alt=Plan d'une localité imprimé en noir sur un fond de papier beige|vignette|Plan des communes d'Estinnes-au-Mont et d'Estinnes-au-Val dressé par Théophile Lejeune. Le plan contient également les localisations historiques de, par exemple, l'ancienne grande villa romaine ou l'emplacement présumé du palais du domaine royal. Les Estinnes (Leptis, Leptines, Leptinnes, Lestines, Liftinas ou Liptinas) est un lieu historique situé en Belgique, dans la province de Hainaut, aujourd'hui dans l'actuelle commune d'Estinnes, plus particulièrement dans les sections d'Estinnes-au-Val, Estinnes-au-Mont, Bray, Vellereille-les-Brayeux, Faurœulx et environs. Ce lieu, déjà occupé pendant la préhistoire, sert d'important lieu de production à travers les âges : un gallo-romain, un domaine royal franc pépinide et carolingien pour devenir à la fin du un domaine comtal des comtes de Hainaut. Petit à petit démembré par ceux-ci, le lieu-dit Les Estinnes et ses reliquats encore présents en fin du disparaissent à la Révolution française et le tout est divisé en plusieurs communes.

Dès la préhistoire, les lieux sont occupés par les hommes : des outils de pierre, des mégalithes ou leurs traces en attestent la présence à cette époque. Les traces ultérieures d'activités humaines datent de l'époque de la Gaule romaine. En témoignent la présence de fondations de plusieurs villas romaines, d'installations agricoles et de quelques restes mobiliers qui indiquent la présence d'un (domaine agricole romain) construit autour de la chaussée romaine de Bavay à Cologne. Jusqu'au , ce connaît une activité économique et stratégique importante. Les invasions barbares, laissent ces installations romaines à l'abandon jusqu'à la ruine des villas et des fermes.

Les Estinnes, deviennent probablement au début du , un domaine royal appartenant aux Pépinides qui s’étend sur et semble s'être maintenu jusqu'au . Une grande demeure, palais ou villa royale placée au centre du domaine royal (sur l'actuel Estinnes-au-Val) constitue probablement un relais ou un gîte pour les souverains constamment en déplacement. En , le concile de Leptines est convoqué par Carloman Ier, alors maire du palais des royaumes francs, semble se dérouler dans cette villa dont l'emplacement exact se situe peut-être dans l'actuel Estinnes-au-Val.

Au , le fisc royal des Estinnes passe aux comtes du (pays hennuyer) et devient donc un domaine comtal. Celui-ci est progressivement démembré par diverses donations en fiefs que les comtes du Hainaut font aux vassaux méritants ou aux abbayes et notamment celles de Lobbes ou de Bonne-Espérance. En outre, pour des raisons probablement démographiques ou culturelles, après le , la paroisse de saint Martin d'Estinnes est divisée en deux : Estinnes-au-Val consacrée à saint Martin et Estinnes-au-Mont à saint Remy. Au l'autel de la paroisse d'Etinnes-au-Mont est cédé au chapitre cathédral de Cambrai et, au , Bray est détaché d'Estinnes-au-Val. Cependant, toujours au , le domaine comtal reste encore très prospère au vu par exemple de l'assignation successive des seigneuries de Bray et des Estinnes en douaire pour les comtesses du Hainaut. Malgré tout, entre guerres et reconstructions diverses, le démembrement continue et seulement quelques traces du domaine sont encore visibles à la fin du .

Essais de toponymie Le nom « Liftinas » ou « Liptinas » est mentionné dans des documents écrits qui concernent le concile de Leptines de l'an . Il est communément admis que les premières mentions du lieu « Listina » datent de l'an et se trouvant sur deux diplômes prétendument écrits par Pépin de Herstal. Mais il est démontré qu'il s'agît de faux dont l'écriture ne peut être antérieure à , le toponyme « Listina » n'apparaissant au plus tôt qu'en dans un traité sur les villas romaines des Estinnes et en « Leptinas » sur un denier d'argent de Charle-le-Chauve : . D'autres formulations comme « Leptis », « Leptines » ou « Lestines » sont rencontrées par après..

Cependant, il semble que l'origine du nom soit plus ancienne. L'une des hypothèses se base sur le nom de colons germains déportés de la Germanie par l'empereur Maximien Hercule vers la Nervie au cours du : les Lètes, « Loetes » ou « Leptes ». Théophile Lejeune, historien érudit du et promoteur de cette hypothèse, qualifie les Lètes de « colon ou tenancier », l’étymologie de ce nom venant du germanique « » ou « » qui signifie « serf ». Ainsi le lieu situé sur la voie romaine reliant Bavay à Cologne à proximité de (Waudrez) devient la , terre des Lètes, vastes plaines cultivables à l'origine des villages au nom originaire de « Liptines » ou « Leptines ». Le suffixe « -inne », utilisé dans de nombreux noms de village, de « Leptines » signifie « endroit ».

Une autre hypothèse se rapporte au mot francique « » signifiant « pierre » et qui peut être étendu à la notion de « maison fortifiée » ou « palais » dans la langue des Teutons. Plus tard l'article « li » (le, les) s'ajoute et forme le nom « li stine » désignant « le palais » et fait référence aux villas royales se trouvant sur les lieux au moment du concile de Leptines en . Mais cette signification est battue en brèche par Théophile Lejeune : l'endroit étant déjà habité pendant la période gallo-romaine, la signification de Leptines ne peut s'établir que sur la seule base du concile. Il rejette aussi la théorie du chroniqueur du , Jacques de Guise qui fait également de « stine » une traduction de « pierre » mais se rapporte à l’ancienne existence d'un monument érigé en l'an par ordre du général Annolinus. Selon Lejeune, il n'y a aucune de preuve tangible de l'existence d'un tel monument. Au mieux, le nom « stines » équivalant à la pierre, ne pourrait résulter que de la proximité des lieux avec une énorme « pierre druidique » dite « Pierre de Bray » qui était encore visible au non loin du territoire d'Estinnes-au-Val. L'historien Jules Monoyer envisage les deux hypothèses comme complémentaires. Le « » des Francs et le « » du concile se confondent en langues romanes en « » ou en « »..

L'époque des mégalithes Les mégalithes se distinguent en deux classes, menhirs et dolmens, et sont témoins de l'époque néolithique européenne. Dans les provinces de Namur, du Luxembourg et du Hainaut, ils attestent de l'occupation humaine au milieu du Cependant, seulement une dizaine de menhirs et une seule paire de dolmens subsistent encore dans ces provinces et ne représentent qu'une infime partie de ceux qui étaient élevés durant la période néolithique. Les autres ont disparu à cause des travaux agricoles, des constructions de fermes, de champs, du tracé de routes, de rails ou sous la pression de la christianisation des populations locales..

La Pierre de Bray La Pierre, la Longue Pierre ou la Pierre de Bray est une pierre aujourd'hui disparue. Anciennement située à mi-chemin entre Bray et Estinnes-au-Val au croisement de la route de Mons et du vieux chemin Estinnes - Bray - Le Rœulx, elle est mentionnée pour la dernière fois dans l'Atlas de la Guerre de Succession d'Espagne établi entre et par Eugène-Henri Fricx. D'autre part, Jacques de Guise la mentionne probablement au et situe son origine à l'an , ce qui démontre son existence à ce moment. Moment au cours duquel on considérait son origine à l'époque romaine. Renversée et détruite en , ses débris ont servi à la construction d'un canal amenant l'eau au moulin de Saint-Jacques à Binche. La pierre devait mesurer de haut pour sa partie hors de terre et de large. Fixée sans aucune fondation, elle était enfoncée par sous terre et devait peser plus de . Quelques silex travaillés ont été recueillis dans les environs immédiats de la Pierre et à de là se trouvent deux gisements néolithiques.

Les mégalithes d'Estinnes gauche|vignette|Les mégalithes d'Estinnes-au-Val Les deux mégalithes d'Estinnes ont été retrouvés enfouis par l'homme au cours d'une époque inconnue dans un champ aux abords de la commune. L'équipe du Cercle d'Histoire et d'Archéologie d'Estinnes, au cours du sauvetage des deux pierres, a également mis au jour une tranchée circulaire entourant les deux pierres. La première pierre repose sur sa face d'érosion pèse et est accompagnée de divers outils dont deux petites dalles à profils de coin et d'un galet cylindrique pouvant être utilisé comme broyeur ou percuteur. La seconde pierre allongée et étroite retrouvée à une trentaine de mètres de la première montre des surfaces taillées. La disposition des alentours et la forme des deux mégalithes laisse entendre qu'ils sont dressés au cours du Néolithique dans les limites d'Estinnes-au-Val et qu'ils pourraient être inclus dans un ensemble de pierres dont fait partie la Pierre de Bray. Ces deux mégalithes sont aujourd'hui déplacés et visibles à vers l'est de l'endroit où ils ont été découverts, au sud-est du cimetière d'Estinnes-au-Val à l'entrée de la rue de Bray.

Le domaine agricole romain La chaussée romaine de Bavay à Cologne (ancienne capitale de Nervie) construite vers , vraisemblablement sur une route préexistante édifiée par les Nerviens, constitue un axe commercial, culturel et militaire entre les deux villes. Aujourd'hui connue sous le nom de chaussée Bruneheault, elle fait partie d'un réseau routier construit en étoile à partir de Bavay. C'est le long de ces routes que se forment probablement des communautés agricoles nerviennes qui, dès l'arrivée des romains, se transforment en composés de plusieurs villas gallo-romaines..

C'est le cas du des Estinnes qui, situé entre les deux forts romains de Givry et de Morlanwelz, forme un réseau de routes à partir de la chaussée vers les villas, points d'eau, centres religieux éloignés ou des terres plus distantes comme Bray, les actuels Faurœulx, Peissant, Merbes-Sainte-Marie ou Merbes-le-Château. Carrefour au cœur de ces routes, l'endroit devient peu à peu un important centre de production agricole et artisanal. Du au , période pendant laquelle il est continuellement en activité, le des Estinnes (ou sans doute « Leptines ») semble couvrir plus de de terres cultivées et est composé d'une grande villa dont les fondations sont découvertes dans l'actuelle Estinnes-au-Val et d'autres plus petites dans l'actuel Estinnes-au-Mont. Ce fundus alimente les légions romaines voisines et constitue un considérable centre commercial entre les localités voisines..

Située à l'actuelle Estinnes-au-Val, à de la chaussée romaine se trouvent les vestiges de la plus grande villa du qui semble être, au début du , une importante résidence dont les vestiges portent, au moment de leur fouille en 1851, de nombreux indices de grande richesse : . Des restes de gibier comme des cornes de cerfs et dents de sangliers, laissent penser que la villa est alors entourée de vastes forêts qui sont la propriété des maîtres. Parmi d'autres vestiges que ceux qui sont ordinairement récoltés dans ce genre d'habitation : plusieurs monnaies à l'effigie de Germanicus, Néron et Valens. Le rez-de-chaussée compte à lui seul plus de vingt chambres dont les murs sont anciennement recouverts de stuc, de granit et de plaques de marbre blanc ; cette villa est similaire aux plus grandes villas romaines découvertes dans l'ancien empire romain, elle constitue, probablement le centre d'une agglomération de petites maisons alors construites autour de la rivière, le Rieu-des-Estinnes, qui traverse le . Les restes de ses maisons sont découverts au notamment lors de la construction de bâtiments contemporains. Également découverte au au nord-ouest d'Estinnes-au-Mont, d'autres villas, plus petites, aux vestiges mobiliers plus sobres, probablement habitées par une population plus rurale et plus modeste. Elles sont sans doute une dépendance de la plus grande villa d'Estinnes-au-Val.

Au début du , les bâtiments du sont régulièrement détruits par les envahisseurs germaniques et il n'y a plus aucune trace d'occupation romaine à la fin du siècle. La grande villa et ses dépendances sont alors abandonnées.

Le domaine royal pépinide