Le siège de Metz de 1518 oppose le Reichsritter Franz von Sickingen à la République messine. Après le paiement d’une indemnité de guerre, le siège est levé.
Contexte historique En , entre Kaiserslautern et Sarrebruck, Pierre Souffroy, alias « Burtal », homme de main du seigneur palatin Philipp Schluchterer von ErpfensteinHenry Klipffel: Metz, cité épiscopale et impériale (Xe au XVIe siècle). Un épisode de l’histoire du régime municipal dans les villes romanes de l’empire germanique, Mémoires de l'Académie royale de Belgique, Année 1867, 19 (pp. 367-368 )., détrousse des marchands messins, de retour de la foire de FrancfortGuy Cabourdin, Histoire de la Lorraine. Les Temps Modernes, 1. 1 : De la Renaissance à la guerre de Trente ans, Éditions Serpenoise - PUF, Nancy, 1991, p. 47-48.. Il réclame, en outre, la reconnaissance de ses droits sur divers biens, moulins ou maisons, dépendant de la ville de Metz. Devant le refus des magistrats messins, Schluchterer reprend à son compte les revendications de son « aydant » et ravage l'est du Pays messin, en guise de représailles, en . Les bourgs de Silly-en-Saulnois, Maizeroy, Colombey, Ogy, Puche et Colligny sont ainsi pillés ou ravagés.
L’affaire est portée devant l'empereur Maximilien, qui charge l’archevêque de Trèves et le commandeur de Coblence de son règlement. En , alors qu’une rumeur de siège par Schluchterer se propage en ville, 800 hommes se réunissent place du « Champ à Seille », pour faire face au périlPhilippe de Vigneulles, Chroniques, t. IV, p. 205-206.. Cette milice communale est censée renforcer le service armé de la cité messine, qui ne compte plus, à cette époque, que des marginaux, « pailliairs, truans et gens de riens », et des mercenaires étrangersMartial Gantelet: « Entre France et Empire, Metz, une conscience municipale en crise à l’aube des Temps modernes (1500-1526) » dans Revue historique, , 2001, ., le plus souvent allemandsGaston Zeller, « Soldoyeurs messins du siècle » dans Annuaire de la société d’histoire et d’archéologie lorraine, 1928, p. 571-578.. Le siège n'a pas lieu et les manœuvres, vaines, de cette garde municipale sont raillées par certainsUn tisserand « boiteux et contrefait », donc non incorporable, se moqua de cette milice citoyenne, ce qui lui valut une condamnation à quatre jours d’incarcération en cul-de-basse-fosse . (Philippe de Vigneulles, Chroniques, op. cit., t. IV, p. 206-208).. Schluchterer, qui ne se rend pas à la réunion du , organisée à Pfalz par le commandeur de Coblence, est mis au ban de l'Empire, en , pour rupture du Landfrid, la paix publique.
En 1516, Franz de Sickingen se tourne vers le duché de Lorraine, qu’il menace à Tholey et à Sierk. Le duc Antoine de Lorraine mobilise immédiatement une armée de plus de 20 000 hommes, obtenant après quelques escarmouches, le départ des mercenaires rhénansErnest de Bouteiller, Histoire de Frantz de Sickingen, chevalier allemand du siècle, Rousseau-Pallez, Metz, 1860, p. 44-45..
Un an plus tard, en , une centaine de cavaliers, à la solde de Schluchterer et de son allié Franz de Sickingen, surnommé le « capitaine allemand Francisque », pillent les terres du Pays messin du côté de Berlize et Bazoncourt, menacent la ville de Metz, avant de se retirer sur le Rhin. Ce nouvel incident est pris au sérieux par les messins, qui promettent une somme importante pour qui s'emparerait, mort ou vif, de Schluchterer, ou de son lieutenant Burtal. Ce dernier est tué en , au château de Schluchterer, par un émissaire de la ville de Metz.
Prenant prétexte de ce règlement de comptes, Franz de Sickingen décide d’assiéger la ville libre du Saint-Empire. Près de Boulay, il rassemble en quelques jours une armée, comptant de 2 et de , et dotée d'une douzaine de pièces d’artillerie. Conscient de l’importance de l’artillerie pour les sièges, Sickingen dirige alors lui-même les pièces d'artillerie.
Siège de la cité messine thumb|left|100px|Franz von Sickingen, d'après Albrecht Dürer (Les Lettres et les arts, 1889). En , Metz est ainsi assiégée par Franz de SickingenA. Chabouillet, « Notice sur un coffret d’argent exécuté pour Frantz de Sickingen… » in Revue archéologique, Presses universitaires de France (janvier à juin 1861), 1861, ., le Raubritter que se disputeront, en 1519, François et Charles QuintEn janvier 1519, lors de la succession à la couronne impériale, Sickingen accepta des pots-de-vin de François , avant de soutenir la candidature de Charles Quint, ce qui lui valut un titre de chambellan impérial et conseiller.. « Chef de la démocratie noble des chevaliers du Rhin selon les historiens allemands. » pour certainsJules Michelet, Histoire de France au seizième siècle. Réforme, Paris, 1855, ., simple chevalier d’Empire, « mercenaire à l’occasion, et brigand le plus souvent », pour d’autres, Franz de Sickingen était un chef de guerre opportuniste, ouvert aux idées de la RéformeReinhard Scholzen, Franz von Sickingen (1481-1523): Fehde als Beruf, in: Österreichische militärische Zeitschrift, vol. 52, 2014, ..
Dès le début des hostilités, la cité réunit une milice de plus de 2 200 fantassins, qu’elle fait manœuvrer sous les remparts, puis dans la cité, . Pendant ce temps, les troupes de Sickingen ravagent les terres et les vignes du Pays messin, entre Failly et Sorbey, et prennent le château de Pontoy.
Installés sur les hauteurs de Belles-Croix, les troupes de Sickingen et son artillerie menacent bientôt directement la ville, tirant des boulets, plusieurs jours durant, sur la cité messine. Le chroniqueur Philippe de Vigneulles, contemporain des faits, précise que J.-F. Huguenin : Les chroniques de la ville de Metz : enrichies du plan de Metz et des attaques dirigées contre cette ville par Charles-Quint en 1552, éd. S. Lamort, Metz .. Compte tenu des positions hautes tenues par Sickingen, Metz, qui possède pourtant un arsenal impressionnantJulien Trapp : Défendre Metz aux alentours de 1500 à travers les inventaires de l’artillerie, dans Fortification et artillerie en Europe autour de 1500 : le temps des ruptures, René Elter et Nicolas Faucherre, Éditions de l’Université de Lorraine, 2018., peut difficilement répliquerArsenal de 519 pièces d’artillerie, tous calibres confondus, dont 21 bombardes, 162 haquebuttes, 249 couleuvrines, 20 veuglaires, 45 serpentines, 9 courtauds (Inventaire du 11 avril 1508, dans Nicolas Tabouillot et Jean François, Histoire de Metz, t. VI, Paris, Palais royal, 1769-90, 1974 (p. 564)..
Des boulets s'écrasant aussi sur le cœur de la cité, prés de la cathédrale, les paraiges décident finalement de traiter avec Franz de Sickingen. Par l’entremise de Jean Wilz, Rhingrave, et de Jehan de Helmstat, la paix est criée le . Pour se débarrasser de ce « condottiere allemand », que Vigneulles qualifiera un peu plus tard de , la ville doit débourser quelque 24 000 florins du RhinRené Bour, Histoire de Metz, Éditions Serpenoise, Bar-le-Duc, 1989, p. 94., ou 25 000 florins d’or, en Somme correspondant à 20 000 florins et à un mois de solde pour les troupes..
Conséquences L’indemnité à payer, qui correspondait alors au double du budget annuel de la municipalité, greva un peu plus les finances de la cité, qui sortit affaiblie de cet épisode guerrier. Conscient de la fragilité de cette « paix achetée », la cité messine n'hésita d’ailleurs pas à réarmer sa milice en 1522, lors du siège de la principauté de Trèves par SickingenPhilippe de Vigneulles, Chroniques, op. cit., t. IV, ..
Les dissensions politiques et religieuses qui virent le jour à Metz, dans les années suivantes, affaiblirent un peu plus la République messine. C’est dans ce climat d'insécurité durable, et sur fond de crise religieuse, que fut signé le , un , entre le duc Antoine, auréolé de sa victoire sur les rustauds, et la cité messine.
Bibliographie Ernest de Bouteiller, Histoire de Frantz de Sickingen, chevalier allemand du siècle, Rousseau-Pallez, Metz, 1860. Philippe de Vigneulles, Chroniques, Société d’histoire et d’archéologie lorraine, éd. Charles Bruneau, Metz, 1927-1933. René Bour, Histoire de Metz, Éditions Serpenoise, Bar-le-Duc, 1989, p. 94. Guy Cabourdin, Histoire de la Lorraine. Les Temps Modernes, 1. 1 : De la Renaissance à la guerre de Trente ans, Éditions Serpenoise - PUF, Nancy, 1991. Martial Gantelet, « Entre France et Empire, Metz, une conscience municipale en crise à l’aube des Temps modernes (1500-1526) », dans Revue historique, n° 617, 2001.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Guerre des Quatre Seigneurs entre 1324 et 1326. Guerre de la Hottée de pommes entre 1428 et 1429. Siège de René d’Anjou en 1444. Siège de Nicolas de Lorraine en 1473. Siège de René II de Lorraine en 1489. Metz au Moyen Âge.
1518 Catégorie:Bataille de Lorraine Catégorie:Bataille impliquant le Saint-Empire romain germanique Metz Catégorie:Conflit ayant impliqué des mercenaires