Le monument Francisco Ferrer est érigé face au rectorat de l'université libre de Bruxelles (ULB), sur le campus du Solbosch. C'est une sculpture en bronze (conçue par Auguste Puttemans) rendant hommage au pédagogue anarchiste et franc-maçon catalan Francisco Ferrer (1859-1909). Le socle, réalisé en pierre bleue et en granit rose, a été dessiné par l'architecte Adolphe PuissantMonument Francisco Ferrer - Inventaire du patrimoine architectural de la Région de Bruxelles-Capitale.
Historique En 1909, Ferrer est mis en examen par la justice espagnole pour l'instigation présumée d'une insurrection anticléricale, au cours de laquelle 67 églises, monastères ou collèges religieux furent incendiés. Des organisations de la laïcité organisée se mobilisent alors en Belgique comme en France, en Allemagne et aux États-Unis pour sauver Ferrer : meetings, motions, adresses au roi Alphonse XIII, création de Comités Ferrer, etc..
Ces actions sont sans effet et Ferrer est fusillé à Barcelone le 13 octobre 1909. Deux jours plus tard, la Fédération internationale de la libre-pensée, qui siège à Bruxelles, convoque une réunion avec la Ligue des Droits de l'Homme le en vue de l'érection d'un monument en l'honneur de Ferrer, qu'ils considèrent comme un martyr de la libre pensée. Le , le conseil communal de Bruxelles approuve l'érection d'un monument en l'honneur de Ferrer. La proposition reçoit 31 votes en faveur (des libéraux et des socialistes) et 8 votes contre (des catholiques).
En , le comité pour l'érection du monument s'accorde sur le projet du sculpteur Puttemans surmontant un socle de l'architecte Puissant. Une souscription publique est lancée : malgré un bon démarrage, il faudra attendre jusqu'en pour atteindre la somme de jugée nécessaire au projet.
vignette|Front. vignette|Dos. vignette|Pied.
Le sujet de la sculpture, un homme nu élancé qui brandit à bout de bras un flambeau vers le zénith, n'est pas Francisco Ferrer, mais une allégorie censée symboliser . Un certain Léon Van Ermingen en était le modèle.
En ce qui concerne l'emplacement, le comité propose dans un premier temps la place Surlet de Chokier. Ce sera finalement la place Sainte-Catherine qui accueillera le monument.
Le monument Francisco Ferrer est inauguré le sous une pluie torrentielle, à l'occasion d'un défilé à travers le centre-ville, puis d'un dîner où ont été prononcés de nombreux discours. À la tribune se succèdent José Ortega y Gasset, Charles Malato, Paul Janson, James Hocart, Georges Lorand, Léon Furnémont, Eugène Hins et Eugène Monseur. En revanche, la plupart des politiciens libéraux et socialistes de premier rang ainsi que les représentants de la ville (dont l'enthousiasme pour le projet a baissé depuis 2 ans) manquent à l'appel.
L'Affranchi, journal des anarchistes de Bruxelles, dénonce une récupération de Ferrer qui n'appartenait qu'aux anarchistes. Ce dernier avait clairement exprimé au cours de sa vie son opposition à un éventuel culte de sa personne à la suite de son exécution.
Absent lors de l'inauguration, le collège des représentants de la ville ne cède pas pour autant aux pressions espagnoles visant à faire disparaître le monument. En 1915, pendant la Première Guerre mondiale, l'occupant allemand ordonne à son tour de le soustraire à la vue de tous. Mais la commune s'y refuse à l'unanimité, y compris les conseillers d'obédience catholique. Des soldats allemands déplacent alors la statue dans un entrepôt.
Après la fin de la Première Guerre mondiale, la Fédération Nationale des Sociétés de Libre Pensée lance des appels successifs pour remettre le monument à sa place, à l'extérieur comme à l'intérieur du conseil communal. Le bourgmestre Adolphe Max élude le sujet, évoquant des pressions du ministre belge des Affaires étrangères, Paul Hymans, et de l'ambassadeur espagnol. Au même moment, la ville lance l'initiative d'ériger une statue en l'honneur du cardinal Mercier. Le , le conseil communal décide de ne pas replacer le monument dans un avenir proche, à la suite d'un vote qui voit les conseillers libéraux et les catholiques l'emporter contre les socialistes.
Adolphe Max trouve enfin une solution : la ville demande au sculpteur et à l'architecte de remettre la statue en état, mais en enlevant toute évocation de Ferrer dans le texte du socle. Malgré leur désaccord, les libres penseurs acceptent d'organiser, le une nouvelle inauguration, qui prendra des allures de protestation.
Au fil des ans, les libres penseurs ont réclamé régulièrement la restauration de l'ancienne inscription. En , la ville de Barcelone, depuis la jeune Espagne républicaine, a demandé à accueillir la statue. Les discussions évoluent vers l'envoi d'une copie, mais cette proposition ne se réalisera finalement qu'en .
En 1958, le monument est nettoyé et restauré avec son ancien texte. En , le monument gêne les travaux du métro. Il fait alors l'objet d'un bref entreposage dans le magasin de la ville, en , au quai à la Chaux. Il déménage ensuite sur l'avenue Franklin Roosevelt, où il est inauguré, pour la quatrième fois, le .
Il sera brièvement déplacé en 1990 afin de réaliser le moulage de la copie destinée à Barcelone. La réinstallation sur le boulevard Roosevelt sera l'occasion d'une cinquième inauguration.
La justice espagnole reconnaît dès 1912 que la condamnation de Francisco Ferrer était erronée.
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Avenue Franklin Roosevelt (Bruxelles) Bibliographie
Catégorie:Sculpture en plein air en Belgique Catégorie:Patrimoine du XXe siècle Catégorie:Monument à Bruxelles