Rodolphe Hirsch Kann (1845-1905) est un financier et collectionneur d'art français.

Biographie Né le , Rudolph est le second fils d'Édouard Moïse Kann et d'Esther Horwitz. La famille Kann est originaire de la ville libre de Francfort-sur-le-Main. Elle y exerce depuis au moins le siècle le métier de banquier et dispose depuis la fin des années 1840 d'une filiale à Paris. En 1866, les Prussiens s'emparent de la ville de Francfort, poussant le frère aîné de Rodolphe, Maurice, né en 1839, à partir pour Paris. Durant les événements de la guerre franco-allemande, Maurice réside à Londres, gérant la filiale britannique de la banque Kann, dirigée par son cousin, Maximilien Édouard Kann. Il revient à Paris en 1872, épouse Marianne Charlotte Halphen, issue de la haute bourgeoisie française, et demande à son frère Rodolphe de le rejoindre. Rodolphe est naturalisé français en 1883. Son métier officiel est Cyril Grange, Une élite parisienne : les familles de la grande bourgeoisie juive (1870-1939), Paris, CNRS éditions, 2016, tableau 1.4 — extrait en ligne..

En , est organisée à Paris la vente après décès des collections d'art de Maximilien Édouard Kann, dont une petite partie est rachetée par ses deux cousins, Maurice et RodolpheVictor Champier, L'Année artistique : beaux-arts en France et à l'étranger, Paris, — sur Gallica.,qui habitaient alors dans la arrondissement de Paris, respectivement, 148 boulevard Haussmann, et 8 rue Murillo. C'est le début d'une collection qui va être considérée comme l'une des plus prestigieuses des années 1900. Rodolphe se passionne pour les objets décoratifs français du siècle.

Pionniers, les deux frères font fortune au Cap et à Johannesbourg (Afrique du Sud) dans le commerce du diamant et de l'or à partir de la fin des années 1880, associés à la firme Jules PorgèsSite de la famille Porgès, en ligne« Semaine financière. Mines et métaux : Le marché des mines d'or... », dans Le Temps, Paris, 22 avril 1889..

Vers la même époque, Rodolphe commence à faire différents dons d'objets prestigieux à des institutions françaises : musée des Arts décoratifsRevue des arts décoratifs, année 1888, ., musée des Thermes et de l'hôtel de Cluny, musée du Louvre, etc. Il est nommé membre sociétaire du bureau des amis du LouvreAnnuaire de la Société des amis du Louvre, Paris, 1902, .. Parmi ses dons, on note Journal officiel de la République française, 30 juillet 1891, ., ou encore ce Portrait de Louise de Rieux, marquise d'Elbœuf attribué à Corneille de LyonGeorges Lafenestre et Eugène Richtenberger, Le Musée national du Louvre. La peinture en Europe, catalogues raisonnés des oeuvres principales conservées dans les musées, collections, édifices civils et religieux...., Paris, Librairies-imprimeries réunies, 1893, ..

En 1897, lui et son frère acquièrent, selon René GimpelRené Gimpel, Journal d'un collectionneur marchand de tableaux, Calmann-Lévy, 1963, carnet du 15 novembre 1925, . la propriété parisienne de madame Samuel Pozzi, située aux 49 et 51 de l'avenue d'Iéna. Chacun se partage l'ensemble, en un double hôtel particulier, qu'ils vont faire transformer par l'architecte Ernest Sanson.

Vers 1901, Rodolphe, dans la plus pure tradition classique, fait reproduire en gravure certaines de ses plus belles pièces dans un album intitulé Galerie de M. Rodolphe Kann produit par l'imprimerie Ch. WittmannÉmile Michel, « La Galerie de M. Rodolphe Kann », dans Gazette des beaux-arts, tome XXV, 1901 [deux parties].. Vers cette époque, Giovanni Boldini exécute son portrait.

Rodolphe Kann meurt à Paris le Acte de décès à Paris , vue 2/31., célibataire et sans enfants, mais contrairement à la croyance commune, il laissa un testament valide, signé et daté le . L’homologation de sa succession fut attribuée à son frère Maurice, son unique exécuteur testamentaire, le suivant, incluant l’un des portraits de Rembrandt, Femme à l’œillet (New York, Metropolitan Museum of Art) ; mais Maurice, sans administrer la succession de son frère, mourut l’année suivante, le , et l’administration de leurs deux successions passa au fils de Maurice, Édouard-Gustave Kann (1873-1927), qui devient administrateur de bonis non de la collection d'art, laquelle devient un enjeu politique important« Le Monde », dans Gil Blas, Paris, 9 mai 1906, ..

La collection Rodolphe Kann vignette| Le Repos pendant la fuite en Égypte (vers 1510) de Gérard David : acquise par Kann en 1898, elle est rachetée par Duveen et J. P. Morgan en 1907, revendue à Knoedler en 1908, cédée au Andrew W. Mellon Trust en 1935 pour finir léguer à la National Gallery of Art (Washington). Juste avant dispersion, une présentation détaillée et illustrée de sa collection a été établie en par Marcel Nicolle« La collection Rodolphe Kann par M. Nicolle », dans La Revue de l'art ancien et moderne, Paris, janvier 1908, — sur Gallica.. Sa galerie de tableaux était située au premier étage de l'hôtel particulier de l'avenue Iéna, et comprenait trois salles montrant entre autres un Domenico Ghirlandaio, douze Rembrandt, deux Gainsborough, des Rubens, des Van Dyck, un Velasquez (Portrait de petite fille), un Goya (Portrait du torero Pedro Romero), sans parler de l'école française (Boucher, Rigaud, etc.)...

En , la presse française annonce que le financier John Pierpont Morgan se porte acquéreur de la collection pour 5 millions de dollars (en réalité, il promettait d'offrir un prêt de garantie pour l'acquisition). Aussitôt, la polémique enfle : peut-on laisser partir ce trésor en Amérique ? On laisse entendre que les frères Kann, surpris par la maladie, avaient l'intention de donner leurs collections à plusieurs musées français et européens. Un syndicat de marchands français, mené par Nathan Wildenstein tente de réunir une somme équivalente, en vain. Finalement, en , l'ensemble est acheté par les marchands londoniens de la firme Duween Brothers, dont Joseph Duveen, pour la somme d'un million de livres sterlingArticle de Wilhelm von Bode, tiré de Die Kunst, dans L'Art flamand et hollandais. Revue mensuelle illustrée, Paris, juillet 1907, — sur Gallica..

Selon la version du marchand René Gimpel, .

Après guerre, l'hôtel particulier est racheté par Calouste Gulbenkian.

Bibliographie Wilhelm von Bode, La Galerie de tableaux de M. Rodolphe Kann, à Paris, in-quarto, ill. de 100 héliogravures (Vienne, Société des Arts graphiques); traduit en français par Auguste Marguillier. Wilhelm von Bode, Catalogue de la collection Rodolphe Kann de Paris, deux volumes et 244 reproductions (Paris, Sedelmeyer, 1907). Auguste Marguillier, « La collection de M. Rodolphe Kann », dans Les Arts [Paris, Manzi et Joyant, anc. Goupil], à 15, janvier-. .

Références

Voir aussi Articles connexes Alphonse Kann (1870-1948), son cousin, également collectionneur d'art

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