La révolution soudanaise est un épisode de l'histoire du Soudan qui a commencé par une série de manifestations le pour protester contre la vie chère, notamment en ce qui concerne le prix du pain, dans un contexte de grave crise économique touchant le Soudan, et s'est poursuivi pendant huit mois par un mouvement de désobéissance civile aboutissant à la chute du président-dictateur Omar el-Bechir, après trente ans de pouvoir, dans un coup d'État.
Les manifestations se sont ensuite étendues à d'autres villes, comme Dongola au nord, Port-Soudan à l'est, El Obeid et surtout Khartoum, la capitale du pays, où les manifestants restent jour et nuit devant le QG des Forces armées.
Des bâtiments du Congrès national, le parti politique au pouvoir depuis 1992, ont été incendiés. Ces manifestations ont été violemment réprimées par les autorités, qui ont utilisé du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc pour disperser les manifestants, ainsi que des balles réelles dans certaines villes, faisant des dizaines de morts et de blessés.
Le , Omar el-Bechir révoque le gouvernement et instaure l'état d'urgence. Un couvre-feu interdit aux habitants de circuler après 23 heures. Néanmoins, les manifestations continuent. Le , el-Bechir est renversé par un coup d'État militaire. Le lendemain, Ahmed Awad Ibn Auf, qui avait succédé à el-Bechir, démissionne. L'ancien dictateur est emprisonné et, le mois suivant, poursuivi pour et corruption. Pour sa part, la junte affirme vouloir diriger le pays pendant deux ans, mais que le gouvernement serait civil.
Les manifestations se poursuivent, pour tenter d'obtenir la constitution d'un gouvernement civil non contrôlé par les militaires. Le , la junte disperse violemment les manifestants, faisant une centaine de morts et annule les accords passés lors des négociations, alors que l'opposition rejetait le principe d'une transition dirigée par les militaires. Le , après une médiation africano-éthiopienne, l'ALC et les putschistes acceptent la formation d'un Conseil de souveraineté composé de cinq militaires, cinq civils et d'un onzième membre choisis par consensus. Le conseil assurera la transition démocratique pendant un peu plus de trois ans jusqu'à la tenue d'élections en 2022, au cours de laquelle il sera dirigé par un militaire les 21 premiers mois puis par un civil les 18 mois suivant. Au total, l'armée resterait donc pendant deux ans au pouvoir depuis le putsch, mais un gouvernement civil est formé.
Contexte vignette|redresse|Peinture murale contre le dictateur déchu Omar el-Bechir (Khartoum). Omar el-Bechir dirige le Soudan depuis son coup d’État militaire en 1989. Le pays est régulièrement en proie aux conflits, notamment la seconde guerre civile soudanaise (1983-2005) et la guerre du Darfour (commencée en 2003).
La richesse du pays provient en grande partie des produits du pétrole. Mais les trois quarts des réserves se trouvent au Soudan du sud, qui accède à l'indépendance en 2011. Le pays connaît alors une forte inflation et un marasme économique de longue duréeSoudan : retour sur les raisons d'une crise, Le Point, 11 avril 2019.
Un soulèvement contre la vie chère et le pouvoir autoritaire d'Omar el-Bechir avait déjà eu lieu lors de la contestation au Soudan en 2010-2013.
Chronologie Débuts
Les premières manifestations ont lieu en .. Elles commencent spontanément quand des centaines de citoyens soudanais à Atbara se rassemblent pour exprimer leur colère contre l’augmentation des prix des produits principaux comme le pain, qui a été multiplié par trois le . ; la pénurie des denrées alimentaires dans quelques villes soudanaises, et la baisse du livre soudanais face au dollar américain.. Quelques heures après son déclenchement, les forces de l'ordre entourent les manifestants et essaient de les empêcher d’arriver aux lieux sensibles du pays. Mais cette manifestation, initialement pacifique, devient hors de contrôle et les protestataires incendient les bâtiments du parti au pouvoir en réclamant le départ d'Omar el-Bechir.
Au tout début, les forces de l'ordre utilisent le gaz lacrymogène afin de disperser les manifestants. Dans les autres villes toutefois, les forces de l'ordre tirent à balles réelles sur les manifestants, causant la mort et des blessures (mineures et graves) de dizaines de manifestants sans aucune proclamation officielle de l'État.
Le deuxième jour, les moyens employés par les forces de l'ordre se développent ; les manifestants sont bastonnés, bombardés de gaz lacrymogène et de balles réelles par les forces de l'ordre. Les protestations ont augmenté, se concentrant à Atbara, Omdourman et Kordofan du Nord. Selon les informations, la police a tué au moins un manifestant dans la ville d'Atbara.
Les autorités décident la fermeture de toutes les universités ainsi que les écoles primaires et secondaires dans la capitale Khartoum pour une durée indéfinie. Un état d'urgence a été déclaré en imposant un couvre-feu de 18 heures à 6 heures du matin dans certains États. Des centaines de personnes dans la ville de Rabak, la capitale de l'État du Nil blanc, scandaient des slogans dénonçant les politiques gouvernementales, tandis que d'autres scandaient le fameux slogan qui a émergé au début de l'année 2011 pendant le Printemps arabe : le peuple veut renverser le régime. En contrepartie, un certain nombre de jeunes en colère ont mis le feu à un groupe d'institutions gouvernementales et privées, y compris le siège du parti du Congrès national.
Pendant ce temps et alors que les soudanaise étaient plein de colère, le porte-parole du gouvernement, Bishara Juma, a déclaré: « des manifestations pacifiques / non violentes ont déraillé et ont été transformées par des infiltrés en acte de sabotage ciblant des institutions publiques et privées en les détruisant et en incendiant un siège de la police» « Les forces de police et de sécurité ont traité les manifestants de manière civilisée sans s'y opposer ». Cependant, certaines sources de presse – dont BBC Arabic – ont indiqué qu'au moins huit personnes ont été tuées depuis le début des manifestations trois jours auparavant.
Les protestations se sont poursuivies pour la quatrième journée consécutive, incluant un plus grand nombre de villes par rapport aux trois jours précédents. Ce jour a également fortement marqué les esprits de par les affrontements entre les manifestants d'une part et les forces de l'ordre de l'autre. Quelques sources de presse ont rapporté que dix manifestants ont été tués en représailles de l'incendie du siège du parti au pouvoir dans un nombre de villes, en particulier à Al-Rahd.
Le gouvernement a réagi à tout cela en arrêtant plusieurs leaders de l'opposition à Omdurman et en tuant au moins cinq personnes en un jour. Le directeur du service de sécurité soudanais Salah Gosh blâmait ces manifestants d’être « rebelles avec des liens avec Israël ». (la même accusation faite par le régime syrien, représenté par Bachar el-Assad à l'encontre des manifestantes d'Alep pendant les débuts de la révolution syrienne). De l'autre côté, le chef du parti d'opposition Oumma, Sadeq al-Mahdi, a dévoilé lors d'une conférence de presse que le nombre de morts a atteint 22 et que « des mouvements pacifiques sont légalement licites, justifiés par la dégradation des conditions de vie » en plus il a condamné la répression armée des forces de l'ordre contre le peuple indocile.
Limogeage du gouvernement et instauration de l'état d'urgence Le , il limoge le gouvernement de Moutaz Moussa Abdallah et les vice-présidents Bakri Hassan Saleh et les remplacent respectivement par Mohamed Tahir Ayala et Ahmed Awad Ibn Auf. L'état d'urgence est également instauré pour un an. Désormais interdites, et malgré l'emprisonnement de nombreux manifestants, celles-ci se poursuivent..
Omar el-Béchir cède le la présidence du parti Congrès national à Ahmed Haroun..
Le , l'état d'urgence est ramené à six mois par le parlement.
Intensification et renversement de el-Bechir
En , après la démission en Algérie d'Abdelaziz Bouteflika, dans le cadre de manifestations de masse, la mobilisation s’accroît au Soudan et des soldats rejoignent les manifestants ou les protègent..
Le , l'armée annonce une déclaration à venir. Omar el-Bechir est renversé par l'armée. Quelques heures auparavant, sa démission avait été annoncée dans les médias.. L'armée souhaite gouverner le pays pendant deux années et Ahmed Awad Ibn Auf prend les rênes du pays. Son adjoint est le général Kamal Abdelmarouf, chef d'état-major.. Il a également annoncé que la constitution était suspendue et qu'un couvre-feu d'un mois était imposé de 22 heures à 4 heures. L'état d'urgence est ramené à trois mois.. L'armée promet la mise en place d'un gouvernement civil.. Toutefois, les manifestations se poursuivent et il démissionne le lendemain. Le général Abdel Fattah al-Burhan lui succède.
Premières tractations pour une transition Le , Salah Gosh chef des renseignements (NISS), et qui a joué un rôle clé dans la répression, démissionne.. Il est remplacé par Abou Bakr Mustafa.. Le jour même, le Congrès national, ex-parti au pouvoir, dénonce le putsch et appelle à la libération de ses dirigeants. Le , la junte annonce que le prochain gouvernement sera civil et dirigé par une personnalité indépendante..
Le , el-Bechir est incarcéré., de même que deux de ses frères, tandis que le procureur général est limogé..
Le , l'Union africaine adresse un ultimatum de deux semaines aux militaires pour transmettre le pouvoir à une autorité civile. Le , alors que la mobilisation se poursuit., l'Association des professionnels soudanais annonce la formation prochaine d'une instance exécutive pour diriger le pays. Le , l'opposition, qui révèle avoir déjà discuté sans succès avec la junte, annonce des discussions le jour même avec celle-ci, et se dit disposée à reporter l'annonce de l'instance transitoire (qui doit durer quatre ans) si les militaires acceptent de discuter.
Le , al-Burhan promet de transférer le pouvoir à une autorité civile dans une semaine maximum. L'opposition appelle à poursuivre le mouvement tout en reportant l'annonce de l'instance collégiale de transition. Le , l'armée demande aux manifestants de libérer les routes.. Un sommet de l'Union africaine a lieu le . Il est alors accordé trois mois à l'armée pour transférer le pouvoir.. Un accord est annoncé le 24 entre le Conseil militaire et l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), sans précision sur son contenu. Le lendemain a lieu une grande manifestation, baptisée la , pour maintenir la pression sur les militairesUne marche du million prévue à Khartoum pour maintenir la pression sur les militaires, Ouest-France, 25 avril 2019.
Le , après de nombreuses suspensions des tractations, un accord est trouvé entre les généraux et les représentants civils sur une transition de trois ans. Omar El-Béchir est notamment inculpé pour Soudan : six morts au moment où les discussions progressent, Ouest-France, 14 mai 2019. La situation reste cependant tendue, et six personnes sont tuées à Khartoum en marge des manifestations de cette même journéeSoudain : six tués à Karthoum en marge des manifestations, Libération, 13 mai 2019. Lors de la nuit du 15 au , les discussions sont suspendues pour 72 heures par l'armée. La junte exige alors que les manifestants démantèlent un des campements, tout en affirmant vouloir épargner le sit-in principal.
Le , des manifestations favorables à la charia et opposées au transfert du pouvoir aux civils ont eu lieu. Rassemblant une centaine de personnes, elles ont lieu devant le palais présidentiel. Ils considèrent un tel transfert du pouvoir comme un . Le , la Forces de soutien rapide (issue des janjawid) du vice-président du CMT, Mohamed Hamdan Dogolo sont déchargés de la sécurisation du campement, au profit de la police..
Le , le NISS empêche des procureurs et des policiers d'arrêter Gosh et de perquisitionner sa résidence.