Les bombardements de l'Ennedi ont lieu du au et sont menés par les forces aériennes françaises contre une colonne de rebelles tchadiens de l'Union des forces de la résistance (UFR), dans le plateau de l'Ennedi.

Prélude En , l'Armée nationale libyenne (ANL) dirigée par le maréchal Khalifa Haftar lance une offensive visant à prendre le contrôle du sud de la Libye, devenue une base arrière de groupes djihadistes, de groupes rebelles tchadiens et de groupes rebelles soudanais. L'opération se fait alors en coordination avec le gouvernement tchadien et avec le soutien de la France.

Les rebelles tchadiens de l'Union des forces de la résistance (UFR), alors basés au sud de Mourzouq, préfèrent quitter le sud de la Libye plutôt que de combattre les troupes d'Haftar, et débutent un voyage d'une semaine pour regagner le territoire tchadien. L'UFR n'a alors plus la puissance qu'elle avait lors de la guerre civile tchadienne de 2005-2010 et son objectif semble d'établir un nouveau sanctuaire dans le désert de l'Ennedi, plutôt que de lancer une offensive contre le gouvernement d'Idriss Déby. Cependant la France, active dans la région sahélienne dans le cadre de l'opération Barkhane, dont l'état-major est basé à N'Djaména, ne tient pas à ce que le Tchad, allié efficace contre les djihadistes, soit déstabiliséMarielle Debos, Que fait l’armée française au Tchad ?, Libération, 8 février 2019.Christophe Châtelot et Nathalie Guibert, Tchad : la France vole au secours d’Idriss Déby en bombardant des rebelles, Le Monde, 7 février 2019..

Déroulement vignette|Un Mirage 2000C sur la base aérienne 172 Fort-Lamy en décembre 2009.

Dans la nuit du au , une colonne d'environ cinquante véhicules de l'UFR franchit la frontière entre la Libye et le Tchad. Les et , les forces aériennes tchadiennes effectuent des frappes et des avertissements dissuasifs auxquels les rebelles ne répondent pas. La colonne tchadienne est alors prise pour cible par l'Armée de l'air française dans le désert de l'Ennedi. Le , après un survol d’avertissement, l'aviation française bombarde à partir de la colonne à deux reprises afin d'entraver sa progression et de la disperser. D'autres frappes ont ensuite lieu le 5 et le . Les Français mobilisent au total sept chasseurs Mirage 2000 — cinq basés sur la base aérienne 172 Fort-Lamy de N'Djaména et deux à la base aérienne 101 Niamey — ravitaillés par deux C-135 et un drone d'observation MQ-9 Reaper et effectuent une vingtaine de frappes.

Le ministère français des Affaires étrangères déclare alors dans un communiqué que .

Les forces de l'Armée nationale tchadienne basées dans les bases d'Ounianga Kébir et de Fada se déploient alors dans la région de Bao, là où les frappes aériennes françaises ont été menées.

Le , plusieurs rebelles se rendent aux forces gouvernementales à Amdjarass. Le chef de la colonne, le lieutenant Ousmane Tegeun, et ses éléments à bord d'une dizaine de pick-up se réfugient dans une grotte, près de Bao Bilia, avant de se rendre à leur tour. D'autres combattants se cachent dans les montagnes de Hadjer Marfaïn.

Après les frappes, le porte-parole de l'UFR, Youssouf Hamid, réagit : .

Pertes Le , l'armée française affirme dans un communiqué avoir mis hors de combat une vingtaine de pick-up. Le , le gouvernement tchadien affirme que 250 rebelles ont été faits prisonniers, dont le lieutenant Ousmane Tegeun, qui commandait la colonne, et qu'une quarantaine de véhicules ont été détruits. RFI indique pour sa part que selon plusieurs sources, une centaine de combattants se sont rendus. Une source de l'AFP au sein de l'UFR affirme également que dix combattants de l'UFR ont été tués par les frappes.

Les prisonniers sont rassemblés à Amdjarass, puis conduits au bagne de Koro Toro. Les autorités tchadiennes annoncent qu'ils ne seront pas jugés par un tribunal militaire, mais par un tribunal civil et qu'ils seront poursuivis pour .

Réactions Le ministre française des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian justifie l'intervention française, le devant le Parlement : .

L'intervention française est cependant critiquée par l'opposition démocratique tchadienne, les mouvements armés opposés au régime d'Idriss Déby, qui dénoncent une ingérence de la France dans les affaires internes du Tchad, ainsi que par certaines voix françaises qui critiquent le soutien apporté à une dictature. Mahamat Ahmat Alhabo, secrétaire général du Parti pour les Libertés et le Développement (PLD) — le parti d'Ibni Oumar Mahamat Saleh, l'un des principaux opposants au président Idriss Déby, disparu en — déclare à ce propos que . Ngarledjy Yorongar coordinateur de la Fédération Action pour la République (FAR) affirme qu'il n'est pas . Pour Martin David, de l'association Survie : .

Procès Le verdict est rendu le pour les 267 rebelles arrêtés après les frappes : 12 sont condamnés à 20 ans de prison, 231 à des peines allant de de prison et 24 mineurs sont relaxés, tandis que leur chef, Timan Erdimi, est condamné à la perpétuité par contumace.

Le verdict est critiqué par Youssouf Hamid, représentant de l'UFR, qui ne reconnaît également pas le nombre de « 267 prisonniers » et qui déclare : .

Références

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