vignette|Drapeau du Guyana. vignette|Situation géographique du Guyana. L'indépendance du Guyana a lieu le , lorsque la loi sur l'indépendance de la Guyane, votée par le Parlement du Royaume-Uni, transforme la Guyane britannique en un État souverain indépendant. L'ancienne colonie prend alors le nom de Guyana.

Le Guyana subit dans les années 1950 la mouvance internationale d'indépendance. Au Guyana, cette volonté d'indépendance est le fruit de deux faits : une division ethnique interne importante entre les Indiens, Métis et Africains, ce qui empêche toute unité nationale, et une importante mainmise de la Couronne sur les institutions du pays qui favorisent un climat belliqueux entre la colonie et sa métropole. Ces dissensions sont portées par un mouvement, le Parti populaire progressiste (PPP), mené par Cheddi Jagan. Ce parti est multiracial et regroupe toutes les communautés du pays. Son appartenance aux idées communistes est très fortement revendiquée du fait de son rapprochement avec des comme ceux de l'URSS, de l'Inde et de la Jamaïque.

En 1953, les revendications des populations sont entendues et la Couronne décide de créer une nouvelle Constitution. Celle-ci donne pour la première fois aux Guyaniens le suffrage universel et un bicamérisme. C'est une volonté pour le Royaume-Uni de préparer le pays à son indépendance. Les premières élections législatives connaissent un grand succès et donnent au PPP un score important. Ce parti occupe dix-huit sièges sur vingt-quatre à l'Assemblée. C'est sans compter sur une importante répression armée du Royaume-Uni, qui supprime cette Constitution et démantèle le parti.

À la suite de divisions internes du PPP, Forbes Burnham crée en 1957 le Congrès national du peuple (PNC). Arrivé au pouvoir, ce nouveau parti négocie l'indépendance du pays, qu'il obtient en 1966. Le pays devient alors un royaume du Commonwealth avec comme reine du Guyana. Occupant le poste de Premier ministre pendant cette période, Forbes Burnham instaure en 1970 une république dite « coopérative », même si le Guyana continue de faire partie du Commonwealth. À la suite de la proclamation de la république, le pays connaît d'importants bouleversements, notamment économiques. Le régime communiste ne fonctionne pas et plonge le pays dans une importante crise économique et le pouvoir devient autoritaire. De plus, par ses positions politiques, le pays s'éloigne du bloc de l'Ouest et, notamment, se trouve en conflit avec son ancienne métropole.

Volonté d'indépendance Colonie de la Couronne Dans les années 1950, une mouvance internationale d'indépendance se crée, cette volonté d'indépendance étant marquée par le climat belliqueux qui naît entre les blocs soviétique et américain. Ce deux pôles prônent des idéologies communistes et capitalistes très différentes. L'idéologie communiste accélère notamment l'indépendance de certains pays colonisés, dans une volonté de s'émanciper du système capitaliste et de l'emprise des Européens. Cette succession d'éléments extérieurs influe sur l'accélération de l'indépendance de la Guyane britannique. Le climat intérieur, qui dirige le pays vers des tendances communistes à but indépendantiste, est également acteur de cette émancipation.

En 1815, trois colonies hollandaises, Essequibo, Berbice et Démérara, sont cédées au Royaume-Uni. Ces colonies vont garder des administrations distinctes jusqu'en 1831, année où elles sont rassemblées en une seule colonie : la Guyane britannique. Seule colonie de l'Empire britannique en Amérique du Sud, elle devient un État indépendant en 1966 sous le nom de Guyana, en qualité de royaume du Commonwealth.

Évolution du système institutionnel du pays Le système administratif hollandais est conservé temporairement. Un gouverneur et une Court of Policy possèdent les pouvoirs exécutifs. La Court of Policy est composée de huit membres, dont quatre représentants sont des planteurs, élus par un collège restreint dit des « Kiesers », et quatre autres membres sont nommés. Six autres membres s'ajoutent à cette assemblée, toutes les fois où il faut traiter des mesures fiscales où financières ; cette assemblée élargie s'appelle alors le . Une large majorité des membres sont élus au suffrage censitaire. Ce système fonctionne jusqu'en 1834, également la date de l'abolition de l'esclavage dans le pays. Cette assemblée ne siège qu'occasionnellement, et elle retarde l'instauration d'un nouveau système politique et institutionnel instauré par la Couronne. C'est notamment à la suite d'un rapport de l'inspection médicale défavorable aux planteurs que des modifications s'opèrent dans la Constitution. Les représentants élus protestent contre cette inspection durant plusieurs mois et refusent de siéger à la Court of Policy. Cela bloque toutes procédures et de cette façon, en 1891, est mis en place une réforme. Cette réforme prévoit l'abolition du collège des Kiesers, l'instauration du scrutin direct, l'abaissement du Cens ainsi que la réduction de la durée de la législature, qui passe de sept à cinq ans. Ses mesures sont mises en place dans le but d'affaiblir le pouvoir de l'Assemblée au profit d'un Conseil exécutif. De cette manière, la Couronne britannique possède une plus vaste mainmise sur la politique de sa colonie.

En 1927, une commission ad hoc abolit l'Assemblée afin de créer un nouveau Conseil législatif, dont les membres sont cette fois nommés. Cette réforme met la Guyane britannique au même régime que les autres colonies de la Couronne. Cette même année, la Guyane britannique adopte officiellement le statut de « colonie de la Couronne ».

Cette réforme institutionnelle, c'est-à-dire la nomination des membres de l'Assemblée, est très mal accueillie. Dans l'ancien système, les assemblées élisaient des membres de la classe moyenne, des Portugais et des métis par exemple. C'était l'occasion pour ces membres de se voir confier des responsabilités politiques et ainsi d'accéder à des positions sociales plus importantes. Ce nouveau système est le témoin d'une mainmise très importante du Royaume-Uni sur la politique et sur les institutions de la Guyane britannique.

Divisions internes Par ailleurs, le pays connaît déjà des divisions internes par ses différentes communautés : Métis, Indiens, Chinois, Africains. Elles ont des tempéraments et intérêts qui divergent beaucoup. De cela naît un fort esprit d'opposition et ne donne aucune unité nationale au pays. C'est dans un climat interne très délicat socialement que la Guyane britannique évolue au sein de l'Empire britannique.

Création du PPP vignette|redresse|Cheddi Jagan, chef du PPP. Le Parti populaire progressiste (PPP) est fondé en 1949 par un jeune dentiste d'une trentaine d'années formé aux États-Unis, le docteur Cheddi Jagan, de souche Hindoue. Le pays traverse dans les années 1940 une crise interne, la politique du Royaume-Uni sur le pays est de plus en plus oppressante et les différentes communautés ont besoin d'être guidées par une même voix. Ce climat est très favorable à l'implantation du PPP. Cheddi Jagan s'efforce dans un premier temps de réconcilier le pays en se présentant comme un parti multiracial. En effet, avant l'arrivée du PPP, chacune des communautés possède un mouvement politique qui défend ses intérêts spécifiques. Ainsi, ces mouvements politiques s'opposent les uns aux autres. Cheddi Jagan veut réconcilier le pays mais son parti a également pour objectif l'indépendance de la Guyane britannique. Le PPP s'inspire du Parti progressiste constitué aux États-Unis par Wallace et Robeson, afin de combattre la politique de guerre froide des États-Unis. Le PPP s'inspire également du Parti national du peuple, le parti de Michael Manley en Jamaïque. Le Parti populaire progressiste apparaît dans le contexte de la guerre froide et est fortement sympathisant du camp soviétique dès ses débuts. L'émergence de ce parti est important en Guyane britannique, d'autant plus à la suite des élections législatives de 1953. Cette victoire inquiète très fortement la Couronne, qui a une réaction très brutale. Nul doute sous la pression américaine, Londres envoie des forces armées sur place.

Le tournant de l'année 1953 L'année 1953 est marquée par deux événements importants politiquement.

Constitution de 1953 L'année 1953 est marquée par la mise en place d'une nouvelle Constitution plus libérale par le gouvernement de Winston Churchill. Cette Constitution introduit pour la première fois le suffrage universel et prévoit également un système bicaméral. Ce système bicaméral est composé d'une Assemblée et d'un Conseil d'État. C'est la première fois dans l'histoire de cette colonie que les deux pouvoirs, exécutif et législatif, sont distincts d'un de l'autre. Le pouvoir exécutif correspond au Conseil des ministres qui se réunit sous la présidence du gouverneur. Ce dernier a une voix prépondérante mais perd sa prérogative de vote. Trois grands officiers de la Couronne exercent également le pouvoir exécutif : un secrétaire colonial, un chef de l'administration et un secrétaire financier du procureur général, ainsi que des fonctionnaires issus de la chambre haute ou du Conseil législatif. Le pouvoir législatif comporte une chambre de vingt-quatre membres élus au suffrage universel. Cette Constitution a pour but de permettre l'exercice d'un certain degré de démocratie par la population guyanienne (sous la direction des hauts officiers de la Couronne) et d'accéder progressivement à l'autonomie interne dans le cadre du Commonwealth, tout comme d'autres colonies britanniques comme la Jamaïque ou encore Trinidad. Par ailleurs, cette Constitution est la dernière étape imaginable avant l'autonomie interne. Le gouverneur est obligé, sauf cas exceptionnel, de consulter le Conseil d'État avant de prendre des décisions. Il est important de rappeler que, même avec une nouvelle Constitution, la Couronne conserve sa mainmise sur la politique guyanienne car le gouverneur est choisi par le pouvoir britannique et nommé par la reine. Cette nouvelle Constitution débouche sur de nouvelles élections législatives qui ont lieu la même année.

Élections législatives de 1953 vignette|Drapeau du PPP. Les élections législatives constituent le deuxième événement important de l'année 1953. En effet, ces élections sont marquées par l'important score du Parti populaire progressiste qui obtient 51 % des voix, soit dix-huit sièges sur vingt-quatre à l'Assemblée. Ces élections sont les premières au suffrage universel et rencontrent un réel succès, avec une participation de 74,8 % de votants. À l'issue de ce scrutin, le PPP obtient six ministères ; Cheddi Jagan devient ministre de l'Agriculture, puis est élu président de l'Assemblée. Le PPP détient également six sièges sur dix au Conseil d'État. Cette importante victoire du Parti populaire progressiste témoigne de la volonté des Guyaniens d'accéder à l'indépendance.

Intervention de la Couronne