La Ligue du LOL est un groupe Facebook privé créé en par le journaliste Vincent Glad et regroupant des hommes et quelques femmes, blogueurs, journalistes, communicants, publicitaires parisiens, parmi les utilisateurs les plus influents de Twitter en France à l'époque..

L'affaire éclate dans les médias le , lorsque le service Checknews, vérificateur de faits du journal Libération, publie un article sur la Ligue du LOL.. intitulé : « La Ligue du LOL a-t-elle vraiment existé et harcelé des féministes sur les réseaux sociaux ? ». Une dizaine de plaignants sont alors interrogés et dénoncent ces actes de harcèlement moral par certains membres du groupe et leur public sur Twitter. Certains des membres et d'autres personnes extérieures au groupe sont accusés de s'être livrés à du harcèlement, coordonné, parfois à connotation sexiste, antisémite ou homophobe.

Une liste de noms de membres présumés de la ligue du LOL est publiée anonymement. Face à ces accusations, certains membres de la ligue affirment ne pas avoir participé à du cyber-harcèlement et ne pas avoir été au courant de tout ce dont témoignent les plaignants, se désolidarisant du groupe comme entité. D'autres membres reconnaissent des faits de harcèlement, qu'ils attribuent souvent à d'autres qu'eux-mêmes, assurant n'avoir été que des , ou mentionnent .

L’affaire de la Ligue du LOL apparaît dans un contexte. de révélations d'affaires de harcèlement ou de sexisme au sein des rédactions de Franceinfo, Vice, Télérama, au Monde ou au Huffington Post. Tout ceci déclenche une vague de réactions non seulement sur les réseaux sociaux, mais, aussi dans la sphère politique et à l'étranger, certains commentateurs parlant à cette occasion d'un .

Plusieurs membres de la ligue du LOL sont mis à pied, suspendus, licenciés, ou voient certains de leurs projets et collaborations brutalement interrompus. Certains d'entre eux saisissent le conseils de prud'hommes pour contester ces licenciements.

À partir de , des contre-enquêtes sont réalisées par certains journaux. Plusieurs médias admettent finalement des erreurs dans le traitement médiatique de l'affaire, reconnaissant un emballement, voire un ..

Libération est relaxé par les prud'hommes en 2020 de la plainte pour licenciement abusif d'un de ses ex-journalistes, mais est condamné en 2022 pour celui de Vincent Glad, jugé sans cause réelle et sérieuse.. Le journal Les Inrockuptibles est quant à lui condamné en 2021 dans un autre cas.

En , le parquet de Paris classe l'enquête pour harcèlement sans suite pour .

En , Libération conclut un accord avec Alexandre Hervaud pour éviter la procédure en appel initiée par celui-ci. Après l'accord Libération - Vincent Glad de l'été 2024, qui éteint lui-aussi les procédures, c'est la fin de l'affaire de la « Ligue du LOL », dans laquelle la seule condamnation définitive est donc celle du journal Libération en 2022.

Historique Création vignette|167x70px|Logotype de Facebook de 2005 à 2015. vignette|170x40px|Logotype de Twitter de 2010 à 2012.La Ligue du LOL est un groupe Facebook privé créé en .. comportant à ses débuts, selon son fondateur le journaliste Vincent Glad, une quinzaine d'hommes et deux ou trois femmes. La Ligue du LOL rassemble ensuite au fil des années entre 20 et , principalement des utilisateurs de la première heure du site Twitter en France, pour la plupart travaillant dans les secteurs du journalisme, du web, de la communication et de la publicité. Selon Libération, le groupe compte encore une trentaine d'adhérents en 2019. D'après les membres du groupe qui s'expriment lorsque le scandale éclate en , cette page Facebook leur permettait essentiellement d'échanger des découvertes faites sur le web, des messages humoristiques et des conseils.. Henry Michel, qui a fait partie du groupe pendant un moment, affirme que cette page permettait surtout de blaguer, comme il n'aurait pas été possible de le faire en public, et qu'il y avait un côté où l'on se moquait de certaines personnes. Henry Michel estime que par la suite, cette , avec des .

Parisiens, les membres se retrouvaient régulièrement dans des soirées, notamment au bar L'Autobus (dans le arrondissement de Paris). où de nombreuses personnalités très actives sur Twitter se regroupaient à cette époque..

vignette|200x200px|Vincent Glad

En 2010, dans un article de Slate, Vincent Glad propose une théorisation de ce qu'il considère être le LOL qui, selon lui, se différencie du journalisme citoyen, que les médias mainstream ont institutionnalisé en hébergeant des blogs sur leurs plateformes web maison. Selon lui, le LOL, qui se caractérise par l'ironie, est . Il voit dans le LOL un véritable contre-pouvoir. Il décrit les techniques utilisées, les photomontages, la création de mèmes et appelle à laisser s'exprimer cette nouvelle tendance dans les médias mainstream..

Selon Marianne, à la fin des années 2000, il est difficile pour les jeunes journalistes de percer et d'obtenir des postes dans les grands médias. Les membres de la ligue sont des précaires pour qui Twitter, qui a été lancé en 2006 et en est encore à ses débuts, représente un « Far West » qui va leur permettre d'acquérir une notoriété et se faire repérer par les quelques rédacteurs en chef qui sont membres eux aussi du réseau social.. Selon TéléObs, un mode de communication prisé sur Twitter est alors « le clash, l’invective, la polémique », et les tweets de Vincent Glad, ; Vincent Glad théorise une méthode pour se faire remarquer sur Twitter, conseillant de .. Fabrice Epelboin, enseignant à Sciences-Po et spécialiste du numérique, confirme : . D'après Marianne, chaque jour, les futurs membres de la Ligue du LOL . Des amitiés se nouent alors entre ces , ce qui conduit à la naissance de la Ligue du LOL. Sur le groupe Facebook privé administré par Vincent Glad, les membres s'échangent , mais aussi des comptes Twitter . Les rédacteurs en chef qui repèrent certains membres de la Ligue du LOL et vont leur proposer des postes ne sont pas gênés par leur mode de communication agressif ; le journaliste indépendant Alexandre Léchenet qui n'était pas membre du groupe, témoigne : .

Accusations de harcèlement Selon TéléObs, . Au début, les membres de la ligue . Puis, peu à peu, ils se transforment en . Selon Marianne, les membres de la ligue prennent conscience que lorsqu'ils se mettent à une dizaine pour se moquer d'un même internaute, leur est . Les cibles, souvent récurrentes, se retrouvent sous leur feu mais aussi celui de certains de leurs followers, des trolls qui, dans leur sillage, attaquent avec des flopées de tweets : ce sont les « raids ». Les plaignants, lorsqu'ils surréagissent, font de la publicité à leurs . D'après TéléObs, les cibles sont des féministes, des personnes fragiles, des personnes qui cherchent à leur plaire, ou qui les agacent, des homosexuels , etc., et d'une manière plus générale, toute personne qui ne soit pas comme eux .

Une partie des membres de la Ligue du LOL est accusée de s'en être pris pendant plusieurs années, seuls ou en groupe, anonymement ou via leur compte public, à des dizaines d'utilisateurs de Twitter. Parmi les personnes qui se disent victimes, on retrouve des femmes comme Florence Porcel... (autrice, animatrice et anciennement vidéaste), Florence Desruol (militante UMP), Capucine Piot (blogueuse), Daria Marx (militante féministe et anti-grossophobie), Nora Bouazzouni (journaliste, autrice et militante féministe), Mélanie Wanga (journaliste, militante afroféministe), Lucile Bellan (journaliste)., Aïcha Kottman (critique, militante féministe et anti-grossophobie)., ainsi que des hommes comme Cyprien (vidéaste)., Matthias Jambon-Puillet (auteur, victime de harcèlement homophobe), Thomas Messias (journaliste), ou Benjamin Lancar (président des Jeunes Populaires, victime de harcèlement homophobe)..

Leurs témoignages montrent des souffrances psychologiques, comme celui d'Iris Gaudin qui, après avoir été invitée à rejoindre Twitter par Vincent Glad, subit une avalanche de tweets à caractère sexuel, notamment par des comptes collectifs et anonymes, dont par exemple @foutlamerde, administré en partie par Vincent Glad. Alexandre Hervaud, membre de la Ligue et ami de Vincent Glad, tweete un message où il à Iris Gaudin, avec un lien vers une photo d’un verre de bière enfoncé dans un vagin.. Daria Marx, autre cible, affirme que chaque fois qu'elle tweetait, elle craignait . Le blogueur Matthias Jambon-Puillet a reçu des insultes sur lui et son travail, et un photomontage pornographique a été envoyé en son nom à des mineurs. Il raconte des souffrances psychologiques désastreuses : . Pour cela, il s'est adressé à certains membres de la ligue, Sylvain Paley, Henry Michel ou encore Clément Poursain, qui lui auraient tous dit : ..

D'autres plaignants racontent comment ils ont perdu confiance en eux-mêmes. Par exemple, Capucine Piot déclare : , Aïcha Kottmann : , et Christophe Ramel a arrêté son blog : .. Outre les atteintes psychologiques, Iris Gaudin affirme que le dénigrement a eu un impact sur sa carrière : .

Une dimension antisémite est également mise en évidence, portée par certains des membres du groupe... Ceux-ci trouvent drôle d'être le plus transgressif possible, utilisant par exemple des images de croix gammées. Un membre de la ligue déclare : « Si ça s’offusque, c’est bien la preuve qu’il fallait le faire ».

Des signalements et une main courante Les premières alertes concernant la Ligue du LOL furent lancées par Florence Desruol à Slate et à Gilles Klein (Arrêt sur images) au début de l'année 2010, après qu'elle eut reçu un message insultant de la part d'Alexandre Hervaud. Gilles Klein était alors intervenu auprès de Laurent Joffrin, de Libération, employeur d'Alexandre Hervaud. Ce dernier avait alors ironisé publiquement sur l'affaire en . Peu après, Florence Desruol appelle également Johan Hufnagel, alors rédacteur en chef de Slate, supérieur de Vincent Glad.., mais il ne donne alors aucune suite.

Le , Vincent Glad dépose à la police une main courante dans laquelle il accuse Florence Desruol de . Il y affirme qu’elle l’a inondé de messages privés sur Twitter à partir de , qu’il l’a bloquée pour que cela cesse et qu’elle a appelé ses parents et son petit frère pour tenter de lui parler. Dix ans plus tard, Vincent Glad campe sur la même ligne, ajoutant notamment qu’elle l’aurait et aurait fait ..

Florence Desruol se livre à une nouvelle tentative de dénonciation des activités du groupe en par le biais d'une lettre qui, à l'origine, devait être adressée aux divers directeurs de rédaction. Un brouillon de cette lettre fait l'objet d'une fuite et se retrouve connu des membres du groupe, lesquels la publient sur Twitter afin de la tourner en dérision, en minimisant son importance, et, selon les dires de certains témoins, en harcelant ceux qui essaient de défendre les victimes.. Dans cette lettre, David Doucet, futur membre du groupe, figure parmi les .. La lettre fait l'objet de discussions pendant plusieurs jours sur Twitter ainsi que d'un hashtag : #Lalettre. Mais à l'époque, probablement du fait de la faible utilisation du réseau Twitter, d'une « culture du clash » qui rendaient les utilisateurs de cette époque peu réceptifs à la notion de harcèlement et de la notoriété encore marginale de la plupart des journalistes impliqués, la lettre n'a qu'un impact modéré, ou provoque l'indifférence comme en témoigne entre autres un tweet d'Aurore Bergé de 2010 à propos de cette lettre où elle disait ; la députée condamne cependant en 2019 les agissements révélés, et assure par ailleurs n'avoir aucun souvenir de cette lettre plus tard. Vincent Glad répond alors au journaliste Christophe Colinet, l'un des auteurs de la lettre : . La lettre se retourne alors contre les accusateurs.