Le château de Costeraste est un bâtiment défensif édifié à partir de 1218 situé sur la commune de Gourdon, département du Lot.

vignette|Vue aérienne, fin du

Reconstruit après la guerre de Cent Ans et modifié aux , il a été édifié durant la Croisade des Albigeois avant de devenir la base d'opération de compagnies de routiers pendant la guerre de Cent Ans. Plusieurs familles grandiront successivement entre ses murs : les Tustal, les Lalande, les Albareil, les Peyronnenc, les Calvimont avant qu'il ne soit vendu comme bien national sous la Révolution française. Scindé, dépecé, transformé, il retrouvera à partir du milieu du , une famille, les Boudet, pour le sauver et le restaurer. À travers les péripéties de ses propriétaires et l'évolution de son architecture, il est le témoin de tous les événements de l'histoire de France, du Moyen Âge jusqu'à nos jours.

Historique

L’ascension d’une famille, les Ebrard : 1119-1348 C’est dans l’entourage des seigneurs de Gourdon, qui dominent la majeure partie du Quercy entre les rivières Lot et Dordogne, qu’apparaît pour la première fois la famille des Ebrard. En effet, en 1118, le seigneur de Gourdon reçoit le pape Calixte II pour poser la première pierre d’un monastère qui sera affilié à l’ordre de Cluny. Un an plus tard, en 1119, une série de donations ont lieu de la part de notables pour permettre au monastère d'assurer son autonomie financière. Parmi les donateurs, on trouve un certain Ebrard - à l’époque un simple prénom - et son fils Guillaume, qui lèguent « un étang, deux moulins et une plaine labourable». Un don très important pour l’époque et qui nous renseigne sur la situation financière et la position sociale du donateur. Ebrard est en effet qualifié, dans le texte de donation, de cocus, ce qui en fait le responsable de l’approvisionnement du castrum de Gourdon. Un office où les occasions de s’enrichir sont particulièrement nombreuses, mais qui ne permettent pas aux Ebrard d'appartenir à l’aristocratie : ils ne sont pas des chevaliers. Pas encore.

Entre 1152 et 1180, de nombreux Ebrard apparaissent, en tant que témoins, dans des actes de donation des notables locaux en faveur de la puissante abbaye d'Obazine. On remarque que dorénavant Ebrard est devenu un nom de famille et qu’autour de 1180, ils sont à leur tour donateurs - de terres et de villages - sur le causse de Gramat. Ainsi à l’aube du , les Ebrard sont désormais une lignée clairement identifiée sur plusieurs générations et dont les possessions, d’abord regroupées autour de Gourdon s’étendent désormais jusqu’à Rocamadour.

L’irruption de la Croisade des Albigeois en Quercy et Périgord en 1209, puis 1214, suivie par les défaites successives du comte de Toulouse amènent le baron de Gourdon à faire allégeance au vainqueur, Simon de Montfort, et même à combattre à ses côtés lors du siège de Toulouse. Pour le remercier de sa fidélité, ce dernier le gratifie de revenus, le , par un acte où apparaît comme témoin à la fois le fils de Simon de Montfort et un représentant de la famille Ebrard, Géraud, devenu – enfin – chevalier.

La naissance du château Ce sont des conditions géopolitiques et historiques précises qui donnent naissance au château de Costeraste.

À l'été 1218, le baron de Gourdon, après avoir combattu au côté des Croisés dès 1209, se retrouve dans une position périlleuse à la mort de son suzerain et protecteur, Simon de Montfort. En effet, les seigneurs quercinois, qui sont restés fidèles au comte de Toulouse, reviennent dans leurs fiefs. En particulier, le baron Almavin de Pestilhac, spolié de ses terres, qui retrouvent ses possessions jusqu'à Cazals, et dont l'un des vassaux établi à Concorès se trouve aux porte de Gourdon. C'est donc face à la vallée du Céou - pour se prémunir contre toute attaque - que sont construits la tour et la castrum de Costeraste pour verrouiller l'accès de la ville Gourdon.

C’est donc à partir de 1218 que l’on peut situer la fondation du castrumUn castrum est un espace fortifié autour d’un repaire central constitué d’une tour et d’une salle, avec une ou des maisons fortes qui abritent des familles nobles de moindre rang et un village associé qui regroupe paysans et artisans. de Costeraste par les Ebrard. Construction qui a dû être rapidement achevée eu égard à l'urgence de contrôler et de défendre ce verrou stratégique.

L’édification du castrum de Costeraste doit donc avoir eu lieu dans la premier quart du , ce que confirme la dernière analyse architecturale des bâtiments menée en 2009.

Le choix du site - qui surplombe à la fois la route venant de Cahors et celle de Domme - est aussi lié au développement du pèlerinage de Rocamadour. Le château pouvait ainsi contrôler la voie des pèlerins venant du Sud, mais surtout celle de la mer. En effet, les pèlerins, très nombreux, qui venaient de l'Europe du Nord, débarquaient en bateau à Libourne, puis remontaient la Dordogne jusqu'aux ports de Domme. Ces contingents de pèlerins passaient alors immanquablement sur les terres du château où le seigneur pouvait leur accorder aide et protection... sans doute pas désintéressées.

Les vicissitudes d'une famille Un fief, un castrum, la famille Ebrard a atteint son but : s’émanciper des Gourdon en profitant de l'instabilité politique et installer solidement leur lignée au centre d’une position stratégique.

Pourtant l’Histoire se rappelle bientôt à eux car, à la fin de l’année 1241, c’est toute la région de Gourdon qui est soumise à une enquête pour hérésie de la part de l’inquisiteurs Pierre Celan qui va prononcer de nombreuses condamnations. Ainsi, Bernard et Arnaud d’Ebrard - les deux frères cadets de Géraud, le fondateur du château de Costeraste - accusés d'avoir fréquenté des cathares à plusieurs reprises, se voient condamnés à effectuer deux pèlerinages, à Saint Gilles et au Puy, ainsi qu'à subvenir aux besoins d’un pauvre pendant un an.

En 1246, les Gourdon, incapables de payer la dot de l’une de leurs filles, se séparent de toute la partie sud de leur territoire qui devient la baronnie de Salviac dont le fief de Costeraste fait désormais partie.

En 1274, une procédure judiciaire indique que les Ebrard sont présents à Costeraste depuis au moins deux générations.

En 1289, sous Philippe le Bel, un nouveau traitéLe traité de Paris redéfinit les conditions de paix entre la France et l’Angleterre en attribuant au roi d’Angleterre des revenus financiers dans le Quercy, parmi lesquels ceux du repaire de Costeraste dont c’est la première mention écrite.

En 1310, le juge pour le roi d'Angleterre, Arnaud de Codico, se plaint que le repaire de Costeraste soit toujours sous l'autorité du roi de France..

En 1337, la baronnie de Salviac change de main et, à l’occasion de cette vente, on apprend que le castrum de Costeraste est habité par deux familles nobles : les Ebrard qui possèdent la salle seigneuriale et les EngolèmeEn mars 1337, Gilbert d'Engolème, créé par testament, une chapellenie sur te terroir de Salepissou qui possède un moulin sur le Bléou. – anciens officiers de justice des seigneurs de Gourdon – qui résident dans l’hospicium, la maison forte. Les deux familles se partagent le contrôle de la tour féodale.

alt=|vignette|ancienne tour et salle seigneuriale,

Les seigneurs de la guerre : 1348-1391 Durant la Guerre de Cent ans, le castrum de Costeraste a été le quartier général, pendant plus de , de bandes successives de soldats de fortune: les routiers, qui ont laissé une empreinte sanglante dans toute la région.

L'arrivée de la peste dans le Quercy au printemps 1348 désorganise en profondeur les structures sociales ainsi que les lignages aristocratiques. De même, l'activité économique connait un effondrement brutal. Epidémie, mortalité, misère: ce sont sans doute ses causes multiples qui font basculer la seigneurie de Costeraste dans l'anarchie et le brigandage.

C’est entre l'été et la Toussaint 1348, après la prise du bourg, tout proche, de DégagnacDégagnac, au sud de Costeraste, passe aux mains anglaises fin juillet 1348 que s’installe, dans le castrum, une troupe de mercenaires favorable aux anglais. Contrairement aux idées reçues, cette bande de soldats de fortune est entièrement composée de locaux – le plus souvent des paysans et des artisans en rupture de ban - et dirigée par un bourgeois de Gourdon entré en dissidence : Aymar d’Ussel. Ce dernier va, durant des décennies, mettre en coupe réglée tout le territoire situé entre les rivières Dordogne et Lot.

Installés face l'opulente ville de Gourdon, demeurée fidèle au roi de France, le quotidien de ses soldats de fortune n’est fait que d'exactions, pillages, viols, rapts, et meurtres comme le révèle l’interrogatoire minutieux, en 1349 d'un des leurs.: Pons de Vers dit Pot fendu qui reconnaît pas moins de six vols, un viol et deux meurtres.

Les violences sont d'ailleurs telles qu’à plusieurs reprises, à partir de 1357, le roi d’Angleterre réclame à plusieurs reprises le bannissement et l'arrestation- mort ou vif - d'Aymar d'Ussel. En vain, car le chef des routiers, s’est allié avec les familles du castrum – les Ebrard et les Engolème – qui participent allègrement au pillage des campagnes et à la mise à sac du voisinage. En février 1359, ils enlèvent leur voisin - Arnaud de Pelegri avec toutes sa famille, et s'emparent de sa maison forte. L'été suivant, ils menacent et rançonnent Cahors à plusieurs reprises. Des exactions qui n'empêchent pas Aymar d'Ussel d'être invité, comme capitaine de Costeraste, à la remise solennelle de la ville de Gourdon au roi d'Angleterre, en janvier 1362 en vertu du traité de Brétigny qui donne le Quercy à l'Angleterre.

La puissance et la dangerosité de cette bande de routiers sont d’ailleurs devenues telles qu’en 1370, le baron de Salviac, suzerain de Costeraste, finit par abandonner certains droits de la seigneurie à son occupant : Aymar d’Ussel d'autant que ce dernier vient de passer du côté françaisle 23 juin 1375, Aymar d'Ussel, qualifié de seigneur de Dégagnac et Géraud d'Ebrard, qualifié de damoiseau, sont témoins de la prestation de serment de Jean de Massault, comme défenseur du château de Fénelon contre les anglais ce qui conduit à des attaques des partisans du roi d’Angleterre contre le château de Costeraste en 1376 et 1377. Si Aymar d’Ussel finit par abandonner définitivement les lieux – on perd sa trace à partir de 1381 – il n’en est rien des Ebrard qui, eux, continuent de s’allier avec d’autres chefs de pillards comme Noli Barbe ou Ramonet del Sort.

Certains membres de la famille vont même plus loin, comme ce Mondon EbrardSans doute un bâtard, car il ne porte pas l'un des deux prénoms en usage pour les fils légitimes: Géraud ou Ebrard qui, après avoir participé à l'attaque de la ville de Figeac en 1372, combattra comme mercenaire jusqu’en Espagne. De retour en Quercy et Périgord, Mondon, devenu un chef de guerre réputé, sera comblé de faveurs par le roi d'Angleterre. Ce dernier lui octroie, en 1381, des revenus sur la ville de Bergerac, puis la concession des bailliages de Sainte Foy la grande, Villefranche du Périgord et DommeComme ces bailliages étaient restés fidèles au roi de France, les donner à Mondon Ebrard ne pouvait inciter ce dernier qu'à les attaquer pour s'en emparer. et enfin le droit fructueux d'importer en Angleterre cent tonneaux de vin de Haut Aquitaine.