Les soddos, nom local en langue gedeoAnne-Lise Goujon, « Des pierres phalloïdes par milliers en Éthiopie méridionale. », in Afrique : Archéologie & Arts, , , Archéologies et sciences de l’Antiquité, Nanterre, 2018 (), sont des stèles funéraires visibles sur les contreforts orientaux de la Grande faille et au nord ouest du lac Abaya en Éthiopie. Elles se distinguent des autres stèles appartenant au mégalithisme éthiopien par leur symbolisme phallique très explicite.

Une découverte tardive vignette|« Pierres de Gragne » sur le site archéologique de Tiya découvertes par l'expédition Rothschild.

L'existence de « pierres de Mohammed Gragne »Nom donné aux menhirs d'Abyssinie par les Oromos musulmans qui y voient autant de tombeaux dressés pour honorer les héros morts au combat durant la guerre adalo-éthiopienne. est signalée dans le Choa, pour la première fois en 1878 par le capitaine et explorateur italien , Da Zeila alle Frontiere del Caffa, viaggi di Antonio Cecchi., vol. I, , Société géographique italienne, Rome, 1886., puis en 1882 par l'associé d'Arthur Rimbaud, Paul SoleilletP. Soleillet, Voyages en Éthiopie, Rouen, 1886.. En 1886, l'ingénieur Alfred Ilg, membre de l'expédition du géographe Jules Borelli, photographie des soddos à Illalu, Sombo et SedenJ. Borelli, Éthiopie méridionale. Journal de mon voyage aux pays Amhara, Oromo et Sidama, septembre 1885 à novembre 1888., Quantin, Paris, 1890.R. Joussaume, Tuto Fela et les stèles du sud de l’Éthiopie., , Éditions Recherches sur les civilisations, Paris, 2007. au nord du Wolaïtta, dans une vaste région alors appelée Soddo. Ces des régions plus méridionales sont repérés à l'été 1899 par le comte , explorateur russe mandaté par Menelik II, Exploration des provinces équatoriales d'Abyssinie. Expédition de Dedjaz Comte de Léontieff., , Société de géographie, Paris, 1900. Grâce aux indications d'Alfred Ilg, des spécimens originaux de ces menhirs sont inventés en 1904 dans le Soddo, à Tiya ainsi que dans les trois autres sites situés à quelques kilomètres de Sombo, AmbetClaude Tournemire, « Ambet, site archéologique dans le sud de l'Éthiopie. Redécouverte de trois stèles éthiopiennes du Soddo à l'ISIAO (Rome). », in Annales d'Éthiopie, , , 2014 (). et Seden, par Maurice de RothschildV. Chollet & H. Neuville , « Note préliminaire sur des mégalithes observés dans le Soddo », in Bulletin, IX, , , , Société philomathique de Paris, Paris, 1905. qu'accompagnent un militaire français et un anatomiste du Muséum. Le court rapportV. Chollet & H. Neuville , « Note préliminaire sur des mégalithes observés dans le Soddo », in Bulletin, IX, , , , Société philomathique de Paris, Paris, 1905. du lieutenant Victor Chollet et du futur secrétaire de l'Institut de paléontologie humaine Henri Neuville font entrer ces pièces dans le champ de l'anthropologie. Souvent décorés de quelques gravuresV. Chollet & H. Neuville , « Note préliminaire sur des mégalithes observés dans le Soddo », in Bulletin, IX, , , , Société philomathique de Paris, Paris, 1905. en bas-relief, ce sont des mégalithes de moyen gabarit extraits de carrières de rhyoliteV. Chollet & H. Neuville , « Note préliminaire sur des mégalithes observés dans le Soddo », in Bulletin, IX, , , , Société philomathique de Paris, Paris, 1905. qui paraissent tout à fait mystérieux aux autochtonesV. Chollet & H. Neuville , « Note préliminaire sur des mégalithes observés dans le Soddo », in Bulletin, IX, , , , Société philomathique de Paris, Paris, 1905.. En dépit de l'usure du matériel, les auteurs en notent la singularité qui empêche de les rapporter aux menhirs déjà connus en Abyssinie ou même ailleursH. Neuville, « Mégalithes abyssins et mégalithes indiens. Remarques sur l'interprétation de leurs détails. », in L'Anthropologie, , , 1932..

Peu avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale le gouverneur de la province de l'Illubabor, Nādaw Abbā Wallo, en découvre à Abéra, village du SidamoG. Sarton, « Cinq années de recherches archéologiques en Éthiopie by R.P. Azaïs, R. Chambard », in Isis, , , , septembre 1933.. En 1926, plusieurs vestiges d'alignements mégalithiques et de champs de stèles sont présentés par les autorités locales du Sidamo et du Konso au révérend père Azaïs, un archéologue missionné par le rās Tafari pour explorer le patrimoine nationalA. Chekroun, « Un archéologue capucin en Éthiopie (1922-1936) : François Bernardin Azaïs. », in Afriques, 2011., mais les stèles phalliques ne sont pas mentionnées dans l'édition qui a été tirée de ces expéditionsF. B. Azaïs & R. Chambard, Cinq années de recherches archéologiques en Éthiopie, Librairie orientaliste Paul Geuthner, Paris, 1931.. Ceux des expéditions ultérieures menées en compagnie de l'abbé Breuil jusqu'en 1935 resteront à l'état de brouillon, seuls quelques articles étant publiés dans des bulletins à très petit tirage. En 1931 pourtant le capucin et Roger Chambard, le jeune professeur du lycée d'Addis Abeba qui l'assiste, ont bien fouillé trois sites de phalliques soddosAnne Lise Goujon, « Paysage mégalithique de la zone Gedeo : pour une documentation et une étude des sites à stèles de l’Éthiopie méridionale. », in Hypothèses, CFEE, Addis-Abeba, juillet 2015.. La fouille de l'un d'euxPhotographies du père Azaïs, in Joussaume & al., 2010, op. cité., à Waheno en pays sidama, permet au savant d’établir que les soddos ne marquent pas des tombes mais sont répartis en avant d'un sépulcre unique et, au vu de la céramique, la hache polie et les obsidiennes qui y ont été trouvéesR. Joussaume, J. P. Cros, & R. Bernard, « Chelba-Tutitti : site à stèles phalliques du sud de l’Éthiopie. », in Afrique : Archéologie & Arts, , , Archéologies et sciences de l’Antiquité, Nanterre, 2010 ()., probablement ancestral. La même année, treize stèles du Soddo et du Gouragué sont emmenées à Addis-Abeba pour servir au futur musée d'archéologie, dont deux figurent probablement encore dans les collections éthiopiennes et seulement trois ont été retrouvées en 2010 à Rome, dans la réserve de l' désaffectéClaude Tournemire, « Ambet, site archéologique dans le sud de l'Éthiopie. Redécouverte de trois stèles éthiopiennes du Soddo à l'ISIAO (Rome). », in Annales d'Éthiopie, , , 2014 ()..

C'est en qu'une expédition allemande conduite par , disciple de Léo Frobénius et adepte du qui refusera de se plier à la loi nazie imposant le divorce d'avec les conjoints déclarés « juifs », recense, de nouveau en pays darassa, une première vingtaine de sites, dont quatre sont étudiés, Urgamo, Kambela, Balasha et Tuto Fela. Dix sept stèles de ce dernier site sont transportées au de Francfort. L'histoire tourmentée de l'Éthiopie, depuis l'occupation italienne jussqu'à la famine de 1985, a fait que les études des « pierres de Gragne » en général et en particulier des soddos du pays darassa, désormais appelé gédéo, n'ont été reprises qu'au début des années quatre-vingt à l'initiative de la Section d’archéologie créée en 1952 par la France et l'Éthiopie au sein de la d'Addis-AbebaF. Anfray, cité in Huguette Meunier, « L’aventure archéologique des Français en Éthiopie », in L'Histoire, Sophia Publications, Paris, 5 janvier 2016 .. Concernant celles ci, les premières fouilles sont conduites de 1993 à 2011 à Chelba Tutitti et à Tuto FelaR. Joussaume, « Les cimetières superposés de Tuto Fela en pays Gédéo (Éthiopie), et quelques réflexions sur le site de Chelba-Tutitti. », in F. X. Fauvelle Aymar, P@lethnologie, "Palethnologie de l’Afrique", , 2012.. Une seconde campagne, brève et pluridisciplinaire, est menée en 2018 sur les sites de Boji, Boditi, Tuto Fela et Sede MercatoA. Tixier, Éthiopie, le mystère des mégalithes, MC4, Paris, 2018..

Répartition géographique Les soddos se rencontrent principalement dans trois zones administratives, lesquelles ont été définies selon des critères linguistiques et historiques. Quarante neuf sites ont été recensés au sud d'Yirgalem en pays gédéo, qui est une enclave verdoyante située sur un horst à une trentaine de kilomètres à l'est du lac Abaya. Les principaux se répartissent au-delà de Wenago à distance de la piste qui s'étire vers le sud mais aussi dans les montagnes à l'ouest de Bule. Trois de ces sites l'ont été en 2018Vincent Ard & Anne Lise Goujon, « Megalithic lanscape : first Abaya archaeological mission (Gedeo, SNNPR; Guji, Oromia). January 11-25, February 20 – March 10, 2018. », in Hypothèses, CFEE, Addis-Abeba, mai 2018., ce qui laisse supposer qu'il y en a peut-être encore d'autres à découvrir.

Une quarantaine d'autres sites ont été repérés dans les hautes vallées voisines du pays , au sud est du pays gédéo en territoire aujourd'hui oromo, et autant en pays sidamaLakew Bezuhayehu & Girma Minase, « A field survey and registration report on tangible heritage in Gedeo and Sidama zones. », Bureau régional de la culture et du tourisme, Awasa, 1997., contrée contigüe qui s'étend au nord entre le lac Abaya et le lac Awasa mais a résisté à l'assimilation oromo.

Il existe enfin plusieurs sites de soddos au WolaïttaF. Anfray, « Wolayta. », in Annales d’Éthiopie, , , pl. LXX et LXXXVIII-XCI, Section d’archéologie, Addis-Abeba, 1982 ()., pays des collines qui dominent la rive nord ouest du lac Abaya, et même plus au nord au Hadiya et au KambaataF. Anfray, « Wolayta. », in Annales d’Éthiopie, , pl. LXXXV-LXXXVII, Section d’archéologie, Addis-Abeba, 1982 ().. Les soddos de ces deux dernières contréesF. Anfray, « Kambata et Hadiya. », in Annales d’Éthiopie, , , Section d’archéologie, Addis-Abeba, 1982 ()., souvent isolés, sont minoritairesR. Joussaume, « Pierres dressées chez les Hadiya du sud de l’Éthiopie », in Afrique : Archéologie & Arts., , , Archéologies et sciences de l’Antiquité, Nanterre, 2007 (). au sein d'un mégalithisme qui se rattache au style non phalloïde de Tiya. Dans le Wolaïtta, vingt cinq des trente huit stèles reconnues sur dix huit sites sont des soddosF. Anfray, « Kambata et Hadiya. », in Annales d’Éthiopie, , , Section d’archéologie, Addis-Abeba, 1982 ()..

Contexte historique Cette région isolée des contreforts orientaux de la Grande faille n'est rattachée à l'Éthiopie qu'à la fin du , en 1891, dans le cadre de l' « Aqanna », la conquête coloniale menée par Ménélik II achevant l’œuvre de son grand père.