thumb|350px|right|La synagogue vers 1935 La synagogue de Göttingen, inaugurée en 1872, transformée et agrandie en 1895, a été détruite en 1938 lors de la nuit de Cristal comme la plupart des autres lieux de culte juif en Allemagne.
Göttingen est une ville allemande dans le Land de Basse-Saxe, à environ cent dix kilomètres au sud de Hanovre. Depuis 1737, elle est le siège d'une université parmi les plus renommées d'Allemagne. La ville compte actuellement un peu moins de habitants.
Origine de la communauté Le document le plus ancien attestant de la présence juive à Göttingen date de 1289. Il s'agit d'un document signé par les ducs de Brunswick, Albert II et Guillaume, et publié le , qui permet au conseil de la ville de Göttingen de nommer le Juif « Moyse » et ses descendants, citoyens de la ville. Nous ignorons s'il s'agissait de la première famille juive à Göttingen. Cinq ans plus tard, il est mentionné comme propriétaire d'une maison Helge Steenweg: Göttingen um 1400. Sozialstruktur und Sozialtopographie einer mittelalterlichen Stadt; publication de: Institut für historische Landesforschung der Universität Göttingen; éditeur: Verlag für Regionalgeschichte Bielefeld; 1994; page: 149A; – document officiel d'Eichsfeld.
À cette époque, les Juifs sont les bienvenus dans de nombreuses villes en tant que marchands et changeurs de monnaie: G. Caro: Die Juden des Mittelalters in ihrer wirtschaftlichen Betätigung in Monatsschrift für Geschichte und Wissenschaft des Judentums; volume 48; 1904; pages: 423 à 439 et 576 à 603: J. Gutmann: Die wirtschaftliche und soziale Bedeutung der Juden im Mittelalter; in Monatsschrift für Geschichte und Wissenschaft des Judentums; volume: 51; 1907; pages: 257 à 290: G. Kisch: The Jew’s Function in the Mediaeval Evolution of Economic Life; in Historia Judaica; vollume: 6; 1944; 1 et 2, mais on ignore la situation exacte à Göttingen. Les sources sont assez limitées, pour ne pas dire maigres et se limitent principalement à des documents officiels.
la Synagoga Judeorum dans la Jüdenstraße (début du siècle)
On n'a aucune information sur l'existence d'un cimetière juif jusqu'à la fin du siècle et d'un lieu de culte juif jusqu'à la première moitié du siècle. En effet dans le Wortzinsbuch qui donne la liste des propriétaires imposables en 1334, figure le nom d'un Jacobus Judaeus soumis à impôt pour la Synagoga Judeorum: Archives municipales de Göttingen; WZR 1334; Nr. 393 à 408 Helge Steenweg; 1994; page: 150 pour un montant de 2,5 deniers, ce qui signifie une petite propriété, car sa maison elle-même est taxée à 4 deniers. Le fait que pour célébrer un office dans le judaïsme, il faut un minian (minimum de 10 membres masculins), on peut en déduire qu'il devait y avoir quelques familles juives à cette époque à Göttingen.
Helge Steenweg dans sa thèse de 1990 a pu déterminer avec précision l'emplacement de la synagogue au 8/9 de la Jüdenstraße actuelle: Helge Steenweg; 1994; page: 151.
La présence d'une communauté juive est de courte durée, car dans le registre des impôts de 1364, il n'est plus fait mention de citoyens juifs dans la ville ni de l'existence d'une synagogue. Dans un document publié par le duc Ernest de Brunswick-Göttingen, il est mentionné que le terrain de l'école des Juifs (yoden scole) avait été transféré le à la ville de Göttingen: Document officiel de Göttingen I, Nr. 184: Peter Wilhelm: Die jüdische Gemeinde in der Stadt Göttingen von den Anfängen bis zur Emanzipation; Études d'histoire de la ville de Göttingen 10; éditeur: Vandenhoeck & Ruprecht; Göttingen; 1973; page: 19; . Si on ne trouve aucun document relatant ce qui s'est passé exactement à cette époque à Göttingen, on suppose que la communauté juive a été massacrée ou chassée comme dans de nombreuses autres villes germaniques lors de l'épidémie de peste noire qui s'est répandue en Allemagne entre 1348 et 1350 et dont on accusait les Juifs d'avoir empoisonné les puits. En 1790, le bourgmestre de Göttingen, Willig, dans un grand mémorial sans doute basé sur des sources anciennes, et relatant les expulsions des Juifs de Göttingen, indique que les habitants juifs ont été attachés à des poteaux, battus et exécutés en place publique: Archives municipales de Göttingen; AA Juden 22; document: 5. On ignore encore si et combien d'habitants juifs ont survécu.
La Judenschule dans la Speckstraße (Fin du siècle – milieu du siècle) Vingt ans plus tard, cependant, des commerçants juifs se sont de nouveau installés en ville. Le , le conseil municipal signe un contrat d'accueil dans lequel sont décrits en détail les devoirs et les droits des Juifs concernés, désignés comme unse medborgere unde medwonere (nos concitoyens et corésidents). Il est fait aussi mention d'une Judenschule (école juive) ou synagogue où les Juifs devaient prêter serment en cas de litiges commerciaux particulièrement graves. Aucun document ne fournit d’informations sur la taille, l’apparence et la disposition intérieure de cette synagogue ou de son propriétaire: Peter Wilhelm; 1973; pages: 34 et suivantes. Concernant la communauté, on sait qu'il y a eu un rabbin, un chantre officiant, un shohet. Seul le rabbin du nom de Levermann, est mentionné comme habitant la ville: Peter Wilhelm; 1973; page: 30. Le rabbin Levermann habite de 1437 à 1459 dans la Speckstraße et de 1460 à 1476 à Weende, village voisin de Göttingen, maintenant quartier de Göttingen.
Lors du nouvel an de 1447, et du Rosenmontag (carnaval), des étudiants s'introduisent dans la synagogue et des maisons juives: Helge Steenweg; 1994; page: 148 en jouant de la flûte et du trombone et en se conduisant plus ou moins correctement. Un accord est alors conclu entre la communauté juive et la Burse, (association des familles les plus distinguées de la ville), afin que cela ne se reproduise plus. Pour cela, la communauté juive s'engage à fournir aux organisateurs de ces processions 1,5 stoveke de vin, soit environ 4,7 litres, par fidèle et par an. On ignore de quelle synagogue il s'agit.
Ce n'est qu'en 1458, que le registre foncier mentionne une synagogue dans la Speckstraße, devenue une zone résidentielle pour les familles juives: Archives municipales; Registre des taxes foncières de 1458, 1459, 1460, 1462, 1463, 1464, et 1466. On ignore si elle remplace l'ancienne synagogue de la Jüdenstraße ou si elles ont fonctionné simultanément, car entre 1450 et 1456 un conflit violent interne à la communauté juive éclate pour des raisons concernant la liturgie, l'entretien de la synagogue et le paiement de l'officiant et du shohet.
Ce conflit, non seulement entraîne une division, du moins temporaire, au sein de la communauté juive, mais contribue finalement de manière décisive au fait que le conseil municipal refuse de prolonger les permis de séjour expirant entre 1458 et 1460 et les familles juives peu à peu, durent quitter la ville: Peter Wilhelm; 1973; pages: 49 et suivantes. Le registre foncier de 1465 mentionne toujours la synagogue, mais celle-ci est déjà habitée par des Chrétiens depuis 1463. Son emplacement exact reste inconnu.
Après cette expulsion en douceur, aucun Juif n'habitera Göttingen pendant près de 100 ans.
La synagogue dans la Buchstraße ( – siècle) En 1559 la ville de Göttingen autorise à nouveau un Juif avec sa famille à s'installer en ville: Archives municipales de Göttingen; AA Juden 1; document: 10: Peter Wilhelm; 1973; page: 51, mais cela constitue une exception. Il faut attendre le début du siècle pour que d'autres Juifs reçoivent l'autorisation de s'établir en ville en tant que Schutzjuden (Juifs protégés). Mais leur nombre reste très limité: entre 1609 et 1699, seuls 31 Juifs sont inscrits sur les registres fiscaux et fonciers, auxquels on peut ajouter 18 femmes et enfants.
Leur nombre va augmenter dans la seconde moitié du siècle avec la fondation de l'université de Göttingen. En 1777, on compte 11 familles juives représentant 82 personnes: Sibylle Obenaus: Göttingen; in (Hg.), Historisches Handbuch der jüdischen Gemeinden in Niedersachsen und Bremen 1; rédacteur: Herbert Obenaus; éditeur: Wallstein; Göttingen; 2005; page: 635; : Peter Wilhelm; 1973; page: 59. Wilhem indique pour 1790 le même nombre de familles avec environ 100 personnes. Mais ce nombre va diminuer, car en 1793, à la suite de difficultés avec les commerçants, les artisans et les universitaires: Peter Wilhelm; 1973; pages: 35 et 94 et suivantes, le gouvernement de Hanovre retire le permis de séjour à 8 familles, n'autorisant que 3 familles à rester à Göttingen en tant que Juifs protégés: Peter Wilhelm; 1973; page: 35.
Depuis un privilège accordé en 1687, prolongé en 1697 et confirmé à nouveau en 1716, les Juifs ont le droit d’exercer leur religion de la manière appropriée, même s’il leur est toujours interdit de demander l’autorisation aux autorités de construire une synagogue. Les Juifs doivent donc se réunir pour les offices dans la maison d'un de leurs coreligionnaires. Par contre, ils possèdent un cimetière dans an der Gerichtslinde comme l'atteste la plus vieille tombe toujours existante, celle de Jakob ben Abraham, datant du : Göttinger Tageblatt du 9 avril 2003; page: 7.
Le premier document faisant référence à une synagogue date de 1729: Peter Wilhelm; 1973; page: 65, mais sans référence exacte: Sibylle Obenaus; 2005; page: 632, où on mentionne un bâtiment situé à l'arrière de la maison 530 de la Buchstraße (ce qui correspond actuellement au 17 Prinzenstraße). Cette synagogue sera le centre de la vie cultuelle de la communauté juive de Göttingen jusqu'en 1870. Ce bâtiment de 7,20 m de large sur 8,20 m de profondeur est une sorte de hangar qui avec le temps va assez rapidement se détériorer. On ne dispose d'aucune information sur ce bâtiment et on ignore même s'il possède un espace réservé aux femmes.
Le seul objet conservé de cette synagogue est un parokhet (rideau de Torah) en soie damassée avec dentelle en brocart doré et argenté, datant de 1782, qui se trouve actuellement au musée municipal de GöttingenMusée municipal de Göttingen: inventaire: J32; objet de culte juif du XVIIe au XIXe siècle; : catalogue de l'exposition; Göttingen; 1968; Nr. 29: W.R. Röhrbein, R. Busch et P. Wilhelm: 700 Jahre Juden in Südniedersachsen. Geschichte und Religiöses Leben; éditeur: Musée municipal de Göttingen; 1973; page: 100.
Au milieu des années 1720, la communauté juive loue au pasteur Heise de la Jacobikirche (Église Saint-Jacques), une maison avec un hangar attenant. En 1764, elle s'efforce d'acquérir l'ensemble auprès des héritiers du pasteur. Mais le conseil municipal, se référant à une lettre de 1628 au gouverneur à Hanovre, renouvelée en 1753, refuse la vente sous prétexte que les Juifs ne doivent pas posséder de propriétés: Archives municipales de Göttingen; AA Juden 21; document:4: lettre du 24 mai 1764. La communauté est donc obligée de continuer la location existante, mais les propriétaires ne se soucient pas de la préservation de l'ensemble et la communauté est obligée en 1783 d'entreprendre une rénovation en profondeur à ses propres frais.
Lorsqu'en 1786, la communauté des héritiers désire se séparer finalement de la maison, la communauté juive menacée de perdre sa synagogue récemment reconstruite, fait une nouvelle demande au gouvernement afin qu'il autorise l'achat. La demande est cette fois approuvée moyennant l'acceptation par la communauté d'une série de conditions: celle-ci doit vendre le droit de brassage associé à la propriété, prendre en charge toutes les taxes grevant la maison, mais n'est pas autorisée à revendiquer un quelconque droit civil et doit s'engager à verser une indemnité de 28 thalers et 26 groschen tous les 20 ans pour la perte de revenus de la ville: Archives municipales de Göttingen; AA Juden 21; documents: 1, 38 et suivants Archives principales de l'État de Basse-Saxe à Hanovre; Ha 74; Gö 0 10; du 27 mars 1807.