vignette|La révolution cubaine est également un événement qui participe à l'émancipation économique des pays développés L’indianisme est une idéologie et un mouvement social qui naît en Amérique latine dans les années 1970-1980. Il a pour fondement idéologique le refus des formes héritées de la colonisation matérialisé par le contrôle économique et politique des créoles et métis. Il a aussi un héritage anticapitaliste et revendique un retour à la culture de l’époque précolombienne sous toutes ses formes.

Les bases intellectuelles de l’indianisme reposent sur la terre nourricière. Elle détermine une pratique culturelle, spirituelle (culte de Tiwanaku), un système politique organisé de manière très horizontale et reposant sur l’autorité des anciens et enfin un système économique collectivisé.

Les racines de l'indianisme remontent à des combats ponctuels au début de la colonisation. Néanmoins, l’expansion des textes marxistes dans le monde durant l’entre-deux-guerres marque le début d’une critique basée sur les systèmes d’exploitation productifs et matérialistes. Dans les années 1970 et 1980, après une période d’émancipation marquée par des innovations agraires, salariales et sociales, la critique du capitalisme se double chez les indianistes d'une critique du marxisme comme une idéologie européenne ne répondant pas aux réalités amérindiennes.

De nombreux mouvements se réclament de l’indianisme ou en font de facto parti, tels le Mouvement vers le socialisme d'Evo Morales, l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) au Chiapas, les Pachakutik ou encore en Amérique du Nord Idle No More. Le plus étudié est le katarisme bolivien. Ces mouvements se considèrent comme de petites nations ou petites communautés et sont organisés en fédération.

Un des aspects cardinaux de cette idéologie est sa problématisation. Elle cherche en effet à revisiter son histoire selon ses propres cadres analytiques. De plus, la singularité de ce mouvement social laisse les scientifiques occidentaux avec des lacunes essentielles. Les marxistes, d'un côté, ne saisissent pas le lien consubstantiel que les indianistes ont avec la terre, qui crée une ethnie. De l’autre, la revendication de l’identité ne va pas sans une économie partagée et sociale.

En outre, le combat indianiste est bivalent, il est à la fois critique, rejetant le capitalisme industriel et libéral mais aussi le marxisme, mais il est aussi résolument positif et créateur puisqu'il vise à instaurer une certaine conception de la société en proie avec les réalités des classes paysano-indigènes.

Historique De la colonisation à l'Indigénisme La découverte et l'exploration de l'Amérique marque le début d'une période de colonisation très rude pour les autochtones. Néanmoins à l'inverse du , il n'est pas question de supériorité raciale, mais de main d’œuvre et de richesse. Bartolomé de Las Casas, un colon espagnol, est en faveur d'une politique plus respectueuse des indigènes et respectant les conditions que l'on peut voir en Espagne. Néanmoins, les indigènes sont perçus comme des sauvages, avec un caractère d'humanité comme l'avait dit le pape en 1537 . Cette conception permet aux colons d'envisager une colonisation civilisatrice. La conséquence est la création d'une tripartition de la société indigène. Selon Delphine Couveinhes-Matsumoto il est possible de recenser trois types de populations indigènes : celles ayant conservé leur culture et leurs pratiques primitives grâce à leur isolement, les colonisés maîtrisés mais ayant conservé une partie de leurs pratiques et enfin, ceux ayant adopté la culture occidentale.

La question indigène naît avec la révolution de 1825 en Amérique Latine. Cette révolution détruit la colonisation d'agents extérieurs. Elle est la revendication et aboutit à une république bourgeoise similaire à ce qui a pu se passer en France en 1789. À savoir que la bourgeoisie, qui était dominante économiquement restait une minorité politique; la révolution fait concorder la majorité économique avec celle politique. La nécessité indienne se pose comme moyen d'émancipation vis-à-vis du colon espagnol ou portugais, constituer une différence culturelle entre les deux pays. C'est pour cette raison que cette question se pose en terme exclusivement culturel, elle ne vise pas à émanciper les populations dominées économiquement par les capitalistes. La revendication culturelle permet de créer une différence vis-à-vis des Espagnols dont est issue une partie de la population. Ainsi l'indigénisme se base sur un Indien préhistorique et ses stéréotypes. Il doit permettre d'unifier la nation sous une culture commune. Ce qui aboutit à créer dès le une culture littéraire et artistique nationale .

Néanmoins, l'indigénisme qui souhaite créer une nation unifiée est incompétente pour créer une émancipation des classes laborieuses. D'abord parce que les politiques indigénistes sont mises en place par une classe dominante issue d'un système économique féodal et se fondant très bien dans le moule capitaliste (cette élite, durant le , étend son influence quotidiennement). Mais également parce que poser la question en termes nationaux revient à occulter la lutte des classes. L'ouvrier est, partout dans le monde, soumis à la même domination économique. L'indigénisme vise, volontairement ou non, à occulter cette question, à rendre invisible les classes et à les fondre dans le moule national. Toutefois, à la différence des parties du monde ayant une économie industrialisée, le paysan a une condition de production particulière : il est en effet soumis à des hacienda , qui est en réalité une féodalité qui ne dit pas son nom. Ce sont par ailleurs les indigènes qui en sont victimes. Au , le paysage sociologique de l'Amérique latine est particulier, avec des composantes occidentales et des composantes propres à la région. Pour reprendre un exemple français et en comprendre l'intérêt, la politique vichyste entre 1940 et 1942 est l’acmé de la révolution nationale de Pétain, en parallèle des lois sont prises pour supprimer les syndicats et les luttes ouvrières, il s'agit "d'unifier une nation".

Le second tort lié aux Républiques qui se mettent en place, peut-être le tort dit princeps selon le point de vue marxiste, est que la source de profit de la bourgeoisie sud-américaine provient des États anciennement colonialistes et nouvellement impérialistes. Le grand industriel, qu'il soit du ou du , comme au Brésil, a pour vocation d'exporter vers les pays riches d'occident (tels que la France ou la Grande-Bretagne). En effet, la consommation se situe là où l'argent est, c'est-à-dire les pays déjà développés.

La naissance de l'Indianisme comme philosophie d’émancipation La naissance de l'indianisme est concomitante avec la naissance du socialisme et du communisme dans le monde. Or, les thèses de Marx ont mis du temps à atteindre les différentes parties du monde, ne serait-ce que pour la France où elles sont apparues avec importance dans les années entre-deux guerres. Le cas de l'Amérique latine est similaire. José Carlos Mariátegui écrit que le socialisme donne naissance à la critique de la colonisation sous des termes économiques et sociales alors que précédemment ces critiques étaient d'ordre moral ou civilisationnelles. Cette tendance se confirme par le début de l'intérêt pour la colonisation en tant que domination économique que l'on ressent, notamment, à travers l'ouvrage de Mariátegui écrit en 1928, ou encore par la naissance du Parti communiste péruvien en 1930, Le Parti communiste d'Uruguay en 1920, le Parti communiste du Venezuela en 1931.

Toutefois, Linera note que le marxisme n'exerce de véritable influence qu'à partir des années 1940, marquée par l'apparition du Parti de la gauche révolutionnaire, du Parti ouvrier révolutionnaire et par un fort apport intellectuel de la part de leurs dirigeants. La Bolivie qui est le réceptacle le plus important de la culture indianiste est la conséquence d'une diffusion simultanée du nationalisme révolutionnaire et du marxisme, de fait les deux se lient et s’entretiennent. Cela permet d'ancrer et de construire un paysage ouvrier indianiste. Cette diffusion n'est pas fortuite puisqu'elle arrive précisément au moment où la classe ouvrière bolivienne se transforme en prolétariat et intériorise cette rationalisation. Il est a posteriori, d'autant plus important que le marxisme nationaliste et révolutionnaire structure le futur Etat.

Selon Álvaro García Linera l'indianisme peut-être multiple et puise son inspiration dans divers mouvements. Il énonce 5 courants principaux ayant façonné cette lutte politique. Les Anarchistes dès la fin du et dont l'apogée se situe dans les années 1920-1930. Après la défaite du soulèvement de et Juan Lero en 1899, un mouvement que l'auteur appelle « indianisme de résistance » naît. Ces revendications sont celles de la protection des terres communautaires et de l'accès au système éducatif. Leur combat se matérialise tantôt par des négociations, tantôt par des soulèvements. Étant donné la forte présence des Aymara, il est organiquement indianiste. Néanmoins, il perd de la force avec l'émergence dans les années 1920 de partis nationalistes et révolutionnaires. Le marxisme originel en fait partie. Ce marxisme, d'après l'auteur, résout le problème du pouvoir de l'État par l'action directe. C'est ainsi que certaines figures, telles que Víctor Paz EstenssoroBiographie en espagnol de Victor Paz Estenssoro qui est assez complète. Elle retrace un parcours de politique qui semble banal, élu président en 1951, certaines de ses mesures sont révolutionnaires. vont participer à des gouvernements militaires et progressistes qui affaiblissent les conservateurs. C'est le Mouvement nationaliste révolutionnaire qui en 1952 prend la direction du mouvement révolutionnaire, ses actions directes permettent de forger une culture particulière qui domine en Bolivie pendant près de 35 ans.

Qu'en est-il de cette question aujourd'hui ? L'indianisme est aujourd'hui très morcelé comme l'atteste . Plusieurs organisations existent et parfois se font face en se revendiquant pourtant de l'indianité comme la Confédération des nationalités indigènes de l'ÉquateurSite non-officiel de la confédérationSite officiel de l'organisme. Cela entraine parfois des scissions. L'auteur note néanmoins qu'une base idéologique anti-étatique et anti-capitaliste les font se rejoindre. Alors que le morcellement serait considéré comme une faiblesse dans un État-nation à l'européenne, il semble être une forme de cohérence vis-à-vis de leur revendication.

Aujourd'hui cette question reste encore très prégnante dans l'Amérique latine soumise à un fort impérialisme économique, qui bien souvent touche les populations indigènes. Ces dernières, qui vivent dans une sorte d'harmonie avec la terre et donc dans des espaces naturels, sont victimes de l'exploitation de ressources souterraines ou forestières. La mobilisation des populations de ces endroits est alors essentielle pour enrayer l'implantation de ces grandes compagnies. En attestent les mobilisations du peuple Ngöbe-Buglé au Panama contre l’installation des entreprises et Rio Tinto.

vignette|Manifestation du peuple Ngöbe-Buglé au Costa Rica Pourtant, ces installations ont été concertées avec l'État central panaméen entre 1976 et 1980. Cela montre bien la limite effective de l'indigénisme qui se soucie peu des populations les plus fragiles ou minoritaires. C'est la mobilisation de ces 130 000 individus qui permet d'éviter l'implantation. Bien qu'il n'y ait pas une politisation au sens théâtral de la scène politique, la mobilisation, la prise de conscience d'une même condition sociale fait partie intégrante de l'indianisme.