit contraint pour des raisons de sécurité de quitter le pays et prendre refuge auprès du gouvernement canadien. La constitution impose au gouvernement sortant ainsi qu'au président de gérer les affaires courantes en attendant la tenue d'élection dans les trois mois suivants le vote de la motion. L'assemblée peut cependant reporter les élections à une date ultérieure par un vote à la majorité des deux tiers. Un nouveau président devra être élu par la nouvelle assemblée.
Délai Une controverse d'ordre constitutionnel s'ensuit rapidement dès le vote de la motion de censure. Les partisans du gouvernement arguent que la majorité absolue s'établissant à , soit , il est nécessaire pour l'obtenir de réunir trente-quatre votes, le 32,5 s'arrondissant selon eux au chiffre supérieur. Le gouvernement tente en parallèle de faire juger illégale l'élection de Persaud pour détention de la double nationalité guyanienne et canadienne, ce que la constitution interdit aux députés. La Haute Cour de justice présidée par Roxane George-Wiltshire juge Persaud inéligible le , mais rejette l'interprétation du décompte des voix avancée par le gouvernement. La motion est jugée valide par la cour, Persaud n'ayant pas encore été démis de ses fonctions de député par son jugement au moment du vote « It’s ‘Business As Usual’ For Guyana Gov’t After Appeal Court Rules No-Confidence Motion Not Valid », www.caribbean360.com...
Le gouvernement se tourne alors vers la Cour d'appel par le biais du procureur général. La commission électorale guyanaise précise par ailleurs qu'elle ne dispose plus d'assez de temps à la suite de la mise en justice pour organiser le scrutin dans les délais constitutionnel, qui l'aurait vu mis en œuvre le . L'opposition ne s'oppose cependant pas à un report, jugeant préférable de poursuivre l'action en justice jusqu'à son terme « Guyana: Chief elections officer says polls cannot be held on March 19 », St. Lucia News Online. « Guyana: Opposition leader hints at possible extension of deadline for general elections », St. Lucia News Online.. La cour d'appel se prononce le par deux voix contre une en faveur d'un arrondi au nombre supérieur. La motion de censure n'ayant pas atteint selon elle la majorité absolue, le gouvernement serait toujours de droit en fonction, et les élections n'auraient pas à avoir lieu de manière anticipée. Le vice-président Carl Greenidge annonce que le gouvernement continuera par conséquent de fonctionner comme auparavant.
L'opposition décide en retour de faire appel à la Cour caribéenne de justice (CCJ), la plus haute juridiction du pays et d'une douzaine d'autres dans la région. Le , celle-ci rend sa décision qui valide la motion de censure, la jugeant passée à la majorité absolue des députés et devant par conséquent amener à des élections anticipées. La CCJ juge également que Persaud n'était en effet pas éligible du fait de sa double nationalité, mais que son vote n'en était pas moins légal car aucune action légale n'avait été mise en œuvre à son égard dans les délais prévus après les élections de 2015..
Cette longue procédure cause un délai considérable dans l'organisation des élections, si bien que le mandat de l'assemblée sortante expire le avant que de nouvelles élections n'aient lieu. Cette situation controversée amène l'opposition à demander l'organisation du scrutin le plus tôt possible, tandis que la commission électorale ne déclare pouvoir s'y préparer que pour au plus tôt. Le , le président Granger fixe la date des élections au « Guyana goes to the polls March 2, 2020 », Jamaica Observer, , document archivé sur Internet Archive..
Système électoral vignette|Le siège du Parlement à Georgetown. Le Guyana est doté d'un parlement monocaméral appelé Assemblée nationale dont les sont élus pour cinq ans au scrutin proportionnel plurinominal avec listes fermées. Vingt-cinq sièges sont ainsi à pourvoir dans dix circonscriptions plurinominales correspondant aux régions du Guyana, tandis que les quarante autres le sont selon le même système mais au niveau d'une unique circonscription nationale. Après décompte des voix, les différents sièges sont répartis selon la méthode de Hare sur la base du quotient simple..
Lors des élections législatives, les partis présentent chacun un candidat à la présidence, et le candidat du parti ayant reçu le plus de suffrages devient le président du Guyana pour la durée du mandat de l'assemblée, soit cinq ans. Les candidats à la présidence ne sont pas nécessairement les têtes de liste de leurs partis, ceux-ci les plaçant au contraire le plus souvent en fin de liste pour ne pas risquer de perdre un siège si leur candidat remporte la présidence et quitte par conséquent ses fonctions de député. Plusieurs partis rassemblés en coalition peuvent présenter un candidat présidentiel commun tout en présentant des listes séparées aux législatives..
Depuis 2000, un président n'est rééligible qu'une seule fois. Le mandat du président est intimement lié à celui des membres de l'assemblée : en cas d'élections anticipées, le candidat à la présidence du parti nouvellement élu remplace le précédent et met ainsi fin à son mandat. Le rôle du président est de premier plan dans le cadre d'un système présidentiel.
Répartition des sièges +Répartition des sièges.N°RégionsSiègesgauche|280x280px1Barima-Waini 22 Pomeroon-Supenaam 23 Îles d'Essequibo-Demerara occidental 34 Demerara-Mahaica 75 Mahaica-Berbice26 Berbice oriental-Courantyne 37 Cuyuni-Mazaruni28 Potaro-Siparuni 19 Haut-Takutu-Haut-Essequibo 110 Haut-Demerara-Berbice 2# Circonscription nationale 40Total 65
Campagne Le , le Parti progressiste du peuple choisit Arfaan Ali, ancien ministre du logement, pour candidat à la présidence. Le suivant, la coalition bipartite de l'Alliance pour le changement avec Un partenariat pour l'unité nationale soutient Khemraj Ramjattan comme futur premier ministre, ainsi que la réélection à la présidence de David Granger Zoisa Fraser, « AFC picks Ramjattan to be leader, PM candidate », Stabroek News, ..
Le parti vainqueur aura la tache d'assumer la gestion de la toute récente manne pétrolière, la mise en service en 2020 de l'exploitation d'un gisement d'environ huit milliards de barils de pétrole au large des cotes guyaniennes devant assurer au pays la plus forte croissance économique au monde cette année là, avec un taux de croissance estimé à 85 %. Le gouvernement du Guyana, qui figure parmi les pays les plus pauvres d'Amérique du Sud, envisagerait d'ores et déjà de renégocier à la hausse les redevances des contrats signés avec la compagnie pétrolière ExxonMobil..
Résultats +Résultats des élections législatives guyaniennes de 2020.... Fichier:Guyana Assemblée nationale 2020.svg Parti Candidatprésidentiel Voix % +/- Sièges +/- Parti progressiste du peuple (PPP/C) Irfaan Ali 50,69 33 Congrès national du peuple (PNCR) David Granger 47,34 21Alliance pour le changement (AFC) 9Alliance des travailleurs du peuple (WPA) 1 Total Coalition APNU-AFC 31Parti de la liberté et la justice (LJP) Lenox Shuman 0,58 1Un siège sur la liste LJP partagé entre le LJP, l'ANUG et le TNM Un Guyana nouveau et uni (ANUG) Ralph Ramkarran 0,50 – – Changement pour le Guyana (CG) Robert Badal 0,42 0 Parti de la république populaire (PRP) Phyllis Jordan 889 0,19 0 L'initiative citoyenne (TCI) Rhonda Lam-Singh 680 0,15 0 Parti républicain uni (URP) Vishnu Bandhu 360 0,08 0 Le nouveau mouvement (TNM) Asha Kissoon 244 0,05 – – Suffrages exprimés 99,09 Votes blancs et invalides 0,91 Total 100 – 65 Abstentions 29,76 Inscrits / participation 70,24
Controverse électorale Accusations de fraude Les résultats, très serrés entre les deux principales formations, prennent plusieurs jours à être dépouillés, faisant monter l'anxiété dans la population et les milieux économiques qui craignent alors qu'une absence prolongée de vainqueur clairement identifié ne provoque une remise en cause du scrutin et une instabilité politique. La Commission des élections du Guyana (Gecom) fait par conséquent l'objet de vives critiques quant à la lenteur de ses opérations de dépouillement....